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Christophe Burckart (Spaces & Regus) : « Le coworking ne se limite pas aux quartiers d’affaires ; nous non plus »

InterviewsBureaux

le 21 Déc 2017

En pénétrant dans le splendide immeuble du 124, rue Réaumur, dans le 2ème arrondissement, à l’architecture typiquement « Eiffel », c’est une ambiance « startup » pour le moins studieuse que nous découvrons. Bienvenue dans le troisième « Spaces » parisien, que Christophe Burckart, directeur général de Spaces et Regus France, nous a fait découvrir en avant-première, peu de temps avant son inauguration officielle le 23 novembre dernier. L’occasion de faire le point avec lui sur cette marque montante du coworking… et sur son positionnement, tant par rapport à ses concurrents que vis-à-vis du  » agship » historique du groupe.

Quelle situation globale pour Spaces ?

Spaces a été créée il y a maintenant onze ans aux Pays- Bas, par Martijn Roordink, et fait partie du groupe Regus depuis environ trois ans. D’abord cantonnés aux pays anglo-saxons, nordiques et à l’international, nous avons commencé à nous développer en France — et à terme dans les pays d’Europe du Sud — depuis le début de cette année : une première — double ! – ouverture, dans le quartier de l’Opéra et à Boulogne-Billancourt (92) en avril ; puis, un Spaces du côté de Bonne Nouvelle en juillet et, tout récemment, le Spaces Réaumur. Au total, nous proposons actuellement près d’une centaine de centres Spaces dans le monde. Nous allons ouvrir, l’année prochaine, un espace rue de Londres et comptons continuer notre développement à Paris, mais aussi dans les grandes métropoles régionales.

Comment fonctionne votre « business model » en matière immobilière ?

Nous prenons en location les immeubles auprès de grands propriétaires, dans le cadre de baux long terme. Puis, nous organisons le reste : l’accueil, les services, la gestion des surfaces, des fournisseurs et même la maintenance technique de l’immeuble. Nous proposons, ainsi, un contrat de services à nos clients et non une sous-location. Nous avons pour objectif de développer nos marques et renforcer notre présence par le nombre d’implantations. C’est aussi pour cela que nous avons vocation à nous implanter, avec Spaces notamment, dans les quartiers « alternatifs » de Paris. En régions, nous sommes déjà présents dans une quarantaine de villes et les expansions se font à un rythme soutenu. Par exemple, à Lille, nous avions un centre il y a un an ; nous en avons ouvert un second cette année, un troisième est prévu avant la fin de l’année et deux autres doivent ouvrir au cours de 2018. Nous ne regardons pas la taille de la ville, mais le dynamisme et les besoins de ses employé(e)s.

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Quel positionnement par rapport à vos concurrents ?

La différence de Spaces par rapport à d’autres sociétés proposant des espaces de coworking avec services associés repose sur plusieurs éléments : tout d’abord, par sa communauté, Spaces relève d’enjeux très professionnels. Nos clients cherchent, avant tout, à faire du business, pas à se divertir entre eux. Ensuite, nous attachons une grande importance à la beauté, à l’identité de chaque lieu : une architecture unique est proposée dans chaque centre Spaces, toujours dans le thème du quartier, de l’immeuble.

Nous faisons également jouer les synergies avec nos autres marques : nos clients — Spaces ou Regus — ont la possibilité de se rendre dans n’importe lequel de nos centres, qu’importe la marque. Cela répond à une de leurs principales attentes ; 55 % de nos clients se déplacent fréquemment à travers le monde.

Plus précisément, quels quartiers regardez- vous lors de votre choix d’immeuble ?

Nous visons, à Paris, la zone bien établie du « Silicon Sentier », ce nouveau « Triangle d’Or » qui part de l’Opéra pour aller jusqu’à Réaumur, en passant au nord par le boulevard Poissonnière. Cette exigence, que nous avons eu dès les premières études d’implantation des premiers « Spaces », explique aussi le temps que nous avons pris pour déployer la marque sur Paris. Une exigence que nous ne regrettons pas au final. Maintenant, nous savons que les besoins existent dans tous les secteurs et c’est aussi pour cela que nous sommes allés à Boulogne-Billancourt. Nous continuerons à ouvrir des espaces dans l’ouest parisien (et francilien), nous ouvrirons aussi dans l’est… L’ère du coworking ne se limite pas à des quartiers d’affaires bien circonscris ; nous faisons de même.

Spaces Réaumur BC

Quid de Regus ?

Regus est, en soi, une forme de coworking : des espaces partagés, des services mutualisés, une communauté… Avec Spaces, nous poussons le concept de base un peu plus loin, mais les similitudes sont là. Disons que les clients Regus privilégient un peu plus les espaces privatisés que les espaces collectifs.

Cela ne veut pas, non plus, dire qu’une marque va absorber l’autre, la remplacer, la phagocyter. Nous gardons notre déclinaison de plusieurs marques comme un moyen de répondre à toutes les situations où il est nécessaire, pour un groupe de personnes, de travailler dans un lieu tiers, de se rassembler, d’échanger autour de son travail. Nos clients Spaces n’étaient pas clients de Regus, donc il n’existe pas de phénomène de transfert d’une marque à l’autre, mais il s’agit bien d’une ouverture.

Au final, quelle stratégie globale pour toutes vos marques ?

Au fur et à mesure que le coworking se développe, que l’offre s’étoffe et se diversifie, les besoins de ces salariés nomades, connectés, sont de plus en plus précis. Le modèle que nous développons vise à disposer d’une marque par « profil », par typologie de salariés. Ainsi, outre Spaces et Regus, nous proposons « Regus Express » dans les zones de très fort nomadisme, notamment les gares et les aéroports. Et nous avons lancé « Stop & Work », en joint-venture avec la Caisse des Dépôts et Orange (et dans laquelle nous sommes majoritaires): nous apportons des tiers-lieux dans des zones résidentielles de deuxième ou troisième couronnes des agglomérations. Ceci répond à un besoin prégnant de ces travailleurs qui ont pour choix, soit de prendre les transports pour se rendre à leur travail en centre-ville — et pour une bonne partie des franciliens, cela représente plus de deux heures par jour —, soit de bénéficier de télétravail et, bien souvent, il n’est pas possible pour eux d’aménager un coin bureau dans leur logement. D’où cette idée de tiers-lieux, qui permet de développer une communauté très locale, très structurante pour la ville ; les municipalités et collectivités voient ces implantations d’un bon œil… quand elles ne sont pas tout simplement parties prenantes.

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Comment traduisez-vous cette porosité entre vos marques ?

Nous sommes très transparents en matière com- merciale et proposons trois formules: l’option la plus simple et la moins onéreuse est la location d’un simple bureau, qui donne accès aux services et au réseau. Vous pouvez également souscrire en tant que membre du « business club », qui vous donne en plus accès aux espaces de coworking de Spaces. Enfin, nous proposons également une carte « Business World », sur le même modèle que les cartes « frequent flyer », qui vous ouvre les portes des « business lounges » Regus. Tous nos abonnements fonctionnent au mois, avec possibilité de prendre plus ou moins d’espace sans perte d’avantages et donnent accès, sans limitation, à nos 3 000 centres dans le monde, qui couvrent 1 000 villes dans plus de 100 pays. Nous partons du principe qu’un travailleur qui sort d’un rendez-vous en centre-ville avec des clients n’aura aucun intérêt à retourner à son siège social s’il a un centre Regus — ou d’une autre de nos marques — à toute proximité. Sachant qu’en Ile-de- France, nous avons plus de centres Regus qu’il n’y a de cafés Starbucks…

Jean-Baptiste Favier

Chef des informations

Édito
par Thierry Mouthiez

le 23/04/2018

Très cher Brexit…

En hausse de 13 % à l’issue du premier trimestre, le dynamisme de la demande placée de bureaux en Ile-de-France pourrait bien se voir renforcée par les conséquences du Brexit. Enfin ne manqueront pas de dire certains, car on en parle depuis près d’un an maintenant !

A ce sujet, Gérard Mestrallet, président d’Engie, interrogé par « Le Figaro » le 17 avril dernier en tant que président de Paris Europlace (à l’occasion de la tenue du forum annuel de Paris Europlace organisé à New York), précise : « très vite après le référendum, HSBC a annoncé qu’elle prévoyait de transférer 1 000 emplois à Paris. Puis, depuis octobre dernier, Bank of America Merrill Lynch, 400 traders ; JP Morgan va augmenter ses effectifs de 25 % à Paris ; Morgan Stanley installe 300 personnes. Les grandes banques françaises ont annoncé le transfert de 1 000 personnes. Dans le domaine de la gestion d’actifs, Schroeder, mais également les gérants français, Clerville Asset Management, Eleva, Smart Lenders redéveloppent leurs équipes à Paris. L’assureur Chubb a décidé de faire de Paris son centre européen. Tout cela représente déjà 3 000 à 4 000 emplois directs, soit environ 15 000 à 20 000 emplois au total. Paris fait ainsi deux fois mieux que Francfort »… Auparavant, Gérard Mestrallet avait mis en avant que « le régime des impatriés avait été amélioré de façon très substantielle par le gouvernement Valls et il devrait l’être encore davantage avec l’exonération de cotisation retraite pour les impatriés pendant six ans qui figurera dans la loi Pacte de Bruno Le Maire. Ce régime deviendra le plus favorable de toute l’Europe : un cadre international qui viendra de Londres à Paris paiera moins d’impôts à Paris »…

Un mouvement qui ne pourra que profiter à la demande de bureaux. C’est, d’ailleurs, ce que soulignait Ludovic Delaisse, directeur du département agence de Cushman & Wakefield, dans une interview exclusive publiée sur Immoweek.fr le 10 avril dernier, déclarant : « cette dynamique (du marché, ndlr) sera aussi très certainement alimentée par les besoins résultants du Brexit. Actuellement, Cushman & Wakefield conseille plusieurs utilisateurs dans ce cadre »… Déjà, Marie-Laure Leclercq de Sousa, à la tête de l’agence chez JLL, déclarait dans une interview exclusive du 2 mars dernier : « nous sommes très proches de nos collègues britanniques et suivons de près le mouvement du Brexit pour accueillir à Paris de nouveaux transfuges londoniens en « mid market » et en grands projets »…

Bref, si l’on ne peut que déplorer cette décision des Britanniques envers l’Europe, au moins le secteur de l’immobilier d’entreprise hexagonal (et pas que…) devrait-il en profiter !

Portrait

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