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Déborah Fritz (MYRE) : la digitalisation de l’asset management en marche…

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le 26 Avr 2018

Constatant que si l’immobilier tertiaire s’est financiarisé, il ne s’est, en revanche, pas digitalisé, Déborah Fritz, ancienne de Beacon Capital Partners France, a décidé de créer, avec d’autres professionnels, l’outil qui lui manquait : une plate-forme spécifique pour les asset managers leur permettant de se concentrer sur la création de valeur. Résultat : en quelques semaines, MYRE, ce nouvel outil, pilote déjà plus de 600 000 m2 de bureaux. Et sa créatrice est bien décidée à adapter cet outil à d’autres classes d’actifs immobiliers et à le proposer dans d’autres pays. Son objectif : « devenir le leader européen des solutions de gestion globale d’actifs immobiliers d’ici 2022 ». Elle en dit plus…

Qui est à l’origine de la création de MYRE et quand la plate-forme a-t-elle été lancée ?

Après huit années en tant que directrice administratif et financier de Beacon Capital Partners en France, j’ai voulu créer l’outil dont j’aurais aimé disposer. En effet, depuis plus d’une dizaine d’années, le marché de l’immobilier tertiaire s’est financiarisé, s’est accéléré, mais ne s’est pas digitalisé. Depuis quelques années, je réfléchissais donc à apporter un outil métier dédié aux asset managers d’actifs tertiaires, leur facilitant la collecte et la diffusion de données, afin de leur permettre de se concentrer sur des activités à forte valeur ajoutée. Aujourd’hui, les acteurs de l’immobilier sont prêts à investir dans la « proptech ».

Le projet a pu se concrétiser grâce non seulement à la réflexion de quatre experts issus du monde de l’immobilier et des nouvelles technologies (avec Arnaud Fritz, ex-partner de PwC ; Ariel Boukobza, ex-sales manager chez SAP et Isabelle Cohen, ex-notaire), mais également grâce à la rencontre d’acteurs majeurs de l’immobilier qui ont cru dans le projet. MYRE a ainsi vu le jour en décembre 2016.

MYRE repose sur une double expertise, à la fois immobilière et technologique.

Une première levée de fonds de 500 000 euros a été réalisée en juin 2017 et doublée par la BPI et BNP Paribas. Fort de notre premier million de financement, nous avons pu démarrer et commercialiser notre produit. Nous avons officiellement lancé la commercialisation du produit cette année au Mipim. A ce jour, plus de 600 000 m² de bureaux sont pilotés via MYRE, soit plus de 80 immeubles avec des niveaux de complexité très différents. Et nous projetons une levée de fonds de l’ordre de 2 millions d’euros pour la fin de cette année. Cette seconde levée de fonds nous permettra de pousser plus loin notre modèle et de commencer à appréhender notre développement international…

Quel est l’objectif de la plate-forme ?

Nous constatons que l’univers de l’immobilier tertiaire a changé : depuis plus de dix ans, la financiarisation de l’immobilier implique un besoin de transparence et d’intégrité de l’information, ainsi que de rapidité de calculs. Et il reste peu digitalisé avec des outils financiers obsolètes et peu flexibles, qui n’autorisent pas de vision globale ; une complexité de l’accès à l’information, ainsi qu’un manque de connections entre les acteurs et les différents logiciels. Résultat : une perte de temps et d’argent. En effet, les asset managers passent, en moyenne, 30 % de leur temps à collecter et vérifier la fiabilité des données plutôt qu’à créer de la valeur ajoutée pour améliorer la performance de leur portefeuille.

C’est pourquoi, pour permettre aux asset managers d’obtenir les bonnes données, en temps réel afin de prendre les bonnes décisions, nous proposons une plate-forme collaborative réunissant tous les acteurs de l’écosystème immobilier. Il s’agit de passer d’un mode de communication itératif à un mode collaboratif. MYRE crée une communauté de travail autour de l’immeuble, ce qui permet d’optimiser la collecte et l’analyse des données juridiques et financières.

Quels sont les services rendus ?

MYRE centralise des informations hétérogènes provenant de sources multiples. Les données sont harmonisées, classées et archivées avant d’être analysées. La plate-forme accélère l’accès à l’information et fluidifie les échanges entre tous les acteurs concernés via un système de droits différenciés. MYRE permet, ainsi, à l’asset manager de gagner 30 % de son temps passé sur la collecte, la standardisation et le transfert de documents. En effet, sous forme de modules, nous couvrons, dans un premier temps, la collecte de données (une data room intelligente, le pilotage des baux, la structuration juridique de l’immeuble, la dette ou encore les informations relatives à de potentiels preneurs). Ces données sont fournies par l’ensemble de l’écosystème de l’immeuble.

Dans un deuxième temps, la plate-forme analyse les données et les restitue sous forme d’états locatifs passés, présents et futurs, de « cash flows », de « dash boards » (au niveau de l’actif, mais également au niveau du portefeuille incluant de nombreux indicateurs). Toutes les données collectées vont permettre d’établir des scenarii. D’ici deux ans, nous prévoyons d’ajouter de l’intelligence artificielle afin d’interagir encore plus avec les utilisateurs. C’est, entre autres, grâce à ce dernier point que nous avons obtenu le statut de Jeune entreprise innovante (JEI).

Quels sont les points forts et quels coûts pour les prestations proposées ?

MYRE est le seul outil à couvrir le cycle de vie complet d’un actif : acquisition, financement, commercialisation, asset management et cession, sur une plate-forme totalement sécurisée grâce à des modules adaptés à chaque phase. Les données juridiques alimentent les données financières. La plate-forme interagit avec l’utilisateur et joue le rôle d’assistant. La communication entre les équipes (internes comme externes) est renforcée grâce à une messagerie interne instantanée et un fil d’actualité permettant d’être alerté pour chaque événement concernant l’immeuble (information sur les dernières données inscrites sur MYRE, rappel de dates d’échéances locatives fiscales…). Il s’agit d’un outil sécurisé et toujours accessible. En effet, MYRE a été pensé et développé avec une approche « nouvelles technologies » : développement en mode SaaS, ce qui rend MYRE accessible à tout moment. L’interface utilisateur est développée de manière « responsive », donc également accessible depuis un téléphone ou une tablette. Les données sont stockées dans le « cloud » de manière sécurisée (chiffrement et authentification forte). Par ailleurs, il s’agit d’un outil convivial : simple à configurer, ludique dans l’utilisation, nous avons également mis l’accent sur le « web design » afin d’optimiser l’expérience utilisateur. Les retours sont, à ce jour, extrêmement positifs. MYRE cherche à apporter un souffle de modernité dans un univers souvent caractérisé par une austérité graphique.

L’alliance des compétences des quatre fondateurs est un véritable avantage concurrentiel : la finance et le cœur de business (immobilier), l’expertise notariale, les compétences technologiques et organisationnelles, ainsi que l’approche business de MYRE nous permettent de prendre la pleine mesure des enjeux du marché.

Quant au coût des prestations, la facturation de MYRE repose sur un abonnement facturé à l’asset manager. Nous proposons également un accompagnement sur mesure pour chaque client. Le « pricing » est un mix d’abonnement et de service  (basé sur un taux journalier moyen) adapté aux besoins métiers de chaque client. Nos équipes modélisent systématiquement un « pricing » dans le cadre d’une approche gagnant/gagnant pour le client.

Cette plate-forme est-elle appelée à évoluer ?

Nous vivons dans un monde où les avancées technologiques sont extrêmement rapides. Nous projetons de faire évoluer la plate-forme sur la base d’une à deux mises à jour par semestre. Ce rythme soutenu permet à nos équipes d’améliorer les fonctionnalités existantes de façon continue et de modéliser de nouvelles fonctionnalités très régulièrement. Nous sommes agiles et nous avons la volonté de faire évoluer la plate-forme en prenant en compte les remontées des expériences clients afin de s’adapter au mieux aux besoins exprimés.

Parallèlement aux évolutions technologiques, nous travaillons sur la mise en place de différents partenariats permettant aux asset managers d’accéder à plus d’informations de manière structurée et systématique.

A ce propos, quels premiers clients ?

Dès la création de MYRE, les deux premiers clients à nous avoir fait confiance sont B&C France et Northwood Investors. Ces deux acteurs majeurs du paysage français de l’immobilier tertiaire nous ont permis de travailler sur un panel d’actifs très différents et d’ajuster notre modélisation en conséquence.

Outre ces clients historiques, depuis mars, nous avons lancé un certain nombre de projets pilotes dont nous ne pouvons évoquer les noms à l’heure actuelle…

Prochains objectifs ?

L’aventure MYRE ne fait que commencer. Nous travaillons dès maintenant sur une adaptation du produit aux classes d’actifs de commerce, d’hôtellerie et d’établissements de santé et ambitionnons une commercialisation du produit dans deux pays européens d’ici 2020.

MYRE a également pour vocation de devenir un leader de l’innovation dans le domaine de l’immobilier. Nos équipes travaillent sur les modalités d’utilisation de la « blockchain » et de l’intelligence artificielle pour améliorer les usages clients. Un « smart contract » désigné par MYRE pourrait être mis en place dès fin 2020.

Notre objectif est de devenir le leader européen des solutions de gestion globale d’actifs immobiliers d’ici 2022…

Thierry Mouthiez

Directeur de la rédaction

Édito
par Arthur de Boutiny

le 22/05/2018

Un poumon vert pour le ventre de Paris

Les Halles achèvent leur métamorphose. Les héritiers des protestataires qui trouvaient le ventre de Paris défiguré par le déménagement des Halles via Rungis et la démolition des Pavillons Baltard avaient eu des héritiers. Depuis 2004, le Forum des Halles faisait office de chantier à ciel ouvert et la station de métro Châtelet-Les Halles (avec ses dédales de couloir et son « hub » souterrain) était redoutée par n’importe quel usager de la RATP. Le nouveau Forum des Halles, inauguré en 2016, avait déjà mis une dernière touche aux travaux ; le jardin Nelson Mandela, le parachève.

Inauguré le samedi 19 mai par Anne Hidalgo, le jardin baptisé du nom de l’ancien président sud-africain s’étend sur 4,3 hectares et fait le lien entre la Canopée, ouverte en avril 2016, et la Bourse du Commerce. Cinq ans de travaux ont été nécessaires pour finaliser les plans de l’agence Seura et Philippe Raguin Paysagiste, ainsi que 33 millions d’euros de budget.

Parmi les aménagements proposés dans ce jardin, on peut compter une grande prairie, un jardin d’aventures, des lisières boisées, des pistes de pétanque, des jeux d’eaux, 2 500 m2 d’aires de jeux pour les 7-11 ans et 1 400 m2 consacrés au 2-6 ans. 500 arbres, de différentes essences, permettent de créer un véritable poumon vert au coeur de Paris, alors que ce jardin accessible aux handicapés était déjà dévoilé en partie.

Symbolique, la création de ce jardin l’est, puisqu’il fait le lien avec la Canopée des Halles, après dix ans de travaux, qui avait permis de rendre la place à nouveau traversable à pied et avait doté la station la plus fréquentée de la Capitale d’un véritable centre commercial de 75 000 m2, sous la houlette d’Unibail-Rodamco et d’AXA et dont le succès n’avait pas démérité… Mais il permet aussi de rejoindre à pied l’Eglise Saint-Eustache et la Bourse du Commerce, dont les travaux doivent s’achever en 2019. A la clé, un nouveau musée exceptionnel pour Paris, puisque ce dernier bâtiment accueillera la Fondation Pinault.

Des années de travaux sans interrompre la vie bourdonnante du quartier et de ses transports, pour un coeur de Paris refait à neuf, verdi et aménagé au maximum… Cela en valait la peine !

Portrait

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