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Thierry Laroue-Pont (BNP Paribas Real Estate) : « sous les meilleurs auspices »…

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le 04 Sep 2018

Si BNP Paribas Real Estate a réalisé, l’an dernier, le meilleur exercice de son histoire, Thierry Laroue-Pont, président du directoire, est bien résolu à faire encore mieux en 2018. Et ce, dans toutes les lignes de métier qu’il passe au crible dans le cadre de marchés immobiliers pour lesquels il parle d’un « alignement de planètes historique autour de l’attractivité de la France »…

Quel bilan, globalement, pour BNP Paribas Real Estate au 1er semestre ?

Le challenge 2018 est élevé pour BNP Paribas Real Estate, 2017 ayant été une année historique avec 810 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 110 millions de plus qu’en 2016, et un résultat net avant impôts qui s’est élevé à 164 millions. 2017 était, ainsi, la meilleure année en terme de revenu depuis la création du groupe. Finalement, la performance 2017 sera améliorée, 2018 s’annonçant sous les meilleurs auspices, avec des revenus qui dépasseront vraisemblablement les 930 millions d’euros et une progression supérieure à 2017 pour l’ensemble de nos cinq lignes de métier.

Le socle de notre groupe est clairement constitué par un « business model » multimétiers équilibré avec, toutefois, une forte progression des services qui représentent 75 % du chiffre d’affaires. BNP Paribas Real Estate se présente également comme un groupe de plus en plus européen, puisque 63 % de ses 5 100 collaborateurs travaillent désormais en dehors de France.

Comment se porte la promotion ?

Dans cette activité, les résultats de 2018 seront supérieurs à ceux de l’année précédente avec un chiffre d’affaires supérieur à 130 millions d’euros.

Dans le tertiaire, les mises en chantier progressent et représentent près de 200 000 m2 sur 2018. Et nous avons du grain à moudre pour 2019 et 2020 avec 200 000 m2 supplémentaires constitués par le pipeline des opérations sous promesse ou en montage. Parmi les plus notables dans les livraisons figurent les 42 000 m2 du futur siège de Novartis France, à Rueil-Malmaison (92), vendus à l’investisseur coréen KIS (Korean Investment Securities) ou encore « L’Elyps », à Fontenay-sous-Bois (94), intégralement loué à la RATP et vendu à Sogecap.

2018 est également l’année d’un fort développement européen de la promotion en immobilier d’entreprise chez BNP Paribas Real Estate avec 80 000 m2 de bureaux et logements développés sur le site Alcantara, à Lisbonne ou encore, à Francfort, l’opération 99 West Tower de 25 000 m2 partiellement loués à BNP Paribas. C’est aussi une année de changement dans le management avec l’arrivée aux manettes d’un jeune quadra « pur produit maison », Thomas Charvet, qui succède à Bruno Pinard.

Le site Alcantara, à Lisbonne, où sont développés 80 000 m2 de bureaux et logements

Côté résidentiel, en accord avec notre actionnaire, nous avons souhaité accélérer fortement cette activité sous la houlette d’Olivier Bokobza, en passant de 1 400 lots à plus de 3 000 et en nous positionnant sur des opérations mixtes en Ile-de-France et dans les grandes métropoles régionales telles que Lyon, Nice, Marseille et Bordeaux.

L’activité résidentielle est « boostée » par un paysage politique apaisé, un environnement de taux d’intérêt historiquement bas et la reconduction des mesures d’incitation fiscale, notamment le dispositif Pinel. Les résultats sont clairs avec une tendance très favorable tant dans l’ancien que dans le neuf, une progression de 9 % des volumes et de près de 5 % des prix en Ile-de-France. Nos lancements commerciaux de mi-année confirment cet appétit, que ce soit à Courbevoie (92), sur le Village Delage (en copromotion avec Interconstruction) où plus des deux tiers de nos 168 lots ont déjà trouvé preneurs ou à Saint-Ouen (93) où 80 % des 215 lots de l’opération Vogue (en copromotion avec Emerige) font l’objet de réservations.

Et les activités de services ?

Nos activités de services génèrent 75 % des revenus de BNP Paribas Real Estate avec, d’un côté, les activités dites « advisory » (transaction, expertise et conseil), qui tangenteront, cette année, le demi-milliard d’euros de revenus et, de l’autre, le property management, qui va dépasser les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et l’investment management qui affiche une croissance à deux chiffres…

S’agissant des activités d' »advisory », notre stratégie consiste à conforter notre position de numéro 1 en France avec Laurent Boucher et en Allemagne avec Piotr Bienkowski et à renforcer nos parts de marchés dans les pays « advisory 9″ (Europe, hors France, Grande-Bretagne et Allemagne, ndlr). Ce qui a été réalisé en recrutant massivement, notamment en Italie, en Espagne et au Benelux.

Le property management est une activité historique et stratégique pour BNP Paribas Real Estate car elle constitue l’une des lignes de métier les plus européennes, qui nous permet, ainsi, de servir de grands clients paneuropéens. C’est aussi une ligne de métier avec une grande récurrence des revenus et une cyclicité très différente de celle de l' »advisory ». C’est une activité qui affiche une constante progression de son portefeuille d’actifs puisque, avec les équipes de Lauric Leclerc, nous gérons, désormais, plus de 42 millions de mètres carrés en Europe avec près de 1 000 collaborateurs. Nous pouvons afficher de beaux succès avec quelques grands clients que ce soit au Royaume-Uni avec Transports For London pour qui nous allons gérer 2 500 baux dans l’ensemble du pays ou encore Allianz, pour qui nous allons gérer près de 160 immeubles. C’est également une activité sur laquelle nous structurons une offre de services autour de nouveaux usages tels que la e-conciergerie, les community services, happyness managers… tout en lançant, avec la banque, un nouveau chantier de valorisation de la data puisque ce sont les données de plus d’1,5 million d’utilisateurs que nous gérons…

Les activités d’investment management peuvent faire valoir une progression régulière des actifs sous gestion qui représentent, aujourd’hui, près de 29 milliards d’euros. Le 1er semestre a été marqué par un volume de transactions de 2,6 milliards d’euros, dont 1,6 milliard pour les acquisitions et 1 milliard pour les ventes. Ce succès a, d’ailleurs, été traduit par le fait qu’Accès Valeur Pierre a reçu, pour la deuxième année consécutive, le titre de « Victoire des SCPI du Particulier 2018 ».

Après l’acquisition de Strutt & Parker en Grande-Bretagne, la croissance externe est-elle toujours à l’ordre du jour ?

L’acquisition de Strutt & Parker a été structurante pour l’activité d' »advisory » puisque le Royaume-Uni constitue, désormais, le deuxième contributeur au chiffre d’affaires de BNP Paribas Real Estate. Et nous disposons, depuis, d’une position de numéro 5 en « brokerage » en Grande-Bretagne, de numéro 2 en « business rural » et de numéro 3 en résidentiel haut-de-gamme avec 1 500 collaborateurs répartis dans 67 bureaux. Nous visons les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2020/2021, en ligne directe avec la stratégie de développement de BNP Paribas en Grande-Bretagne où le groupe compte près de 10 000 collaborateurs. Cette stratégie de développement tient non seulement à la taille du marché britannique de l’investissement, qui représente 72 milliards d’euros par rapport aux 268 milliards d’euros investis dans l’immobilier en Europe, mais également à une synergie très forte entre les grands donneurs d’ordre internationaux basés outre-Manche et l’Europe continentale.

Pour revenir à la croissance externe, nous avons une attitude assez pragmatique. Notre groupe a toujours progressé à la fois par croissance organique et externe. Et nous restons attentifs à toute croissance potentielle dès lors qu’elle est en ligne avec nos axes de développement (commerce, logistique…).

Quel regard portez-vous sur le marché de l’habitation ?

Notre conviction est que le marché résidentiel en Europe sera durablement porteur. En revanche, ce développement doit faire face à un renchérissement significatif des fonciers et à un cycle de production qui reste pénalisé par les recours. Pour BNP Paribas Real Estate, la stratégie logement est fortement liée à l’ambition que nous avons de nous positionner sur des opérations mixtes tertiaire/résidentiel/hôtellerie. A l’exemple de Ternes (bureaux, logements, commerces), dans le cadre de Réinventer Paris, qui devrait être livrée en 2023 ou Paris 17&CO (bureaux, hôtellerie, auberge de jeunesse, espaces de co living, commerces et loisirs collaboratifs) remportée dans le cadre d’Inventer la Métropole du Grand Paris ou encore l’opération des Docks de Saint-Ouen (58 000 m2 de bureaux et 20 000 m2 de logements). Cette mixité des usages est largement attendue par les municipalités comme par les utilisateurs des bureaux et les occupants des logements. Nous créons, d’ailleurs, une direction des grands projets mixtes pour accompagner notre stratégie de développement sur les grandes opérations… Cette direction sera animée par Séverine Chapus, ex-Dassault Systèmes, qui nous rejoint mi-septembre.

Et le marché tertiaire, locatif et de l’investissement ?

Nous avons un alignement de planètes historique autour de l’attractivité de la France. Tous les rendez-vous réalisés avec nos plate-formes en Asie/Pacifique et au Moyen-Orient confirment que la France est « the place to be » en terme d’investissement, tous types d’actifs confondus. Il est anormal que l’Hexagone n’occupe qu’une place de numéro 3 avec 31 milliards d’euros investis lorsque l’Allemagne est à près de 60 milliards et le Royaume-Uni à plus de 70. Je pense que l’effet cumulé, là encore, d’une situation politique plus apaisée par rapport à d’autres voisins européens et d’une dynamique très forte attendue sur le marché locatif doit naturellement, sur 2018 et les années à venir, alimenter cette dynamique de l’investissement. Dans ce cadre, rappelons que le fait que BNP Paribas Real Estate appartienne au groupe BNP Paribas nous donne un accès unique aux grands clients de la banque, qu’ils soient fonds souverains, investisseurs privés fortunés ou grands clients corporates.

Quel est votre objectif à terme pour BNP Paribas Real Estate ?

L’objectif en terme de chiffre d’affaires vise à dépasser le milliard d’euros à l’horizon 2021 avec pour ambition de devenir, à terme, le « best in class » dans l’ensemble des classes d’actifs. C’est aussi de renforcer les synergies avec le groupe BNP Paribas, que ce soit avec la banque en tant qu’utilisateur, avec BNP Paribas REIM et Cardif en tant qu’investisseur ou avec BNP Paribas CIB (Corporate Investment Bank) en tant que prescripteur de grands clients corporates.

Indépendamment des objectifs de chiffre d’affaires, de croissance de parts de marché, de positionnement produit et de développement de lignes de métier, l’objectif vise aussi à donner toujours plus de sens à notre action en étant un acteur éthique avec une politique RSE volontariste, baptisée Inspire RE 2020, portée par Catherine Papillon. Cette approche traduit une réelle volonté, fortement attendue par nos collaborateurs comme par nos clients. Elle prend différentes formes tels que les sujets cruciaux de diversité et de féminisation du groupe, d’engagement clair dans certaines labellisations d’immeubles ou initiatives solidaires telles que celles réalisées avec Solidoffice (mise à disposition d’espaces de bureaux auprès de personnes en recherche d’emploi).

Enfin, notre groupe doit fédérer nos différents métiers autour de l’innovation qui constitue un axe majeur d’amélioration de ces derniers. C’est une révolution qui est conduite, chez nous, par Kevin Cardona et qui nous fait passer de l’ère de l’internet des objects à celle de l’internet des services. Deux exemples : Issy Préférence, premier immeuble de logements connecté, fruit d’une collaboration entre BNP Paribas Real Estate, Legrand, La Poste et Apple. Et nous avons lancé, il y a maintenant cinq mois, une expérience d’holoportation avec la startup Mimesys qui permet à un interlocuteur basé à Londres, par exemple, de converser avec un acheteur basé à Hong Kong pour vendre un actif situé à Paris…

Issy Préférence, premier immeuble de logements connecté, fruit d’une collaboration entre BNP Paribas Real Estate, Legrand, La Poste et Apple

Thierry Mouthiez

Directeur de la rédaction

Édito
par Pascal Bonnefille

le 21/09/2018

Les bureaux : jamais plus « comme avant » !

Il ne se passe pas de jours où la découverte de nouveaux lieux, de nouveaux sièges sociaux ne démontrent une réalité qui s’est imposée. Nous ne pourrons plus concevoir les bureaux « comme avant ». Avant quoi d’ailleurs ? Avant la révolution du coworking, du flex (quel qu’en soit le degré), du « workwell » comme dirait la dynamisante Anne Schneegants dont les locaux sont inspirants.

Ce matin encore, visitant le «show-room » Vitra, à l’invitation d’Isabelle de Ponfilly, dont le professionnalisme et la disponibilité sont bien connus, il était évident, pour les participantes (j’étais le seul homme), que plus personne ne voulait de bureaux « comme autrefois ». Et que toutes les structures immobilières s’y prêtent à merveille. A l’origine, Vitra avait d’ailleurs choisi comme lieu de présentation, une ancienne usine. Aujourd’hui, c’est dans de l’haussmannien (superbement réhabilité par Groupama Immobilier – bravo Eric Donnet) que les meubles, et peut-être surtout les ambiances sont présentés. Et les stucs XIXème sont parfaitement cohérents avec le design le plus contemporain (on rêve face aux « grands classiques » du design, mais on admire beaucoup le travail des frères Bouirroulec).

C’est tout un symbole pour l’immobilier : la modernité peut être partout implantée et pas seulement à La Défense. Simplement, les usages ne peuvent, définitivement plus, être conçus de la même manière. Adieu aux salles de réunions inutilisées les trois quarts du temps, adieu aux entrées vides et inutiles, adieu aux bureaux des « chefs » qui comptaient leur pouvoir au nombre de fenêtres et/ou de lampes, de canapés… ou de téléphones. Et tout le monde est concerné ! Etant l’invité d’une grande structure publique à Bordeaux, je rencontrais hier son responsable qui précisait que son premier geste avait été de ne plus occuper le vaste bureau (beaucoup de fenêtres !) de son prédécesseur et d’utiliser sa propre pièce de travail comme une salle de réunion, d’échanges (on allait dire de vie !). Il y a certainement des inconvénients à ces nouvelles formes de travail, mais mesurons-en les avantages. Et, même pour une petite PME comme la nôtre, le défi est enclenché. Dès l’année prochaine, nous concevrons « autrement » nos propres bureaux. Et certainement pas « comme avant » !

Portrait

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