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Nous avons changé !

Points de vueBureaux

le 13 Juil 2018

Marc-Antoine Jamet, tout nouveau président du Cercle Pierres d’Or, secrétaire général et directeur immobilier du groupe LVMH s’est exprimé dans la « Lettre du Cercle ». Nous reproduisons sa tribune, adressée aux membres.

L’immobilier en France n’a pas toujours eu bonne réputation. Il faut dire que notre profession, entre incitations, pressions, sollicitations et recommandations, y a parfois mis du sien. Garantie-ceci et Urba-cela, les noms d’affaires, plus ou moins « compliquées », résonnent encore entre les tours du Front de Seine et celles de La Défense. Chaque mercredi, un journal satirique s’en faisait l’écho. Les « trente glorieuses », à intervalles réguliers, furent donc jalonnées de grands éclats et de petits écarts. Nous vivions des temps héroïques : poussée démographique, reconstruction, retour des rapatriés, modernisation, croissance industrielle, urbanisation. Une éthique se forge dans la durée. Une épopée relève toujours un peu du western. Pour suivre des règles, encore faut-il les imaginer et, pour cela, en ressentir la nécessité…

Un minimum de lucidité conduirait à mobiliser d’autres facteurs pour expliquer cette situation préhistorique. Les élèves de Le Corbusier peuplaient les écoles d’architectures. Les théories du génie suisse et, à ses heures, misanthrope envahissaient les paysages. La conscience qu’il fallait protéger l’environnement se limitait à la diffusion de « La France défigurée », émission devenue culte sur l’unique chaîne de télévision. Les besoins du pays, ses retards, ses cicatrices, impliquaient simplicité et rapidité. Elles ne sont pas toujours, dans le bâtiment, les synonymes premiers de qualité et de solidité. Le rythme auquel le pays se transformait, citadin plus que rural, tertiaire plus qu’ouvrier, exigeant plus que patient, s’était emballé. Il fallait changer les usines, les bureaux, les logements. Tout. La vitesse devenait vertige. C’était il y a 50 ans. C’était en mai 68. C’était il y a une éternité.

Ajoutons le rapport étrange à l’immobilier de nos concitoyens, locataires aspirant à devenir propriétaires, occupants d’appartements rêvant de vivre dans des maisons, partisans des réserves naturelles et du retour à la terre, mais acceptant mitage foncier et expansion des villes. Ces contradictions sont, chez nous plus que chez d’autres, européens ou américains, assujetties à tant de ressorts psychologiques. On achète un bien pour se loger, compléter sa retraite et le transmettre à ses enfants. Le domicile est l’endroit où on vit, où on aime, où on reçoit. La famille, l’amitié, l’emploi, souvent, sont tributaires de sa proximité, de son calme, de son confort. Tous les ingrédients ont donc été souvent réunis, encore aujourd’hui, pour qu’éclatent sur nos têtes des tragédies quasi nationales. Trésorerie des bailleurs sociaux, plan Borloo, accessibilité des personnes handicapées, dispositif Pinel, hauteur des tours à Paris, pas une semaine sans sa grenade dégoupillée.

C’est dans ce climat, dans ce décor, dans cette mémoire que notre industrie s’est développée. Une certaine image en est restée. Injustement. Excellence productive, exigence esthétique, impératif écologique, volonté de performance et d’innovation sont devenus nos valeurs. Au fur et à mesure que les moyens de la puissance publique étaient comptés, nous avons apporté à la pierre et à la production de l’argent privé. Nous avons façonné les villes, les banlieues, les campagnes. Il était temps. Nous avons construit des écoles et des bureaux, des résidences et des ateliers, des fabriques et des équipements. Nous sommes devenus les architectes de nos cités, les acteurs du renouvellement urbain, les protecteurs du patrimoine, les supporters de notre économie, les promoteurs d’une certaine qualité de vie à l’européenne, d’un art de bâtir à la française dont Philippe Pelletier s’est fait, pour nous, la voix. Comme à New-York, Dubaï, Shanghai ou Tokyo, nous avons privilégié les matériaux, les silhouettes et les lignes. Géomètres, financiers, aménageurs, ingénieurs, sociologues, urbanistes, énergéticiens, nous avons mobilisé des compétences, inventé des métiers, créé de la richesse, apporté des moyens et des idées pour transformer et, de plus en plus souvent, améliorer ce qui nous entoure, un centre-ville, un littoral, une zone d’activité pour que chacun vive mieux, plus longtemps, plus heureux. Nous avons conforté une identité française. Bref, nous avons individuellement évolué, mûri, progressé, mais ce sont surtout nos valeurs, nos objectifs, nos méthodes et nos moteurs qui ont collectivement changé. Il appartient au Cercle Pierres d’Or, dans son entier, de le faire savoir, comprendre et accepter. C’est ainsi que nous pourrions, ensemble, réfléchir, agir et travailler.

Marc-Antoine Jamet

La rédaction d'immoweek

Édito
par Pascal Bonnefille

le 27/07/2018

Vacances : j’oublie tout (ou presque)…

Avant la rupture du mois d’août, grande tradition hexagonale qu’Immoweek respecte en interrompant ce « 13 heures » jusqu’au 20 août, il n’est pas inutile de dresser un bilan, rapide, de la situation des marchés et des professionnels qui les font vivre. On a déjà eu l’occasion de le constater : le secteur immobilier vit actuellement une forme de schizophrénie ou, si l’on préfère, joue en même temps à Jean qui rit et Jean qui pleure. Côté larmes, on sent pointer l’inquiétude de la FFB avec tous les acteurs concernés, promoteurs au premier rang, analysant la baisse des mises en chantier, dans le secteur social comme dans celui des maisons individuelles. Le monde HLM, majoritairement, soumis à une réforme qui va tailler dans les structures, changer les mécanismes, est aussi inquiet. Côté joies, on comptera bien sûr le monde de l’immobilier d’entreprise, qui dans la promotion comme dans l’investissement, dans la location (avec le meilleur 1er semestre depuis 10 ans !) comme dans la gestion voit la vie en rose.

Mais cette situation, différenciée, n’est pas si facile à présenter- on allait dire à défendre !- aux pouvoirs publics, aux responsables de la Cohésion des territoires, comme à Bercy, toujours là pour serrer les cordons de la bourse. Car les résultats des promoteurs sont excellents (nous ne reprendrons pas la litanie des chiffres 2017, souvent records), ceux des foncières également (même si la Bourse ne leur est pas favorable en ce moment) et les innovations, les start-ups, les nouvelles générations sont de plus en plus présentes, parfois au premier plan. Bref, le secteur ne dort pas et n’a pas dormi. On peut être certain qu’après ces quelques jours, nous retrouverons un secteur en pleine rénovation – le mot est choisi. Comme toujours, les mutations seront parfois difficiles, et même douloureuses : espérons en commun que les nuages iront en s’éclaircissant, même dans le secteur HLM. Et que nous pourrons collectivement tout oublier (ou presque) pendant ces vacances que nous vous souhaitons belles, reposantes ou au contraire dynamisantes, en tout cas heureuses.

Portrait

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