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Lafayette Anticipations, ou quand « l’immobilier devient mobile »

ActualitésTerritoires

le 13 Mar 2018

Une rue discrète du côté perpendiculaire à la rue des Archives, une entrée qui l’est tout autant : point d’ostentation dans Lafayette Anticipations, la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, qui a ouvert ses portes au public ce samedi 10 mars.

C’est au cœur du Marais, dans le 4ème arrondissement de Paris, que le groupe Galeries Lafayette a choisi d’installer sa fondation, dans un immeuble datant de la fin du XIXème siècle, propriété du BHV. De ce bâtiment de 2 200 m2, l’architecte Rem Koolhas (dont c’est le premier projet à Paris) a fait un lieu mariant histoire des vieilles pierres et modernité.

vue coeurLe résultat est un plan en U –le cœur de l’immeuble a été complètement ôté – et sept niveaux donnant sur une cour centrale, surplombé sur l’un de ses côtés par une tour de verre. Une traverse, ouverte au public, au cœur de la Fondation, permet aux passants de gagner, depuis la rue du Plâtre, la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, où sera bientôt ouvert le premier Eataly de France, à l’initiative, là aussi, des Galeries Lafayette. En poursuivant le parcours, on atteint ensuite le BHV, autre magasin emblématique du groupe.
C’est une « intervention architecturale » tout en douceur qu’a ici réalisée l’équipe d’OMA (l’agence de Rem Koolhas), articulant, comme l’explique le groupe Galeries Lafayette, « deux conditions a priori contradictoires : une volonté de flexibilité programmatique maximale et des exigences de préservation patrimoniales et réglementaires très strictes ». « Le souhait était » précise Eric Costa, qui dirige Citynove, la structure immobilière des Galeries Lafayette qui a suivi le projet, « d’être au service de la création, avec une proposition radicale, contemporaine, mariée à l’héritage du bâtiment et son histoire. Le beau, ce n’est pas ce qui est lisse, mais aussi ce qui a pu être réparé, à l’image du kintsugi  (« jointure en or »), méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques ». Un art qui consiste à redonner de la valeur à un objet qui a pu être brisé et « porte l’attention de celle ou celui qui l’a réparé, l’a embelli, lui a donné une marque » apprend-on au sujet de cette tradition. Et le challenge semble avoir séduit Rem Koolhas : « dans notre travail, nous expérimentons depuis longtemps la possibilité de disparaître en tant qu’architecte. Nous avons commencé ce projet avec un lieu préexistant dont la conservation totale nous a été imposée. C’est ce qui a entraîné la rencontre d’un bâtiment du XIXème siècle et d’une machine dont l’emplacement et les proportions sont précisément dictés par lui. Il est fascinant de constater combien notre « effacement » donne une identité forte à ce lieu. Voir se manifester sous nos yeux le changement physique des proportions du bâtiment et offrir ainsi aux artistes la possibilité de composer les mesures de leur espace, presque au jour le jour, est très stimulant ».

Naissance d’un ensemble immobilier « hyperflexible »

traverseAu cœur de ce secteur extrêmement protégé (par les ABF et diverses associations) de Paris, « cela a été un casse-tête pour convaincre que c’était possible » se rappelle Eric Costa. « De nombreuses autorisations ont été nécessaires et, si nous avions l’intuition que cela donnerait lieu à une création unique, nous n’avions pas imaginé toute la complexité du projet. Ce travail n’aurait pu être fait si nous avions imposé les choses ». Complexité administrative donc, mais difficultés potentielles également en lien avec un voisinage soucieux de préserver la tranquillité du secteur. Sur ce point, la réussite est totale puisqu’aucun recours n’a été engagé. Complexité technique ensuite, avec la particularité de devoir travailler avec des engins de chantier au centre d’un espace contraint et protégé. Le chantier a consisté à détruire le centre du bâtiment pour installer ensuite des planchers modulables. Un plafond, qui devient plancher, un plancher qui coulisse, d’infinies (ou presque) possibilités de modulation des espaces. Un « mécano » à crémaillères pour les grands, qui offre un cadre pour créer en 3D. Le sol, pouvant devenir mouvant, offre, d’ores et déjà, 49 configurations différentes si l’on se raccorde à des étages existants, mais bien davantage en réalité puisqu’il est possible, par exemple, d’arrêter les planchers entre deux étages. Impossible malheureusement de voir la matrice en mouvement : « formellement interdit pour des raisons de sécurité » explique Eric Costa. Un espace qui permet, quoi qu’il en soit, d’offrir aux artistes invités un espace des possibles large avec, dans le cas le plus « extrême », soit l’absence de tout plancher, un atrium d’une hauteur totale de 20 mètres, afin de donner naissance à un bâtiment le plus flexible et le plus adaptable possible : « aller plus loin que la seule flexibilité d’usage, aller vers un usage qui guide l’espace et non l’inverse comme cela est traditionnellement le cas » souligne Eric Costa. Il ajoute :  » ici, l’immobilier devient mobile ».

Un lieu dédié à la création

Lafayette-Anticipations4Mais la Fondation se veut plus qu’un lieu d’exposition : elle sera aussi un vrai lieu de création. Un atelier en sous-sol (voir photo ci-dessous), doté de matériels divers (fraiseuse de compétition, par exemple…) permettra aux artistes la création des œuvres in-situ. La Fondation, dirigée par François Quintin, est inscrite parmi des institutions internationales telles que le MoMA PS1 ou la Kunstahlle de Bâle.
Avec 875 m2 de surface d’exposition, des ateliers, un espace dédié à la pratique artistique (notamment de classes d’enfants), un restaurant « Wild & the Moon » et une boutique concept store de 100 m2, la Fondation souhaite, selon Philippe Houzé, président de Lafayette Anticipations, « offrir à Paris, en plein cœur du Marais, un nouveau lieu singulier dans le paysage culturel de la Capitale, qui contribuera encore à renforcer son attractivité ». Le président de Lafayette Anticipations, Guillaume Houzé, évoque, quant à lui, le rôle de la Fondation auprès des artistes : « nous mettons à leur disposition un véritable lieu de vie et de discussion pour aiguiser notre regard sur le présent et questionner l’avenir et œuvrer pour l’intérêt général ». Pour son ouverture, Lafayette Anticipations propose (jusqu’au 30 avril), « The Silence of the Sea », une exposition de l’artiste américaine Lutz Bacher incluant une œuvre inédite réalisée spécifiquement pour la Fondation.

Atelier "Lafayette Anticipations"

Atelier « Lafayette Anticipations »

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Pascal Bonnefille

le 22/06/2018

La mort du Crédit Foncier ou la fin d’une époque

On l’avait annoncé, avec une certaine avance il y a un peu plus de vingt ans, après la perte du monopole des prêts d’accession, mais cette fois, la nouvelle semble incontestable : le Crédit Foncier va disparaître.

Ainsi va s’achever une histoire commencée au début du Second empire, en 1852 : le départ, il y a quelques mois, de Bruno Deletré (devenu le patron de la Caisse d’Epargne Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne) et l’arrivée de Benoît Catel, un banquier issu du sérail BPCE, étaient déjà des signes avant-coureurs. Ce dernier d’ailleurs laissait entendre, en privé, la difficulté de trouver un « modèle économique » à une banque mono-activité, dans un contexte, extrêmement concurrentiel, de taux très bas. Laurent Mignon, qui a pris ses fonctions il y a juste quinze jours à la tête du groupe BPCE, a donc décidé de tourner la page : il est toujours plus facile de « tailler dans le vif » lorsque l’on débarque. C’est chose faite.

La question bancaire se règlera sans doute au sein du groupe : restent les filiales très immobilières. Quid du devenir de Crédit Foncier Immobilier (qui repris en son temps l’activité d’Ad Valorem créé par Stéphane Imowicz) et qui fédère les métiers de la transaction et de la gestion avec l’expertise, qui fut longtemps le « fleuron » de la maison (on trouve encore sur le site de CFI, cette phrase superbe : « pour les collaborateurs de Crédit Foncier Immobilier – Expertise, être le premier expert de France est une fierté ») ? Ce morceau intéressera peut-être quelques acteurs du secteur… Pour la Socfim (qui s’intitule, non sans raison, « la banque des promoteurs »), l’intégration au groupe BPCE est déjà largement entamée : la mort du Foncier ne devrait pas avoir de conséquences directes. Même chose pour Locindus, acquis par le Foncier il y a plus de dix ans.

Cette disparition donnera « un coup de vieux » supplémentaire à tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ont connu « la grande époque » du Foncier : celle où, précédé d’un huissier (à chaîne s’il vous plait), on pénétrait dans le magnifique bureau du gouverneur ou d’un de ses deux sous-gouverneurs (!), dans un somptueux hôtel particulier de la rue des Capucines. Le départ de tout ce monde à Charenton avait constitué la première étape de ce qui, aujourd’hui, obéit à une logique économique et conjoncturelle sans appel.

Portrait

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