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Michel Mouillart (Frics) : Le renouveau des crédits à la consommation

ChroniquesFinance & Bourse

le 26 Jan 2018

Après différentes crises venues dissuader les ménages de s’engager dans de grosses dépenses, le taux de détention des crédits s’est sensiblement redressé en 2017. Le professeur Michel Mouillart livre, dans cette chronique, son analyse…

« A partir de 2008, les ménages avaient été confrontés à deux crises qui ont bouleversé leurs stratégies de consommation et d’investissement immobilier : la crise économique et financière internationale des années 2008-2009, qui fut d’une grande brutalité ; puis dès l’été 2011, les contre-coups de la crise des dettes souveraines sur l’emploi et le pouvoir d’achat, qui sont venus dissuader les ménages de s’engager dans de grosses dépenses. Aussi, jusqu’en 2016, le taux de détention des crédits par les ménages(1) s’est fortement contracté. Il est d’ailleurs descendu à 46,4 % en 2016, le niveau le plus bas que l’Observatoire des Crédits aux Ménages(2) a eu à connaître depuis 1989.

Mais en 2017, rompant avec trois années d’une grande faiblesse, le taux de détention des crédits s’est sensiblement redressé pour s’établir à 47,8 %. L’essentiel du redressement de ce taux de détention est porté par une progression rapide de la demande de crédits à la consommation : alors que 25,5 % des ménages détenaient de tels crédits en 2016, le taux de détention a bondi à 27,2 % en 2017. L’évolution est remarquable et mérite donc attention. En effet, de 2008 à 2014, le taux de détention des crédits à la consommation par les ménages a lourdement chuté, passant de 33,8 % à 25,6 %. Durant ces années, les deux crises qui se sont succédé ont conduit les ménages à réviser leurs projets de consommation. Dans un environnement macroéconomique peu propice à la réalisation des projets de consommation durable (électroménager, automobile et motocycle, travaux d’amélioration du logement), l’usage des crédits à la consommation a reculé. En outre, sous l’effet des principales dispositions de la loi Lagarde de juillet 2010, ils ont fortement réduit leur utilisation des crédits renouvelables.

Alors que le renforcement des dispositions de la loi Lagarde par la loi Hamon de mars 2014 a encore restreint le recours à un crédit renouvelable et confirmé son recentrage sur la gestion du budget et le financement de petits achats à caractère répétitif (le financement « des dépenses de consommation courante »), bien au- delà des conséquences que la dégradation de l’environnement économique aurait pu provoquer. Cette chute du taux de détention des crédits à la consommation s’explique donc autant par la dégradation économique générale (forte montée du chômage, stagnation voire détérioration du pouvoir d’achat, dégradation du moral des ménages…) invitant les ménages à plus de prudence dans la gestion de leurs dépenses, surtout lorsque leur financement fait appel au crédit, que par la mise en place puis le renforcement de dispositions législatives successives applicables au crédit à la consommation.

La proportion des ménages détenant des crédits à la consommation

La proportion des ménages détenant des crédits à la consommation

Cependant, dès l’automne 2014 la demande de crédits à la consommation a commencé à se ressaisir et cette tendance à la reprise s’est confirmée en 2015. Elle s’est appuyée sur le redressement du moral des ménages mesuré chaque mois par l’Insee. Les ménages ont commencé à faire preuve d’un plus grand optimisme, à l’égard notamment de leur situation budgétaire et financière. Les projets de consommation, qui avaient été remisés par le passé, ont été remis à l’ordre du jour et de nouveaux projets ont été envisagés par les ménages. La demande de crédits à la consommation s’est redressée, le regain se confirmant tout au long de l’année 2016. Et progressivement, les conséquences des lois Lagarde et Hamon ont été intégrées par les ménages qui ont adapté leurs comportements et leurs habitudes de financement des dépenses de consommation à la nouvelle donne. D’ailleurs en 2017, 7,03 millions de ménages ont souscrit un nouveau crédit à la consommation, soit 30 % de plus qu’en 2015(3) !

Mais bien sûr, les transformations des habitudes et des pratiques des ménages qui se sont observées durant ces années se sont donc traduites par des modifications dans l’intensité de l’usage des crédits à la consommation. Elles ont aussi provoqué un bouleversement dans l’usage que les ménages font des crédits à la consommation. Lorsque les ménages sont inquiets sur leur avenir et que leur contrainte budgétaire devient plus prégnante (sous l’effet de la montée du chômage, par exemple), ils diffèrent en effet leurs projets de consommation durable : l’achat d’une automobile, par exemple, mais aussi le remplacement de l’électroménager ou l’acquisition d’un équipement de loisir (les bateaux et les caravanes, notamment). Par exemple, le taux de détention des crédits à la consommation ne s’était pas redressé en 2016, bien au contraire : cette évolution paradoxale au regard de l’augmentation du nombre de prêts accordés (hors crédits renouvelables) et du nombre de ménages concernés s’est expliquée par le repli des prêts obtenus auprès de la famille et des amis. En 2017, en revanche, la part des ménages ayant obtenu un prêt de la famille ou des amis s’est redressée pour retrouver le niveau qui était le sien en 2015. Et la part des ménages qui contractent des crédits à la consommation directement auprès d’une banque ou d’un organisme de crédit (et uniquement pour des crédits autres que renouvelables) s’est fortement accrue : 19,2 % de l’ensemble des ménages, contre à 17,2 % en 2014. Dans le même temps, la part des ménages qui contractent un crédit à la consommation sur le lieu de vente s’est stabilisée à 6,2 %, après s’être maintenue à bas niveau durant trois années: avec, par exemple, 5,7% en 2015. Alors que la diffusion des « cartes » de magasin s’est maintenue à bas niveau (4,5 % des ménages, après être descendue à 4,4 % des ménages en 2015 et 2016).

Cette quasi stabilisation fait suite au fort recul observé dès 2009 (en 2008, 9,6 % des ménages faisaient encore appel à ce type de financement) : sous l’effet de l’application des lois Lagarde et Hamon, les ménages ont en effet sensiblement modifié leurs pratiques de gestion budgétaire et de financement des petits achats de consommation. Ainsi, alors que les évolutions intervenues de 2009 à 2014 dans les usages des crédits à la consommation ont accompagné la plus grande prudence des emprunteurs, le changement d’opinion des ménages à l’égard de leur environnement économique et financier explique leur regain d’appétence pour les crédits à la consommation. Mais au-delà des bouleversements imposés par la conjoncture, les ménages recourent toujours aux crédits à la consommation pour financer la réalisation de projets patrimoniaux et améliorer leur cadre de vie : pour acheter un (des) bien(s) d’équipement de la maison, une automobile, une moto ou payer des travaux d’amélioration du logement. Ils ont par contre allégé leur usage des crédits à la consommation pour financer des dépenses de consommation courante : ces utilisations qui concernaient 5,3 % des ménages en 2007 ne sont plus le fait que de 2,7 % des ménages en 2017, les évolutions récentes confirmant l’inflexion des comportements amorcée avec le déclenchement de la grande dépression et renforcée par la mise en œuvre des lois Lagarde et Hamon. Lorsque les ménages utilisent des crédits à la consommation, c’est néanmoins toujours pour réaliser des projets de consommation durable ou d’amélioration des logements (rénovation, transformation et adaptation du logement, mais aussi réalisation de travaux d’économie d’énergie). Ainsi, en 2017, 24,7 % des ménages détenaient des crédits pour acheter un (des) bien(s) d’équipement de la maison, une automobile, une moto ou payer des travaux d’amélioration du logement.

La détention des crédits à la consommation, en % du nombre de ménages : les réseaux de distribution

La détention des crédits à la consommation, en % du nombre de ménages : les réseaux de distribution

Cependant, il convient de souligner que le poids relatif de cette catégorie de ménages, qui était resté pratiquement stable jusqu’en 2011 (ils étaient 29,3 % en 2009 et 28,7 % en 2011), a sensiblement reculé depuis : en dépit du redressement constaté en 2017 de la part des ménages qui souscrivent des crédits à la consommation pour acquérir une automobile ou un motocycle. En revanche, l’usage des crédits à la consommation pour financer des travaux d’amélioration du logement ne s’est pas ressaisi au cours des dernières années, affichant un repli significatif depuis 2011 : il était alors 4,3 %, pour descendre à 3,4 % en 2016 et en 2017(4).

Et pourtant, en dépit d’une augmentation sensible de l’utilisation des crédits à la consommation, les ménages considèrent que le poids des charges de remboursement de leurs crédits s’allège. Sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt et de la transformation de leurs pratiques de recours à ces crédits, ils ressentent cet allégement depuis 2014 : d’ailleurs en 2017, 86 % des ménages qui remboursent des crédits considéraient que le poids des charges était supportable, comme en 2006 avant que ne se déclenche la crise économique et financière internationale. C’est d’ailleurs le constat dressé par le « Baromètre du surendettement » de la Banque de France(5). En septembre 2017, 183 720 dossiers avaient été déposés durant les 12 derniers mois, auprès des secrétariats des commissions de surendettement, en baisse de 9% sur un an et de 20,3% depuis 2014 !

Parmi ces dossiers, 167 039 (90,9 % des dossiers déposés) ont été déclarés recevables, c’est-à-dire éligibles aux procédures légales de traitement du surendettement, donc considérés comme présentant un niveau d’endettement manifestement excessif au regard des capacités de remboursement des ménages considérés. Or, parmi ces derniers, 47,2 % concernaient des redépôts(6) : donc 88 197 nouveaux dossiers de surendettement « seulement » ont été comptabilisés(7) (soit 52,8% du total des dossiers déposés)… contre 118 390 dossiers en 2014 (-25,5 % entre 2014 et 2017). »

La détention des crédits à la consommation, en % du nombre de ménages : les dépenses financées.

La détention des crédits à la consommation, en % du nombre de ménages : les dépenses financées.


1 – Le taux de détention d’un type de crédits par les ménages mesure la proportion de l’ensemble des ménages qui détiennent ce type de crédits.
2 – Comme chaque année depuis 1989, l’Observatoire a récemment présenté une photographie des ménages détenant des crédits immobiliers ou à la consommation. Cette photographie que propose la 30ème vague de l’enquête réalisée par TNS-SOFRES pour l’Observatoire des Crédits aux Ménages a été prise en novembre 2017. L’enquête a été réalisée par voie postale auprès d’un échantillon représentatif de 13 000 ménages : 10 402 ont répondu dans les délais (le taux de sondage est de 2 549ème). Le taux de réponse (80 %) est particulièrement élevé pour une enquête réalisée par voie postale.
3 – Le constat de la reprise de ce marché a aussi été établi par l’ASF (« L’activité des établissements spécialisés au cours des neuf premiers mois de 2017 », Tableau de bord ASF, novembre 2017) et la Banque de France (« Les crédits à la consommation en septembre 2017″, Stat-Info, 21 décembre 2017).
4 – Ainsi depuis 2014, de l’ordre d’un million de ménages (985 000 en 2017) réalisent chaque année des travaux d’amélioration et d’entretien dans leurs logements financés par des crédits à la consommation : au début des années 2010, ils étaient en moyenne 15 % de plus chaque année.
5 – Le baromètre du surendettement au 3ème trimestre 2017 », DGSER-Direction des Particuliers, Banque de France, 13 novembre 2017.
6 – Cette proportion est en progression rapide depuis 2011. Et d’après la Banque de France (« Le surendettement des ménages : l’enquête typologique 2016 », janvier 2017), ces redépôts sont effectués majoritairement à la suite de changements dans la situation professionnelle ou familiale du demandeur ou en raison de mesures de traitement des situations de surendettement insuffisantes pour faire face aux déséquilibres à régler.
7 – Et on remarquera alors que 82,1 % de ces dossiers concernaient des dettes contractées à raison de charges courantes : 54,8 % pour des dettes d ‘énergie et de communication, 49,9 % pour des dettes de logement (loyers et charges), 45,9 % pour des dettes fiscales, 30,2 % pour des dettes à l’égard des assurances et des mutuelles, 25,1 % pour des dettes de santé et d’éducation.

Michel Mouillart

Édito
par Pascal Bonnefille

le 27/07/2018

Vacances : j’oublie tout (ou presque)…

Avant la rupture du mois d’août, grande tradition hexagonale qu’Immoweek respecte en interrompant ce « 13 heures » jusqu’au 20 août, il n’est pas inutile de dresser un bilan, rapide, de la situation des marchés et des professionnels qui les font vivre. On a déjà eu l’occasion de le constater : le secteur immobilier vit actuellement une forme de schizophrénie ou, si l’on préfère, joue en même temps à Jean qui rit et Jean qui pleure. Côté larmes, on sent pointer l’inquiétude de la FFB avec tous les acteurs concernés, promoteurs au premier rang, analysant la baisse des mises en chantier, dans le secteur social comme dans celui des maisons individuelles. Le monde HLM, majoritairement, soumis à une réforme qui va tailler dans les structures, changer les mécanismes, est aussi inquiet. Côté joies, on comptera bien sûr le monde de l’immobilier d’entreprise, qui dans la promotion comme dans l’investissement, dans la location (avec le meilleur 1er semestre depuis 10 ans !) comme dans la gestion voit la vie en rose.

Mais cette situation, différenciée, n’est pas si facile à présenter- on allait dire à défendre !- aux pouvoirs publics, aux responsables de la Cohésion des territoires, comme à Bercy, toujours là pour serrer les cordons de la bourse. Car les résultats des promoteurs sont excellents (nous ne reprendrons pas la litanie des chiffres 2017, souvent records), ceux des foncières également (même si la Bourse ne leur est pas favorable en ce moment) et les innovations, les start-ups, les nouvelles générations sont de plus en plus présentes, parfois au premier plan. Bref, le secteur ne dort pas et n’a pas dormi. On peut être certain qu’après ces quelques jours, nous retrouverons un secteur en pleine rénovation – le mot est choisi. Comme toujours, les mutations seront parfois difficiles, et même douloureuses : espérons en commun que les nuages iront en s’éclaircissant, même dans le secteur HLM. Et que nous pourrons collectivement tout oublier (ou presque) pendant ces vacances que nous vous souhaitons belles, reposantes ou au contraire dynamisantes, en tout cas heureuses.

Portrait

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