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IssyGrid, le précurseur français de la ville intelligente

DossiersGreen & Innovations

le 03 Juil 2018

La France, toujours frileuse en matière d’innovation ? La ville d’Issy-les-Moulineaux (92) fait mentir cet adage, en tout cas en matière de « smart city », et développe depuis maintenant six ans son propre « quartier intelligent ».

Projetons-nous en 2012. À une période où marché public ne rime pas forcément avec intérêt capitalistique — la crise grecque est encore fraîche dans les mémoires —, la ville d’Issy-les- Moulineaux, sous l’impulsion de son maire André Santini, noue un partenariat public-privé avec de grandes entreprises et des startup locales afin de concevoir le premier « smart grid » en France.

IssyGrid, la naissance

Réunies en groupement d’intérêt économique, trois filiales du groupe Bouygues (Immobilier, Energies & Services, et Telecom) travaillent avec EDF, ERDF, GE Grid Solutions, Microsoft, Schneider Electric, Sopra Steria et Total. « IssyGrid » allie à la fois l’écologie et le numérique pour remplir trois objectifs : consommer mieux tout en incluant de nouveaux usages de consommation d’énergie tels que la recharge de véhicule électrique ; mieux intégrer la production locale d’énergie renouvelable au réseau public de distribution et réduire les émissions de gaz à effet de serre, en évitant notamment les pics de consommation. L’enjeu est de taille puisque la loi Grenelle II a fixé, il y a à peine deux ans, d’ambitieux objectifs de réduction d’empreinte carbone. On parle, pour la première fois, de l’amélioration de la performance énergétique d’un bâtiment. Et les premiers immeubles tertiaires « vertueux » — capables de produire de l’énergie — sortent de terre.

Le quartier d’affaires de Seine Ouest fait figure de poumon économique de la ville : Microsoft France y est implanté depuis 2009 et occupe les trois quarts des surfaces de l’immeuble « Eos », qui totalise plus de 42 000 m2 et bénéficie d’une des premières labellisations HQE niveau « Très Performant ». Sans compter la tour Sequana, une autre réalisation de Bouygues Immobilier pour… Bouygues Telecom ! Une surface et une certification environnementale équivalentes au « trimaran » « Eos ». Sans oublier l’immeuble « Farman », de 27000m2, occupé par Systra et l’ensemble — plus modeste, de 6 000 m2 — « Le Galeo ». Dotés, pour certains, d’équipements capables de produire de l’électricité et tous reliés entre eux par le réseau électrique urbain, ils permettent ainsi de « lisser » les pointes de consommation énergétique. À quelques rues de là, des logements anciens sont munis de compteurs communicants, permettant à leurs habitants de suivre leur consommation réelle d’électricité en ligne, via le portail du fournisseur.

Il est ainsi possible — via une batterie d’applications informatiques — de « rediriger » une production électrique excédentaire vers des lieux de forte consommation. Tout cela, bien sûr, grâce à des systèmes d’information interconnectés et une plate-forme « big data » (emplacement récupérant des données diverses et variées permettant d’ajuster au mieux le système d’économie d’énergie) de supervision énergétique, capable de fournir les données en « open data » (disponible gratuitement et sans limitation à tout internaute, sur un site internet).

Un laboratoire vivant

Le réseau « IssyGrid » a été conçu comme un laboratoire vivant, avançant étape par étape à mesure que les postulats précédents étaient validés. Ainsi, d’une envergure modeste au départ — à l’échelle de quelques îlots urbains —, il représente aujourd’hui plus de 1 000 logements connectés — toute l’opération « fort d’Issy » a été reliée au « grid » dès sa livraison —, cinq immeubles de bureaux et d’enseignement — ajout récent : l’École de Formation du Barreau de Paris (EFB), qui accueille 1 750 élèves avocats — et une partie de l’éclairage urbain. Et la municipalité compte bien étendre encore l’expérimentation ; d’autres bâtiments doivent rejoindre le réseau, mais aussi la gare RER Issy-Val-de-Seine. À terme, « IssyGrid » inclura plus de 2 000 logements, soit 5 000 habitants, et 160 000 m2 de bureaux.

Le réseau nécessite, toutefois, plusieurs installations techniques pour fonctionner au mieux. Tout d’abord, la production : trois installations photovoltaïques sont situées sur les toits de « Sequana », « Farman » et de l’EFB. Un système de prévision va même jusqu’à anticiper la production à venir en fonction de la météo ! Afin de répartir au mieux les charges électriques en fonction de la journée, le poste de distribution publique, situé dans le quartier Seine Ouest, est pilotable à distance depuis l’Agence de conduite régionale ERDF. Et pour permettre une meilleure optimisation des échanges électriques aux différents moments de la journée, le quartier dispose de deux systèmes de stockage d’énergie : l’un via des batteries de seconde vie issues de véhicules électriques qui, installées dans le poste de distribution, peuvent stocker 33 kWh d’électricité et un second, plus moderne, fait de batteries de stockage de 60 kWh de capacité, dans le sous-sol de l’EFB. Et pour parfaire l’image du quartier collaboratif, les habitants des logements du fort d’Issy reliés à IssyGrid pourront connaître leur consommation électrique moyenne au fil de la journée, leur permettant de choisir le meilleur moment pour décaler leur consommation d’électricité. Leur anonymat est garanti par différents processus techniques, une signature électronique automatique em- pêchant toute modification malveillante de ces données… Une procédure validée par la Cnil (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés).

Un panel de services

Car au-delà de la sobriété énergétique, le « smart grid » contient la promesse de tout un panel de services rendus à la ville et ses habitants : le réseau intelligent ET participatif. Particuliers, sièges sociaux, opérateurs, bornes de recharge de véhicules électriques, opérateurs de réseau d’énergie et commerces peuvent, s’ils le souhaitent, rendre leurs données accessibles en open data. Pour ce faire, deux tableaux de bord affichant les données énergétiques du quartier ont été créés : l’un étant destiné au grand public et l’autre aux décideurs. La startup Embix met à disposition ces tableaux de bord afin de visualiser et d’optimiser en temps réel le profil de consommation énergétique et la production d’énergie renouvelable de l’éco- quartier du fort d’Issy. Une solution qui permet de mesurer et de comprendre les pics de consommation pour dimensionner au plus juste les infrastructures de réseau de distribution électrique et de réseau de chaleur.

L’objectif de cet open data est double : bien sûr, il est le garant de la transparence de la démarche globale. Mais ces données —ouvertes donc… à tous !— peuvent permettre à des créateurs de projets ou d’entreprises d’inventer des services nouveaux au quartier, à la ville. Déplacement, shopping, service urbain… le spectre est large.

Et les Isséens dans tout ça ? Les habitants du fort d’Issy se sont exprimés via un sondage réalisé par OpinionWay pour le compte de la Ville et du promoteur immobilier du projet, Bouygues Immobilier : « les résidents se déclarent satisfaits de la qualité de vie au fort d’Issy : 77 % des résidents équipés de domotique déclarent l’utiliser et 67 % considèrent qu’elle leur facilite la vie (…) 70 % des résidents déclarent avoir réalisé des économies sur leurs factures et 78 % sont satisfaits du confort thermique de leur logement ».

Finalement, le grand défi à relever pour les années à venir, c’est de changer d’échelle et passer à la ville entière. À quand la fin de l’expérimentation ?

Jean-Baptiste Favier

Chef des informations

Édito
par Arthur de Boutiny

le 18/09/2018

La logistique ne décélère pas

L’intérêt pour la logistique ne décélère pas après une année 2017 de tous les records, y compris à l’échelle de l’Europe, comme le montre une étude de BNP Paribas Real Estate pour le premier semestre 2018. Si le volume de transactions d’entrepôts de plus de 5 000 m2 baisse de 14 %, c’est après une année historique. Et en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas, le volume record a même été conservé…

Même chose pour les investissements, qui se sont ajustés d’eux-mêmes à la baisse : leur volume baisse de 21 %, mais atteint néanmoins les 14 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe, dopé par la croissance du PIB dans la Zone euro (+2,2 % en 2018) et la pétulance de l’e-commerce, qui a augmenté son poids européen de 14 % en 2017 et devrait encore enregistrer une croissance à deux chiffres cette année. L’Allemagne et les Pays-Bas ont de nouveau bien démarré l’année avec un niveau d’activité élevé, tandis que le marché français, après avoir connu une forte croissance pendant trois ans consécutifs, a baissé au cours du premier semestre 2018. Le marché britannique est demeuré dynamique, avec un volume de transactions d’1,6 million de mètres carrés au premier semestre 2018. Les taux de vacance des entrepôts XXL, où l’offre a de plus en plus de peine à suivre la demande, sont inférieurs à 5 % en Espagne, aux Pays-Bas, en Pologne et en République Tchèque. Les loyers ont augmenté de 2 % dans les principaux marchés européens, tout particulièrement à Milan, Berlin et dans les villes régionales britanniques.

BNP Paribas Real Estate note, également, que « le marché des locaux d’activité et logistiques a atteint son second volume d’investissement semestriel le plus élevé, avec 14 milliards d’euros enregistrés au cours du premier semestre 2018. » L’activité du marché britannique est restée robuste avec 4,3 milliards d’euros investis au cours du premier semestre 2018 et les loyers logistiques « prime » sont demeurés relativement stables dans l’ensemble, tandis que les taux de rendement « prime » se sont stabilisés à 4,25 %. En Allemagne, les investissements en locaux d’activité et logistiques sont restés très soutenus, avec 3 milliards d’euros enregistrés au cours du premier semestre 2018. Malgré une baisse d’environ 47 % par rapport au premier semestre 2017, il s’agit de loin du deuxième meilleur résultat jamais atteint. Aux Pays-Bas, les investissements en locaux d’activité et logistiques ont fortement augmenté au cours du premier semestre 2018, pour atteindre 2 milliards d’euros (+ 57 % comparé au 1er semestre 2017). Cette catégorie d’actifs est particulièrement solide aux Pays-Bas, où elle représente 25 % du total des investissements en immobilier commercial au premier semestre 2018. Le marché français a représenté 1,4 milliard d’euros au cours des six premiers mois de l’année, stimulé une fois de plus par les cessions de portefeuilles. En Espagne, après deux années d’activité sans précédent, l’investissement a atteint 390 millions d’euros, soit une baisse de 33 % par rapport au premier semestre 2017. En Pologne, l’investissement a, quant à lui, augmenté de manière significative pour se situer à 400 millions d’euros, avec des taux de rendement « prime » en baisse ce trimestre à 5,25 %.

La logistique toujours conquérante…

Portrait

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