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L’agriculture urbaine, mirage ou miracle ?

DossiersGreen & Innovations

le 27 Juil 2017

L’agriculture urbaine gagne du terrain sans cesse en Ile-de-France. Mais les Franciliens, qu’en pensent-ils ? S’agit-il d’un élément de décoration, d’une volonté générale ou d’un véritable vecteur de lien social ?

Quand il avait remporté « Réinventer Paris », le programme s’appelait « In Vivo ». A présent, BPD Marignan l’a rebaptisé « Alguescence », et pour cause : ces trois bâtiments qui totaliseront 13 000 m2 de logements, en collaboration avec le groupe SNI, intègrent des éléments très verts : la « Tree House » verra ses balcons garnis d’arbres, la « Plant House », de potagers et la « Algue House », la plus importante, avec des cultures d’algues, une « première mondiale » d’après Luc Bonnardot, directeur général adjoint habitat de BPD Marignan. Un programme qui prend en compte tous les stades de l’agriculture, combinant technique, lien social, intérêts des propriétaires comme des locataires… Sur le papier, « Alguescence » devient l’incarnation de l’agriculture urbaine, à présent portée par les grandes entreprises.

Jusqu’ici, l’agriculture urbaine émanait surtout d’initiatives privées, de quelques associations. Mais après « Réinventer Paris » et Paris-Culteurs, la nature au creux du vert des villes devient un véritable enjeu pour l’Hôtel de Ville. « Il y a une demande véritable de la part des Parisiens pour une politique d’agriculture urbaine » explique Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris chargée des Espaces Verts, de la Nature, de la Biodiversité et des Affaires Funéraires. Même si l’époque où Paris comptait 600 hectares (vingt fois la superficie du jardin des Tuileries) de cultures maraîchères est bien loin, assurer le développement durable en Ile-de-France est une nécessité claire à l’heure du changement climatique.

Qu’il sera vert mon Paris

La Capitale peut déjà s’enorgueillir du succès de la charte « Objectif 100 Hectares », qui dote la Ville Lumière de 100 hectares de toits, de façades et de murs végétalisés d’ici 2020. Mais la marche des promoteurs aux côtés de la Ville a été davantage renforcée avec « Paris-Culteurs », un appel à projets sur le modèle de « Réinventer Paris » qui comptera bientôt sa deuxième édition : 5,5 hectares, répartis sur 33 sites à travers Paris, de tous types, parés à l’exploitation. A la clé : près de 500 tonnes de fruits, légumes et champignons, 8 000 litres de bière, 4 200 litres d’engrais végétal, du poisson, du miel, des fleurs… Pour 7 millions d’euros de chiffre d’affaires, 250 000 euros de redevance et 120 emplois. Si la Ville proposait certains sites, des acteurs privés, comme Compagnie de Phalsbourg (avenue de Saxe, place Vendôme), la RIVP (sur son siège dans le 13ème arrondissement), Gecina (rue de Lourmel, rue du Docteur Roux) se sont également placés dans les starting-blocks.

Les promoteurs et les investisseurs suivent-ils cependant la Capitale sur leurs propres projets ? Dans le résidentiel, BPD Marignan en a fait la preuve avec « Alguescence », la RIVP fait de même. Mehdi Chaabane, chargé de projet innovation, RSE et développement durable du bailleur parisien, l’affirme : « la végétalisation apporte des bénéfices pour le confort du locataire, son bien-être. La Ville étant notre principal actionnaire, nous avons multiplié les initiatives de jardins partagés, surtout sur les toits. Nous avons à présent dépassés les défis techniques que représentait l’aménagement des toitures, des substrats ».

RIVP Siège

« Les bailleurs sociaux ont tout intérêt à investir dans l’agriculture urbaine en tant que porteur de lien social. Il s’agit d’un véritable projet civique », continue-t-il. Luc Bonnardot renchérit : « on constate chez les promoteurs un frémissement, une véritable volonté de développement. Ils savent qu’il s’agit d’un investissement indispensable qui doit être mis à disposition du logement social. Cependant, la France demeure différente de ce qui se passe dans d’autres pays ». En effet, le dossier de la végétalisation urbaine est bien plus avancé en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis (ne serait-ce que le projet « Lowline », la présence d’une serre dans le métro de New York). Mais aux prémices du XXIème siècle, la Ville Lumière se lance sur le projet.

Il faut dire que la mairie donne l’exemple : les toits de l’Hôtel de Ville accueillent une vigne. Virginie Dulucq, directrice d’Urbagri, était signataire de la charte « Objectif 100 Hectares » qui visait aussi à créer un potager sur le toit de bureaux de la mairie de Paris : 80 plants de basilic, des salades, des capucines, des framboisiers sur 300 m2 de potager. 100 pieds de vigne (Chardonnay, Sauvignon, Pinot gris), avec une première vendange de l’Hôtel de Ville prévue en 2018. Le processus a été long : il fallait assurer l’accessibilité et l’étanchéité de la toiture, puis poser des nids d’abeille pour permettre la rétention d’eau, tout en permettant un apport d’eau faute de précipitations suffisamment importantes. Les déchets verts sont réutilisés comme compost et le projet doit compter un mur végétal comestible et une zone de test d’aquaponie. « Il s’agit de la première vigne en toiture de Paris » explique Virginie Dulucq, qui a commencé à travailler avec Urbagri en 2011. « Il y a une véritable demande de la population de travailler, de retourner avec la terre, y compris en milieu urbain, qui va de pair avec les préoccupations sur l’alimentation et le développement durable. (…) Tous les bâtiments peuvent accueillir de l’agriculture urbaine et notre travail consiste à sensibiliser et à apprendre aux habitants comment gérer leur projet. »

Le lien social au centre de la démarche

L’espace de rencontre, les associations, l’idée d’espace commun véritablement vivant est souvent la principale raison pour l’encouragement de la végétalisation par les bailleurs sociaux. « Il ne s’agit pas de généraliser les logements dotés d’agriculture urbaine, davantage de faire venir la nature dans la ville qui est de nature horizontale ; une tour telle qu' »Alguescence » permet de considérer une agriculture verticale, comme cela se fait avec les murs végétaux » tempère Luc Bonnardot. Mehdi Chaabane, parlant pour la RIVP, est catégorique : « L’agriculture urbaine fonctionne comme le budget participatif : s’il n’y a pas de demande expresse des locataires, le projet ne fonctionnera pas. Les jardins partagés installés sans qu’il y ait eu de demande se sont effondrés ».

En effet, l’aspect participatif de l’agriculture urbaine s’accorde d’autant plus avec la politique d’appel à participations de la Ville de Paris et de ses acteurs publics. Lors de la consultation citoyenne de novembre 2016 menée par la RATP, l’une des propositions ayant récolté le plus de suffrages avait été l’investissement dans des plantes dépolluantes pour les stations de métro. Cependant, comme souvent en agriculture urbaine, cette question se heurte à des soucis technique : comment apporter l’eau et la lumière nécessaire, et entretenir les plantes ? Quelle végétation sera assez résistante pour survivre à un environnement souterrain ? Quelle végétation sera agréable à regarder pour le voyageur ? L’Ademe considère même que le principe des « plantes dépolluantes » n’est pas validé scientifiquement. Aux dernières nouvelles, la RATP envisage la solution du mur végétal (très coûteux) ou les stations à l’air libre, en collaboration avec des associations ou des écoles d’horticulture.

Chapelle-International

Le projet Chapelle International

L’autarcie, loin de là

Pas question de fantasmer sur une agriculture urbaine assez développée pour subvenir aux besoins des habitants de la Capitale, capables de vivre en autarcie. Pénélope Komitès est la première à juger « irréaliste » toute possibilité de cultures maraîchères en autarcie ; « ce n’est pas le but de l’agriculture urbaine ; notre politique est de raviver le lien social par cet intermédiaire ». En effet, l’Apur a mesuré que pour nourrir les quelque 2,2 millions de Parisiens, pas moins de 11 000 hectares seraient nécessaires pour assurer l’autosuffisance en fruits et légumes frais, et 5 000 hectares supplémentaires pour les salariés non-résidents. Or, cela équivaut à 1,5 fois l’aire occupée par la Capitale elle-même. Et on ne parle même pas de nourrir les 29,3 millions de visiteurs annuels de la Ville Lumière…

Mais, ajoute malicieusement l’Apur, la superficie occupée par le stationnement de surface à Paris équivaut à celle qui serait occupée par 20 000 arbres fruitiers. Tout comme, si Paris compte actuellement 580 hectares de parcs et jardins publics, 3 300 hectares d’espaces privés non-bâtis sont disponibles dans la Capitale. Si on pouvait mettre en culture 10 % de ce potentiel, 20 000 exploitations valables pourraient être créées et 60 millions de repas par an distribués.

Au moment où nous écrivions ces lignes, la Maire de Paris Anne Hidalgo annonçait un appel à projets international pour garnir le toit de l’hôtel logistique de Chapelle International, qui doit accueillir un projet de 7 061 m2. Qu’est-ce qu’on attend pour se mettre au vert ?

Arthur de Boutiny

Journaliste Rédacteur

Édito
par Valérie Garnier

le 19/09/2018

La Défense : 60 ans et toujours sexy !

L’histoire se passe dans un pavillon situé en banlieue parisienne, en l’occurrence Courbevoie. Une ville en plein bouleversements, consécutifs aux travaux d’urbanisme monumentaux qui y sont engagés, tout comme à Puteaux et Nanterre, pour que le futur quartier de La Défense voit le jour.

Les camions, les pelleteuses, les marteaux-piqueurs, les grues et le bruit incessant que forme l’ensemble, dressent le décor du film de Pierre Granier-Deferre, d’après un roman de Georges Simenon, intitulé « Le Chat ». Nous sommes en 1971 et le quartier de La Défense, qui a été inauguré avec l’ouverture du Cnit en septembre 1958, s’apprête à émerger. Courbevoie, Puteaux et Nanterre vivent leurs derniers jours de « petites banlieues parisiennes ».
Après moultes rebondissements, péripéties et crises diverses, La Défense n’a eu de cesse de se développer, de se construire et même se déconstruire !
Pour faire face à l’obsolescence de nombreuses tours, un « Plan de Renouveau de La Défense » est lancé en 2006 par Nicolas Sarkozy, alors président de l’Epad. Il prévoit la construction de 850 000 m2 de bureaux supplémentaires, dont 350 000 en démolition-reconstruction ; 100 000 m2 de nouveaux logements et la réalisation de grands équipements.

En 2007, l’EPGD est créé pour gérer et promouvoir le quartier d’affaires. En 2010, l’EPGD change de nom pour devenir Defacto, tandis que l’Epad fusionne avec l’Epasa, aménageur de la Zac Seine-Arche, pour devenir l’Epadesa.

En janvier 2018, Defacto et l’Epadesa décident, à leur tour, de fusionner et la nouvelle structure, en charge de gérer, d’aménager et de promouvoir le quartier se nomme alors Paris La Défense.

Aujourd’hui, Paris La Défense fête ses 60 ans ! Historiquement, il s’agit du premier quartier d’affaires européen ; le quatrième le plus attractif au monde, selon le baromètre d’attractivité EY-ULI 2017 ; un territoire de 564 hectares, dont 31 d’espaces piétons ; 500 entreprises sont implantées, dont 41 % d’origine étrangère ; 75 % de sièges sociaux. La Défense, c’est aussi 3,5 millions de mètres carrés de bureaux dans plus de 70 tours, dont 10 000 m2 d’espaces de coworking ; 180 000 salariés ; 42 000 habitants et 45 000 étudiants. La Défense continue de se moderniser autour de nouvelles gares et développe des infrastructures au service des habitants afin de s’intégrer et répondre aux exigences et aux ambitions du Grand Paris. Bref, La Défense est loin d’avoir achevé son évolution urbaine !

Portrait

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