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Smart city, chic et intelligente

DossiersGreen & Innovations

le 03 Juil 2018

Light trails above buildings at night in China.

La digitalisation de la Région Capitale est bien en marche. Avec ses précurseurs à l’image du maire d’Issy-les-Moulineaux André Santini ou du président de Plaine Commune Patrick Braouezec. Et ses nouvelles dimensions, pour passer de la smart city à la smart région. Mieux : commencée par la périphérie territoriale, la révolution numérique gagne l’Etat. Effectivement, une vraie révolution…

Are you digital ready ? À l’occasion du Salon des Maires d’Ile-de-France 2018 (Paris Event Center, La Villette, du 10 au 12 avril), Immoweek a souhaité dresser un bilan de la digitalisation de la Région Capitale. Un bilan pour fixer les choses et tenter de comprendre ce qui se passe sous nos yeux. Quitte à se prendre pour le dieu Chronos arrêtant pour un moment l’accélération du temps. Tant l’aspiration à devenir une smart city est, désormais, la nouvelle frontière politique de tous les élus territoriaux.

En route pour la ville intelligente

Cette ville intelligente, qui rationalise les énergies, favorise la mobilité, mutualise les dépenses et les compétences au service d’une meilleure qualité de vie existe-elle ? Elle est l’objectif poursuivi concurremment aussi bien par la politique de transition énergétique, démarche volontaire, que par la révolution numérique, qui l’est peut-être moins. Si l’accès de toute la population au très haut débit est un prérequis, et le choix par la France du déploiement de la fibre optique est acquis (un tiers de foyers français ont accès à la fibre optique contre 5% en Allemagne, selon l’Idate, le « think tank » européen spécialisé dans l’économie numérique), les responsables territoriaux, quant à eux, ont à transformer en profondeur les offres de services intelligents pour les mettre au diapason de la révolution numérique. Big data, intelligence artificielle, internet des objets, développement de l’économie collaborative, tout doit concourir à alléger le quotidien des citoyens. Trouver une place de parking disponible, calculer le niveau de pollution atmosphérique dans son propre environnement, connaître en temps réel la durée d’attente à l’entrée des sites touristiques, identifier des espaces de travail partagé près de chez soi… On comprend bien la nécessité d’accorder les grandes entreprises, celles qui détiennent les mégadonnées — les big data — aux usages et aux besoins des agiles startup qui inventent et développent les applications internet, aux élus en charge de fabriquer la ville nouvelle. Mais existe-t-il un corps d’experts auprès de qui les élus trouveront les conseils pour décider et les compétences pour conduire l’édification de la ville nouvelle devenue smart, pourvu qu’elle soit chic et intelligente ? Faudra-t-il se joindre aux Mariés de la tour Eiffel de Jean Cocteau : « puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs » ? Ou faudra-t-il avoir la nostalgie de la DDE, la direction départementale de l’équipement, avec son armée d’ingénieurs, excellents pour multiplier les réseaux de route et d’assainissement des eaux ? Mais également responsables de l’urbanisme de dalle, du tout routier et de l’obsession des zones, habitat, travail, artisanat, circulation, bien séparées. Tout ce que l’Intelligence veut réparer aujourd’hui.

Des édiles franciliens à l’avant-garde

Pourtant, des édiles franciliens, et depuis longtemps, ne se sont pas contentés d’intervenir pour libérer les terrains et laisser-faire. Mais ils ont choisi d’inscrire leur action dans une pensée plus complexe, en câblant très tôt leurs villes, et (ou) en promouvant le passage au numérique. A l’exemple d’André Santini, maire bâtisseur d’Issy-les-Moulineaux, inscrivant la conversion au digital dans l’ADN de sa ville et affectant des budgets conséquents dans la feuille de route numérique, année après année (à lire le dossier « IssyGrid »). Ou bien encore de Patrick Braouezec, aujourd’hui président de l’Etablissement public territorial Plaine Commune, en Seine-Saint-Denis ; cet ancien instituteur à Saint-Denis ; troisième ville la plus peuplée d’Ile-de-France, dont il sera le maire Front de gauche avant la présidence de l’EPT Plaine Commune, territoire qui héberge de nombreuses entreprises technologiques. « Je ne sais pas ce qui se cache derrière une smart city. Ce que je sais, c’est que vouloir rendre une ville intelligente en souhaitant tout voir et tout contrôler, outre le risque réel de dérive totalitaire, aboutit sûrement à déresponsabiliser, voir abêtir, avec des technologies « mal maitrisées ». L’autre risque, selon Patrick Braouezec, fidèle à la ligne de toujours, « c’est de vouloir tout privatiser, ce qui ferait que la puissance publique ne serait plus maître de sa ville! ».

Patrick Braouezec (président Plaine Commune)

« vouloir rendre une ville intelligente en souhaitant tout voir et tout contrôler, outre le risque réel de dérive totalitaire, aboutit sûrement à déresponsabiliser… »

Président de la communauté des neuf agglomérations (avant qu’elles ne forment un seul établissement territorial), il a convaincu chacune des neuf équipes municipales de réfléchir activement aux conséquences de l’automatisation et de la robotisation induites par le numérique sur le monde du travail, les 420 000 habitants de Plaine Commune étant déjà très touchés par le chômage. « Nous sommes partis de l’idée qu’il y a des compétences, des savoir-faire dans nos communes et nos quartiers et qu’une partie du travail local n’est pas reconnue ». Et de confier, à la mi-2016, au philosophe Bernard Stiegler, déjà très connu pour ses travaux sur la révolution digitale et ses conséquences (notamment au travers de l’association Ars Industrialis), un projet d’expérimentation inédit, mêlant chercheurs (Maison des Science de l’Homme, université Paris Nord) et habitants, pour faire de Plaine Commune « un territoire apprenant contributif ».

Pour le philosophe-chercheur, « il s’agit d’inventer une disruption à la française et de faire en sorte que le territoire de Plaine Commune, qui est loin d’être avantagé, mais fait preuve d’un dynamisme tout-à-fait frappant, devienne un laboratoire, une école, un lieu d’avant-garde, pour devenir une smart-city telle que ces habitants la souhaitent, une « truly smart city » et non telle qu’on la définit trop souvent et qui nous semble invivable et, sans doute, insolvable ». Les promoteurs du projet se sont donné dix ans pour déboucher sur des programmes concrets. Sans attendre, cette échéance, Patrick Braouezec a été lauréat du Grand Prix de l’initiative smart city du Gran Paris, à la fin de l’année dernière ; cette distinction lui a été remise par Marianne de Battisti, en charge de l’innovation chez Icade, filiale de la Caisse des Dépôts.

Un jeu de rôle qui se met en place…

Le jeu de rôle des acteurs de la ville de demain se met en place. À noter qu’Orange et Dassault Systèmes soutiennent activement cette « recherche- action ». Orange cherche à développer des plate-formes territoriales et des services de proximité associés. Dassault Systèmes manifeste un très fort intérêt pour les recherches et expérimentations autour du partage de notes et se montre très sensible aux problématiques de l’économie contributive. Stiegler, avec ses inattendus partenaires industriels, rêve d’un « système capable de faire de la recommandation contributive, permettant par l’analyse algorithmique des annotations, de recommander les travaux d’autres chercheurs, en vue de souligner convergence et divergence. Une sorte de dialogue socratique assisté par ordinateur. Quand on a 24 étudiants, c’est l’enseignant qui fait cela, mais c’est encore impossible — pour le moment — quand on est à la tête d’une ville ».

Après avoir cherché et trouvé les appuis nécessaires au lancement de l’expérience dans les ministères concernés, dont celui de l’Économie et des Finances dirigé à l’époque par Emmanuel Macron, Plaine Commune et Paris 8 se sont dotés d’un Centre de prospective numérique territorial, baptisé Terrinum, pour mobiliser l’ensemble de l’éco-système territorial en vue d’élaborer sa stratégie numérique. Plaine Commune est marquée par la présence historique d’acteurs de l’image (studios de cinéma et de télévision, prestataires techniques, pôle média Grand Paris…), rejoints plus récemment par des acteurs des télécoms, comme Orange et Numéricable SFR, et leurs data centers.

Passer de la smart city à la smart région

L’Amif, l’Association des Maires d’Ile-de-France, a pris très tôt la mesure de la révolution numérique naissante. Si Milan, en Europe, fait figure de pionnière, si Dijon ou Montpellier n’ont pas attendu Paris pour se « fibrer », l’Amif a favorisé la fertilisation croisée entre cités intelligentes. Pour passer de la smart city à la smart région, le vice-président de l’association Jacques J.P.Martin, maire de Nogent-sur-Marne, a confié à son adjoint Christophe Ippolito, serial entrepreneur du Web de 45 ans, passé par HEC, la présidence de la commission numérique : le noyau dur des élus les plus « geeks » de la Région Ile-de-France, au sein de laquelle on note que les plus « digital minded » ne sont pas forcément les plus jeunes. Une communauté assidue à ses rendez-vous mensuels d’échanges de bonnes pratiques, entre élus, mais pas seulement, avec également les grandes entreprises du « new business » qui les courtisent. Dans ce groupe, le concept de la smart city n’est ni un fantasme, s’il l’a été un jour, ni un sujet de recherche appliquée. On y met au point la GRC : comprenez la « gestion relation citoyen ». Ou comment le numérique transforme la nature même de la relation 1×1 (traduisez « one on one », en langage smart city) entre la ville et le citoyen, en l’individualisant. Christophe Ippolito dit partager avec ses collègues, de tous bords politiques confondus, le souci de combler la fracture numérique. En déployant la fibre, d’abord et avant tout, mais également en favorisant le financement des bonnes idées. « Il existe beaucoup d’incubateurs de startup en Ile-de-France. Beaucoup qui existent déjà et fonctionnent très bien. Soutenues par des collectivités ou nées d’initiatives privées.

Station F

La Station F de Xavier Niel est en passe de devenir le plus grand incubateur du monde. Franchement, nous n’avons pas à envier la Californie. La French Touch est bien vivace et le terrain francilien est de plus en plus fertile ». Il existe pourtant un risque : celui que les grandes entreprises absorbent trop vite les startup incubées et ne les laissent pas grandir ; sous prétexte d’accélérer la croissance, elles absorbent les startup, comme s’il s’agissait d’un outil dont elles ont besoin. Or, l’agilité des jeunes pousses, leur « jeu de jambre » créatif, a besoin de temps et de confiance pour se déployer. Et de personnes qui les comprennent. Christophe Ippolito imagine que les gros industriels puissent mutualiser leurs investissements en matière de recherche et de développement dans des incubateurs communs, plutôt que d’isoler les pépites que chacun d’eux convoitent. Il attend beaucoup également de l’échelon régional.

Passer à la vitesse supérieure

Et Valérie Pécresse en personne ne rate pas une occasion de glorifier l’avenir numérique de sa région. « Il nous faut désormais passer à la vitesse supérieure et diffuser l’esprit smart sur tout le territoire et dans tous les domaines : c’est l’objet de la Smart initiative, un programme qui s’appuie sur les usages et les besoins des Franciliens pour développer des services intelligents. Il s’agit de poser les fondements d’une nouvelle société, plus collaborative, plus agile, plus inclusive ». Rien de moins.

En attendant, la première étape sera la création (tant attendue par l’Amil) d’une plate-forme de données collectées par la Région et les organismes associés, dont l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme (IAU), mais aussi par des partenaires privés. L’IAU, dont les cahiers du numérique, publiés en novembre de l’année dernière, constituent la somme la plus documentée sur la question, devrait être le maitre d’oeuvre de ladite plate-forme.

Dans Paris intra-muros, au coeur du Sentier, et sans que la Station F ne lui fasse de l’ombre, existe Numa, un lieu privé, voué depuis sa création en 2011 à devenir « l’accélérateur de startup pionnier en France ». Numa apporte son expertise à des startup matures, ayant déjà une validation forte de leur marché (chiffre d’affaires mensuel supérieur à 10 000 euros) ou de l’écosystème (levée de fonds entre 300 000 et 1 million d’euros), contre 3,5% de prise de participation. C’est carré, sans promesse inutile et ça marche. Son plus récent programme d’open innovation, et sans doute le plus ambitieux, se nomme Data City Paris. Chaque programme dure un an. Il entre dans sa troisième édition. Il a pour but d’utiliser les données publiques et privées afin d’inventer, puis de produire des solutions innovantes aux problématiques de nos villes. Il fait collaborer la Ville de Paris, les plus grands groupes français, entre autres Bouygues, Suez, Engie, BNP Paribas et les meilleures startup tech et data. Son animateur, Emmanuel Léger, a commencé sa carrière chez Total, en sortant d’HEC.

L’Etat s’en mêle

À ceux qui pourraient craindre pour la sécurité de leur vie privée (et la récente mise en cause de Facebook pour n’avoir pas dénoncé l’utilisation, par une société spécialisée, de ses bases de données à des fins électorales peut légitimement accroître leurs soupçons), Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État en charge du Numérique, vient fort opportunément de rappeler le 13 mars dernier, à la Conférence du Big Data, l’entrée en vigueur, dès le 25 mai, du Règlement général de la protection des données. « Il faut que les entreprises, surtout les petites qui n’ont pas l’habitude de ces procédures, prennent ce nouveau label non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité. Je les appelle à plus de transparence dans leur processus. » Sur le modèle de ce qui se passe dans les territoires, l’État prévoit enfin d’inviter les startup de la Green Tech au déploiement des outils qu’il va mettre en place pour aider les collectivités à élaborer leurs plans climat air énergie (PCET). Brune Poirson, la secrétaire d’État en charge de la Transition Energétique, vient d’annoncer qu' »un nouveau dispositif plus complet d’accès aux données sera mis en place progressivement et intégré à la plate- forme nationale data.gouv.fr. Un concours sera lancé auprès des startup dans les prochaines semaines par le ministère sur la visualisation des données énergétiques. Enfin, un lab sera ouvert sur ces données dans les incubateurs pour échanger et partager la connaissance ». Ces deux jeunes ministres « experts » de la macronie ont été choisis précisément pour leur expérience professionnelle dans le secteur que couvrent leurs ministères.

La révolution numérique est contagieuse. Elle commence par la périphérie territoriale avant de gagner l’État central. C’est donc bien une révolution.

Brice Lefranc

chef de rubrique

Édito
par Arthur de Boutiny

le 19/07/2018

L’acquisition : du rêve à la réalité…

La France fait partie des pays où la culture et la société promeuvent l’acquisition du logement comme signe de réussite sociale et étape cruciale dans la vie. Dans ce contexte, comment se déroule la recherche de la perle rare qui saura décider l’acquéreur potentiel ? Le Crédit Foncier s’est penché sur la question pour la cinquième année consécutive, en interrogeant près de 5 000 ménages qui ont essayé, ces douze derniers mois, d’acquérir un logement.

73 % des personnes interrogées recherchaient une maison plutôt qu’un appartement, en particulier dans le Nord-Ouest et le Nord-Est de la France. Bien entendu, tout dépend des communes dans lesquelles on recherche : ce désir est partagé par 88 % des futurs acquéreurs dans des communes de moins de 5 000 habitants, contre 36 % dans les villes de 100 000 habitants.

Parmi les critères essentiels, 70 % des interrogés mentionnent l’emplacement, ainsi que la superficie ; 67 %, le nombre de pièces ; la proximité des transports en commun est primordiale en Ile-de-France, tandis que l’exposition du logement et la vue dont il dispose l’emportent dans le Sud de la France. La proximité des écoles est un critère dont la pertinence augmente ou décroît selon la situation familiale des sondés.

Les motivations essentielles des primo-accédants sont d’être chez soi (74 % des citations) et de ne plus verser des loyers à fonds perdu (69 %) ; celles des secundo-accédants, de disposer d’un logement plus grand (34 %) et de changer d’environnement (36 %).

Qu’en est-il  après un an de recherche ? 65 % des sondés ont fait l’acquisition d’un logement (contre 53 % lors du même sondage réalisé en 2014), 27 % recherchent toujours et 8 % ont renoncé. En moyenne, les acheteurs attendent 4,7 mois (7 mois en 2014) avant de signer un compromis. Lorsqu’ils ont conclu leur achat, les ménages ont visité en moyenne près de 6 biens. Cette durée varie en grande agglomération avec 4,1 mois pour 6,5 biens visités. 64 % des Français ont utilisé Internet pour leur recherche, que ce soit pour consulter les annonces, rechercher un financement et évaluer le marché, et ce pourcentage monte à 79 % à Paris et en petite couronne.

Dans la réalité, un acquéreur sur cinq (18 %) est allé au-delà du budget qu’il s’était fixé avec un dépassement moyen de 13 % ; c’est en Ile-de-France que la nécessité d’aller au-delà du budget initial est la plus importante.

Pour 49 % des acquéreurs, la transaction s’est faite après avoir obtenu une baisse de prix. Hors budget, 42 % des acquéreurs ont fait des concessions par rapport à leurs critères initiaux. Les principales concessions portent sur la taille du logement (28 % disent avoir acheté un logement plus petit qu’espéré), sur l’éloignement géographique (22 % disent s’être éloignés du lieu où ils souhaitaient acheter), sur une surface moindre de terrain ou jardin (19 %), le renoncement à un parking (19 %), le renoncement à l’absence de travaux à effectuer (19 %) ou encore l’exposition du bien (11 %). Les Franciliens, en particulier, sont les moins exigeants, avec 52 % de concessions à Paris et petite couronne, contre 38 % dans le Nord-Est de la France.
La preuve, s’il en fallait, que l’acquisition demeure un parcours du combattant…

Portrait

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