Chargement

retour Accueil > Green & Innovations > Interviews > André Santini (maire...

André Santini (maire d’Issy-les-Moulineaux) : « pour faire la ville de demain, il faut des smart mayors et des acteurs publics qui osent »

InterviewsGreen & Innovations

le 03 Juil 2018

Entretien avec André Santini, ancien ministre, maire d’Issy-les-Moulineaux et vice-président de la Métropole du Grand Paris.

Issy-les-Moulineaux est une « ville intelligente », pionnière en France – vous préférez d’ailleurs l’expression « ville collaborative ». Le secret de cette réussite est-il d’avoir avancé progressivement, en collaboration avec les habitants ?

Effectivement, je préfère utiliser le terme de « ville collaborative », qui illustre une collectivité qui implique l’ensemble des acteurs, publics et privés, dans la recherche de solutions urbaines plus efficaces dans la gestion, le développement durable et les services à l’habitant. C’est une notion qui s’oppose à celle d’une « ville assistée par ordinateur » qui serait gouvernée par des algorithmes. Car, au-delà des techniques de gestion de l’espace et des services publics (parkings, eau, transport), la ville collaborative devra favoriser les interactions entre la commune, ses infrastructures et des citadins devenus eux-mêmes des émetteurs de flux d’informations grâce aux technologies mobiles et au développement exponentiel des smartphones, de l’open data et de la géolocalisation.

Cette révolution digitale, encore plus puissante que les précédentes, est au carrefour de trois bouleversements majeurs du début du 21ème siècle :

– la révolution urbaine (rappelons que le nombre de citadins aura doublé dans trois décennies),

– la révolution numérique, qui ouvre des perspectives inédites dans tous les domaines,
– le défi climatique, qui impose aux villes une autre mutation.

C’est une autre vision de la ville, plus astucieuse, plus fluide, plus participative, plus collaborative qui est donc proposée aux citoyens de demain.

L’innovation, c’est aussi et surtout un état d’esprit. Quand j’ai lancé ma ville d’Issy-les- Moulineaux dans le créneau du numérique dans les années 1990, nous étions bien peu nombreux à l’époque à nous intéresser à ce phénomène émergent et personne ne se doutait de l’incroyable bouleversement que nous vivions alors. Pour beaucoup, internet était un mot baroque… Certains pensaient même que c’était une entreprise de nettoyage… C’est dire !

À Issy, nous avons donc démarré il y a plus de vingt ans avec trois priorités :
– renforcer l’attractivité de notre ville,

– accompagner l’émergence de nouveaux services facilitant la vie quotidienne des habitants,

– anticiper les futurs bouleversements de la révolution numérique.

Notre démarche numérique implique les usagers, crée du lien et tire ensuite des conséquences de leurs comportements, afin de comprendre leurs besoins.

En 2011, vous avez lancé IssyGrid, premier « smart grid » de quartier opérationnel en France. Quels conseils donneriez-vous aux maires qui veulent investir dans de tels réseaux ? Par quoi commencer ?

Pour faire la ville de demain, il faut des « smart mayors » et des acteurs publics qui osent. Initié en 2011, IssyGrid est le premier réseau urbain intelligent de production et de gestion optimisée de l’énergie à l’échelle d’un quartier.

Ce projet, inédit en France, est porté par un consortium de dix grandes entreprises leaders dans leur domaine (Bouygues Energies & Services, Bouygues Immobilier, Bouygues Telecom, EDF, Enedis, General Electric, Microsoft, Schneider Electric, Sopra Steria et Total), mais aussi par des collectivités et des startup. Mettre l’ensemble des acteurs autour de la table, au sein d’un même projet innovant, voici le premier conseil que je peux donner à mon modeste niveau.

L’un des objectifs d’IssyGrid est de mettre en évidence comment le quartier consomme en temps réel et comment la production d’énergie renouvelable, installée sur les immeubles de bureaux, fournit les habitations, l’éclairage public, les bornes des voitures électriques… La gestion en temps réel de la distribution et du stockage doit permettre de moduler les baisses et hausses de consommation électrique.

IssyGrid, comme un laboratoire grandeur nature, préfigure donc la gestion de l’énergie dans le quartier et la ville de demain en répondant à trois objectifs principaux : une mixité des espaces, une mobilité repensée et une gestion intelligente de l’énergie. Il s’agit de consommer mieux, moins (réduire les pics de consommation) et au bon moment, tout en incluant les nouveaux usages de la consommation d’énergie, avec la production locale d’énergies renouvelables et le stockage.

La ville d’Issy-les-Moulineaux offre son territoire à l’expérimentation. En 2012, lors du lancement du projet, seul le quartier d’affaires Seine Ouest était relié à IssyGrid avec notamment la tour Sequana (42 000 m2), premier immeuble de bureaux existant rendu « smart grid-ready », qui abrite aujourd’hui le siège du groupe AccorHotels.

En 2015, l’éco-quartier du Fort d’Issy (861 logements) est venu se greffer au projet et, depuis l’année dernière, nous intégrons progressivement la gare Issy RER (ligne C), les restaurants du quartier, ainsi que l’EFB (École de Formation des Barreaux) dotée de 300 m2 de panneaux photovoltaïques sur sa toiture. Aujourd’hui, IssyGrid concerne 2 000 logements, 5 000 habitants, 160 000 m2 de bureaux et 10 000 employés. Cela permet de collecter des données sur un smart grid urbain, ses implications techniques, économiques, règlementaires et sociologiques. Nous sommes actuellement en phase d’analyse et de mise à disposition.

Nous souhaitons capitaliser et réutiliser le savoir-faire acquis à Issy-les-Moulineaux pour la conception des futurs quartiers à énergie positive. Des villes comme Nanterre, qui lance un éco-quartier de 70 000 m2 avec un smart grid axé autour de la chaleur, mais aussi Bordeaux et Marseille. Nous en tenons également compte dans nos propres projets urbains, comme le futur éco-quartier du Cœur de ville, actuellement en construction sur les anciens terrains du Cnet (Centre National d’Etudes de Télécommunications).

Il s’agit également de poursuivre le développement des équipements publics « smart » comme les lampadaires connectés ou les détecteurs de trafic pour moduler l’éclairage de la route en fonction de la circulation. Enfin, le projet IssyGrid souhaite mettre à disposition du grand public les données énergétiques du projet pour inventer les services de demain.

L’éco-quartier du fort d’Issy-les- Moulineaux fait figure de référence – vous avez reçu en novembre 2016 le « Prix international Smart City » des Green Cities Solutions lors de la COP22 à Marrakech. La suite logique d’IssyGrid ? Quelles sont, au sein de cette opération, les innovations les plus remarquables ?

Depuis sa livraison en juin 2013, l’éco- quartier numérique du fort d’Issy est devenu une référence. La qualité architecturale des bâtiments, l’attention portée sur la végétalisation (un tiers des espaces est constitué d’un verger d’arbres fruitiers) et la priorité accordée aux circulations douces ont été déterminantes. Connectées à IssyGrid, plusieurs innovations ont été installées : la géothermie, qui exploite la chaleur des nappes chaudes de la terre, satisfait 78 % des besoins de chaleur et de froid (pour les logements, commerces, écoles et équipements

publics) et permet d’économiser l’émission de près de 2 000 tonnes de CO2 par an ! L’éco-quartier du Fort fait figure d’exemple à suivre avec la suppression des circu- lations de camions-poubelles grâce à la collecte pneumatique des déchets ménagers, la construction d’une école en bois/paille, l’implantation d’un verger de 4 hectares, d’une piscine « feng-shui » et d’initiatives de mobilité intelligente comme le parking partagé notamment. Autre équipement novateur installé dans les deux éco-quartiers : la domotique pour maîtriser sa consommation d’énergie et gérer la lumière, les volets et le chauffage. De plus, les habitants peuvent être informés en temps réel de leur consommation énergétique grâce à un écran tactile dans l’appartement.

La domotique illustre l’habitat connecté de demain : elle permet le bon niveau d’utilisation, au bon moment, dans la bonne pièce ; d’éviter des consommations d’énergie superflues ; de mieux maîtriser les dépenses énergétiques et de réduire l’empreinte environnementale du logement. L’intégration des nouvelles technologies liées à l’environnement dans la ville est un projet à long terme.

En réunissant nos multiples savoir-faire, la ville collaborative de demain sera une ville soucieuse de son environnement, maîtresse de ses consommations en eau et en énergie, dotée de moyens de communication facilitant l’accès aux services et capable d’éviter la congestion des modes de transports.

La transition énergétique rend-elle ces investissements nécessaires ? Oui, la ville de demain devra être durable. Nous le voyons clairement avec les questions liées à la mobilité avec les pics de pollution à répétition en Ile-de-France. Chacun perçoit bien que nous sommes arrivés à la fin d’un cycle historique. Nous avons organisé nos villes autour de la voiture pendant un siècle, mais les contraintes d’espaces, de santé publique et de lutte contre le réchauffement climatique nous incitent à rechercher de nouvelles solutions de déplacement, mieux adaptées à la ville de demain.

De nouveaux modes de déplacement se généralisent (vélos, voitures et scooters électriques en libre-service), mais nous assistons à un foisonnement incroyable de nouvelles idées pour nous déplacer différemment à l’avenir.

Si une dynamique « ville intelligente » est en œuvre sur le territoire français, la grande majorité des villes françaises reste encore à l’écart. Trop de contraintes administratives et financières ? Une problème culturel ?

Face aux contraintes, il faut encore et toujours innover et être visionnaire. Cette nouvelle vague de la révolution numérique implique, comme toujours, une évolution des mentalités, y compris de la part des décideurs qui comprennent intuitivement que ce n’est plus la collectivité qui fait la ville, mais qu’ils doivent mettre en place les conditions pour faire la ville avec la contribution d’acteurs multiples, des citoyens aux acteurs économiques. Ce sont ces nouvelles formes de coopération qui se dessinent et qui vont transformer la ville. Le fait qu’il y ait de moins en moins d’argent public, contraint à de plus en plus d’imagination, d’ouverture d’esprit, de recherche de mutualisation. Outre les expérimentations, qui permettent de valider l’intérêt d’un service et son appropriation par la population, la création de consortiums répond à cette nouvelle forme de partenariats.

Avec IssyGrid, comme expliqué précédemment, mais aussi sur la thématique de la mobilité. Ainsi, le projet So Mobility, qui vise à expérimenter de nouvelles solutions pour fluidifier les déplacements, est piloté par un consortium de six entreprises auquel nous participons via notre société d’économie mixte (SEM) Issy Média.
Au final, ce n’est pas l’outil qui importe : c’est bien l’amélioration de la vie quotidienne des habitants. Tous les outils permettant d’atteindre cet objectif sont donc les bienvenus !

Le Grand Paris va-t-il être un accélérateur de projets smart cities en Ile-de-France ?

Le Grand Paris sera un accélérateur de projets dans tous les domaines et pas seulement dans le domaine du numérique. Le futur métro du Grand Paris Express, cette rocade de plus de 200 kilomètres qui desservira l’ensemble de la couronne parisienne, va permettra de créer de l’émulation autour des nouvelles gares qui seront autant de nouvelles centralités en banlieue parisienne.

La mission des élus va-t- elle changer dans ces villes intelligentes ?

Je ne le crois pas. Les habitants recherchent, avant tout, de la proximité, de l’immédiateté, une écoute et une amélioration de leur vie quotidienne. L’élu doit prendre ce virage, accompagner les initiatives novatrices, mais les missions restent les mêmes. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, de nombreux services ont été mis en œuvre pour les habitants afin de faciliter leur quotidien.

Des plus petits aux plus âgés, ils peuvent accéder à une large palette de services numériques :
– paiement de la restauration scolaire par internet,
– gestion dématérialisée des activités périscolaires,
– prêt de livres électroniques dans les médiathèques.

La technologie s’est mise au service de la collectivité. À Issy-les-Moulineaux, même le vote est électronique et depuis 10 ans tout se passe sans aucun problème.
Pour les personnes qui ne sont pas à l’aise avec internet, nous avons lancé, début 2017, un « Passeport numérique » avec la Région Ile-de-France. Ce dispositif permet aux habitants d’acquérir ou de consolider leurs connaissances, seuls ou accompagnés par des animateurs, des bénévoles ou des étudiants.
La ville et les espaces de demain seront toujours, comme c’est le cas depuis les débuts de l’humanité, des communautés d’hommes et de femmes qui y vivent et y travaillent. À nous, responsables politiques, de veiller à ce qu’ils y trouvent l’environnement le plus agréable possible.

Thomas Renou

Édito
par Arthur de Boutiny

le 19/07/2018

L’acquisition : du rêve à la réalité…

La France fait partie des pays où la culture et la société promeuvent l’acquisition du logement comme signe de réussite sociale et étape cruciale dans la vie. Dans ce contexte, comment se déroule la recherche de la perle rare qui saura décider l’acquéreur potentiel ? Le Crédit Foncier s’est penché sur la question pour la cinquième année consécutive, en interrogeant près de 5 000 ménages qui ont essayé, ces douze derniers mois, d’acquérir un logement.

73 % des personnes interrogées recherchaient une maison plutôt qu’un appartement, en particulier dans le Nord-Ouest et le Nord-Est de la France. Bien entendu, tout dépend des communes dans lesquelles on recherche : ce désir est partagé par 88 % des futurs acquéreurs dans des communes de moins de 5 000 habitants, contre 36 % dans les villes de 100 000 habitants.

Parmi les critères essentiels, 70 % des interrogés mentionnent l’emplacement, ainsi que la superficie ; 67 %, le nombre de pièces ; la proximité des transports en commun est primordiale en Ile-de-France, tandis que l’exposition du logement et la vue dont il dispose l’emportent dans le Sud de la France. La proximité des écoles est un critère dont la pertinence augmente ou décroît selon la situation familiale des sondés.

Les motivations essentielles des primo-accédants sont d’être chez soi (74 % des citations) et de ne plus verser des loyers à fonds perdu (69 %) ; celles des secundo-accédants, de disposer d’un logement plus grand (34 %) et de changer d’environnement (36 %).

Qu’en est-il  après un an de recherche ? 65 % des sondés ont fait l’acquisition d’un logement (contre 53 % lors du même sondage réalisé en 2014), 27 % recherchent toujours et 8 % ont renoncé. En moyenne, les acheteurs attendent 4,7 mois (7 mois en 2014) avant de signer un compromis. Lorsqu’ils ont conclu leur achat, les ménages ont visité en moyenne près de 6 biens. Cette durée varie en grande agglomération avec 4,1 mois pour 6,5 biens visités. 64 % des Français ont utilisé Internet pour leur recherche, que ce soit pour consulter les annonces, rechercher un financement et évaluer le marché, et ce pourcentage monte à 79 % à Paris et en petite couronne.

Dans la réalité, un acquéreur sur cinq (18 %) est allé au-delà du budget qu’il s’était fixé avec un dépassement moyen de 13 % ; c’est en Ile-de-France que la nécessité d’aller au-delà du budget initial est la plus importante.

Pour 49 % des acquéreurs, la transaction s’est faite après avoir obtenu une baisse de prix. Hors budget, 42 % des acquéreurs ont fait des concessions par rapport à leurs critères initiaux. Les principales concessions portent sur la taille du logement (28 % disent avoir acheté un logement plus petit qu’espéré), sur l’éloignement géographique (22 % disent s’être éloignés du lieu où ils souhaitaient acheter), sur une surface moindre de terrain ou jardin (19 %), le renoncement à un parking (19 %), le renoncement à l’absence de travaux à effectuer (19 %) ou encore l’exposition du bien (11 %). Les Franciliens, en particulier, sont les moins exigeants, avec 52 % de concessions à Paris et petite couronne, contre 38 % dans le Nord-Est de la France.
La preuve, s’il en fallait, que l’acquisition demeure un parcours du combattant…

Portrait

Chargement