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Bernard Mounier (Bouygues Bâtiment Île-de-France) : Le bois, une démarche de société

InterviewsGreen & Innovations

le 09 Mar 2018

Prendre en compte l’empreinte carbone, envisager les projets de construction de manière mixte béton-bois-métal : c’est la stratégie conduite par Bernard Mounier, président de Bouygues Bâtiment Ile- de-France. Une stratégie dans laquelle le bois a réellement toute sa place, notamment avec la création (et c’est une originalité parmi les grands du bâtiment), d’une équipe dédiée…

42 projets d’immeubles en bois en Ile-de France, c’est inattendu pour un groupe dont l’origine est le béton…

En Ile-de-France, Bouygues Bâtiment Ile-de- France réalise près de 500 projets dont, en effet, 42 sont en bois. Parmi ceux-ci, figurent des programmes de surélévation, ou avec des façades en bois, des activités somme toute assez classiques, mais aussi des projets entièrement en bois, réalisés en partenariat avec des acteurs reconnus du secteur comme Woodeum par exemple.

Est-ce un nouveau marché pour Bouygues Bâtiment Ile-de-France ?

Ceci ne constitue pas pour nous un marché à part entière et nous ne créons d’ailleurs pas de marque spécifique. Mais nous avons néanmoins constitué une équipe intégrée, avec une dizaine d’ingénieurs concepteurs spécialisés et des équipes de pose composées de compagnons du devoir, dont le nombre varie au fil des chantiers. Cette stratégie traduit notre volonté de proposer des projets mixtes, dans lesquels il ne s’agira pas de faire du « tout bois » au détriment du reste — c’est d’ailleurs impossible puisque par exemple des cages d’ascenseur et d’escalier en bois ne sont pas réalisables — mais de trouver un juste équilibre, économique et en terme de planning, entre le bois, le béton et le métal.

Quand et comment est née cette idée ?

Elle est née il y a déjà deux ans. Nous faisions jusqu’alors appel à des partenaires dans divers corps d’état et avons souhaité maîtriser le process dans sa globalité. Nous avons ainsi signé un partenariat avec le WWF pour contrôler le circuit d’approvisionnement et garantir la provenance du bois, puis créé une équipe dédiée pour réfléchir à la manière de ne pas consommer trop de bois, de construire plus rapidement et d’optimiser les coûts.

Vous évoquez les coûts : sont- ils plus élevés que dans une construction tout béton ?

Pour l’instant, en effet, le bois est très légèrement plus cher qu’une construction tout béton, de l’ordre de 5 à 10 % dans les cas les plus défavorables. Mais cet écart ne veut pas dire grand-chose car il va être très vite possible d’industrialiser les process et donc de réduire les coûts. Ceci implique cependant de changer de raisonnement, de ne plus penser pour le bois comme on le fait pour le béton. Par exemple, on pourrait en effet tout à fait imaginer de réaliser, en amont, sous forme de structures modulaires, des tronçons de bâtiments. Il serait ensuite tout à fait possible de transporter, par voie routière, les ensembles constitués et les soulever de manière plus facile que nous le ferions avec du béton. Pour un immeuble que nous allons réaliser dans le cadre de l’appel à projets d’Adivbois (au sein de la Zac Paris Rive Gauche), nous pouvons imaginer de poser des tronçons de façades avec des éléments, tels que des fenêtres, déjà intégrés.

Ce n’est donc pas une intention de production « tout bois » ?

L’idée est d’être un opérateur global, qui raisonne de manière mixte, prenant aussi en compte l’impact carbone de ses actions.

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C’est sans doute aussi un argument qui vaut auprès des collectivités locales ?

De plus en plus. Ailleurs, aux Etats Unis ou au Canada, le bois est partout et les maisons en bois sont nombreuses. En France, ce n’est pas encore le cas, mais les collectivités locales, en encourageant ce type de démarches, contribuent à montrer le caractère vertueux de telles constructions. Mais c’est aussi, au sein du groupe, une démarche moteur auprès des collaborateurs puisque nous constatons que ce « label vert » fidélise les équipes. Au-delà d’une simple démarche marketing, comme certains pourraient le penser, c’est, pour le groupe, une vraie démarche de société.

Avez-vous fixé des objectifs ?

Nous ne calculons pas la part de marché que nous pourrions occuper sur le bois, ce n’est pas le raisonnement ; notre souhait est surtout de maîtriser des nouveaux process et répondre mieux à la demande de nos clients, dont les collectivités locales. Si nous souhaitons développer des ouvrages plus haut et plus grands, il faut maîtriser la technique. Et, pour cela, il faut disposer en interne de l’ensemble des savoir-faire.

Envisagez-vous d’intégrer des acteurs ou producteurs de bois ?

Nous n’achèterons ni forêts, ni scieries, ni acteurs spécialisés dans le bois. Notre stratégie est de venir en appui des différentes technologies, d’être capables de voir et de s’inspirer de ce qui existe, en matière de bois, ailleurs dans le monde pour l’adapter au marché français.

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Vous vous êtes engagés en faveur du label BBCA, en quoi est-ce important pour vous ?

Très tôt, nous nous sommes en effet engagés dans la labellisation mise en place par BBCA. La problématique du carbone nous concerne en tant qu’entreprise et en tant que citoyen et lorsque nous commençons à travailler sur l’empreinte carbone des bâtiments neufs, nous recherchons les matériaux les moins consommateurs de carbone. Or, le bois en est un. C’est un élément de substitution, notamment au béton bas carbone, très intéressant. Nous l’envisageons déjà pour réaliser des choses très simples comme les bungalows de chantier par exemple, traditionnellement constitués de métal.

La réflexion BBCA vaut-elle « seulement » pour les bâtiments neufs ?

Non, loin de là puisque nous nous intéressons aussi à la problématique de la rénovation pour laquelle il n’existait pas de standard. Nous avons donc travaillé sur ce thème avec l’association BBCA ; l’étape suivante sera de travailler sur le réemploi de matériaux utilisés dans le cadre de constructions neuves. Par exemple, pour la construction de la nouvelle tribune de l’hippodrome de Longchamp, nous avons broyé les anciennes tribunes en béton et les avons réinjectés dans la nouvelle construction. Nous réfléchissions aujourd’hui à des bétons de réemploi, plus performants et pour lesquels l’empreinte carbone n’est produite qu’une seule fois. Mais ce procédé n’est pas forcément le plus au point, tandis que le bois, lui, l’est.

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L’extension du label BBCA au quartier est-il pour vous aussi un sujet ?

Oui, car en matière de bas carbone, c’est une réflexion globale qu’il faut mener : de la manière dont nous déconstruisons à celle dont nous construisons et faisons fonctionner un quartier, aux usages… Traiter mieux nos bâtiments, les rendre plus économiques, nous y travaillons depuis longtemps ; il s’agit désormais de les rendre moins consommateurs de carbone lorsque nous les construisons.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Pascal Bonnefille

le 22/06/2018

La mort du Crédit Foncier ou la fin d’une époque

On l’avait annoncé, avec une certaine avance il y a un peu plus de vingt ans, après la perte du monopole des prêts d’accession, mais cette fois, la nouvelle semble incontestable : le Crédit Foncier va disparaître.

Ainsi va s’achever une histoire commencée au début du Second empire, en 1852 : le départ, il y a quelques mois, de Bruno Deletré (devenu le patron de la Caisse d’Epargne Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne) et l’arrivée de Benoît Catel, un banquier issu du sérail BPCE, étaient déjà des signes avant-coureurs. Ce dernier d’ailleurs laissait entendre, en privé, la difficulté de trouver un « modèle économique » à une banque mono-activité, dans un contexte, extrêmement concurrentiel, de taux très bas. Laurent Mignon, qui a pris ses fonctions il y a juste quinze jours à la tête du groupe BPCE, a donc décidé de tourner la page : il est toujours plus facile de « tailler dans le vif » lorsque l’on débarque. C’est chose faite.

La question bancaire se règlera sans doute au sein du groupe : restent les filiales très immobilières. Quid du devenir de Crédit Foncier Immobilier (qui repris en son temps l’activité d’Ad Valorem créé par Stéphane Imowicz) et qui fédère les métiers de la transaction et de la gestion avec l’expertise, qui fut longtemps le « fleuron » de la maison (on trouve encore sur le site de CFI, cette phrase superbe : « pour les collaborateurs de Crédit Foncier Immobilier – Expertise, être le premier expert de France est une fierté ») ? Ce morceau intéressera peut-être quelques acteurs du secteur… Pour la Socfim (qui s’intitule, non sans raison, « la banque des promoteurs »), l’intégration au groupe BPCE est déjà largement entamée : la mort du Foncier ne devrait pas avoir de conséquences directes. Même chose pour Locindus, acquis par le Foncier il y a plus de dix ans.

Cette disparition donnera « un coup de vieux » supplémentaire à tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ont connu « la grande époque » du Foncier : celle où, précédé d’un huissier (à chaîne s’il vous plait), on pénétrait dans le magnifique bureau du gouverneur ou d’un de ses deux sous-gouverneurs (!), dans un somptueux hôtel particulier de la rue des Capucines. Le départ de tout ce monde à Charenton avait constitué la première étape de ce qui, aujourd’hui, obéit à une logique économique et conjoncturelle sans appel.

Portrait

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