Benoît du Passage
né le 23 février 1956

Société
Jones Lang LaSalle

Fonction
Président directeur général

L'ANTI «STAR SYSTEM»

«Mon rôle en tant que président est de traduire une vision en action» affirme Benoît du Passage, à la tête de Jones Lang LaSalle France depuis déjà 15 ans. Le groupe est coté à New York, mais le président hexagonal jure qu'il jouit d'un «degré d'autonomie gigantesque, contrairement à ce que l'on peut croire». Au niveau mondial, Jones Lang LaSalle est soumis à la contraignante procédure Sarbarnes Oxley et a notamment l'obligation de procéder à deux audits par an. Cependant, la structure française n'ayant «jamais eu de défauts mineurs ou majeurs à corriger», elle a ainsi pu gagner son indépendance. Grâce à une organisation minutieuse et un management rodé. L'homme, qui fête bientôt ses 55 ans, se fixe comme impératif de consacrer au minimum 50 % de son temps pour accompagner ses collaborateurs. La clef de sa réussite ?

Benoît du Passage rejoint la société Jones Lang Wootton en janvier 1985, après des études de Droit et une expérience de 5 ans au sein de la Banque Oséo. Il est invité à ouvrir le bureau de Barcelone en 1988, qu'il dirigera pendant 8 ans. En 1996, on lui propose de revenir en France pour y prendre la présidence de la société. Jones Lang Wootton fusionne avec la société américaine LaSalle Partners trois ans plus tard et devient Jones Lang LaSalle. Depuis qu'il occupe ce poste, Benoît du Passage continue de gérer l'Europe du Sud, qu'il connaît bien. «Je veux m'occuper des marchés pour lesquels je dispose d'une valeur ajoutée. Si je m'occupais de la Suède par exemple, cela n'aurait pas de sens ! En management, choisir les bonnes personnes et leur faire confiance permet de ne pas perdre du temps à faire le travail d'un autre». Selon lui, «le principe de délégation n'est pas une vue de l'esprit, il est primordial». Le rôle d'un manager est de savoir définir une stratégie. «Les indécisions sont terribles, mais il faut faire un choix, quitte à prendre de mauvaises décisions». Benoît du Passage organise régulièrement des interviews avec ses collaborateurs, pour que circulent les idées. «Nous discutons, débattons. J'écoute, puis je prends la décision, seul. Je ne crois pas au consensus management». Pour lui, ce n'est pas un principe adapté aux sociétés de conseil. «Jones Lang LaSalle n'est pas une démocratie populaire. En fait, je ne crois pas que cela soit possible dans un grand groupe». 350 personnes travaillent aujourd'hui pour Jones Lang LaSalle en France et 30 000 dans le monde. Le dirigeant défend, cependant, la culture du «feedback» au sein du groupe. «J'exige, toutefois, qu'il y ait une recommandation qui suit. Je n'apprécie pas la critique pour la critique. Ce n'est pas constructif et cela ne nous fera pas avancer. Je veux entendre : voilà ce qui ne va pas, voici ma recommandation». Il s'oppose quoi qu'il en soit au «star system», qui officie notamment dans le football. Il s'agit à ses yeux d'un jeu d'équipe dans lequel il ne devrait pas y avoir de lauriers individuels. «Au sein de l'entreprise, c'est le même principe. Il n'y a pas de place pour les mercenaires» affirme-t-il.

«En temps de crise, plutôt que de vouloir concentrer toutes les activités en interne, par souci de coût, il faut se concentrer sur son métier, y être dédié à 100 %. L'erreur consiste à se mettre à compter les crayons. Je suis pour la sous-traitance, surtout en période difficile». D'après lui, il ne faut pas non plus surréagir, comme on le fait aux États-Unis. «En Europe, nous n'avons pas la même culture, ni la même législation. Nous devons donc être plus prévoyants pour ne pas licencier à tour de bras et c'est tant mieux. À force de surréagir, on finit par perdre sa crédibilité». Pendant la crise économique, Jones Lang LaSalle a même gagné des parts de marchés : «notre valeur ajoutée, c'est de proposer des solutions en plus de conseils». La société réalise 15 % environ de son chiffre d'affaires dans l'investissement (conseil, montage), 20 % dans le «corporate solutions» (conseil aux entreprises, gestion de baux), 25 % avec l'agence et 40 % dans l'aménagement d'espaces (avec sa filiale Tétris). «En étant diversifiés, nous sommes mieux protégés et moins dépendants des cycles de marché».

«Dans mon métier, il faut s'adapter perpétuellement. Mais je suis optimiste. Les entreprises font désormais systématiquement appel à une société de conseil pour les accompagner dans leurs projets immobiliers». Le chiffre d'affaires de Jones Lang LaSalle France a quasiment atteint les 100 millions d'euros en 2010, une petite déception pour Benoît du Passage qui aurait souhaité franchir ce seuil. Pour ce qui est du marché en général, après une meilleure année que prévue pour le locatif avec 2,2 millions de m2 commercialisés, il s'attend à un volume équivalent en 2011. «Le marché de l'investissement a, en revanche, enregistré un volume décevant en 2010, mais je table sur une hausse de 20 % cette année». En Europe, l'Ile-de-France est le marché le plus important et le plus attractif. «Londres, qui représente un plus petit marché, enregistre 20 milliards d'euros tous les ans. J'espère que le marché parisien, qui est pourtant sain, dépassera les 10 milliards d'euros en 2011.». Passionné par son métier autant que par les courses automobiles, Benoît du Passage ne voudrait en changer pour rien au monde. Ses nouveaux défis à venir seront le développement de plusieurs lignes de business, dont Tétris, sur le marché européen.

Adèle Bouet