Christophe Clamageran
né le 28 août 1963
 
Société
Gecina
 
Fonction
Directeur général

VAINQUEUR AUX POINGS !

Il voulait être le patron. C'est fait ! Christophe Clamageran, 47 ans, est à la tête de l'une des plus belles foncières cotées de la place. Dès son arrivée, fin 2009, il recentre Gecina sur la France et voit (sans regrets ?) partir les Espagnols. En un an, il réalise 440 millions d'euros d'investissements : des actifs de bureaux «prime», de grande taille et à forte densité architecturale. Gecina sort de ses querelles d'actionnaires et reprend de belles couleurs grâce à cet homme dont l'ambition affichée est de porter le patrimoine bureaux de la foncière de 5,5 à 9 milliards d'euros d'ici 2014. Celui qui, sans détour, annonce que l'année 2010 a été sa «plus belle année professionnelle» car «tellement enrichissante sur le plan personnel» peut repartir, non sans fierté, avec sa «Pierre d'Or», puisque nos lecteurs l'ont plébiscité en lui décernant ce trophée dans la catégorie «Investisseurs».

Avec un diplôme de l'École Supérieure Libre des Sciences Commerciales Appliquées en poche, Christophe Clamageran va mettre d'emblée en pratique ses capacités de commercial chez Olivetti, société qu'il quittera très rapidement pour rejoindre, en 1987, Auguste-Thouard, en qualité de négociateur. Notre homme, qui ne manque pas d'ambition, quitte ce conseil en 1992 pour frapper à la porte d'un autre, en l'occurrence DTZ Jean Thouard et prend, ainsi, le poste de directeur associé, en charge du département bureaux en Ile-de-France et ce, pendant trois ans. En 1996, il donne une nouvelle orientation à sa carrière, en entrant, par la grande porte, chez Meunier où il occupera la fonction de directeur général délégué et membre du directoire jusqu'en 2004. Notre élu aime la promotion et adore dénicher des endroits pour construire. Chez Meunier, il rencontre alors Philippe Zivkovic qui deviendra assez rapidement son mentor. Christophe Clamageran a 33 ans à cette époque. Il sait qu'il a beaucoup à apprendre et va, petit à petit, gravir les échelons pour devenir, en 2004, le président de Meunier Immobilier d'Entreprise et directeur général délégué de BNP Paribas Immobilier, jusqu'en 2008 (il avait été nommé aux «Pierres d'Or 2007 et 2008, dans la catégorie Promoteurs»). «Pendant 12 ans, j'ai aimé travailler avec Philippe. C'est un homme toujours en mouvement et rigoureux» évoque-t-il. Il est vrai qu'alors le duo «Zivkovic-Clamageran» est connu et reconnu par l'ensemble de la profession. Voici deux hommes extrêmement ambitieux, extrêmement professionnels, incroyablement compétents, mais qui ne pouvaient, à terme, continuer ensemble et dans la même structure. L'élève s'est alors hissé au niveau de son maître et sa soif d'indépendance devient de plus en plus prégnante

Christophe Clamageran est un passionné de boxe (il pratique cette discipline depuis l'âge de 15 ans) et un sportif affirmé (pas un jour sans footing). Il est également (excusez du peu !) ceinture noire de deux arts martiaux (on fera grâce des noms complexes au lecteur ). Ceci explique, sans doute, pourquoi il a fière allure et fait d'ailleurs remarquer à qui veut l'entendre qu'il pèse le même poids qu'à 20 ans ! «Lorsque j'entreprends quelque chose» dit-il «je ne le fais jamais à moitié». On l'aura compris, notre homme est déterminé, avec une énergie à revendre, tenace et bosseur, même s'il précise : «je ne suis pas un bourreau de travail et je délègue volontiers».

2008 : coup de théâtre qui va en surprendre plus d'un, puisqu'il opère un virage (très contrôlé) en prenant la direction générale d'une foncière au patrimoine essentiellement commercial, pour succéder à Gérard Devaux, à la tête d'Hammerson. Un nouveau défi pour ce pugiliste émérite qui se donne les moyens de ses ambitions avec une décontraction (apparente) assez spectaculaire. «Prendre la direction générale d'Hammerson France était intéressant pour deux raisons : l'immobilier de commerce était un secteur que je connaissais peu ; ensuite, je devenais, à part entière, le patron d'une foncière d'une centaine de personnes» explique-t-il. Un travail qu'il qualifie «d'enrichissant intellectuellement» et, jubile-t-il, «j'y ai découvert la finance au travers des «road-shows», des réunions d'analystes financiers ou encore des discussions avec les agences de notation». Notre «Pierre d'Or» venait d'ajouter une nouvelle corde à son arc sans le savoir puisqu'un an plus tard, il quitte la rue Washington pour la rue des Capucines et pousse, alors, les portes de Gecina pour en prendre la direction générale. Il voulait être «le patron et rien d'autre» lance-t-il, en admettant que la foncière en question était plutôt, à ce moment-là, une «belle endormie», qui connaissait quelques tourments (c'est une litote !) et avait fait couler beaucoup d'encre... «Cela ne se refuse pas. Un poste comme celui-ci n'arrive qu'une seule fois dans sa vie» affirme-t-il, non sans fierté. Pour autant, rien n'effraie notre quadra, même s'il a eu, avoue-t-il, «quelques nuits difficiles». Bien décidé de rendre à Gecina son panache d'autrefois, il va s'attacher à mener une politique qui consiste à «renforcer les activités du groupe et susciter les échanges : «roadshows» à Londres, Francfort, New York et Zürich et «investors'day» à Paris ; à recentrer les activités sur le marché français et dans les trois domaines de leadership du groupe : les bureaux, le résidentiel et l'immobilier de santé». Son ambition ? Tout naturellement porter le patrimoine de bureaux de la foncière à 9 milliards d'euros en 2014, contre un peu moins de 6 actuellement.

Père de quatre enfants - le cinquième est prévu pour juin -, il s'enorgueillit d'avoir toujours du temps pour les siens. Et même si ses journées sont bien remplies, il s'accorde chaque mercredi pour déjeuner avec ses deux grands. «C'est un rendez-vous important pour nous et je fais en sorte que rien ne puisse m'en empêcher» tient-il à préciser. Et d'ajouter : «de la même façon, je dépose mes enfants le matin à l'école et, le soir, je suis à la maison pour les voir avant qu'ils aillent se coucher». Lui, qui conclut-il a eu «une enfance merveilleuse, avec des parents aimants», tient, sans nul doute, à reproduire ce schéma familial.

Du souffle ? Il en a, c'est un sportif ; de l'énergie ? Il en a, c'est un battant ; du courage ? Il en a, c'est un conquérant ; de l'ambition ? Il en a et il l'a prouvé. Quatre conditions que notre «Pierre d'Or» cumule pour mener à bien la politique qu'il s'est fixée pour Gecina

Valérie Garnier