Jean-Marie Charpentier
né le 27 avril 1939

Société
Arte Charpentier Architectes

Fonction
Président

HOMMAGE

Il aurait sans doute été heureux d'apprendre que nos lecteurs l'avaient désigné comme «Pierre d'Or» dans cette catégorie «Immobilier Durable», un sujet qui lui était cher et pour lequel il savait s'enthousiasmer. Un enthousiasme, une certitude pour lui, bien avant que le terme de «ville durable» ne devienne «à la mode». En témoignent ses nombreuses réalisations ou bien encore les quatre lettres de son agence A.R.T.E, qui conjuguent Architecture, Recherche, Technique et respect de l'Environnement. Parallèlement à son travail d'architecte, Jean-Marie Charpentier s'est toujours intéressé aux grands problèmes de la profession : il fut ainsi président de l'Ordre Régional des Architectes, membre du Conseil de l'Académie d'Architecture, vice-président du Comité franco-chinois de la Chambre de Commerce de Paris et membre du conseil d'administration de l'Association des Architectes Français à l'Export (AFEX) depuis 1998. Le 13 décembre dernier, au cours d'un entretien pour ce portrait, Jean-Marie Charpentier revenait sur son parcours. Nous avons appris, le 24 décembre, sa disparition. Itinéraire d'un grand urbaniste et architecte. Au présent.

Fils d'architecte et petit-neveu du compositeur Gustave Charpentier, cet amoureux du piano commence son parcours professionnel par une rencontre avec l'Asie, un continent qu'il ne quittera jamais vraiment. Jeune professeur, dans le cadre de la coopération, c'est alors au Cambodge que Jean-Marie Charpentier enseigne, avant de créer, à Paris, en 1969, l'agence Arte Charpentier. L'un de ses premiers chantiers sera celui de la protection de sites historiques et la réhabilitation du marché central de Phnom Penh. «Cette passion pour l'Asie et son développement m'a accompagné pendant longtemps» raconte-il, «avec, ensuite, une rencontre avec la Chine qui allait s'ouvrir. Cette éclosion, je le savais, serait une aventure passionnante». Dès 1984, des échanges avec l'agence se mettent en place, d'abord «légers», puis l'économie chinoise devenant plus forte, «nous avons été appelés à nous engager dans quelques compétitions». «Le grand déclencheur fut l'opéra de Shanghai (qui a reçu la Médaille d'Or d'Architecture de la Ville de Shanghai), un défi et une expérience formidable» explique-t-il, car «la Chine est une université permanente dans laquelle nous apprenons beaucoup». Et de poursuivre : «être parvenus à persuader des décideurs nous a ouvert les portes. La rapidité des constructions en Chine entraîne une notoriété importante et ce travail d'équilibriste nous a permis d'évoluer sur d'autres projets dans le monde». L'aventure continue donc, avec la construction de villes entières autour de Chongqing, ou bien encore par une vingtaine de grandes opérations d'urbanisme et d'aménagement autour de Shanghai : création d'une ville nouvelle satellite et d'aménagements urbains comme l'Avenue du Siècle (les «Champs Elysées» de Shanghai), sans oublier l'étonnant musée d'Histoire de la ville d'Ala'er (province du Xinjiang). «Ce qui est passionnant avec l'Asie» souligne Jean-Marie Charpentier, «c'est que le temps n'est là-bas pas le même : le temps de réalisation, chez nous, est lent ; en Asie, 400 millions de personnes doivent rejoindre les agglomérations et l'accompagnement, au jour le jour, des réflexions sur les recherches en matière d'urbanisme et d'environnement est suivi d'une mise en ouvre accélérée». Ce travail sur la «ville durable» est, selon lui, un sujet de réflexion particulièrement considéré en Asie où, «contrairement aux idées reçues, les décideurs sont en avance sur les thèmes qui touchent à l'écologie, aux émissions de CO2, à la dépollution et aux énergies renouvelables». Mais, «au-delà de ce seul continent» poursuit-il «l'environnement et l'urbanisme sont des thèmes mondiaux qui permettent une coopération enrichissante dans la conduite des réflexions importantes dans le développement de nos villes. Et agir sur la qualité de la ville et de la vie ou concevoir des bâtiments respectueux de l'environnement sont des thèmes auxquels notre agence accorde une vraie importance». Une profession de foi que le cabinet Arte Charpentier met en pratique dans bien d'autres lieux du monde. Changement de continent donc, d'abord, pour l'Afrique, où Jean-Marie Charpentier évoque avec enthousiasme le projet de la baie d'Alger, dont la vocation est de contribuer au développement de la ville, en adoptant une approche environnementale et patrimoniale, en coordination avec des spécialistes. Un «projet prioritaire» : «nous avons remporté, avec une équipe de spécialistes de la mer, de l'environnement, des transports, le plan d'aménagement de la baie, 30 km de long, 1 km de large. Le travail vise le déplacement du port et de la gare centrale, un projet porteur au cour de la ville, accompagné de la création de nouveaux quartiers d'embellissement». Une opportunité aussi pour Arte Charpentier de lancer de nouveaux programmes et d'accompagner les entreprises françaises qui souhaitent aujourd'hui retourner en Algérie. Retour en France enfin, où les architectes de l'agence ont signé de nombreuses réalisations et sont en train de lancer de multiples opérations. Parmi les projets récemment développés dans l'Hexagone, on trouve le siège d'Axa (85 000 m2, à La Défense), celui de Dassault Systèmes (65 000 m2, à Vélizy), l'immeuble «Praetorium» à La Défense, mais aussi le dôme de verre de la station Méteor, devant la gare Saint Lazare ou bien encore le «Carré de Soie», à Lyon. Citons aussi la première tour à énergie positive, Elithis, inaugurée à Dijon au printemps 2009. Encore et toujours «développement durable», la tour «Oxygène», à Lyon et la terminaison du centre commercial de La Part Dieu, l'emblématique gratte-ciel. Côté réhabilitations, le cabinet a signé «In Extenso» (ex-bâtiment de l'Imprimerie Nationale devenu ministère des Affaires Etrangères) ou bien encore la restructuration de la tour Lopez (immeuble de la DCNS). D'autres projets sont encore «dans les tuyaux», d'autres «belles histoires» que continueront, dans la lignée de celui qui les aura portées. À travers le monde, les équipes d'Arte Charpentier sauront poursuivre l'aventure.

Catherine Bocquet