Michel Grossi
né le 31 juillet 1957
Société
BNP Paribas
Fonction
Responsable de la gestion du patrimoine
CATALANS, EN AVANT !
Dans la (très étendue) galaxie BNP Paribas, nos lecteurs ont souvent couronné, ou le jury a maintes fois nommé, des pros relevant de BNP Paribas Real Estate, son président, Philippe Zivkovic en premier lieu. Mais, cette fois, les votants ont choisi un gestionnaire de l'immobilier du grand groupe bancaire, qui relève d'une autre direction (celle de la logistique globale du groupe). Même si, on s'en doute, les deux structures travaillent, plus souvent qu'à leur tour, main dans la main. C'est donc Michel Grossi, 53 ans, une des belles et intéressantes figures du (relativement) petit monde des directeurs immobiliers qui remporte, cette année, la «Pierre d'Or» Utilisateurs. Et ce n'est que justice
Sur son bureau, un buste de Tintin... Sinon, peu d'éléments très personnels, ce qui étonne chez cet homme chaleureux et vivant. «Je suis un catalan» entame-t-il non sans fierté, rappelant qu'il passe toutes ses vacances dans son pays... Il dit l'avoir aimé (presque trop) dans sa jeunesse car entre ses activités de moniteur de ski, de garde forestier, de DJ amateur (ah les jeunes pyrénéennes...), le temps consacré aux études était un peu... secondaire. D'où sa volonté de «rompre» (un temps) avec sa belle et paradisiaque région, pour faire ses études de Droit à Toulouse (il finira par y obtenir une maîtrise en Droit Notarial et Immobilier en 1982). Et là, c'est décidé, notre nommé «monte à Paris» : il y obtiendra son premier poste au GIE Immobilier des Assurances et Mutuelles Agricoles (l'ancêtre de Groupama) où il s'occupera de gestion locative (juste en plein moment du traumatisme créé par les lois Quilliot : «il y avait du travail, croyez-moi !» explique-il en souriant). Il ne regrette pas ses six ans dans cette institution, parfois un brin poussiéreuse, puisqu'elle «l'a beaucoup formée», mais il veut connaître de nouvelles aventures. Il rentre alors, en 1988, dans le groupe CCF dans lequel, sous diverses casquettes, il restera plus de vingt ans ! Au bout de six ans (encore !), il sera nommé directeur de la gestion immobilière, contrôlant un service de huit personnes assurant la gestion et les transactions et appuyant la direction générale en matière de politique immobilière. Avec l'intégration, en 2000, dans le groupe HSBC, il met en œuvre la filière immobilière pour tout le groupe (le CCF et ses 11 filiales régionales). Et, en 2004, nouveau défi : le voici nommé directeur de l'immobilier d'exploitation de HSBC France. Il est désormais en charge de la gestion intégrale de pas moins de 300 000 m2, répartis entre le siège, le réseau et d'autres immeubles. Avec des choix complexes, comme la vente du siège historique sur les Champs Elysées, notre nommé ne manque pas de travail. Il s'impose d'ailleurs, peu à peu, comme une des figures «incontournables» du monde des utilisateurs durant cette période qui constitue, pour lui, «une expérience extraordinaire, avec le sentiment d'avoir toujours une longueur d'avance !»
En 2009, tournant important dans sa carrière, car le groupe BNP Paribas lui propose de devenir responsable de la gestion du patrimoine immobilier, au sein de la direction immobilier d'exploitation et logistique (qui répond au doux nom d'Imex dans le jargon «bnpparibasien»). Une offre qui ne se refuse pas. Le voici en charge de la gestion patrimoniale des immeubles centraux, des réseaux et des filiales (1,8 million de mètres carrés tout de même !), et de la définition (puis de la mise en œuvre) du schéma directeur immobilier du groupe (qui, dix ans après la fusion BNP-Paribas, a encore du «pain sur la planche»).
«Mon métier me passionne» tonne-t-il, avec cet accent qu'il n'a pas perdu, malgré cet «exil» parisien. Sous la houlette de Jean-Pierre Volmar, le «patron» d'Imex (qui coordonne l'action de 900 personnes, dont la moitié employée dans la logistique, la sécurité...), notre «Pierre d'Or» parle avec force des 70 immeubles à gérer en Ile-de-France. «On ne manque pas de travail» affirme-t-il, non sans gourmandise. Et de développer la stratégie immobilière du groupe : «garder dans Paris intra-muros les activités à valeur ajoutée et doter la banque d'immeubles modernes, atouts pour son développement».
En le voyant s'enflammer sur le sujet, on comprend le caractère de Michel Grossi : ce n'est pas un tiède ! Et si on évoque sa participation au «Plan Bâtiment Grenelle», dans le cadre de la commission «bail vert», on retrouve la faconde de ce pro qui n'a pas sa langue dans sa poche. Et le développement durable d'ailleurs ? «Nous sommes très à l'écoute sur ce sujet, sachant que pour l'immobilier existant, la question est complexe ! Nous mettons en œuvre avec Generali, notre premier bailleur, et notre premier locataire, une expérimentation sur deux immeubles : l'un, boulevard Poissonnière, à Paris et l'autre, à Saint Ouen. Et nous allons en tirer toutes les leçons...».
Ce fan de rugby, supporter de l'Usap, père d'une fille de 27 ans, diplômée de l'Agro, reste un passionné de ski (il quittera ses montagnes pour recevoir sa «Pierre d'Or»), aurait aimé être architecte. D'où sa passion pour le dessin, les écorchés et les sanguines. Il aime aussi à rappeler que le métier de sa femme - elle est infirmière - permet, souvent, de relativiser les problèmes du monde immobilier. Un catalan qui a du cœur : est-ce si étonnant ?
Pascal Bonnefille