Serge Grzybowski
né le 14 septembre 1958

Société
Icade
 
Fonction
président directeur général

DURABLEMENT IMMOBILIER

Cette année, Serge Grzybowski (déjà élu «Pierre d'Or» Investisseur en 2005) pouvait être nommé dans bien des catégories : parmi elles, «Manager», bien sûr, «Investisseur», cela va de soi (le rachat de la Lucette en 2010 est le plus gros «deal» de l'année) ou «Immobilier Durable», évidemment (Icade est très en pointe sur le sujet) : les lecteurs d'Immoweek-Expertise Pierre ont tranché... en le couronnant au sommet en l'élisant «Professionnel de l'Année». Un aboutissement logique pour ce «quinqua» décidé et énergique, qui considère l'immobilier comme son «métier» et qui, de poste en poste, a affiné sa connaissance des marchés et des hommes. Désormais à la tête d'une grande foncière, dans le giron (protecteur bien sûr, mais aussi - on l'imagine - parfois exigeant) de la Caisse des Dépôts, notre «Pierre d'Or» paraît visiblement à l'aise. Un peu plus de trois ans après son accession à la présidence d'Icade, il tient bien les manettes. Et visiblement, cela lui plaît. Il n'est pas le seul. Ce vote le couronnant le confirme, il est apprécié par ses pairs et au tout premier rang...

Revenons rapidement sur le parcours de notre homme : diplômé de l'IEP de Paris et de l'école Nationale d'Administration (il y rentre en... 1981, année charnière et tonne aujourd'hui quand on lui rappelle «je ne suis pas qu'un énarque» et d'ajouter : «j'ai passé sept années de ma vie dans l'administration... et ensuite j'ai toujours travaillé dans le secteur privé, et toujours avec un rapport fort à l'immobilier !»). Serge Grzybowski débute sa carrière comme administrateur civil à la Caisse des Dépôts (déjà !), de 1983 à 1987, puis passe deux ans à la Direction du Trésor, une place toujours prestigieuse dans tout bon CV, avant de rejoindre le groupe Bourdais (pour les moins de vingt ans, ce conseil d'envergure est passé depuis dans le giron de CB Richard Ellis, Ndlr), dont il deviendra directeur général adjoint. En septembre 1992, première incursion dans le monde bancaire : il rejoint la Banque La Hénin (groupe Suez) comme directeur général adjoint, puis directeur général et, en 1997, prend la direction de la Banque du Développement des PME (BDPME), du Crédit d'équipement des Petites et Moyennses Entreprises (CEPME) et de la Sofaris. Il est ensuite nommé vice-président puis président-directeur général, en 2001, de la Banque Worms. Cette même année, notre «Pierre d'Or» revient directement à ses amours immobilières et devient directeur général de Gecina jusqu'à janvier 2006 où il entre chez HSBC en tant que conseiller pour l'immobilier et directeur «institutions financières». La banque et l'immobilier encore... Enfin, à l'été 2007, le voici président directeur général d'Icade, poste qu'il occupe toujours aujourd'hui.

Les présentations étant faites (étaient-elles d'ailleurs vraiment nécessaires ?), il faut parler de l'entreprise que notre «Pierre d'Or» dirige avec fermeté et «passion». Et, en 2010, la maison a beaucoup bougé. Soyons honnêtes : le Tout-Paris de l'immobilier bruissait de rumeurs : «ils vendent et n'achètent pas ?», «une foncière, mais avec quoi ?» étaient les questions, perfides bien sûr, le plus souvent entendues. Mais la place et les marchés ont bien dû le constater : Icade a poursuivi avec force «sa stratégie de tertiarisation» avec, d'abord, la cession de la bagatelle de 26 000 logements à une vingtaine de bailleurs sociaux et, en tout premier lieu, à la Société Nationale Immobilière, autre filiale de la Caisse. Cette opération a rapporté la coquette somme de 2 milliards d'euros (dont il faut déduire cependant 300 millions d'euros, compte tenu des obligations de distribution liées au statut Siic). Cette belle «cagnotte» fait alors l'objet de toutes les rumeurs, mais notre homme, dans «La Tribune», précise d'emblée disposer d'«une marge de manœuvre sans égale par rapport à ses homologues, à un moment où les valeurs des actifs immobiliers ont connu une nette correction».

La «nette correction» ! Elle permet à Icade d'acheter la foncière Compagnie La Lucette auprès de la division immobilière de la banque d'affaires américaine Morgan Stanley. À la recherche de bureaux, Serge Grzybowski jette son dévolu sur La Lucette. Cette dernière présentait, à l'évidence, le profil recherché avec un portefeuille constitué à près de 80 % de bureaux en Ile-de-France. Ensuite, l'opération se fait à un prix jugé «intéressant» par beaucoup d'analystes. Icade a, en effet, profité d'une belle «fenêtre de tir» car La Lucette, pour bénéficier du statut de Siic, ne devait plus être détenue à plus de 60 % par un seul actionnaire. Or, le fonds immobilier de Morgan Stanley en possédait près de 95 % ! Il devait donc se désengager de La Lucette avant la fin de l'année [CQFD]. Par ailleurs, la foncière convoitée est lourdement endettée, de l'ordre de 1,1 milliard d'euros pour 1,5 milliard d'actifs. Soit un ratio «loan to value» (in good french, le rapport de la dette sur la valeur des actifs) supérieur à 73 %. Un quotient que les banques n'aiment guère. Morgan Stanley n'avait donc que deux solutions : ajouter des fonds propres pour se désendetter... ou vendre. C'est la deuxième option qui a été choisie, à la vive satisfaction de notre «Professionnel de l'Année». Ce n'est pas qu'un «joli coup» financier : l'acquisition permet, ainsi, à Icade de se positionner comme «foncière de référence dans le paysage immobilier tertiaire français». L'opération va permettre, en tout cas, à Icade de devenir la deuxième foncière tertiaire de France, avec un portefeuille de bureaux évalué à 5,7 milliards d'euros, derrière celui de Gecina (6,4 milliards), et à Morgan Stanley d'être le deuxième actionnaire d'Icade, après la CDC, avec une participation de 4,5 %. Un deal en or donc...

Dans sa stratégie, parfaitement rodée, le président d'Icade n'oublie pas de mentionner le développement des parcs tertiaires, relais de croissance important avec des réserves foncières d'environ 80 hectares localisées dans le nord-est parisien, «qui s'inscrivent parfaitement dans le cadre du projet du Grand Paris». Bref, il y a du foncier à travailler : qu'on se le dise !

Mais notre homme, qui jongle avec les chiffres comme personne, n'omet pas d'évoquer le développement durable comme un axe «essentiel» de sa politique. Et son discours en la matière semble bien indiquer qu'il ne s'agit pas là d'un simple gadget. Son actualité ? Il a été nommé à la fin 2010, président de GBC France, émanation tricolore du World Green Building Council, qui a vocation à rassembler des personnes physiques ou morales (tous azimuts : maîtres d'ouvrage publics et privés, maîtres d'œuvre, entreprises, utilisateurs, banques, assurances, investisseurs et foncières, fabricants, experts, associations et on en passe) au service du développement de la construction et de l'aménagement durables. L'objectif de cette structure ? «animer au plan national, une dynamique fédérant le public et le privé, au service du développement de la construction et de l'aménagement durables, mais également de porter la position française à l'international et de contribuer au renforcement de l'offre des entreprises françaises.» Il s'agit, notamment, explique-t-il, «de montrer à l'étranger que nos normes environnementales sont efficaces : nous voulons montrer notre savoir-faire en la matière». On lui fait confiance...

Le «green business», pour Icade, c'est aussi l'aventure des Trophées de l'Immobilier Durable (ils en sont à leur sixième édition), qui ont rencontré un grand succès en interne, comme à l'extérieur. À preuve, la Caisse des Dépôts reprend à son compte, en l'élargissant évidemment, le concept pour l'ensemble des métiers que la grande maison, dirigée par Augustin de Romanet, rassemble. être copié (ou repris), c'est - on peut nous en croire - le signe de la réussite...

Un mot que notre «Pierre d'Or», heureux père de six enfants, ne brandit pas en permanence. Pourtant, l'année 2010 aura été pour lui, une «belle année». Outre les opérations dont nous avons parlé, il s'est vu remettre par Jean-Louis Borloo, alors ministre d'état, le ruban rouge. Et même s'il aime à dire (comme dans son discours à l'occasion de cette belle remise de Légion d'Honneur) que la profession de sa femme, orthophoniste, lui permet souvent de «relativiser» par rapport à la pression d'un métier exigeant, on sent bien qu'il aime passionnément «ce métier, cette entreprise et ses équipes». Et, spontanément, le mot «plaisir» lui vient à l'esprit. Mais ce mot n'est pas réservé qu'au «business». Ils sont rares, en effet, les pros de cette trempe qui, à la fin d'un entretien, vous conseillent un livre. Pour notre «Professionnel de l'Année», c'était «Une saga moscovite» de Vassili Axionov. L'auteur de ces lignes a suivi le conseil : et il ne le regrette pas !

Pascal Bonnefille