Chargement

retour Accueil > Logement > Chroniques > Michel Mouillart (FRICS) : « aides au logement,...

Michel Mouillart (FRICS) : « aides au logement, pauvreté et conditions de logement »

ChroniquesLogement

le 05 Sep 2018

Poursuite des chroniques du professeur Michel Mouillart sur les aides au logement. Cette semaine, des réponses à une question essentielle : « les aides au logement permettent-elles de lutter contre la pauvreté ? ». Le « pognon de dingue » est-il utilement dépensé ? L’avis de l’économiste dans le texte ci-après.

Comme la plupart des arguments présentés afin d’instruire le procès des aides au logement ne semblent pas vraiment convaincants, il est fréquent d’affirmer qu’en dépit de leur masse importante, ces aides n’ont pas permis de lutter efficacement contre la pauvreté.

Il semble cependant inapproprié d’évaluer l’efficacité des aides au logement à l’aune des évolutions constatées sur le niveau et/ou sur le taux de pauvreté, qu’elle soit monétaire ou en conditions de vie ! Sauf évidemment à supposer que la politique de redistribution des revenus se limite aux seules aides au logement, ce qui paraît pour le moins réducteur, voire fantaisiste.

Néanmoins, si on suppose tout de même que les aides au logement peuvent constituer un des outils de la lutte contre la pauvreté, on peut remarquer que la France est un des six Etats de l’Union Européenne où se mesure le seuil de pauvreté monétaire le plus faible.

D’après l’INSEE[1] s’appuyant sur les données d’Eurostat, en 2015, la pauvreté monétaire touchait 17,4 % des habitants de l’Union Européenne (87 millions de personnes) en prenant pour chaque pays un seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie national médian. La France, avec un taux de pauvreté monétaire de 13,6 % (d’après le SILC) se situe parmi les Etats au taux le moins élevé, sous le Royaume-Uni (15,9 %) et l’Allemagne (16,5 %). On remarquera alors que le taux de pauvreté est le plus faible en République Tchèque (9,7 %) et en Finlande (11,6 %) ; alors que les taux de pauvreté les plus élevés se trouvent, sans surprise, dans les pays du sud de l’Europe (19 % au Portugal, 20,8 % en Italie, 21,2 % en Grèce et 22,3 % en Espagne), ainsi que dans les deux Etats entrés le plus récemment dans l’Union Européenne (25,3 % en Roumanie et 22,9 % en Bulgarie).


[1] « Les revenus et le patrimoine des ménages », INSEE, juin 2018.


Les conditions de logement se sont-elles dégradées en dépit des aides ?

Parmi tous les défauts généralement mis en avant pour discréditer le système français des aides au logement, une affirmation rappelle fréquemment qu’en dépit de dépenses élevées, la crise du logement perdure… contribuant ainsi à l’aggravation de la pauvreté et privant les ménages concernés de l’accès à un logement digne et abordable.

Il est de fait que la France, comme beaucoup d’autres Etats de l’Union Européenne, ne réussit pas à réduire un déficit en logements dont le niveau se renforce depuis le milieu des années 70[2], au fil de la réduction des aides (à la pierre et/ou fiscales) à la construction. D’autant que des crises financières internationales (telles, par exemple, celle de l’automne 1995 et plus encore celle des années 2008-2009) viennent périodiquement aggraver la conjoncture du secteur.

Néanmoins, on pourra constater que la France n’est pas le pays où le taux de surpeuplement[3] est le plus élevé, loin s’en faut. En 2015, d’après Eurostat, 16,7 % de la population européenne vivait dans des logements surpeuplés : cette proportion était de 7,6 % en France, 11ème il est vrai et devancée par l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la Finlande, le Luxembourg ou les Pays Bas, par exemple. Mais bien sûr, les conditions de logement sont meilleures en France qu’elles ne le sont en Bulgarie, en Estonie, en Grèce, en Hongrie, en Italie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en Roumanie, en Slovénie ou en Slovaquie, par exemple.


[2] Ainsi, le déficit en logements dépassait-il le million d’unités en 2017. Durant près de trente années, de 1975 à 2003, il n’a pratiquement pas cessé de croître, pour alors atteindre les 800 000 unités. Le relèvement de l’effort de la collectivité en faveur de la construction (PCS, PNRU, réforme du PTZ…) a, cependant, permis de réduire rapidement le déficit et de le ramener à 650 000 unités dès 2007. Mais la crise économique et financière internationale des années 2008-2009 a contribué au relèvement du déficit : il s’est néanmoins stabilisé à 800 000 unités de 2009 à 2011, grâce aux dispositions du Plan de Relance de 2009. Cependant, il s’est rapidement redressé dès 2012 en réponse à la chute du niveau de la construction qui, en 2015, était descendu plus bas qu’au plus profond de la crise des années 2008-2009 : entre 2012 et 2017, il s’est accru de 250 000 unités, à un rythme jamais observé auparavant.
[3] La disponibilité d’espace suffisant dans l’habitation est l’une des dimensions essentielles dans l’évaluation de la qualité des conditions de logement. Le taux de surpeuplement indique la proportion de personnes vivant dans une habitation surpeuplée, définie par le nombre de pièces à la disposition du ménage, la taille du ménage, ainsi que l’âge et la situation familiale de ses membres.

Une personne est considérée comme vivant dans un ménage surpeuplé si le ménage ne dispose pas au minimum d’un nombre de pièces égal à :

  • une pièce pour le ménage ;
  • une pièce pour chaque couple du ménage ;
  • une pièce pour chaque personne célibataire âgée de 18 ans ou plus ;
  • une pièce par paire de personnes célibataires de même sexe et âgées entre 12 et 17 ans ;
  • une pièce pour chaque personne célibataire âgée entre 12 et 17 ans et non reprise dans la précédente catégorie ;
  • une pièce par paire d’enfants âgés de moins de 12 ans.

Pour autant, la dernière « enquête logement » de l’INSEE[4] a bien confirmé que le taux de surpeuplement avait plutôt eu tendance à stagner dès 2006, alors que l’amélioration avait prévalu jusqu’alors. La dégradation étant d’ailleurs la plus marquée dans le parc locatif social. Sans surprise donc, lorsque la construction est en panne et que le déficit en logements se creuse, les conditions de logement se dégradent : mais ils ne se dégradent pas en raison de l’inefficacité du dispositif des aides au logement. En revanche, le recul des aides à la construction[5], donc leur insuffisance a, sans aucun doute, contribué à la détérioration de la situation telle qu’appréciée par la stagnation (voire la remontée) du surpeuplement des logements en France.


[4] « Les conditions de logement fin 2013 », INSEE Première, n° 1546, avril 2015.
[5] Par exemple, de 2011 à 2017 (respectivement 2018), le volume (mesuré aux prix de l’année 2015) des aides à la construction a reculé de 22,9 % (respectivement de 24,6 %) … après s’être accru de 57,8 % de 2003 à 2011.


Michel Mouillart

Édito
par Pascal Bonnefille

le 21/09/2018

Les bureaux : jamais plus « comme avant » !

Il ne se passe pas de jours où la découverte de nouveaux lieux, de nouveaux sièges sociaux ne démontrent une réalité qui s’est imposée. Nous ne pourrons plus concevoir les bureaux « comme avant ». Avant quoi d’ailleurs ? Avant la révolution du coworking, du flex (quel qu’en soit le degré), du « workwell » comme dirait la dynamisante Anne Schneegants dont les locaux sont inspirants.

Ce matin encore, visitant le «show-room » Vitra, à l’invitation d’Isabelle de Ponfilly, dont le professionnalisme et la disponibilité sont bien connus, il était évident, pour les participantes (j’étais le seul homme), que plus personne ne voulait de bureaux « comme autrefois ». Et que toutes les structures immobilières s’y prêtent à merveille. A l’origine, Vitra avait d’ailleurs choisi comme lieu de présentation, une ancienne usine. Aujourd’hui, c’est dans de l’haussmannien (superbement réhabilité par Groupama Immobilier – bravo Eric Donnet) que les meubles, et peut-être surtout les ambiances sont présentés. Et les stucs XIXème sont parfaitement cohérents avec le design le plus contemporain (on rêve face aux « grands classiques » du design, mais on admire beaucoup le travail des frères Bouirroulec).

C’est tout un symbole pour l’immobilier : la modernité peut être partout implantée et pas seulement à La Défense. Simplement, les usages ne peuvent, définitivement plus, être conçus de la même manière. Adieu aux salles de réunions inutilisées les trois quarts du temps, adieu aux entrées vides et inutiles, adieu aux bureaux des « chefs » qui comptaient leur pouvoir au nombre de fenêtres et/ou de lampes, de canapés… ou de téléphones. Et tout le monde est concerné ! Etant l’invité d’une grande structure publique à Bordeaux, je rencontrais hier son responsable qui précisait que son premier geste avait été de ne plus occuper le vaste bureau (beaucoup de fenêtres !) de son prédécesseur et d’utiliser sa propre pièce de travail comme une salle de réunion, d’échanges (on allait dire de vie !). Il y a certainement des inconvénients à ces nouvelles formes de travail, mais mesurons-en les avantages. Et, même pour une petite PME comme la nôtre, le défi est enclenché. Dès l’année prochaine, nous concevrons « autrement » nos propres bureaux. Et certainement pas « comme avant » !

Portrait

Chargement