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Du bâtiment au quartier bas carbone : l’extension du domaine de la lutte… contre le réchauffement climatique

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le 02 Mar 2018

BBCA accélère le tempo. Après la labellisation bas carbone du bâtiment neuf, le référentiel de la rénovation devrait être lancé au printemps, avec les premiers beaux jours. Et l’on parle déjà d’étendre les vertus du label bas carbone à l’ensemble d’un quartier.

Lancée en cours d’année 2015 par Woodeum et le CSTB — anticipant avec discernement la réussite de la COP21 en décembre de la même année à Paris — entraînant avec eux une poignée d’architectes de renom, promoteurs immobiliers, constructeurs et bureaux d’étude, l’Association pour le Développement du Bâtiment Bas Carbone compte aujourd’hui 150 membres, parmi les premiers acteurs en France de l’acte de construire.

« La prise en compte des émissions carbone était le chaînon manquant de l’effort environnemental accompli jusqu’à présent par les acteurs du bâtiment. Si on veut agir sur le climat, il faut agir sur le carbone. Le lancement du label BBCA marque la volonté des acteurs immobiliers de contribuer à lutter activement contre le dérèglement climatique en s’engageant dans la voie de la construction bas carbone ». Parole de directeur de l’environnement qu’est Stanislas Pottier, membre du comité de direction du groupe Crédit Agricole.

Cette initiative privée prenait elle-même le relais, dix ans après, de celle prise par Alain Maugard, alors président du CSTB (avant qu’il ne lance et préside Qualibat) en faveur du bâtiment à énergie positive, « cette utopie devenue réalité », selon ses propres mots. Comme si coexistaient désormais, grâce à ces initiatives pionnières et à l’instar du cholestérol, le bon et le mauvais carbone : le bon, qu’on séquestre dans les matériaux immobilisés, essentiellement le bois (et dont on favorisera désormais le réemploi), et le mauvais, qualifié de gaz à effet de serre, celui que l’on émet, malgré soi, pendant la construction, l’entretien et le chauffage, voire la rénovation.

Un label rénovation porté par les pros

L’extension du label bas carbone « bâtiment neuf » au label « rénovation », qu’on attend dans quelques semaines, a été voulu et rendu possible grâce au sponsoring de Bouygues Bâtiment Ile-de-France et l’engagement personnel de Bernard Mounier : « on verra très vite se creuser l’écart entre les bâtiments anciens aux faibles performances énergétiques et les futurs, labellisés BBCA Rénovation ». De quoi contraindre l’ensemble du parc s’il ne veut pas subir un déclassement de sa valeur patrimoniale. Et initier des procédures nouvelles : cent cinquante demandes de permis de construire pour une surélévation en bois ont été déposées à Paris en 2017, un triplement par rapport aux années précédentes, pour une solution qui permet de répondre à la fois aux enjeux de densification et à la nécessité de rénover des bâtiments vieillissants. Un dossier suivi de près par Florence Bannier, ingénieur études et développement construction bois au FCBA, l’institut technologique de la filière Forêt Bois, qui agit désormais clairement comme un prescripteur bois auprès de l’immobilier et loue ses services d’assistance à la maîtrise d’ouvrage.

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Sans attendre la présentation du label BBCA Rénovation, ses promoteurs lancent en février les premières réunions de travail en vue d’étendre leur ambition commune à la dimension du quartier. On change de dimension, et sans doute de nature… Et après le sérieux de l’implication de Bouygues dans la seconde étape, on passe cette fois, avec le soutien affiché de BNP Real Estate qui devrait en assurer le pilotage, à ce qui pourrait s’apparenter à une « troisième révolution industrielle ». Celle qu’a promise Jeremy Rifkin, le prospectiviste nord-américain aux territoires en quête d’autonomie.

Du rôle du CSTB

En continu, il faut voir le travail du CSTB. Le cadrage de la démarche BBCA et la convergence avec les objectifs du label E+C, lancé par le ministère de la Transition Ecologique et le ministère du Logement, pour co-construire avec les professionnels la future réglementation thermique. Une démarche de convergence qui doit, dans l’esprit du CSTB, permettre de refonder le mode de calcul du Diagnostic de Performance Energétique, ce fameux DPE qui, après bien des débats lors de sa création, est devenu un élément déterminant dans le prix d’un logement. Les failles et les incohérences de ce système inaugural sont dénoncées par de nombreux cabinets d’experts qui lui préfèreraient les Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES). Ce système, basé sur l’analyse du cycle de vie des matériaux, pour universel qu’il apparaisse, se révèle en pratique beaucoup plus lourd à manier que le DPE. Mais il a les faveurs du CSTB, sans doute parce que son adoption renforcerait l’autorité des tiers certificateurs. Un premier avis de la Commission européenne, adopté en janvier, confirme le choix du DPE plutôt que celui de bases de données type INIES, avis adopté par vingt-six voix pour et une contre, celle de la France. Cette quasi-unanimité explique sans doute le silence prudent — et contrarié — de la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) et de son ministre de tutelle, Nicolas Hulot, sur la question.

La forte empathie des entreprises privées, de leurs organisations professionnelles et de leurs autorités administratives, ce génie français pour la normalisation plus moqué que vraiment envié par nos partenaires européens, ne freine toutefois en rien l’appétit des acteurs de l’économie réelle immobilière pour le carbone.

Du bois pour moins de carbone

On a pu le constater, en effet, en décembre dernier, dans les salons du dernier Simi : dans une passionnante table ronde consacrée à la Taxe carbone, maître Yvon Martinet, un des avocats de renom dans le droit de l’environnement au barreau de Paris ; Nehla Krir, directrice du développement durable chez Axa Investment Managers Real Assets, et Benjamin Mercuriali, directeur valorisation des actifs et développement durable chez Perial, ont animé le débat, lancé sur le sujet par l’incontournable Stanislas Pottier. Chacun d’eux mesure à son aune le montant de la facture de la taxe carbone sur l’industrie immobilière. Elle sera importante. Si elle ne l’est pas déjà. Introduite par la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en août 2015 —à peu près en même temps que le lancement de BBCA — à 7 euros la tonne, la taxe verte s’élève à 30 euros en ce début d’année 2018. Le gouvernement Philippe a pris l’engagement de poursuivre sa montée en puissance. En décembre à la Porte Maillot, nos spécialistes s’accordaient pour constater — hic et nunc — son impact sur l’orientation des patrimoines immobiliers des investisseurs autant que chez les utilisateurs ; un impact déjà constaté sur les choix d’implantation de leurs clients et employeurs, autant que sur leurs stratégies d’allocation d’actifs. A la question de savoir comment l’immobilier pouvait s’inscrire dans une décarbonation des portefeuilles des investisseurs, tous ces professionnels avançaient les exemples de leurs réalisations d’immeubles en bois, comme autant de bonnes pratiques.

Sensations à Strasbourg : premier immeuble de grande hauteur 100 % bois bas carbone

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Une tendance de fond dans laquelle s’inscrit le rachat d’Ossabois par GA Smart Building, constructeur toulousain innovant qui vient de racheter à Bouygues le leader français de la construction bois. « La décarbonation du bâtiment est désormais l’axe stratégique prioritaire de mon groupe », explique résolument son président, Sébastien Matty, qui assurait précédemment la direction générale… de Bouygues Bâtiment Ile-de-France Construction privée. Le développement d’Ossabois à partir de la préfabrication rejoint la singularité de GA, engagé dans la préfabrication béton et l’assemblage mécanique des équipements et des composantes de structure et de façade. Le marketing commun sera désormais le carbone.

Tout comme la communication d’Epamarne, qui se veut « premier aménageur bas carbone français », avec 60 000 m2 de surface de plancher en ossature bois en 2017 (devant Bordeaux Euratlantique, avec 25 000 m2). Jean-Baptiste Rey, actuel directeur intérimaire (il remplace Nicolas Ferrand, nommé décret du président de la République en date du 26 octobre 2017 « préfigurateur » de la Solideo chargée de superviser la livraison des équipements prévus pour les jeux Olympiques 2024 à Paris, dont il sera ensuite le directeur général) s’en explique : « notre stratégie bas carbone est confortée avec la labellisation BBCA de deux bâtiments réalisés avec Crédit Agricole immobilier à Noisiel et à Bussy-Saint-Georges. Nous irons plus loin en 2018 avec les matériaux naturels comme le miscanthus et la terre crue. Nous engagerons, au cours des trois années à venir, trois quartiers dans la démarche HQE aménagement, avec un partenariat avec Certivea ». Certivea, cofondateur du label BBCA, une filiale du CSTB, bien sur !

Brice Lefranc

chef de rubrique

Édito
par Pascal Bonnefille

le 21/09/2018

Les bureaux : jamais plus « comme avant » !

Il ne se passe pas de jours où la découverte de nouveaux lieux, de nouveaux sièges sociaux ne démontrent une réalité qui s’est imposée. Nous ne pourrons plus concevoir les bureaux « comme avant ». Avant quoi d’ailleurs ? Avant la révolution du coworking, du flex (quel qu’en soit le degré), du « workwell » comme dirait la dynamisante Anne Schneegants dont les locaux sont inspirants.

Ce matin encore, visitant le «show-room » Vitra, à l’invitation d’Isabelle de Ponfilly, dont le professionnalisme et la disponibilité sont bien connus, il était évident, pour les participantes (j’étais le seul homme), que plus personne ne voulait de bureaux « comme autrefois ». Et que toutes les structures immobilières s’y prêtent à merveille. A l’origine, Vitra avait d’ailleurs choisi comme lieu de présentation, une ancienne usine. Aujourd’hui, c’est dans de l’haussmannien (superbement réhabilité par Groupama Immobilier – bravo Eric Donnet) que les meubles, et peut-être surtout les ambiances sont présentés. Et les stucs XIXème sont parfaitement cohérents avec le design le plus contemporain (on rêve face aux « grands classiques » du design, mais on admire beaucoup le travail des frères Bouirroulec).

C’est tout un symbole pour l’immobilier : la modernité peut être partout implantée et pas seulement à La Défense. Simplement, les usages ne peuvent, définitivement plus, être conçus de la même manière. Adieu aux salles de réunions inutilisées les trois quarts du temps, adieu aux entrées vides et inutiles, adieu aux bureaux des « chefs » qui comptaient leur pouvoir au nombre de fenêtres et/ou de lampes, de canapés… ou de téléphones. Et tout le monde est concerné ! Etant l’invité d’une grande structure publique à Bordeaux, je rencontrais hier son responsable qui précisait que son premier geste avait été de ne plus occuper le vaste bureau (beaucoup de fenêtres !) de son prédécesseur et d’utiliser sa propre pièce de travail comme une salle de réunion, d’échanges (on allait dire de vie !). Il y a certainement des inconvénients à ces nouvelles formes de travail, mais mesurons-en les avantages. Et, même pour une petite PME comme la nôtre, le défi est enclenché. Dès l’année prochaine, nous concevrons « autrement » nos propres bureaux. Et certainement pas « comme avant » !

Portrait

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