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André Yché (CDC Habitat) : une entreprise toujours tournée vers le bien public

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le 09 Mar 2018

SNI - 20/03/2013 - Paris

L’année qui débute marque, pour la filiale de la Caisse des Dépôts, un tournant, avec sa transformation de SNI en CDC Habitat. Un changement de nom, mais pas seulement pour le groupe présidé, depuis 1999, par André Yché et qui affiche, pour 2017, de très bons résultats : mise en chantier de plus de 6 000 logements sociaux, 6 000 logements intermédiaires ; production outre-mer de l’ordre de 1 000 logements ; création de 4 500 places d’hébergement et de l’ordre de 7 000 places supplémentaires grâce à l’acquisition des hôtels F1. Une stratégie de développement que le groupe, version CDC Habitat, compte bien poursuivre.

Que signifie la transformation de SNI en CDC Habitat ? Une intégration du groupe à la Caisse des Dépôts ?

Ce changement de nom marque un changement culturel important pour nous qui avons été habitués à nous construire de manière relativement autonome, tout en étant, soulignons-le, depuis plus de douze ans dans le périmètre de la Caisse de Dépôts. La décision de devenir CDC Habitat a été arrêtée très tôt après sa prise de fonctions par Éric Lombard, inscrite dans son intention de centrer l’activité vers les territoires. Cette idée qu’il était dans l’intérêt bien compris de tous de manifester un plus fort adossement de la SNI à la Caisse des Dépôts, m’a convaincu. En allant au-delà des considérations strictement juridiques, le plus important était surtout de prendre en compte la réalité des métiers et de la présence dans la vie économique et sociale des territoires, puis manifester cette cohésion à travers l’adossement et le changement d’appellation. C’est, d’une part, franchir une étape dans la croissance et le développement —nous nous rapprochons du « plafond de verre » des 500 000 logements — et, d’autre part, signifier plus encore notre réalité qui est d’être une entreprise tournée vers le bien public. Ceci était déjà une réalité, comme le montrent les actions mises en œuvre ces dernières années, par exemple le rachat d’Adoma — structure alors en difficulté —, le développement de l’offre très sociale avec le rachat des hôtels F1 pour les transformer en places d’hébergement ou encore la reprise du patrimoine des sociétés immobilières d’Outre-mer, dont certaines sont en situation difficile elles aussi. Nos grandes opérations, ceci le montre, ont toujours été tournées vers l’intérêt général et le passage à CDC Habitat rend compte de cela, de la réalité de notre parcours et de celle de notre vocation.

Concrètement, comment cet adossement va-t-il se traduire ?

Cela nous conduira à nous rapprocher davantage des directions régionales de la Caisse des Dépôts et à mettre en œuvre des modes d’intervention plus diversifiés et plus progressifs. Ainsi, notre schéma de référence, visant à prendre le contrôle ou préparer une prise de contrôle à terme dans diverses sociétés, pourra évoluer et nous n’exclurons pas désormais de rester en position minoritaire dans l’actionnariat ou la gouvernance d’une entité si cela peut être utile à son développement. Par ailleurs, la priorité qui était la nôtre en direction des espaces métropolitains sera conservée s’agissant notamment du logement intermédiaire, mais nous n’exclurons pas non plus, comme cela pourrait être le cas pour le patrimoine du bassin minier des Hauts de France (60 000 logements, ndlr), d’intervenir sur d’autres territoires, en cohérence avec la vocation à caractère général de la Caisse des Dépôts.

Y a-t-il aussi un changement dans l’organigramme après le départ de Manuel Flam, directeur général en charge du pôle social ?

Il s’agit surtout d’un changement d’organisation, avec la fin de l’existence des deux pôles (logement social, logement intermédiaire) et leur réunion en un pilier unique, placé sous la responsabilité d’Yves Chazelle. Nous étoffons par ailleurs l’échelon des directeurs généraux adjoints. La réunification des deux pôles marque aussi le fait que l’évolution du mode de gestion du logement social se rapprochera de celui du logement intermédiaire.

Un changement de stratégie est donc bien à l’ordre du jour ?

Ce n’est pas un bouleversement de stratégie, nous allons continuer à nous développer, à créer des fonds et les prochains développements devraient nous conduire à produire plus de 20 000 unités chaque année. En matière de logements intermédiaires par exemple, nous avons franchi un seuil et le premier Fonds Logement Intermédiaire (FLI) aura atteint son objectif à l’été, soit la création de 10 000 logements. L’objectif du deuxième fonds logement intermédiaire sera, lui, atteint aux deux-tiers à la fin de l’année, soit là aussi 10 000 logements ; il nous faut en conséquence préparer dès aujourd’hui la prochaine génération de fonds d’investissements.

Vous évoquez ici plusieurs fonds ?

Nous lancerons en effet probablement trois autres fonds d’investissement avant la fin de l’année 2018 : le premier sera la réédition du FLI, le deuxième sera un fonds mixte et comportera des résidences gérées de type résidences étudiants ou personnes âgées et, enfin, le troisième sera dédié au logement social en s’appuyant sur le dispositif de démembrement de propriété.

S’agissant de prises de participation, celles-ci concerneront-elles aussi des bailleurs sociaux ?

Si certains le souhaitent, oui. Nous sommes déjà présents auprès de certains d’entre eux et si cela peut être utile d’accroître nos diverses participations, pourquoi pas. Nous ne sommes pas non plus hostiles à l’idée de mettre en place des partenariats avec des offices HLM qui souhaiteraient travailler avec nous ; il pourrait s’agir de mettre en commun des services financiers, systèmes d’information, systèmes de calcul de charges. Cela se passe déjà en Ile-de- France, sur la maîtrise d’ouvrage, avec Grand Paris Habitat qui a construit un partenariat avec quatre offices HLM. L’heure est au regroupement et aux coopérations fonctionnelles ; c’est vrai pour le logement HLM et l’hébergement d’urgence, secteur ou des structures sont en très grandes difficultés.

La réforme du monde HLM, la mise en place de la Réduction de Loyer de Solidarité (RLS) auront-elles des conséquences sur votre stratégie ?

La RLS nous coûte 65 millions d’euros et nous risquons par ailleurs d’être concernés par des mesures de redistribution, ce qui pourrait nous coûter au total, à terme, près de 80 millions d’euros (sur un total de 1 milliard d’euros de loyers locatifs sociaux collectés). Nous attendons de connaître les mesures d’accompagnement pour faire face à cette perte de revenus. Pour la pallier, deux stratégies sont envisageables : réduire la production à concurrence ou au contraire, produire plus et plus vite pour « récupérer » d’ici trois ans, les 65 millions d’euros de RLS. C’est cette seconde option que nous avons choisie.

Comment allez-vous faire ?

Nous allons nous restructurer, regrouper les services centraux des entités pour gagner en productivité. Nous allons en conséquence accepter, pendant trois à cinq ans, un déséquilibre de nos bilans pour ne pas réduire la voilure, bien au contraire. C’est une stratégie que permet la solidité de la maison. Le modèle qui a fait le choix de se lancer dans le logement intermédiaire ou de vendre (à hauteur de 1 200 par an) les logements aux locataires a fait ses preuves. Nous allons d’ailleurs essayer d’accroître le nombre de ces ventes pour compenser la perte de revenus locatifs. L’idée est d’atteindre la mise en copropriété de 50 % de notre patrimoine. Nous allons également vers une gestion directe de nos immeubles en copropriété, par la co- création, avec trois acteurs nationaux, d’une entité de gestion de copropriété sociale.

Comment accélérer la vente de ces logements ?

Nous avons créé un GIE constitué de 56 personnes, pour vendre nos logements ; nous allons proposer gratuitement les services de ce GIE à tous les bailleurs sociaux.

Vous avez annoncé un partenariat avec Vonovia, où en est-on aujourd’hui ? Comment va se décliner ce partenariat ?

La première étape était de bien comprendre nos modèles respectifs et une bonne part de notre nouvelle organisation s’est inspirée de ce qui existe chez Vonovia ; c’est notamment la raison pour laquelle nous allons industrialiser un certain nombre de processus, en particulier la gestion des charges. La deuxième étape est celle d’une réflexion sur l’engagement de projets communs.

Etes-vous intéressé par l’entrée au capital de Vesta, la foncière que souhaite créer ICF Habitat ?

L’un de nos axes prioritaires est de produire du logement neuf ; aussi ce type d’opérations n’entre pas dans le cadre de nos fonds. Mais nous pouvons aussi tout à fait, dans une autre optique, regarder ce type de projets. Réaliser un montage, avec d’autres partenaires, peut être envisagé.

Comment voyez-vous la suite pour le secteur du logement ?

Je suis résolument optimiste. Après une phase d’adaptation qui va être assez rugueuse et pourrait durer plusieurs années, le secteur du logement devrait en sortir renforcé, rationnalisé, et moins dépendant des financements d’Etat. Il faut concentrer l’effort budgétaire public sur les personnes les plus en difficultés et mieux gérer une offre intermédiaire élargie qui couvre une partie du logement social à destination des classes moyennes. La clientèle du logement intermédiaire institutionnelle est constituée des ménages qui ont entre 2 500 et 2 700 euros par mois ; c’est à elle que nous devons aussi répondre. Nous serons en outre présents en soutien des quartiers en difficulté, dans les zones Anru, pour lesquelles, Jean-Louis Borloo (chargé par Emmanuel Macron de mener la « mobilisation nationale » pour les quartiers populaires, ndlr), formulera des propositions. Nous serons là pour appuyer ces actions.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Valérie Garnier

le 19/09/2018

La Défense : 60 ans et toujours sexy !

L’histoire se passe dans un pavillon situé en banlieue parisienne, en l’occurrence Courbevoie. Une ville en plein bouleversements, consécutifs aux travaux d’urbanisme monumentaux qui y sont engagés, tout comme à Puteaux et Nanterre, pour que le futur quartier de La Défense voit le jour.

Les camions, les pelleteuses, les marteaux-piqueurs, les grues et le bruit incessant que forme l’ensemble, dressent le décor du film de Pierre Granier-Deferre, d’après un roman de Georges Simenon, intitulé « Le Chat ». Nous sommes en 1971 et le quartier de La Défense, qui a été inauguré avec l’ouverture du Cnit en septembre 1958, s’apprête à émerger. Courbevoie, Puteaux et Nanterre vivent leurs derniers jours de « petites banlieues parisiennes ».
Après moultes rebondissements, péripéties et crises diverses, La Défense n’a eu de cesse de se développer, de se construire et même se déconstruire !
Pour faire face à l’obsolescence de nombreuses tours, un « Plan de Renouveau de La Défense » est lancé en 2006 par Nicolas Sarkozy, alors président de l’Epad. Il prévoit la construction de 850 000 m2 de bureaux supplémentaires, dont 350 000 en démolition-reconstruction ; 100 000 m2 de nouveaux logements et la réalisation de grands équipements.

En 2007, l’EPGD est créé pour gérer et promouvoir le quartier d’affaires. En 2010, l’EPGD change de nom pour devenir Defacto, tandis que l’Epad fusionne avec l’Epasa, aménageur de la Zac Seine-Arche, pour devenir l’Epadesa.

En janvier 2018, Defacto et l’Epadesa décident, à leur tour, de fusionner et la nouvelle structure, en charge de gérer, d’aménager et de promouvoir le quartier se nomme alors Paris La Défense.

Aujourd’hui, Paris La Défense fête ses 60 ans ! Historiquement, il s’agit du premier quartier d’affaires européen ; le quatrième le plus attractif au monde, selon le baromètre d’attractivité EY-ULI 2017 ; un territoire de 564 hectares, dont 31 d’espaces piétons ; 500 entreprises sont implantées, dont 41 % d’origine étrangère ; 75 % de sièges sociaux. La Défense, c’est aussi 3,5 millions de mètres carrés de bureaux dans plus de 70 tours, dont 10 000 m2 d’espaces de coworking ; 180 000 salariés ; 42 000 habitants et 45 000 étudiants. La Défense continue de se moderniser autour de nouvelles gares et développe des infrastructures au service des habitants afin de s’intégrer et répondre aux exigences et aux ambitions du Grand Paris. Bref, La Défense est loin d’avoir achevé son évolution urbaine !

Portrait

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