Chargement

retour Accueil > Logement > Interviews > Giles Wintle (Grosvenor Europe) : « nous...

Giles Wintle (Grosvenor Europe) : « nous souhaitons faire partie de la transformation de Paris »

InterviewsLogement

le 09 Jan 2018

Qui dit que les investisseurs institutionnels se désintéressent du logement en France ? Certainement pas Giles Wintle ! L’executive director, development and investment management for Grosvenor Europe, nous dévoile la nouvelle stratégie d’investissement du groupe, orientée désormais aussi sur le résidentiel. Grosvenor Europe, un groupe qui a des ambitions… et des moyens, voici de quoi faire bouger le marché des institutionnels, un marché d’ores et déjà très actif.

D’abord un rappel sur l’histoire de Grosvenor et son positionnement en France ?

Grosvenor a été créée il y a plus de 340 ans. C’est foncière privée détenue par un trust dont les bénéficiaires appartiennent à la famille du duc de Westminster. La société était à l’origine un groupe de promotion immobilière londonien qui, en 1953, s’est internationalisé et est aujourd’hui actif au Royaume- Uni, en Europe, en Asie, aux Etats-Unis et au Canada avec quinze bureaux au total dans la monde dont le Royaume-Uni, la France, la Suède, l’Espagne, l’Italie, le Luxembourg, le Canada, la Chine et le Japon.

L’ADN de Grosvenor est très lié à ses racines : nous avons en effet une vision long terme de nos actions et une logique de partenariat qui nous conduit à réaliser des projets conséquents. Ce statut de foncière privée nous permet de prendre des risques et de nous engager dans des projets exceptionnels. Par exemple, Liverpool1, très grand projet à Liverpool, que nous avons développé, que nous gérons et que nous détenons en partie. Il s’agit d’un immense quartier de 260000m2, dont 160000 de commerce et de restauration. Ce projet qui a duré 8 ans a été réalisé en partenariat avec la mairie de Liverpool. Ceci illustre qui est Grosvenor: une foncière investisseur à long terme, pour qui la réputation est importante.

Qu’en est-il de la France ?

Nous avons ouvert un bureau en France en 1996 et conclu alors un partenariat avec SFL pour la restructuration de bureaux. Nous avons ensuite monté des fonds en faisant appel à des institutionnels et nous sommes positionnés comme gestionnaires de ces fonds. Nous étions pendant de nombreuses années spécialisés en commerce et c’est ainsi que le marché français nous connaît. En 2016, nous détenions 4 milliards d’euros d’actifs sous gestion, un montant très conséquent, dont un quart en France.

Cette stratégie a-t-elle évolué ?

En 2016, nous avons cédé une partie de notre portefeuille d’actifs en France. Ceci ne signifie en aucun cas que nous souhaitons partir de l’Hexagone, mais simplement que certains de ces fonds étaient arrivés à maturité. Cela nous donne maintenant la possibilité d’investir notre propre capital.

Vous ne quittez pas la France, mais vous changez de stratégie d’investissement ?

Nous restons investisseurs à Paris : la ville bouge et nous la regardons à nouveau, mais d’une nouvelle manière. Paris a changé et continue à changer de manière significative : les quartiers autrefois dynamiques, ceux où vivaient les « white collar workers », c’est-à-dire les 6ème, 7ème et 16ème arrondissements, ne sont plus les quartiers les plus dynamiques aujourd’hui. La rive droite de Paris — et en particulier les secteurs du 9ème, 10ème et 11ème arrondissement — ou plus largement le Nord-Est parisien, sont ceux qui nous intéressent. Nous nous sommes attachés à mieux observer les changements sociologiques des populations, à étudier les implantations de nouveaux restaurants, nouveaux commerces, nouvelles activités. Nous avons également étudié les mouvements des familles et constaté que les déménagements se font la plupart du temps de l’ouest vers l’est de la Capitale. Enfin, en regardant l’évolution des valeurs immobilières, nous avons constaté que les progressions de prix les plus fortes étaient enregistrées dans ces arrondissements de l’est parisien. Un quartier qui change, un quartier prisé, cela correspond à nos valeurs et c’est ce que nous recherchons. Nous souhaitons faire partie de la transformation de Paris et être un investisseur, un promoteur et un gérant d’immobilier qui inclut l’habitation ainsi que des projets à usage mixte dans ces quartiers. Ensuite, il nous faut rester pragmatiques. Nous avons ciblé les quartiers, mais ne resterons pas pour autant figés uniquement sur ces secteurs.

Comment allez-vous déployer cette stratégie, qui n’est pas si évidente dans un Paris déjà très convoité ?

C’est un challenge et c’est aussi pour ça que Paris nous intéresse : nous n’avons pas vocation à être en concurrence avec les plus gros promoteurs français ; notre positionnement est différent. Notre philosophie est de réaliser des « Living cities », d’investir et de gérer des lieux qui contribuent au succès durable des villes. Pour mener à bien cette stratégie, Alban Hallé a rejoint notre équipe. Il assurera ce développement. Nous regardons déjà actuellement quelques deals, quelques opportunités. Nous allons acheter plusieurs immeubles dans un même quartier et envisager un programme de manière holistique, mêlant logement, coliving, coworking, résidences jeunes actifs par exemple. L’idée est de créer de l’habitation ciblée, adaptée à la demande des divers publics : la demande d’un jeune actif n’est pas la même que celle de seniors qui souhaitent venir revivre en ville. Il est encore trop tôt pour définir cela de manière plus précise, mais il est certain que notre volonté est d’adopter une approche intelligente, différenciée selon les publics.

Santa Engracia 32 colour

Santa Engracia, immeuble résidentiel, à Madrid.

Quels sont les objectifs ?

Nous ne sommes pas dans une recherche de volume d’investissement précis, mais il est certain que nous avons les moyens de nos ambitions… nous avons tout à fait la possibilité d’investir une somme substantielle sur nos seuls fonds propres.

Le Brexit est-il pour quelque chose dans cet attrait pour Paris ?

Pas vraiment puisque cette stratégie a été mise en place avant le Brexit. Évidemment, cet évènement politique et économique nous concerne en premier lieu, mais Grosvenor a vécu, au cours de son parcours entre autres deux guerres mondiales et la manière dont les dirigeants du groupe envisagent les choses ne sont pas liées à des évènements. Nous sommes là pour investir la richesse d’une famille sur le long terme.

Cela signifie malgré tout une confiance forte dans le marché parisien.

Absolument. Pour l’heure, nous ciblons la Capitale, mais rien n’interdit ensuite d’aller ailleurs en France. Ce que nous créons va au-delà de la dimension financière des choses.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Thierry Mouthiez

le 23/04/2018

Très cher Brexit…

En hausse de 13 % à l’issue du premier trimestre, le dynamisme de la demande placée de bureaux en Ile-de-France pourrait bien se voir renforcée par les conséquences du Brexit. Enfin ne manqueront pas de dire certains, car on en parle depuis près d’un an maintenant !

A ce sujet, Gérard Mestrallet, président d’Engie, interrogé par « Le Figaro » le 17 avril dernier en tant que président de Paris Europlace (à l’occasion de la tenue du forum annuel de Paris Europlace organisé à New York), précise : « très vite après le référendum, HSBC a annoncé qu’elle prévoyait de transférer 1 000 emplois à Paris. Puis, depuis octobre dernier, Bank of America Merrill Lynch, 400 traders ; JP Morgan va augmenter ses effectifs de 25 % à Paris ; Morgan Stanley installe 300 personnes. Les grandes banques françaises ont annoncé le transfert de 1 000 personnes. Dans le domaine de la gestion d’actifs, Schroeder, mais également les gérants français, Clerville Asset Management, Eleva, Smart Lenders redéveloppent leurs équipes à Paris. L’assureur Chubb a décidé de faire de Paris son centre européen. Tout cela représente déjà 3 000 à 4 000 emplois directs, soit environ 15 000 à 20 000 emplois au total. Paris fait ainsi deux fois mieux que Francfort »… Auparavant, Gérard Mestrallet avait mis en avant que « le régime des impatriés avait été amélioré de façon très substantielle par le gouvernement Valls et il devrait l’être encore davantage avec l’exonération de cotisation retraite pour les impatriés pendant six ans qui figurera dans la loi Pacte de Bruno Le Maire. Ce régime deviendra le plus favorable de toute l’Europe : un cadre international qui viendra de Londres à Paris paiera moins d’impôts à Paris »…

Un mouvement qui ne pourra que profiter à la demande de bureaux. C’est, d’ailleurs, ce que soulignait Ludovic Delaisse, directeur du département agence de Cushman & Wakefield, dans une interview exclusive publiée sur Immoweek.fr le 10 avril dernier, déclarant : « cette dynamique (du marché, ndlr) sera aussi très certainement alimentée par les besoins résultants du Brexit. Actuellement, Cushman & Wakefield conseille plusieurs utilisateurs dans ce cadre »… Déjà, Marie-Laure Leclercq de Sousa, à la tête de l’agence chez JLL, déclarait dans une interview exclusive du 2 mars dernier : « nous sommes très proches de nos collègues britanniques et suivons de près le mouvement du Brexit pour accueillir à Paris de nouveaux transfuges londoniens en « mid market » et en grands projets »…

Bref, si l’on ne peut que déplorer cette décision des Britanniques envers l’Europe, au moins le secteur de l’immobilier d’entreprise hexagonal (et pas que…) devrait-il en profiter !

Portrait

Chargement