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Hervé Legros (Alila) : « un modèle économique, pour le logement social, qui fonctionne »

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le 10 Nov 2017

Dès la création d’Alila, Hervé Legros a fait le choix d’être un promoteur spécialisé dans le logement social et conventionné. Son modèle économique, original, agace ; lui, revendique un « modèle citoyen », au service de ceux qui attendent un logement social.

Quelques mots d’abord sur l’origine de la création d’Alila et ce choix d’être un promoteur spécialisé dans le logement social ?

J’ai créé Alila il y a maintenant 14 ans après quelques années professionnelles dans l’immobilier. J’ai alors compris que le logement aidé n’était pas une contrainte comme le pensaient les promoteurs à ce moment-là mais une véritable opportunité. J’ai constaté que le monde du logement social et celui du logement privé font le même métier mais ne se comprennent pas, alors que les besoins en logements sociaux étaient et restent très importants. Un vrai défi que j’ai décidé de relever.

Un même métier mais une manière différente de l’envisager peut-être ?

Le métier de l’organisme HLM est, à la fois, de gérer son parc immobilier, ses locataires, de rénover et de construire. Ce sont des objectifs difficiles à atteindre seul, surtout s’agissant de la construction de logement. En parallèle, le monde du privé a longtemps envisagé le logement social seulement sous l’angle de la contrainte imposée par les élus, le discours ambiant consistait à dire que le logement privé payait la part de logement social. Je me suis donc attaché à créer un nouveau modèle de promoteur privé spécialisé dans le logement social et intermédiaire. Les bailleurs ont, en nous, un interlocuteur qualifié qui comprend leur problématique, un interlocuteur qui ne produit pas du logement social par défaut, mais réalise un produit sur mesure, de qualité. Le fondement : nous construisons pour des personnes et non pour des investisseurs. Et le résultat est au rendez-vous, puisque les logements que nous vendons, en Vefa, coûtent moins chers que si le bailleur les produisaient eux-mêmes.

Il n’empêche que ce modèle est parfois décrié…

Depuis la création d’Alila, pas un bailleur ne peut dire que notre intervention n’est pas intelligente, ni qu’elle est coûteuse. Bien sûr, je suis un entrepreneur et l’idée de créer un modèle économique autour du logement social peut déranger certains acteurs historiques. Oui, j’ai créé une activité autour du logement social, mais j’ai surtout créé un modèle économique qui fonctionne, un modèle citoyen mis à la disposition des bailleurs sociaux, des collectivités, des métropoles, pour répondre aux quelque deux millions de personnes qui attendent un logement social et aux quelque quatre millions de mal-logés. Je suis très heureux d’avoir créé une entreprise citoyenne et, lorsque nous rencontrons les locataires des logements que nous livrons, ce que j’entends c’est leur satisfaction d’obtenir enfin un logement, après des années d’attente. Nous construisons du sur mesure : des petits ensembles de 22 logements, comme des résidences intergénérationnelles qui peuvent compter jusqu’à 170 logements, nous travaillons sur des opérations de démolition reconstruction en zone Anru, comme à Sevran par exemple. Nous savons aussi produire des résidences étudiantes, des logements pour les personnes âgées ou encore des maisons individuelles. Une palette de produits pour tous les publics, qu’il s’agisse de logements sociaux ou de logements intermédiaires.

Le monde HLM est en ce moment dans la tourmente, ce qui doit sans doute crisper davantage encore les choses…

Oui, les bailleurs sont en ce moment mobilisés contre les propositions qui les touchent dans le cadre de la stratégie logement initiée par le Gouvernement. Je dois avouer que je suis assez gêné par l’attitude de certains d’entre eux, qui posent des moratoires sur la construction de logements afin d’avoir gain de cause. C’est le cas, par exemple, en Loire-Atlantique, où des projets de Vefa sont stoppés alors que quelques 2 millions de français attendent un logement. Il n’est pas acceptable de les prendre en otage. Je trouve par ailleurs paradoxal qu’une grande majorité des bailleurs sociaux travaille avec Alila et se félicite de cette collaboration et que les relations soient en revanche plus difficiles avec les instances de l’Union Sociale pour l’Habitat. Les élus, dans les collectivités, quant à eux, plébiscitent aussi notre modèle et font appel à nous. Notamment parce que nous respectons leur cahier des charges et que les terrains sur lesquels nous construisons sont des terrains privés sur lesquels les bailleurs sociaux ne peuvent pas se positionner.

Selon vous quels dispositifs permettraient de construire davantage de logements sociaux ?

Nous pensons qu’il faudrait notamment lever certaines entraves particulièrement bloquantes, à commencer par le plafonnement des prix et la limitation des opérations de logements sociaux en 100 % Vefa que décident d’exercer certaines collectivités locales et régionales en dépit de l’esprit de la loi Molle de 2009. Une loi qui a supprimé la contrainte initiale interdisant aux bailleurs sociaux d’acquérir plus de 50 % des logements d’une même opération immobilière en Vefa auprès d’un opérateur privé. Il nous semble par ailleurs nécessaire, en concertation avec les bailleurs sociaux et les promoteurs privés, de revoir le niveau de plafonnement des prix du logement locatif social dans le cadre des Vefa. Ce plafond déterminé en 2012 et réactualisé en 2014 n’est souvent plus en phase avec les évolutions de prix du logement libre.

En 2017, quels chiffres pour Alila ?

A fin septembre 2017, nous atteignons déjà 920 millions d’euros de volume d’affaires. Cette année, nous enregistrons 3 600 mises en chantier et près de 6 000 réservations. La part de logement social est de 70 % ; celle de logement intermédiaire représente 20 % et enfin, le reste est vendu à des investisseurs institutionnels, sociétés d’assurance ou SCPI. Le groupe compte 85 collaborateurs ; 145 personnes travaillent également pour nous en « freelance ».

Quelle est la couverture géographique ?

Nous sommes un acteur national, avec désormais 11 agences en régions. Nous venons d’ailleurs tout juste d’ouvrir deux nouvelles agences : l’une à Metz, l’autre à Aix-en-Provence.

Quels sont vos objectifs ?

Notre volonté est clairement affichée : 10 000 réservations de logements par an à échéance 2022. Parmi les grands sujets à venir, nous comptons mettre en place un contrat cadre avec Action Logement pour la production de logements.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Pascal Bonnefille

le 22/06/2018

La mort du Crédit Foncier ou la fin d’une époque

On l’avait annoncé, avec une certaine avance il y a un peu plus de vingt ans, après la perte du monopole des prêts d’accession, mais cette fois, la nouvelle semble incontestable : le Crédit Foncier va disparaître.

Ainsi va s’achever une histoire commencée au début du Second empire, en 1852 : le départ, il y a quelques mois, de Bruno Deletré (devenu le patron de la Caisse d’Epargne Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne) et l’arrivée de Benoît Catel, un banquier issu du sérail BPCE, étaient déjà des signes avant-coureurs. Ce dernier d’ailleurs laissait entendre, en privé, la difficulté de trouver un « modèle économique » à une banque mono-activité, dans un contexte, extrêmement concurrentiel, de taux très bas. Laurent Mignon, qui a pris ses fonctions il y a juste quinze jours à la tête du groupe BPCE, a donc décidé de tourner la page : il est toujours plus facile de « tailler dans le vif » lorsque l’on débarque. C’est chose faite.

La question bancaire se règlera sans doute au sein du groupe : restent les filiales très immobilières. Quid du devenir de Crédit Foncier Immobilier (qui repris en son temps l’activité d’Ad Valorem créé par Stéphane Imowicz) et qui fédère les métiers de la transaction et de la gestion avec l’expertise, qui fut longtemps le « fleuron » de la maison (on trouve encore sur le site de CFI, cette phrase superbe : « pour les collaborateurs de Crédit Foncier Immobilier – Expertise, être le premier expert de France est une fierté ») ? Ce morceau intéressera peut-être quelques acteurs du secteur… Pour la Socfim (qui s’intitule, non sans raison, « la banque des promoteurs »), l’intégration au groupe BPCE est déjà largement entamée : la mort du Foncier ne devrait pas avoir de conséquences directes. Même chose pour Locindus, acquis par le Foncier il y a plus de dix ans.

Cette disparition donnera « un coup de vieux » supplémentaire à tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ont connu « la grande époque » du Foncier : celle où, précédé d’un huissier (à chaîne s’il vous plait), on pénétrait dans le magnifique bureau du gouverneur ou d’un de ses deux sous-gouverneurs (!), dans un somptueux hôtel particulier de la rue des Capucines. Le départ de tout ce monde à Charenton avait constitué la première étape de ce qui, aujourd’hui, obéit à une logique économique et conjoncturelle sans appel.

Portrait

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