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Patrick Vandromme (LCA-FFB) : « Il faut que la profession maîtrise, directement ou indirectement du foncier »

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le 03 Avr 2017

Le marché de la maison individuelle, comme celui de la promotion résidentielle, a connu une bonne année 2016. Patrick Vandromme, président du syndicat professionnel LCA-FFB (qui regroupe désormais constructeurs et promoteurs de la FFB) constate ainsi une accélération de la reprise amorcée en 2015 et évoque un marché qui se rapproche de plus en plus des villes…

Quel est votre regard sur les chiffres 2016 ?

En tant que président de LCA-FFB, qui regroupe promoteurs et constructeurs, je ne peux que me féliciter des bons chiffres de l’année 2016, une « année de bonheur », précédée il est vrai d’une embellie en 2015. Celle-ci intervenait après trois ans de chute du marché, dont le point le plus bas avait été atteint en 2014, avec 98 000 ventes de maisons individuelles. En 2015, grâce à la modification du prêt à taux zéro (PTZ), une remontée des ventes s’était opérée, avec 110 000 lots, traduisant des prises de commandes en hausse de 13 %.

En 2016, la courbe évolue encore à la hausse, grâce à trois phénomènes : le nouveau PTZ au 1er janvier, des taux d’intérêt extrêmement bas et le moral des Français qui repart à la hausse. Résultat, en 2016, nous enregistrons une progression de 20 % du nombre des commandes de maisons individuelles, du même ordre que celle constatée dans le secteur de la promotion. Quand les aides sont bien adaptées, le marché fonctionne. L’année dernière, 133 600 maisons individuelles étaient vendues mais il faut signaler que ce nombre permet seulement de retrouver les chiffres de 2011. Rappelons qu’auparavant, en 2010, 145 000 ventes étaient signées, grâce au plan de relance et que le nombre des ventes était de l’ordre de 150 000 à 160 000 avant la crise de 2008. Mais nous sommes aujourd’hui dans une phase positive et, en 2017, la production devrait dépasser 133 000 unités.

S’agissant des ventes à venir, nous sommes en revanche plus prudents. D’abord parce que nous allons assister à une hausse des taux d’intérêts d’ici la fin de l’année, qui devrait frôler 0,5 % ; ensuite parce que l’effet des élections à venir jouera pleinement : nous devrions enregistrer, au cours des mois d’avril, mai et juin une baisse des prises de commandes. Cependant, il ne faut pas pour autant être alarmiste : les taux du crédit resteront quoi qu’il en soit bas et si le futur gouvernement maintient les aides, la machine continuera de fonctionner.

Quels sont les autres freins éventuels à l’existence d’un marché plus dynamique ?

La question est celle du foncier dans le périurbain. Les villes qui comptent entre 10 000 et 30 000 habitants sont les plus sinistrées en matière de logement neuf et, pour être présents dans les grandes villes ou les métropoles, nous devons désormais être à la fois aménageur, développeur, promoteur en plus de notre métier de constructeur.

Comment faire ?

Il faut que la profession maîtrise, directement ou indirectement, du foncier ; il faut être associé aux Zac. Les terrains en diffus, en zone rurales, existeront certes toujours mais il sera de plus en plus difficile de trouver du foncier dans ou tout près des métropoles. Or, la demande du marché est située dans les zones périurbaines.

Un travail sur la baisse des coûts de construction permettrait aussi de « redynamiser » le marché…

Les économies d’échelle dans la construction de maisons, je n’y crois pas. Notre demande est en revanche qu’on nous laisse respirer. Arrêtons les normes : nous sommes désormais eh chemin vers la RE2018, nous irons vers la RT2020, mais les règles se succèdent et se superposent. Nous nous battons pour que cela n’entraîne pas de surcoût trop élevé, mais il est certain que cela ne fera en aucun cas baisser le prix des maisons. Il faut par ailleurs noter que jusqu’à présent, nous avons été plutôt vertueux : à mètre carré comparable, entre 2010 et 2016, la hausse des prix est de 3 %. Sur la même période, le prix du terrain a, lui, en revanche augmenté de 59 %. Et, à mètre carré comparable, la hausse dépasse 87 %. Cela ne signifie pas que le prix des terrains a flambé mais simplement que nous achetons aujourd’hui davantage en zone B qu’en zone C. Ceci ne traduit pas une quelconque spéculation mais un déplacement géographique. Cela fait quatre ans que les prix n’ont pas progressé, que les industriels sont restés très sages mais cela pourrait ne pas durer. Je ne suis pas optimiste sur l’évolution du prix des maisons.

Comment se porte le marché des constructeurs ?

Le métier poursuit sa concentration. Les petits constructeurs existent toujours et certains d’entre eux fonctionnent bien. Mais aujourd’hui, suivre l’évolution des normes, l’évolution législative et règlementaire, essayer de se positionner dans des zones concertées et faire parfois un peu de promotion, nécessite des fonds propres et donc des moyens financiers. Le métier va obligatoirement continuer à se concentrer et se professionnaliser.

Quelle est la place de la construction bois ?

La filière maintient sa place, elle représente a priori 10 % du marché de la maison individuelle mais je constate que de grands acteurs — je pense notamment à BH, la filiale résidentielle du groupe Beneteau — ne sont plus présents. Le bois coûte 10 à 15 % plus cher qu’une maison traditionnelle, nécessite de l’entretien et la valeur marchande, à 30 ans, n’est pas évidente. En revanche, c’est un produit qui permet de créer de beaux volumes, un produit sain.

Une requête à adresser au prochain ministre du logement ?

Ne changez rien. Ce qui existe aujourd’hui est parfaitement pertinent et répond à la demande. Les chiffres le prouvent. Laissez le temps à l’expérimentation pour les normes et, s’agissant du foncier, réfléchissons aux manières de libérer davantage de terrains. Si nous disposons de foncier, les prix baisseront.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Pascal Bonnefille

le 22/06/2018

La mort du Crédit Foncier ou la fin d’une époque

On l’avait annoncé, avec une certaine avance il y a un peu plus de vingt ans, après la perte du monopole des prêts d’accession, mais cette fois, la nouvelle semble incontestable : le Crédit Foncier va disparaître.

Ainsi va s’achever une histoire commencée au début du Second empire, en 1852 : le départ, il y a quelques mois, de Bruno Deletré (devenu le patron de la Caisse d’Epargne Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne) et l’arrivée de Benoît Catel, un banquier issu du sérail BPCE, étaient déjà des signes avant-coureurs. Ce dernier d’ailleurs laissait entendre, en privé, la difficulté de trouver un « modèle économique » à une banque mono-activité, dans un contexte, extrêmement concurrentiel, de taux très bas. Laurent Mignon, qui a pris ses fonctions il y a juste quinze jours à la tête du groupe BPCE, a donc décidé de tourner la page : il est toujours plus facile de « tailler dans le vif » lorsque l’on débarque. C’est chose faite.

La question bancaire se règlera sans doute au sein du groupe : restent les filiales très immobilières. Quid du devenir de Crédit Foncier Immobilier (qui repris en son temps l’activité d’Ad Valorem créé par Stéphane Imowicz) et qui fédère les métiers de la transaction et de la gestion avec l’expertise, qui fut longtemps le « fleuron » de la maison (on trouve encore sur le site de CFI, cette phrase superbe : « pour les collaborateurs de Crédit Foncier Immobilier – Expertise, être le premier expert de France est une fierté ») ? Ce morceau intéressera peut-être quelques acteurs du secteur… Pour la Socfim (qui s’intitule, non sans raison, « la banque des promoteurs »), l’intégration au groupe BPCE est déjà largement entamée : la mort du Foncier ne devrait pas avoir de conséquences directes. Même chose pour Locindus, acquis par le Foncier il y a plus de dix ans.

Cette disparition donnera « un coup de vieux » supplémentaire à tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ont connu « la grande époque » du Foncier : celle où, précédé d’un huissier (à chaîne s’il vous plait), on pénétrait dans le magnifique bureau du gouverneur ou d’un de ses deux sous-gouverneurs (!), dans un somptueux hôtel particulier de la rue des Capucines. Le départ de tout ce monde à Charenton avait constitué la première étape de ce qui, aujourd’hui, obéit à une logique économique et conjoncturelle sans appel.

Portrait

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