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Yves Chazelle (CDC Habitat) : « fusion de nos ESH et réorganisation pour produire toujours plus de logements »…

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le 23 Juil 2018

La loi Elan, toujours en débats, et la loi de Finances 2018 viennent imposer à l’ensemble des acteurs du logement une profonde réforme. CDC Habitat (ex-SNI) n’y échappe pas. Et, d’une réforme, faire une opportunité, c’est le parti pris choisi par le groupe. Le directeur général de CDC Habitat, Yves Chazelle, dévoile en exclusivité pour Immoweek, la stratégie.

Après les réformes visant le financement du logement social, quelle est la stratégie de CDC Habitat ?
L’impact pour le groupe CDC Habitat, plus gros bailleur de France avec un patrimoine de 490 000 logements, de la réforme engagée par le gouvernement, est évidemment important puisqu’il s’élèvera, à l’horizon 2020, à environ 100 millions d’euros par an. Nous avons, cependant, fait le choix stratégique de ne pas, pour autant, réduire le volume de production de logements et nous nous réorganisons pour maintenir un rythme de lancement de 5 000 à 6 000 offres de services de logements sociaux par an. Nous voulons conserver ce « trend » pour les années à venir car si nous ne le faisons pas, nous allons, sur une échéance long terme, vers une stagnation, voire une récession. Les besoins de logement sont toujours présents et, dans un contexte de baisse des financements, nous sommes convaincus que c’est en générant du nouveau chiffre d’affaires que nous pourrons sortir par le haut.

Comment allez-vous y parvenir ?
Pour atteindre ce niveau de production élevé, des fonds propres sont nécessaires et nous en disposerons de deux manières : d’une part, par l’abondement de la Caisse des Dépôts qui va renforcer nos fonds propres dédiés au logement social à hauteur de 300 millions d’euros et, d’autre part, la restructuration capitalistique du groupe. Nous allons donc fusionner les 13 entreprises sociales pour l’habitat (ESH) en une seule afin de mutualiser, sur le plan financier et en terme de gestion, l’ensemble de notre secteur social. Cette fusion permettra à des ESH qui avaient du mal à construire de bénéficier des fonds non utilisés par d’autres ESH.

Cela signifie donc mutualisation des compétences et, du coup, réduction des équipes ?
CDC Habitat, qui concerne, sur l’ensemble du territoire, près de 270 000 logements, sociaux ou intermédiaires, a un plan de développement à échéance cinq ans de 45 000 logements livrés, net des ventes aux locataires. Ce qui correspond à une progression de 15 % du volume de patrimoine à gérer et sous-entend des besoins humains pour y parvenir. Notre structuration capitalistique sera lancée le 1er janvier et nous avons, par ailleurs, engagé un plan, en concertation avec les institutions représentatives du personnel (IRP). Ce plan est le suivant : mutualisation de tous les pôles – je considère que le pôle logement intermédiaire doit être solidaire du pôle social -, centralisation de toutes les fonctions qui peuvent l’être (comptabilité, charges, personnel) ; pas de départ et pas de mobilité contraints. L’objectif : atteindre notre organisation cible d’ici quatre ans. Le périmètre compte 4 500 personnes en équivalent temps plein mais, comme ne sont pas concernées les structures de proximité (les agences, les personnes qui gèrent sur site les immeubles), le plan concerne, au final, environ 1 600 collaborateurs.

Quid de la Banque des Territoires ? Comment CDC Habitat s’inscrit-elle dans ce nouveau contexte ?
La création d’une Banque des Territoires a notamment pour objet la mise en place d’un fonctionnement plus « horizontalisé » pour un meilleur fonctionnement entre l’ensemble des acteurs. Cela ne retire rien à l’autonomie de gestion de CDC Habitat, mais nous travaillons évidemment en pleine cohérence et articulation avec la Banque des Territoires.

Quels sont, hors cette importante réorganisation et la volonté d’accroissement global de la production de logements, les sujets prioritaires pour CDC Habitat ?
L’un de nos objectifs est de relancer le développement de l’offre de logements dans les six départements d’Outre-mer où les besoins sont majeurs, à la Réunion, Mayotte et en Guyane. Les besoins dans ces territoires sont même énormes et l’objectif est de réaliser entre 2 500 et 3 000 logements dans les années qui viennent. Autre territoire sur lequel CDC Habitat va renforcer son action : le Nord de la France. Nous sommes entrés tout récemment au capital de Maisons et Cités et l’objectif, à horizon 10 ans, est de réhabiliter 22 000 logements par an.

Où en êtes-vous de votre « partenariat » avec Vonovia ? Avez-vous engagé des actions ?
Nous avons commencé par une phase d’échange d’informations et d’observation de nos organisations et de nos activités. Aujourd’hui, nous n’excluons pas, à terme, de pouvoir réaliser des opérations ou des investissements en commun en France.

Vous avez engagé, il y a deux ans, une action en faveur des quartiers, en lien avec l’Afpa, qu’en est-il ?
Ce partenariat fonctionne parfaitement puisque nous comptabiliserons 35 antennes dans les quartiers d’ici la fin de l’année. Plus de 1 400 habitants de nos résidences ont pu bénéficier d’un accompagnement vers l’emploi ou la formation et près d’un quart ont retrouvé un emploi grâce à cela. Le travail avec l’Afpa se poursuit et nous réfléchissons maintenant à un conventionnement avec Pôle Emploi, afin de créer un vrai « hub de services ». Trois antennes pilotes pourraient ainsi être créées : Nantes, Vénissieux et Behren-lès-Forbach.

Quel est le montant d’investissement global pour CDC Habitat de l’ensemble de ces développements ?
L’ensemble représente (en prenant en compte les divers fonds que nous gérons), 22 milliards d’euros d’investissement dans les 10 ans qui viennent, dont 16 milliards proviennent de CDC Habitat et le solde, des investisseurs réunis au sein des différents fonds.

Propos recueillis par Catherine Bocquet (@cybcath)

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Pascal Bonnefille

le 27/07/2018

Vacances : j’oublie tout (ou presque)…

Avant la rupture du mois d’août, grande tradition hexagonale qu’Immoweek respecte en interrompant ce « 13 heures » jusqu’au 20 août, il n’est pas inutile de dresser un bilan, rapide, de la situation des marchés et des professionnels qui les font vivre. On a déjà eu l’occasion de le constater : le secteur immobilier vit actuellement une forme de schizophrénie ou, si l’on préfère, joue en même temps à Jean qui rit et Jean qui pleure. Côté larmes, on sent pointer l’inquiétude de la FFB avec tous les acteurs concernés, promoteurs au premier rang, analysant la baisse des mises en chantier, dans le secteur social comme dans celui des maisons individuelles. Le monde HLM, majoritairement, soumis à une réforme qui va tailler dans les structures, changer les mécanismes, est aussi inquiet. Côté joies, on comptera bien sûr le monde de l’immobilier d’entreprise, qui dans la promotion comme dans l’investissement, dans la location (avec le meilleur 1er semestre depuis 10 ans !) comme dans la gestion voit la vie en rose.

Mais cette situation, différenciée, n’est pas si facile à présenter- on allait dire à défendre !- aux pouvoirs publics, aux responsables de la Cohésion des territoires, comme à Bercy, toujours là pour serrer les cordons de la bourse. Car les résultats des promoteurs sont excellents (nous ne reprendrons pas la litanie des chiffres 2017, souvent records), ceux des foncières également (même si la Bourse ne leur est pas favorable en ce moment) et les innovations, les start-ups, les nouvelles générations sont de plus en plus présentes, parfois au premier plan. Bref, le secteur ne dort pas et n’a pas dormi. On peut être certain qu’après ces quelques jours, nous retrouverons un secteur en pleine rénovation – le mot est choisi. Comme toujours, les mutations seront parfois difficiles, et même douloureuses : espérons en commun que les nuages iront en s’éclaircissant, même dans le secteur HLM. Et que nous pourrons collectivement tout oublier (ou presque) pendant ces vacances que nous vous souhaitons belles, reposantes ou au contraire dynamisantes, en tout cas heureuses.

Portrait

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