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Bernard Devert (Habitat et Humanisme) : « Ce mal-logement qui tue »

Points de vueLogement

le 07 Nov 2018

Après le drame de Marseille qui a vu l’effondrement de trois immeubles, causant la mort (à date du 7 novembre) de six personnes, Bernard Devert, président d’Habitat et Humanisme, appelle élus et responsables à cesser de temporiser et à construire des logements dignes pour tous. Une tribune que nous publions ci-après.

« Que de patience coupable face au mal-logement !

Dénoncé depuis des décennies, ce « cancer » social fait l’objet seulement de soins palliatifs. Quelle est la volonté d’en finir avec une souffrance qui ronge la Société, jusqu’à créer des fractures. D’un côté, ceux qui bénéficient d’un habitat et de l’autre, d’un abri compromettant l’avenir des occupants.

La colère gronde à Marseille avec l’effondrement de trois immeubles, rue d’Aubagne, ayant entraîné la mort de 5 résidents. 3 autres sont portés disparus ; grande est l’inquiétude. L’insalubrité pourtant était connue mais aucune précipitation pour éloigner du danger les plus vulnérables.

L’affaissement de ces bâtiments crée une légitime émotion ; elle doit être entendue comme un réveil des responsabilités. Arrêtons de jouer avec la vie de ceux qui sont les plus fragiles.

Le mal-logement est cause de morts physiques. Quelle attention portée aux morts de la rue ! Ils ne courent le risque d’aucun effondrement pour être abandonnés sur des trottoirs, par tous les temps, sans que la Nation soit effondrée par une telle injustice.

Nous tenons dans nos mains les linceuls d’une fraternité déchirée pour tolérer l’intolérable, des morts annoncés. Quand réaliserons-nous enfin des programmes en nombre suffisant mettant un terme à un sans-abrisme honteux. Il est le nôtre.

A la va-vite, à chacun des hivers, s’ouvrent des gymnases dans lesquels s’entassent les délaissés et rejetés d’une Société plus attentive au thermomètre qu’à la santé de ses ressortissants bravant les intempéries. Que fait-on de cette obligation juridique et morale d’un logement décent pour tous.

Assez facile de parler du ‘logement d’abord’, il convient d’abord de prendre acte de la nécessité de construire des logements décents, délivrés des marquages sociaux, accessibles à chacun en fonction de ses revenus.

Le mal-logement tue aussi moralement nombre de nos concitoyens oubliés dans des cités anxiogènes. Bon sang ! L’habitat est constitué de fenêtres ; comment accepter que leur ouverture ait pour conséquence d’abîmer des regards. Tristesse du mal vivre de ceux qui, séjournant dans ces lieux, ne se font aucune illusion sur l’intérêt qui leur est témoigné.

Consentir à l’indignité d’un toit, c’est dire à celui qui l’occupe par nécessité : tu ne comptes pas ou si peu.

Ce drame à Marseille intervient au cours de cette semaine de l’économie solidaire. Une forme d’économie qui connaît un certain effondrement, l’Etat lui retirant une part des dispositifs fiscaux. Comment se faire entendre sur la pertinence de leur maintien. Non, ils ne sont pas des avantages, appelés si injustement des niches, mais des soutiens nécessaires pour bâtir plus humain.

Faut-il que la vie disparaisse pour comprendre que l’habitat est un écrin qui l’accueille et la protège, mais pour qui ? »

Bernard Devert
Novembre 2018

La rédaction d'immoweek

Édito
par Arthur de Boutiny

le 13/11/2018

Trois ans déjà…

Les attentats du 13 novembre 2015 ont déjà trois ans et toute la France se souvient. La rédaction d’Immoweek se souvient également et vous vous souvenez sans doute aussi. Des études ont prouvé que dix ans après l’assassinat de Kennedy ou les attentats du 11 septembre, n’importe qui se rappelait parfaitement de ce qu’il faisait au moment de l’évènement historique. Les émotions, le souvenir personnel se couplent aisément avec la commémoration et c’est l’occasion de n’oublier ni les victimes, ni l’horreur, ni l’espoir.

Il est rare d’employer le « je » en journalisme, mais c’est un éditorial, donc le reflet d’une opinion personnelle et, vis-à-vis d’une tragédie aussi récente que les attentats du 13 novembre, nous avons tous un rapport personnel vis-à-vis d’un sujet national et historique. Je parlerai donc de ma propre expérience, pour ce qu’elle vaut.

A cette époque, l’auteur de ces lignes était pigiste et habitait dans le 11ème, dans une rue connue pour sa vie nocturne et ses bars, qui auraient parfaitement pu être visés en cette nuit terrible. J’avais une soirée d’anniversaire à 200 mètres du Bataclan, je serais certainement passé devant en m’y rendant : un peu déprimé, j’ai finalement préféré rester chez moi, pour regarder une série sur Netflix. Les tweets, les alertes sur téléphone, les textos et appels inquiets de mes amis ont commencé à s’amonceler ; j’ai notamment pensé au Petit Cambodge, où j’avais déjeuné trois jours avant avec un ami. Je n’étais pas à Paris lors de l’attentat contre « Charlie Hebdo », je l’ai appris en toute fin de journée, en revenant à mon hôtel à Rome : les évènements, aussi froids que peuvent l’être des dépêches AFP, se sont imposés à moi. J’ai appelé mes amis que je savais dans le quartier, mes confrères journalistes que je savais dans leur rédaction ou sur le terrain : le sentiment était la stupeur et l’effroi.

Une amie se promenait alors dans le quartier et elle est venue se réfugier chez moi, accompagnée de son père et de sa demi-soeur qui étaient venus à Paris la visiter. Plus tard, j’ai vu un groupe de quatre jeunes qui s’étaient blottis dans ma cour, éjectés d’un restaurant qui avait baissé le rideau : je les ai aussi fait monter. Enfin, j’ai reçu un appel d’une amie, qui me demandait de donner refuge à un proche qui était parvenu à s’évader du Bataclan. Aux premiers rangs du concert des Eagles of Death Metal, il était parvenu, dès les premiers coups de feu, à sauter par-dessus la barrière pour s’enfuir par les coulisses. Il est arrivé chez moi : ce grand gaillard avait un t-shirt couvert de sang (Dieu merci, pas le sien), je lui ai passé une chemise. Il avait vu une chose que personne ne devrait jamais voir de sa vie. En dépit de l’horreur qui était survenue dans mon petit salon, ce petit groupe humain apporta un peu de chaleur, un peu de réconfort pendant une nuit aussi terrible. Tout le monde s’en alla vers 3 ou 4 heures du matin, comme chacun le pouvait.

Les souvenirs des jours suivants sont presque brumeux, enveloppés dans la gangue de la tristesse et du choc. Je ne suis pas un héros : je suis juste, comme plus de 65 millions de mes compatriotes, quelqu’un qui pensait que jamais le lot quotidien des populations de Syrie et d’Iraq ne surviendrait dans des bars que j’aurais pu fréquenter, frapper des gens que j’aurais pu connaître. Pour ma part, frappé par mon impuissance face à l’Histoire, je me suis contenté, à mon propre niveau, d’aider des inconnus. N’importe qui aurait fait pareil, d’autres ont fait mille fois plus. C’est tout.

Cet hommage national intervient deux jours après la commémoration de la Première Guerre Mondiale, et il le sera à jamais. Vieux de cent ans maintenant, le souvenir de l’horreur absolue que fut la guerre des tranchées, encore plus longue, davantage indescriptible, est pourtant toujours aussi vivace dans les consciences. Et tant mieux. Dans la Bible, l’injonction « souviens-toi ! » se répète plus de 200 fois ; le souvenir est un devoir humain. Cela n’est jamais aussi vrai le 13 novembre : souvenons-nous de ces vies fauchées par l’ignorance, le fanatisme et la haine. Rendons-leur hommage, à n’importe quel niveau, que ce soit aux côtés de la Nation, dans notre rue, dans notre intimité ou dans le secret de notre cerveau. Et surtout, pour paraphraser Antoine Leiris, ne les laissons pas avoir notre haine.

Souvenez-vous.

Portrait

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