Chargement

retour Accueil > Logement > Points de vue > Xavier Lépine (La Française) : Le défi...

Xavier Lépine (La Française) : Le défi Sociétal du XXIème siècle, le contrat de travail « et en même temps » le logement

Points de vueLogement

le 06 Oct 2017

Xavier Lépine, président du directoire du groupe La Française, nous livre son point de vue sur le défi sociétal que représente le logement.

Parmi tous les changements liés à la globalisation et à la digitalisation, la relation au travail est, me semble-t-il, le plus important. L’Entreprise ne peut plus s’engager dans un plan de carrière pour ses collaborateurs car elle mute en permanence, l’obsolescence du « travailleur » est de plus en plus rapide : remplacé par un autre moins cher ailleurs, par une nouvelle technologie qui supprime son poste, par l’arrêt de certains produits ou services, au total une temporalité de plus en plus courte. Le droit du travail est de moins en moins adapté et peine à trouver les réponses : pour caricaturer, un chauffeur Uber est-il réellement auto-entrepreneur alors qu’il ne fixe pas le prix de la course, qu’il peut être sorti du système s’il est mal noté par les clients et qu’il ne se constitue aucun fonds de commerce qu’il puisse céder ? Le développement du statut d’auto-entrepreneur dans les métiers où la variabilité de la charge de travail est importante, y compris dans les métiers qualifiés (médias…) devient la règle pour les jeunes et se substitue partiellement à l’enchaînement des CDD.

On ressent ainsi que l’évolution de la Société se traduit nécessairement par plus de « flexibilité » quelque que soit la forme juridique à venir du Contrat de Travail, l’Etat accompagnant cette évolution économique par son encadrement juridique, la flexi-sécurité pour prendre un terme à la mode, la précarité de l’emploi ne devant pas se traduire par une précarité sociale.

Dès lors, le problème central, et qui a commencé il y a plus de 15 ans, est celui du logement. Premier poste du budget des familles, mais surtout le bien indispensable par nature, un investissement « très long » par excellence, à intensité capitalistique élevée, et qui nécessite donc une visibilité forte sur les revenus, que ce soit pour l’acquérir comme pour le louer.

Comment permettre aux générations montantes de se loger décemment, et plus spécifiquement d’acquérir, si elles le souhaitent, leur logement si au coût de la pleine propriété s’ajoute une incertitude forte sur la stabilité des revenus ?

Etant donné le prix de l’immobilier dans les zones tendues et les incertitudes à long terme sur les revenus, hors héritage, il est devenu impossible de financer sur 20 ans l’acquisition d’un bien qui a une durée de vie largement supérieure à 100 ans! De fait, il y a encore 15 ans, le prix du logement représentait 4 à 5 ans de revenus de la cellule familiale et acquérir sur 20 ans revenait donc à « dépenser » 25 % de son revenu pour acquérir sur 20 ans la propriété. Aujourd’hui, l’urbanisation croissante et la rareté du foncier qui en résulte ont fait considérablement monter les prix et acquérir un logement familial à crédit reviendrait à consacrer un montant proche de 10 années de revenus, soit 50 % de son revenu ce qui est à l’évidence impossible… Si l’on rajoute à cela la flexi-sécurité indispensable au meilleur fonctionnement de l’économie et du marché du travail, le défi sociétal du logement est donc le deuxième défi du gouvernement, au même niveau que celui de la flexi-sécurité de l’emploi.

Autrement dit, si globalement la majorité des biens d’équipements ont vu leur prix baisser depuis 15 ans (plus exactement, la part du salaire consacré à l’acquisition d’une télévision, d’un ordinateur, d’un smartphone, la voiture etc… a baissé), la part la plus importante (dans tous les sens du terme), le logement, n’a fait qu’augmenter.

Du côté des acteurs du marché (foncières, banques, investisseurs, asset managers), de nombreuses voies sont possibles et tournent toutes autour de la civilisation de l’usage versus celle de la propriété dans sa forme traditionnelle : la location-accession, le bail emphytéotique, la propriété à vie (par opposition à la pleine propriété), le bail à construction, le prêt « evergreen » (emprunt hypothécaire partiellement à vie sur le modèle nordique ou Suisse)… autrement dit des évolutions où la finance jouera un rôle prépondérant car elle permet de dissocier dans le temps les différentes composantes que sont l’usage et la propriété, ce qui permet de satisfaire également les situations multiples des différents types d’investisseurs/ utilisateurs. C’est dans la congruence logement-emploi que se jouera la confiance et la croissance économique à long terme de notre pays et la seule logique réellement possible et souhaitable économiquement est bien celle de l’évolution vers une Société de l’usage et non plus de la propriété et cela sur le premier poste de dépense des ménages.

Si aujourd’hui, avec 15 % de taux d’épargne les Français sont parmi ceux qui épargnent le plus dans le monde, la réalité est que cette épargne est consacrée essentiellement au remboursement des crédits hypothécaires et très peu au financement du reste de l’économie. Toute solution qui permettra de réduire ce coût en sus d’améliorer les conditions de logements sera donc ainsi doublement bénéfique puisqu’elle facilitera l’orientation de l’épargne, à l’instar des pays scandinaves comme de la Hollande, vers l’investissement dans les entreprises.

Pour mettre en place cette révolution Schumpetérienne de la destruction créatrice, Emmanuel Macron n’a donc pas d’alternative autre que celle d’une présidence Jupitérienne et « le chantier du logement »devra être adressé « et en même temps » que celui du contrat de travail !

Xavier Lépine

président du directoire

Édito
par Pascal Bonnefille

le 20/07/2018

Patrick Braouezec, l’engagé

Certains élus sont tellement associés à « leur » pays d’élection qu’on ne les imagine guère vivre, agir ou travailler ailleurs.

Patrick Braouezec (merci de prononcer le nom « à la bretonne ») en est une magnifique illustration. Pensez donc : après avoir été 13 ans maire (sur tous les fronts) de Saint-Denis, député (dynamique) de Seine-Saint-Denis durant 19 ans, mais aussi incontournable président de Plaine Commune (la communauté d’agglomération, puis l’établissement public territorial) depuis 2005, celui que Luc Le Vaillant – autre breton… – appelait gentiment « un drôle de coco » dans un beau portrait de « Libération » en 1998, est un infatigable défenseur de « son » territoire. Et ses idées sont souvent intéressantes, novatrices ou tout simplement efficaces. Celui qui a tant plaidé pour le Stade de France expliquait ainsi en 2014 (au « Figaro Magazine » qui n’est pas son journal favori…) : « le football est le troisième lieu d’éducation ». Pas mal vu, non ? Présent dans tous les débats quand il s’agit de « son » département, il a été nommé vice-président du Conseil National des Villes au printemps.

Politique complexe (il a quitté le PCF en 2010, l’a rejoint à nouveau sept ans plus tard après avoir appelé à voter Emmanuel Macron… et s’en dire « déçu » après quelques mois), il conserve une ligne directrice claire : être le porte-parole d’une Seine-Saint-Denis difficile, attachante et pleine de projets.

Le voici maintenant nommé membre du conseil de surveillance de la Société du Grand Paris, au siège laissé vacant par le socialiste Jean-Yves Le Bouillonnec (encore un Breton !). Il a donc damé le pion à un élu moins « consensuel » que lui : le président du conseil départemental des Yvelines Pierre Bédier. Même si le poste de président du conseil de surveillance de la SGP qu’il devrait obtenir lors de l’élection prévue pour début septembre, n’est pas le poste exécutif, nul doute que le bouillant Braouezec ne sera pas un président « de papier ». Et qu’il défendra – on peut lui faire confiance – les projets métropolitains (nombreux !) de son cher 93.

Portrait

Chargement