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Le palmarès des pierres d'or

Le Professionnel de l'année

Philippe Depoux

Compagnie Lebon

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Numéro 1

Ce lauréat des « Pierres d’Or », deux fois vainqueur, dans les catégories « Investisseurs » en 2012 et « Programmes » en 2014 pour « Beaugrenelle », et deux fois nommé, dans les catégories « Asset, Property et Facility Managers » en 2005 et « Managers » en 2015, entend consolider la place de leader de Gecina sur le créneau des bureaux urbains haut-de-gamme en Ile-de-France. Pour ce faire, Philippe Depoux a constitué une nouvelle équipe, soutenue par un actionnariat « expérimenté et ambitieux » afin de déployer une stratégie « total return » basée sur des revenus locatifs consolidés et des actifs à forte création de valeur. Parmi les dernières acquisitions, l’ancien siège de PSA, avenue de la Grande Armée, à Paris ou la tour T1, à La Défense, susceptibles d’intéresser notamment les investisseurs internationaux. Soit autant de défis à relever pour Gecina et son directeur général de 54 ans, passionné de voyages, et qui n’aime rien tant que passer de bons moments en famille et avec ses amis d’enfance.

D e retour d’un « road show » d’une semaine en Asie, qui l’a mené de Singapour à Séoul en passant par Pékin, Hong Kong et Tokyo, Philippe Depoux est enthousiaste : « il y a un gros appétit pour les investissements en Europe et une vraie prise de conscience que Londres est devenue très chère, parce que les loyers sont très hauts et les rendements très bas » explique le directeur général de Gecina. « Les investisseurs asiatiques scrutent attentivement le marché parisien, où ils détiennent souvent déjà quelques actifs. Bien sûr, il a fallu les rassurer après les attentats sur leurs conséquences économiques, mais le « french bashing » a de moins en moins de prise. Paris est perçue comme un véritable « hub » de l’innovation, avec des projets tels ceux de Réinventer Paris, dont je suis persuadé que le modèle va s’exporter, les nouveaux lieux de travail ou encore les incubateurs de start-up comme celui de Xavier Niel, et ils y sont très sensibles ». Et c’est encore mieux quand on dirige une foncière cotée spécialisée dans l’immobilier de bureaux avec un positionnement défini comme innovant, urbain et haut-de-gamme, dans le premier marché de bureaux européens, et dont l’essentiel de son patrimoine se situe dans la Ville Lumière. « Lors de ces « road shows », je suis l’ambassadeur de Paris et non de la France » précise ce globe-trotter, qui tient dans un petit carnet la liste de tous les pays qu’il a visités, 70 actuellement au compteur. « On a tendance à l’oublier, avec notre perpétuelle inclinaison à l’autocritique, mais Paris possède des atouts indéniables, dont celui d’être l’une des plus belles villes-monde, et continue de faire rêver ». Aussi, dans le cadre sobre de son bureau situé au 7ème étage du siège de la rue des Capucines, dans le 2ème arrondissement de Paris, doté d’une splendide vue sur les toits de l’Opéra, Philippe Depoux dresse calmement son bilan pour l’année écoulée. « L’année 2015 a été exceptionnelle, à plusieurs titres. Nous avons été l’un des acteurs majeurs sur le marché des bureaux parisiens cette année. Nos acquisitions se sont élevées à 1,7 milliard d’euros d’actifs et nos ventes à près de 370 millions, soit plus de deux milliards d’euros en activité de transaction de bureaux, ce qui représente 10 % du marché de la transaction en investissement bureau en Ile-de-France ». Ce qui place Gecina en position de leader français sur le parc de bureaux parisiens, en surface et en valeur, parmi les Siic. « Cette position n’est pas une fin en soi, mais elle nous donne une visibilité et crée un cercle vertueux, générant de nouvelles propositions, ce qui nous permet de dire ce que nous faisons et de faire ce que nous disons » estime ce quinqua à la silhouette juvénile. « Cette position de leader nous confère des droits, mais aussi des devoirs. Nous devons être précurseur, force de propositions, incubateur d’idées nouvelles, mais surtout exemplaire et vertueux. Ce qui est, je pense, notre marque de fabrique ». Sans doute aussi en filigrane, une discipline personnelle. En terme de droits, la foncière cotée se voit ouvrir un certain nombre de portes sur le marché pour des sujets d’affaires, corporate, ou locatifs, mais pas seulement : « ce leadership plaît et interpelle les analystes et investisseurs notamment étrangers, ce qui est important lorsque l’on dispose d’un flottant de près de 50 % sur une capitalisation d’un peu plus de sept milliards d’euros ». Pour mémoire, l’actionnariat de Gecina a été totalement renouvelé en 2014, avec la cession des parts de l’espagnol Metrovacesa et l’entrée au capital d’Ivanhoé Cambridge, de Blackstone et de Norges Bank et le renforcement de Crédit Agricole Assurances, actionnaire historique. Le groupe né de la fusion de plusieurs sociétés immobilières, dont certaines ont été fondées en 1879, se félicite aussi du plan de cessions en cours. D’une part, celles concernant les logements, dont bon nombre d’immeubles des années 1960 et 1970, amorcée début 2015. « Nous ne délivrons aucun congé pour vente, ce qui est très apaisant d’un point de vue social » avertit Philippe Depoux. « Les départs des locataires, dont le taux est proche de 20 %, s’effectuent au fil de l’eau. La vente des appartements libres a généré pas loin de 70 millions d’euros de chiffre d’affaires et devraient monter en puissance dans les prochaines années ». D’autre part, initiée en 2014, la cession du pôle santé est en cours et « suscite de l’intérêt ». Enfin, sur le front locatif, Gecina a été très active en matière de signature de nouveaux baux, renouvellements ou renégociations, ce qui nous a permis de maintenir notre taux d’occupation à un niveau très élevé. « Grâce à la qualité de nos actifs et nos équipes property et asset, nous sommes parvenus à une stabilisation des revenus locatifs, alors que l’univers locatif était plutôt hostile ces dernières années. Cela arrive au moment où le marché est à la fin d’un cycle locatif baissier et à l’orée d’un cycle haussier » analyse Philippe Depoux. « Je suis convaincu de la très prochaine reprise du cycle locatif parisien ». Ce qui devrait permettre à la foncière de déployer pleinement sa stratégie « total return », qui repose sur la préservation des revenus locatifs et la création de valeur des immeubles sur le terrain de jeux du Grand Paris. Pour ce faire, Gecina a déployé plusieurs axes stratégiques. Tout d’abord, « nous avons assis notre nouvelle organisation mise en place en 2014, avec un mode de fonctionnement en mode projet hyper transversal. Nous avons instauré une vraie politique d’innovations, indispensable à notre activité monoproduit et monomarché afin de se différencier des autres et de créer de la valeur, avec l’arrivée de Brigitte Cachon au poste de directrice marketing & innovation ». Déjà en charge de la gestion de patrimoine, « Jacques Craveia a été nommé directeur commercial, spécifiquement en charge des grands comptes et des défis locatifs qu’ils représentent, tandis que Franck Morin, arrivé de chez SFL, prendra en charge le property management. Enfin, Baudouin Delaporte, précédemment aux acquisitions, est nommé à la direction du développement, à l’intérieur de la direction de l’asset management » précise-t-il. Ces évolutions s’accompagnent du renforcement de la politique de RSE mise en place dans l’entreprise et qui a été, ces derniers mois, distinguée par plusieurs prix. Parmi eux notamment, Gecina est la première foncière et 5ème entreprise du SBF 120 à avoir été récompensée pour sa politique de diversité et de mixité dans sa gouvernance, avec 50 % de femmes au sein de son conseil d’administration : « toutes ces actions sont dues au talent de chaque homme et de chaque femme de Gecina, dans une approche fédérée et transverse, mais aussi permises par un actionnariat et un conseil d’administration professionnels réactifs, alignés et ambitieux pour Gecina » souligne Philippe Depoux. Ensuite, d’un point de vue financier, Gecina a réalisé une « vraie ingénierie financière », profitant des taux bas pour renégocier sa dette sur des durées longues pour « faire baisser les risques liés au passif afin de le rendre flexible pour être plus opportuniste ». Pour les acquisitions, Gecina table sur un effet de levier à 40 % en accord avec les actionnaires, un choix « bien perçu par les agences de notation ». Enfin, la foncière a procédé à une série d’achats d’actifs permettant de fortes créations de valeur à venir. Parmi les actifs tombés dans l’escarcelle de Gecina cette année : la tour Van Gogh auprès du groupe Klésia, un immeuble de bureaux situé près de la gare de Lyon, à Paris, rebaptisé « Sunflower », qui sera restructuré, pour un investissement de 150 millions d’euros ; « Le Cristallin », à Boulogne Billancourt, un immeuble des années 1960, de 11 500 m² qui sera livré début 2016 entièrement restructuré par Zündel et Cristea Architectes ; le célèbre siège historique de 33 600 m² du groupe PSA, avenue de la Grande Armée, qui fera l’objet d’un projet « hors normes » dont les travaux débuteront en 2018 ; les tours T1&B de 88 600 m², à La Défense, occupées sur la base d’un bail ferme de 12 ans par Engie (ex-GDF-Suez). Sans compter « City 2 », à Boulogne Billancourt, pour 188 millions d’euros, intégralement préloué à Solocal, et « Sky 56 », à Lyon Part-Dieu, pour 136 millions d’euros, avec un démarrage des travaux en 2016 pour une livraison en 2018. « Tous ces projets m’ont porté ces derniers mois, et cela m’a aidé à surmonter mon chagrin, suite au décès accidentel d’un de mes fils en Argentine » confie Philippe Depoux, la gorge nouée et le regard embué derrière ses fines montures arrondies en écaille sombre. « L’immobilier est une grande famille et elle me l’a encore prouvé grâce aux témoignages d’amitié, de compassion et de soutien extrêmement forts que j’ai reçu en ces moments terribles ». Du réconfort qu’il a aussi puisé auprès de son épouse et de leur famille recomposée de cinq enfants et de ses amis qui le suivent fidèlement depuis son enfance : « on m’a enlevé un moteur, mais j’en ai d’autres ».

Virginie Grolleau

Les nommés :

André Camo
Primonial Reim

Christophe Cuvillier
Unibail-Rodamco-Westfield

Christophe Kullmann
Covivio

Alain Taravella
Altarea Cogedim

Managers

Philippe Depoux

Compagnie Lebon

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Les nommés :

Antoine Derville
Cushman & Wakefield

Eric Donnet
Groupama Immobilier

Sigrid Duhamel
BNP Paribas Real Estate Investment Management France

Jacques Ehrmann
Carmila

Prix du Public

Philippe Depoux

Compagnie Lebon

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Les nommés :

Le lauréat a été désigné, en direct, par le public parmi une liste de 45 nommé(e)s

Investisseurs

Isabelle Clerc

AG2R La Mondiale

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Stratège

Voici seulement six mois qu’Isabelle Clerc a été nommée comme directeur de l’immobilier de placement d’AG2R La Mondiale, mais à observer les étapes franchies depuis juin dernier, on mesure le rythme soutenu de son parcours. Le bilan est déjà conséquent. Trois acquisitions majeures : 82-92, rue Réaumur ; « L’Angle », à Boulogne, qui abrite le siège de « L’équipe » et, sur appel d’offres du ministère de l’Intérieur, le 8, rue de Penthièvre. S’y ajoute une opération de développement et de restructuration en profondeur de 40 000 m2 à Issy les Moulineaux pour La Poste, qui doit être livrée début 2016. Isabelle Clerc souligne qu’avec l’immeuble de la rue Réaumur, c’est la première fois que le comité d’investissement de l’assureur passe le cap de l’acquisition d’actifs commerciaux. Avec le programme d’Issy, elle démontre qu’il est possible de se lancer dans des opérations de développement et de prendre un risque locatif. Risque calculé, car Isabelle Clerc se félicite d’être forte d’une équipe de 38 professionnels qui maîtrisent les différentes facettes du métier. Elle tend aussi à montrer une capacité à se lancer dans des investissements un peu différents, par exemple vers la logistique ou hors de Paris, même si la taille unitaire des acquisitions (généralement de 50 à 150 millions d’euros) la conduit à les orienter vers Paris, la première couronne ou les très grandes villes de province. 2016 sera, à n’en pas douter, également une année de forts volumes. Isabelle Clerc estime pouvoir disposer de 300 millions d’euros en provenance d’un plan d’arbitrages, auxquels s’adjoignent 200 millions issus de la collecte. Au programme : un immeuble dans la Zac Batignolles, le futur siège de BETC (groupe Havas), à Pantin et « Le Panorama », immeuble-pont situé dans le 13ème, avenue de France. Le total des transactions, acquisitions et cessions devrait avoisiner le cap d’un milliard d’euros. Cet appétit d’action, Isabelle Clerc le traduit aussi dans le sport, plongée, moto, alpinisme ou encore pour le piano. Signe d’effort de discipline. Elle goûte également les rencontres, au fil des réunions du Cercle des Femmes de l’Immobilier ou de la RICS. Le secteur est propice aux échanges de qualité, qui permettent ainsi de dépasser la simple confrontation professionnelle, comme ce fut le cas avec Philippe Depoux ou, au sein d’AG2R La Mondiale, avec Sylvain Deforges, dont elle apprécie la qualité de confiance. En dépit de l’importance des volumes, Isabelle Clerc garde de la modération, car elle sait le groupe conscient que les allocations d’actifs en immobilier n’obéissent pas aux mêmes rythmes que ceux des actifs mobiliers et lui autorise un certain décalage dans le temps des objectifs. à la tête de l’immobilier de placement, il lui revient de gérer les 4 milliards d’euros investis dans cette classe d’actifs, mais qui ne représente que 6,5 % du périmètre assurantiel du groupe. à elle de définir la stratégie d’investissement : type de locaux, emplacement, orientation, rendement ou développement et de convaincre le comité d’investissement de la société de gestion d’assurance mutuelle d’AG2R La Mondiale. Elle se dit très heureuse de sa fonction qui lui permet de rassembler les compétences acquises au fil des ans, dans un contexte qui l’autorise à se positionner sur des marchés bousculés, pour le compte d’un acteur financièrement solide, avec une optimisation de la performance. à 42 ans, Isabelle Clerc a déjà un parcours rempli, très… structuré. Si elle est ingénieur généraliste de formation, elle a choisi aux Ponts la spécialité finance. En stage chez Indosuez en 1994, elle y découvre le financement des projets immobiliers. Puis elle passe dix ans chez Arthur Andersen, jonglant avec l’analyse de valorisation de sociétés immobilières, le développement de cash flow, l’acquisition de portefeuilles. Elle rejoint ensuite BNP Paribas pour la structuration et le développement des fonds. Encore la banque avec son passage chez Kreef (Deutsche Bank) où elle découvre le commerce, qui lui permet de rejoindre ensuite Unibail-Rodamco puis, pendant 5 ans, AEW Europe. Aujourd’hui, sa mission ne se limite pas aux décisions immédiates : elle s’attelle à un chantier de réflexion sur l’opportunité de rationaliser la détention des actifs du groupe. Un moyen de prendre du recul sur les décisions quotidiennes et de porter une vision… de stratège.

Bertrand Desjuzeur

Les nommés :

Marc Bertrand
La Française

Jean-Jacques Duchamp
Crédit Agricole Assurances

Pascal Duhamel

Laurent Fléchet
Primonial Reim

Promoteurs

Bruno Corinti

Nexity

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« Pur produit immobilier »

Nous ne le dirons jamais assez et les principaux intéressés sont les premiers à l’affirmer : la profession de promoteur est un métier difficile. Surtout depuis la succession de crises financières. Mais Nexity tient bon le cap. à la barre de la promotion, Bruno Corinti. Notre « Pierre d’Or 2016 » estime que son groupe a réalisé une « belle année ». Et même au moment où nous le rencontrons, mi-décembre au 19, rue de Vienne, au prestigieux et feutré 6ème étage « executive » du groupe Nexity, il attend la concrétisation « d’actes importants »… Pourtant, « ce bon cru, aussi bien pour la partie tertiaire que résidentielle, n’était pas garanti en début d’année. Un marché de l’investissement certes assez actif, notamment au deuxième semestre, mais une prise locative plutôt molle et qui relèvera, au final, d’une année peu mémorable » analyse le directeur général adjoint de Nexity, pragmatique et plutôt inquiet pour ce marché à deux vitesses. Malgré cela, il parle avec fierté du « gros dossier » qu’ils ont vendu cette année à EDF Invest : « Smart Side », environ 40 000 m2 de bureaux à Clichy. « Nous étions dans une séquence très serrée pour le concrétiser : entre la maîtrise foncière, les permis à déposer, obtenir et purger et le vendre… Tout cela dans un laps de temps – très court – d’un peu plus d’une année, entre 2014 et 2015. Assez rare pour être souligné et d’autant plus marquant que le terrain avait la particularité d’être à cheval sur trois communes, être instruit par deux, Saint Ouen et Clichy… et cette dernière a connu une invalidation d’élection municipale, juste au moment de l’instruction de notre permis, en mai 2015 ». Il faut vraiment savoir naviguer dans ces eaux… Mais pour cela, notre lauréat, qui fêtera cette année ses 55 ans, revendique son statut de « pur produit immobilier : j’ai commencé très tôt, car je suis un fils de promoteur. J’ai donc été baigné, très jeune, dans le métier, mon père recevant clients et prospects dans le salon familial ». Pourtant, attiré par le droit, il obtient un DESS de Droit Fiscal et Droit des Affaires à Assas. « à la suite de différents stages dans ce secteur, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi, que j’allais m’y ennuyer ». Délaissant donc le droit, il revendique sa « petite » expérience professionnelle dans le domaine immobilier – « j’ai très tôt aidé mon père dans son activité ». Il est embauché, en 1985, par France Construction (aujourd’hui Bouygues Immobilier). Il fait donc ses premières armes à Marne la Vallée, dans les maisons individuelles et le collectif. Il rejoint ensuite Cogedim : « c’est là que j’ai commencé à aborder le sujet de l’immobilier tertiaire ». Et à l’époque de la création des Zac, il travaille sur « Rueil 2000 ». « Ma passion pour le tertiaire prend racine à cette période de mon parcours ». Ce passionné de moto – il pratiquait l’enduro et continue de suivre cette discipline – part ensuite pour la Société Auxiliaire d’Entreprise (devenue Eiffage), premier constructeur de logements en France à l’époque. Pendant 16 ans, il développe des opérations tertiaires avec passion. Au moment de la création du groupe Eiffage, qui rassemblait plusieurs marques distinctes et ayant leur propre identité, l’architecte de ce changement, Jean-François Roverato, lui confie la création d’Eiffage Immobilier, fédérant ainsi tous les pôles tertiaires du groupe. « Ce fut, jusqu’à maintenant, la plus belle séquence – de 1998 jusqu’à 2004 – que j’ai eu à vivre : une trésorerie à utiliser et à faire fructifier, au moins jusqu’à ce que le groupe ne rachète les concessions autoroutières, des opérations « en blanc » qui fonctionnent, des programmes emblématiques… Et tout ça, dans une période où les capitaux, notamment d’investisseurs allemands, affluaient ». En 2005, ce père de deux garçons rejoint alors Nexity pour retrouver ce plaisir de développer… du logement dans un premier temps. Pôle qu’il partage aujourd’hui avec Jean-Philippe Ruggieri. Et au départ d’Alexis Perret, il récupère la casquette tertiaire. « Au final, peu de choses avaient changé dans ce secteur depuis que je l’avais quitté… si ce n’est la perception d’une obsolescence de plus en plus rapide. Ce qui relève aussi des enjeux de demain, car elle entraîne forcément une réversibilité de l’actif à prendre en compte dès sa conception ». Lucide et visionnaire.

Jean-Baptiste Favier

Les nommés :

Emmanuelle Baboulin
Icade

Laurent Dumas
Emerige

Olivier de La Roussière
Vinci Immobilier

Hervé Manet
Heracles Investissement

Conseils

Olivier Ambrosiali

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Leader

Plus de 6 milliards d’euros : c’est le volume des transactions bouclées en 2015 par le département investissement de BNP Paribas Real Estate Transaction France. Un résultat historique pour la société de conseil, après celui de l’an passé où 5 milliards d’euros de transactions avaient déjà été réalisés par le département. à sa tête, Olivier Ambrosiali, logiquement déjà nommé dans cette même catégorie l’an passé. Un professionnel expérimenté, tant en termes de connaissance des métiers de l’immobilier que des marchés et de ses différentes classes d’actifs. Un parcours et des résultats aujourd’hui récompensés par une « Pierre d’Or »… Quelques autres chiffres illustrent la performance du département investissement du leader des conseils en France. Ainsi, dans les bureaux, le volume des transactions à l’investissement bouclées par BNP Paribas Real Estate s’élève à 5 milliards d’euros, dont 3,5 milliards d’euros de transactions supérieures à 5 000 m2, correspondant à 19 des 45 transactions réalisées dans ce créneau (à fin novembre…). De même dans les commerces, le volume de transactions réalisées par le conseil atteint 600 millions d’euros, dans un marché dont l’activité s’inscrit en baisse en 2015. à quoi s’ajoutent 500 millions d’euros de tran-sactions dans la logistique ou encore 60 millions dans les locaux d’activités, ce dernier volume correspondant à… près de la moitié du marché (francilien). Parmi les transactions les plus significatives figurent la vente à Adia des 58 000 m2 d’« Ecowest », à Levallois, pour 480 millions d’euros ou encore celle, au Qatari Alduwalya, des 15 000 m2 de la tour Vista, à Puteaux ; la vente à Tikehau, représenté par Catella Asset Management, du centre commercial Bercy 2 ou encore la vente à un investisseur anglo-saxon, d’un portefeuille de 450 000 m2 d’actifs logistiques pour un volume de l’ordre de 250 millions d’euros. Une performance qu’Olivier Ambrosiali attribue à la « synergie mise en place avec les autres sociétés du groupe », qu’il s’agisse de la promotion, de l’agence ou encore de l’investment management, mais aussi à la « stabilité de l’équipe d’une trentaine de collaborateurs, dont nous poursuivons le renforcement » (par exemple, dans les commerces). Et le directeur évoque également l’expérience. De ce côté, son parcours parle de lui-même. Après avoir démarré sa carrière chez un syndic de copropriété à Compiègne, il rejoint le promoteur Bréguet, puis le conseil Bourdais où il s’occupera pendant une quinzaine d’années de locaux d’activités, de logistique et de bureaux dans l’ensemble des secteurs franciliens. Il revient ensuite à la promotion chez Bouwfonds Marignan, puis au conseil chez Atisreal, côté investissement. C’est là qu’en 2009, en pleine crise et alors qu’il a la responsabilité d’une équipe chargée des bureaux en Ile-de-France hors Paris et les Hauts de Seine, ainsi que de la logistique et des locaux d’activités en Ile-de-France, il propose de renoncer à ses activités de management pour se focaliser sur le marché tertiaire. Ce qui lui permet d’affirmer aujourd’hui : « quelles que soient les responsabilités que l’on occupe dans la société, notre première activité, c’est le business ». Et ajoute : « si je n’avais pas eu l’occasion de procéder à ce petit pas en arrière, de me remettre en question à 43 ans et de découvrir de nouveaux marchés, en l’occurrence ceux de Paris et des Hauts de Seine, je n’occuperais pas le poste qui est le mien aujourd’hui ». Mais pas question pour Olivier Ambrosiali de s’attarder trop longtemps sur 2015. En effet, il est convaincu que le volume des investissements sera, en 2016, supérieur, tablant sur 28 milliards d’euros environ et ce, pour plusieurs raisons : la présence des investisseurs français dont la collecte d’épargne sera toujours aussi importante ; des taux d’intérêt durablement bas et une rémunération du risque toujours élevée dans l’immobilier ; une économie française en phase de redémarrage, avec ses conséquences pour le marché locatif et des investisseurs étrangers plus présents. Dans tous les cas, le département investissement de BNP Paribas Real Estate démarre, pour sa part, l’année sur les chapeaux de roue, avec près d’un milliard et demi d’euros de nouveaux mandats. Il est clair que son directeur n’aura que peu de temps à accorder à l’entretien de la vigne qu’il a acquise avec des amis dans la région de Sancerre ou encore à la pêche, des passions héritées de son père. Heureusement, il « aime ce qu’il fait » et cela se voit…

Thierry Mouthiez

Les nommés :

Vincent Bollaert
Knight Frank

Marie-Laure Leclercq de Sousa
JLL

Sébastien Martyn
Strategies and Corp

Arnaud de Sordi
Catella Property

Asset, Property, Facility Managers

Aude Grant

Société Foncière Lyonnaise (SFL)

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Energique

C’est durant son dernier congé maternité, pour son deuxième enfant, une fillette âgée aujourd’hui de 6 mois, qu’Aude Grant a appris sa promotion : cette énergique parisienne de 34 ans est devenue le 1er janvier 2016 directrice générale adjointe asset et investissement, après deux ans en tant que directrice stratégie et transactions immobilières, de la Société Foncière Lyonnaise, à la faveur d’une réorganisation interne. Pourtant, cette HEC 2004, qui a décroché son premier job chez Deloitte en transaction service, est arrivée dans l’immobilier par hasard. « Après dix-huit mois, je souhaitais revenir en M&A corporate (fusions et acquisitions, ndlr) et, en fait, je suis rentrée à la direction financière de Foncière des Régions » explique-t-elle. « J’ai ensuite évolué sur différents postes, passant progressivement de fonctions purement financières à l’immobilier, en tant que directrice asset et investissement ». Lors de son arrivée en janvier 2006, Gilles Bonnier (aujourd’hui directeur général de Dométude, ndlr) pilotait la création d’une équipe acquisitions corporates. « J’y suis allée au feeling, car l’équipe était petite, environ 120 personnes, mais vraiment sympa. L’entreprise ne s’était pas encore lancée sur les marchés italiens et allemands. Elle a connu une forte croissance et offrait donc de nombreuses opportunités, et Olivier Estève (directeur général délégué de Foncière des Régions, ndlr) m’a beaucoup fait progresser sur mes derniers postes » précise Aude Grant, qui s’avoue très attachée aux relations humaines dans l’entreprise. « La qualité des gens avec lesquels on collabore, tant les managers que les collaborateurs, est essentielle à mes yeux. C’est quasiment le seul critère de choix auquel je ne déroge pas ! Et je ne crois pas au management par le stress » explique-t-elle. « Chassée » par SFL, cette amatrice de corrida a saisi l’occasion de changer d’entreprise au bout de plus de huit ans, tout en restant dans l’univers des foncières et en conservant la largeur de ses missions. Parmi ses objectifs, changer de patrimoine, tout en restant dans le créneau des bureaux. « Je suis passée de 4,5 milliards d’euros de patrimoine à gérer sur 420 lignes à près de 5 milliards, mais sur 20 lignes » souligne-t-elle. Premier défi : trouver un locataire pour « In/Out », le campus tertiaire recréé sur les anciens bâtiments de Thomson sur le quai Alphonse le Gallo, à Boulogne Billancourt. L’immeuble de 35 000 m² a été entièrement réhabilité par les agences d’architecture DTACC et de design Jouin-Manku pour proposer de grands plateaux performants et modulables, assortis d’un pavillon dédié aux services (centre de conférences et restauration). Le bail ferme de 12 ans avec l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) a pris effet au 1er septembre 2015. Dans la foulée a suivi la commercialisation du « #cloud.paris ». Né de la restructuration complète de 4 immeubles au terme de 36 mois de travaux, ce centre d’affaires de 33 000 m2, situé près du Palais Brongniart va notamment accueillir les équipes du site de covoiturage Blablacar et du groupe de services financiers Exane dans les prochains mois. « Maintenant que les risques locatifs sont écartés, SFL a des ambitions fortes en terme d’investissement et notamment pour des produits à redévelopper sur le marché parisien. Nous allons aussi poursuivre nos actions de recherche et développement, notamment en terme de services aux clients » affirme Aude Grant. Deux principaux actifs sont déjà tombés dans l’escarcelle de SFL. Un accord a été signé avec Blackstone Real Estate Partners Europe III pour l’acquisition d’un immeuble de 25 000 m2 de bureaux, sur un hectare, rue Condorcet, dans le 9ème , pour 230 millions d’euros. L’actif est loué par GrDF pour une période ferme expirant en 2024. SFL a également acquis auprès d’Eurosic l’immeuble du 9, avenue Percier (8ème ), pour 68 millions d’euros. Et pour continuer sur cette lancée, Aude Grant renforce les équipes de SFL : « diversifier les profils nous permet d’enrichir nos compétences et de faire évoluer nos méthodes de travail ». Sans oublier de promouvoir la place des femmes dans le secteur : « ce n’est pas un combat personnel au quotidien, mais il est de notre responsabilité, entre 30 et 40 ans, lorsque l’on consolide son parcours professionnel, d’aider les autres à grimper les échelons ». Une question de priorités et de visibilité selon elle, mais pas de talent : « et encore plus parce que l’immobilier est un secteur passionnant. Il y a beaucoup à faire avant de s’ennuyer ! ».

Virginie Grolleau

Les nommés :

Jacqueline Faisant
BNP Paribas Real Estate Investment Management France

Patrice Genre
La Française

Alban Liss
DTZ Investors

Jean-Claude Tanguy
BNP Paribas Real Estate Property Management France

Programmes

Halle Freyssinet, Paris 13ème

SDECN (Xavier Niel), Caisse des Dépôts - architecte : Jean-Michel Wilmotte

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In real life

En Californie, le « story telling » des starts up débute, souvent, par « un jour, deux jeunes geeks dans un garage… ». En France, les histoires ne sont pas les mêmes, mais les légendes qui commencent par « il était une fois » peuvent être tout aussi belles. Et il est fort probable que le projet de « méga incubateur » initié et porté par le patron de Free (entre autres) Xavier Niel, permettra d’en créer quelques-unes. « La Halle Freyssinet », lauréat de ces « Pierres d’Or » 2016 est, en effet, le projet d’un rêve de cité numérique qui verra le jour, fin 2016, tout près de nous, dans le 13e arrondissement de Paris, en lieu et place d’une ancienne Halle SNCF exploitée par la Sernam pour le fret. Ici, le président d’Illiad a projeté un lieu dédié aux start ups innovantes, tous secteurs confondus. Le bâtiment ferroviaire (classé à l’Inventaire des monuments historiques) construit en 1927 par Eugène Freyssinet, inutilisé depuis 2006 et qui a échappé de peu à la destruction en 2011, s’apprête à retrouver une seconde jeunesse. L’architecte Jean-Michel Wilmotte, à qui le programme a été confié, a succombé au charme : « ce projet nous a été proposé il y a trois ans par Xavier Niel. Après avoir vu le lieu, qui était utilisé pour de l’événementiel, nous avons tous deux été enthousiasmés. C’était totalement adapté à son concept de cité numérique. Le bâtiment, en forme de très grand parapluie, s’y prêtait parfaitement ». Près de 33 000 m2, sur 310 mètres de long et 58 mètres de large, seront transformés, avec un maître mot que répète l’architecte : « transparence, transparence ». Le bâtiment sera conçu en trois espaces distincts, disposant chacun d’une identité propre : la partie publique, conçue pour l’accueil des clients et visiteurs des starts up avec, notamment, un auditorium de 500 places. Au centre, le « parapluie » abritera les espaces de travail des start up, la nef centrale étant laissée libre pour dégager des espaces polyvalents, tandis que l’espace sera conçu sous forme de « villages » (8 par niveau), laissés à l’imagination de leurs occupants. La troisième et dernière partie sera l’espace de convivialité, restauration. « Dans ce lieu très lumineux » souligne Jean-Michel Wilmotte, « chacun apportera sa personnalité. Nous créons l’écriture de base, la portée musicale, et eux créeront leur partition, leur musique ». à terme, 3 600 personnes viendront occuper les lieux. Mais la Halle Freyssinet ne se veut pas « paquebot » isolé du monde : l’amphithéâtre sera ouvert à des conférences, de l’événementiel et la cité s’inscrira au cœur de ce qui sera, à terme, le quartier du numérique. Pour faciliter le lien, par exemple, outre le parvis au nord et le jardin étagé au sud, deux nouvelles rues latérales seront dessinées. On dit (chiffres non confirmés par l’intéressé) que Xavier Niel investira 200 millions d’euros dans ce programme et que la Caisse des Dépôts serait également présente, dans une fourchette de « 5 à 10 % ». Interrogé sur Europe 1 (fin 2014) sur ce qui n’était alors qu’un projet balbutiant, le patron d’Iliad ne se départissait pas de son enthousiasme : « la France est un pays fantastique pour créer des entreprises. On l’oublie trop souvent dans ce monde de « bashing »». Tout en poursuivant : « l’état n’a plus d’argent et ça, on le sait. La société civile, elle, en a et peut créer des choses différentes ». Un engagement d’entrepreneur qu’a voulu saluer (et soutenir) le Président de la République, François Hollande, venu en octobre 2014 poser la première pierre de cette initiative privée emblématique. Un projet de grande ampleur qui pose Paris comme l’une des villes capables, dans le monde, d’attirer les développeurs : le numérique est un pôle de compétitivité qui ne peut être délaissé. à ce jour, il représenterait ainsi 5,5 % du PIB français et 3,3 % des salariés nationaux. C’est donc aussi un enjeu économique plus vaste que la Capitale, qui se joue ici. Un projet dans lequel Xavier Niel reste très investi personnellement, même s’il en a désormais confié les rênes à Roxanne Varza, une jeune américaine de 32 ans, ex-responsable des relations avec les start-up du géant Microsoft Ventures, aujourd’hui directrice du projet de La Halle Freyssinet. Rendez-vous désormais fin 2016 pour la découverte « #IRL » (#InRealLife) du plus grand incubateur de start up au monde. #onahâte #pourqueparisresteunefête.

Catherine Bocquet

Les nommés :

« Austerlitz » , Paris 13ème
AltaFund - Architectes : Jean Mas - Ateliers 2/3/4

« CityLights » , Boulogne Billancourt (92)
BNP Paribas Cardif/Gecina - Architecte : Dominique Perrault

« Cœur Marais & Fhive » , Paris 3ème
Altarea Cogedim

« #cloud.paris », Paris 2ème
Société Foncière Lyonnaise - Philippe Chiambaretta Architecture

Utilisateurs

Sébastien Bazin

AccorHotels

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Very « Smart » Utilisateur

Un patron de grande société du Cac 40 est, par définition, un homme « overbooké ». Sillonnant le monde, travaillant nuit et jour, un agenda verrouillé sur plusieurs mois… Sébastien Bazin ne perd pas son temps depuis son arrivée en 2013. Un changement de nom, AccorHotels, qui exprime le recentrage de la firme française d’hôtellerie vers son activité principale. Mais également un nouveau siège : « Sequana », à Issy les Moulineaux. Propriété de Emerald France 1, fonds géré par Hines France, les 43 000 m2 du 82, rue Henri Farman seront occupés pendant au moins 12 ans par les équipes de Sébastien Bazin. Un siège à la pointe de la technologie, qui accueillait depuis 2010 Bouygues Telecom et qui fait partie, depuis maintenant plusieurs années, de la démarche de « smart city » initiée par la ville d’Issy les Moulineaux : IssyGrid. Il y a une décennie, celui qui occupait alors la présidence de Colony Capital nous confiait dans son portrait aux « Pierres d’Or » 2005 : « mon métier, c’est le monopoly avec du vrai argent ». Si on l’imagine mal, aujourd’hui, ne faire qu’« acheter des hôtels rue de la Paix », comme le veut l’expression, ce quinqua au sens du business aiguisé relève un défi de taille : faire entrer AccorHôtels dans la quatrième révolution numérique… sans encore savoir quelle forme elle va prendre ! Les agences en ligne, dont Booking représente le paroxysme du genre, avaient déjà laissé des marques ; puis, ensuite, les métamoteurs comme Kayak ou Trivago… et maintenant l’attaque frontale des AirBnB et consors « ubérisateurs » vient menacer ce secteur qui, au final, n’a guère fait évoluer son modèle depuis des années. « Il faut arrêter d’être spectateur » scande le patron d’AccorHotels, qui voit à bien plus long terme que la plupart de ses concurrents : 2020, voire 2025 ! « Le problème ne sera plus AirBnB. En revanche, il y a sûrement trois crétins, peut-être en Asie, qui sont en train d’inventer un service qui va me casser les pieds ! » peste-t-il dans une interview accordée à « L’Usine Digitale », avec ce ton familier qui le caractérise et le différencie des grands patrons du Cac 40. Notre Boulonnais d’origine veut faire évoluer l’intelligensia de l’hôtellerie. Et, plutôt que de se lamenter sur son sort, retient les leçons inculquées par cette – récente – troisième révolution numérique : « durant 60 ans, l’hôtellerie s’est contentée d’accueillir ses clients dans ses établissements et de dire « ouf » quand ils repartaient. Les entreprises du net ont un fort attachement des utilisateurs, par viralité. Nous, notre relation client a lieu deux, trois, quatre fois par an » explique notre passionné de football – il a tout de même possédé, via Colony Capital, le prestigieux PSG de 2008 à 2012. Au service de cette stratégie, il revoit complètement l’emprise immobilière du groupe qu’il préside. Première étape, fin d’été 2013 : il met fin à tous ses mandats au sein de Colony Capital pour devenir PDG de l’opérateur hôtelier Accor. à peine nommé, il annonce un modèle « asset light », avec pour objectif seulement 20 % d’hôtels détenus en propre ou loués d’ici à 2016, 40 % de franchisés et 40 % de contrat d’exploitation. Une stratégie qui n’est pas appréciée de tous au sein du groupe, mais Sébastien Bazin tient bon la barre et « remercie » ceux qui refusent cette vision, à l’instar de Gilles Bonnier, le directeur général asset et investissement. Son impulsion va « discipliner » le pôle immobilier d’Accor, « tourné vers la création de valeur et se traduisant notamment par l’arrêt du développement en location et la fin des cessions d’hôtels en propriété, à l’exception des actifs structurellement sous-performants » précise-t-il dans la foulée. Et depuis, les « megadeals » se succèdent : l’acquisition, en 2014, via sa foncière HotelInvest, de 97 murs d’hôtels en Europe pour 900 millions d’euros… tous déjà exploités par des marques du groupe ; l’achat, en octobre dernier auprès de Foncière des Régions, de 43 hôtels en France, également exploités par le groupe. Et tout récemment en décembre 2015, le rachat du groupe FRHI Holdings, détenant trois marques mondiales de l’hôtellerie de luxe : Fairmont, Raffles et Swissôtel. Pour cela, il n’hésite pas à ouvrir le capital du groupe au Qatar Investment Authority et au Kingdom Holding Company of Saudi Arabia, « de grands spécialistes de l’hôtellerie mondiale ». De l’ambition, de l’audace, une vision. Tout ce qui fait un grand pro du secteur. Et une « Pierre d’Or » !

Jean-Baptiste Favier

Les nommés :

Philippe Amiotte
Danone

Sophie Boissard
Palmarès

Christian Cléret
Poste Immo

Alain Gosselin
EDF Invest

Green Innovation

Maxime Lanquetuit

Altarea Cogedim

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Mister green

En matière de développement durable, Altarea Cogedim se hisse désormais aux premières places des « benchmarks » internationaux. Le Carbon Disclosure Project 2015, qui étudie l’impact des principales sociétés cotées en matière d’émissions de CO2 et de changements climatiques, a attribué à la foncière la note de 99 pour la transparence et A- pour la performance. L’agence de notation extra-financière Global Real Estate Sustainability Benchmark (GRESB) lui a accordé la note de 93/100 (contre 90/100 en 2014) pour ses nouveaux développements en commerce, la classant au premier rang des foncières en Europe. Avec une note de 86/100 pour le patrimoine existant, elle prend la troisième place des foncières spécialisées en commerce. Nul doute que les professionnels de l’immobilier ont apprécié, à juste titre, ces efforts (-41 % d’émissions de CO2 en quatre ans), puisqu’ils ont attribué, (ex-aequo avec Stanislas Pottier de Crédit Agricole), la « Pierre d’Or Green Innovations » à Maxime Lanquetuit, directeur de l’innovation et du développement durable d’Altarea Cogedim et, par ailleurs, membre fondateur et vice-président de l’OID (Observatoire de l’Immobilier Durable). Son Master Gestion Management de l’Immobilier de Paris Dauphine en poche, il rejoint Altarea Cogedim à l’automne 2006. Très vite nommé responsable du développement tertiaire, il s’exerce sur des concours de programmes mixtes comme « T8 », dans Paris Rive Gauche ou la tour Signal, à La Défense. Des sujets à forte dimension environnementale qui font alors écho aux convictions personnelles de ce Normand pure souche. En 2009, Maxime Lanquetuit est nommé directeur du développement durable, poste qu’il occupera jusqu’en décembre 2014. « Avec le Grenelle de l’Environnement, en 2009, le mot développement durable se démocratise dans la profession » constate-t-il. La loi NRE (Nouvelles régulations économiques), puis la publication de l’article 225 du Grenelle II imposent aux sociétés cotées de nouvelles obligations de transparence sur les informations environnementales, sociales et sociétales. Altarea Cogedim y répond en mettant en place douze groupes de travail, chacun dans un domaine spécifique. « Près de 100 personnes ont fait le choix d’y participer » s’étonne encore Maxime Lanquetuit. Un premier rapport, inclus dans le rapport annuel, est publié en 2010. Il sera suivi de beaucoup d’autres, tous plus copieux. Parallèlement, il collabore à l’élaboration du référentiel défini par le CNCC et Certivea et le centre commercial Okabé est un des trois premiers certifiés en France. Aujourd’hui, c’est le centre commercial Qwartz qui reçoit la distinction suprême BREEAM-in-use « Outstanding ». « Même si l’effort doit être maintenu, les sujets environnementaux sont devenus des prérequis. Ils étaient des éléments de différenciation dans le neuf, mais aujourd’hui il n’y a pas un immeuble neuf de grande taille qui ne sorte de terre sans certification au top » souligne celui qui a élargi son activité à l’innovation il y a un an. « Altarea Cogedim a formalisé l’innovation un peu plus tard que certains de nos confrères, mais nous n’en avions pas vraiment senti le déficit. Le groupe a multiplié des expérimentations comme avec Rue du Commerce ou Qwartz, un centre extrêmement connecté » reconnaît-il. Cependant, rappelle-t-il, « l’enjeu du promoteur est de pouvoir choisir le foncier ». 99 % des opérations de logements développées par le promoteur sont situées à moins de 500 mètres d’un réseau de transports en commun dans le but d’offrir une solution collective bas carbone et économiquement douce à ses clients. En matière de bureaux « l’immeuble parfait est le « Richelieu » ». Propriété d’Altafund, il est l’objet d’une réhabilitation lourde et cible les meilleurs standards en terme de performance énergétique et bénéficie également d’un réseau de transports en commun exceptionnel. « Il correspond à un enjeu d’entreprise : c’est un immeuble aux standards du neuf situé au milieu du meilleur « campus », à savoir Paris ». Avec le développement durable, se pose aussi le problème de la réversibilité. « L’immeuble de demain devra pouvoir intégrer rapidement de nouveaux usages, trouver suffisamment de souplesse pour accueillir en son socle un jour des commerces et demain un « Fablab » ou du « coworking », sans injection massive de capex ». Reste à trouver un levier pour financer cette réversibilité… On croit savoir qu’il y a déjà réfléchi.

Anne Peyret

Stanislas Pottier

Crédit Agricole S.A

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Pôle d’excellence

Certains rêvent des tropiques, Stanislas Pottier, lui, se passionne pour les pôles, le ciel et la glace. Des continents méconnus qui disent aussi l’évolution du climat et donc se raccrochent plutôt bien aux sujets qui sont désormais ceux du directeur du développement durable et de la RSE de Crédit Agricole SA, nouveau président de l’association Bâtiment Bas Carbone (BBCA). Mais c’est bien loin de ces continents que démarre le parcours de notre lauréat. énarque, également diplômé de l’ESCP, Stanislas Pottier intègre d’abord le ministère de l’économie et des Finances, avant de rejoindre la Banque Mondiale, à Washington, puis de revenir en France au ministère de l’économie et des Finances et d’être nommé conseiller spécial de Christine Lagarde, puis directeur adjoint et directeur de cabinet. Un parcours de haut fonctionnaire « classique » ? Pas tant que ça puisque ce presque quinqua vit alors en parallèle, et loin des arcanes du pouvoir, un « rêve » de Grand Nord que plusieurs participations à des expéditions lui permettent d’assouvir. Mais il veut plus : « j’ai créé avec des amis, Le Cercle Polaire, une ONG qui a pour but de sensibiliser les citoyens aux problèmes auxquels sont confrontées ces régions ». Synchronicité puisque se présente, en 2009, ce qu’il appelle « une opportunité exotique et imprévue » : être le conseiller spécial de Michel Rocard, nommé ambassadeur pour les négociations internationales sur l’Arctique et l’Antarctique. Le sujet du carbone s’impose incidemment dans son quotidien. « L’aventure du carbone, c’est aussi l’aventure des pôles : c’est en Antarctique qu’on a commencé à étudier l’évolution de la composition de l’atmosphère ». Et de citer le glaciologue Claude Lorius, qui a démontré le lien entre températures et teneur en gaz à effet de serre. « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres » disait Paul éluard et c’est vrai, sans conteste, dans la vie de notre lauréat puisque, deux ans plus tard, il demande à mettre fin à son contrat de mise à disposition et éprouve l’envie, « après avoir bourlingué dans l’administration publique », d’une expérience en entreprise. Un chasseur de têtes le met en relation avec Crédit Agricole. « Mon profil les a intéressés car la politique RSE est une vraie conduite du changement. J’étais passé par les cabinets ministériels et avais l’expérience des actions transverses et politiques, plus une petite connaissance « environnement » grâce au travail sur des sujets polaires et à mes liens avec la communauté scientifique des pôles et donc du carbone ». Ces atouts le conduisent aussi à se voir confier la présidence de BBCA. « Guillaume Poitrinal m’a parlé de l’association. Elle rejoint mon quotidien professionnel où les termes de bas carbone, cycle de vie du bâtiment, sont présents. La démarche est innovante et implique des enjeux importants pour le groupe ; l’angle choisi est positif puisque c’est la volonté de trouver de nouveaux relais de croissance en se différenciant commercialement ». Il suggère à Crédit Agricole Immobilier d’être membre fondateur de BBCA et s’en voit proposer la présidence. « Le mode d’action « bottom up », un processus où toute une profession se met autour d’une table afin de travailler à une approche commune, pragmatique, économique qui sera éventuellement reprise par la réglementation, me convient bien. Nous sommes les seuls à avoir l’approche complète du bâtiment et à ne traiter, sur sa durée de vie, que d’un sujet : le carbone ». Un choix qui vient rencontrer l’intérêt des pouvoirs publics. Ainsi, la loi sur la transition énergétique et la croissance verte qui, dans son article 173, demande aux entreprises de prendre en compte dans leurs choix d’investissement notamment les critères environnementaux et de porter un focus particulier sur le climat. Des préconisations qui ne peuvent jouer qu’en faveur de la mise en place d’un label co-construit qui donnera arguments et appuis aux investisseurs. « La démarche de l’association rencontre aujourd’hui leur attention » se félicite Stanislas Pottier « et celle-ci sera d’autant plus forte qu’elle va être poussée par le réglementaire ». Prochaine étape : le label avec le CSTB et Certivea. Mais aussi des sujets d’ouverture : la rénovation version bas carbone de l’existant ou la mise en œuvre du bas carbone à l’échelle d’un quartier. Un autre enjeu majeur pour le climat et pour notre « Pierre d’Or » !

Catherine Bocquet

Les nommés :

Yves Dieulesaint
Gecina

Patrick Nossent
Certivéa

Gilles Vermot Desroches
Schneider Electric

Prix Spécial du Jury

Pierre Berger

Eiffage Immobilier

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Hommage

Tous ceux qui l’ont connu, ou simplement croisé, comme l’auteur de ces lignes, vous le confirmeront : Pierre Berger, c’était une forme de présence forte, évidente. Et un grand patron. Un homme d’exception, fauché en pleine réussite, en pleine possession de ses moyens : le Jury des « Pierres d’Or », unanime, a voulu lui rendre l’hommage, plus que mérité, que la communauté immobilière doit aux plus grands. Immoweek s’y associe avec une pensée toute particulière pour les siens. Parlons du parcours de ce jeune homme pressé et brillant. Bachelier à 16 ans, entré à l’X à 18 (il était aussi admis à Normale Sup !), Pierre Berger devient membre du prestigieux corps des Ponts et Chaussées car il s’est tout de suite passionné pour la pierre et le bâtiment. Mais il se voit mal endosser les habits, même douillets, d’un haut fonctionnaire, démissionne donc et ce tout jeune homme de 23 ans fonde un bureau d’étude spécialiste des fondations en sol inondé : Sigmatec Ingeniérie. « Je me suis lancé au moment de la crise du BTP et avec 50 000 francs, dont 34 000 empruntés à mes parents, qui ont servi à acheter un ordinateur et un logiciel de calcul spécialisé trouvé aux Etats-Unis » expliquera-t-il vingt ans plus tard, aux « Echos ». Faut-il en dire davantage sur le tempérament d’entrepreneur et de fonceur de notre homme ? Deux ans seulement après sa création, le cabinet de ce passionné d’architecture (entre autres !) est racheté par Ménard Soltraitement, société de renom où il avait fait un stage. On devine la suite : en 1999, il en devient directeur général et manage son intégration au sein de la société Freyssinet, filiale de Vinci, qui entre à son tour dans le giron du grand groupe… Et là, le PDG Xavier Huillard le repère très vite. En 2005, voici notre homme à la tête de la branche des grands projets. En plus, à partir de 2007, il occupera les fonctions de directeur général, chargé des travaux publics, de Vinci Construction France. C’est dire s’il a fait du chemin. Et il n’a pas encore quarante ans… A la fin 2010, coup de tonnerre dans le secteur : le charismatique PDG d’Eiffage (il a notamment réussi à préserver l’indépendance du groupe face aux appétits de l’espagnol Sacyr…), Jean-François Roverato, atteint par la limite d’âge, et qui cherchait un successeur, propose à Pierre Berger le poste de directeur général, un poste de numéro 2 qui signifie clairement « être le dauphin » à la succession du troisième groupe de BTP français… Début 2012, c’est chose faite : Pierre Berger prend les rênes de la grande maison à moins de 45 ans. Notre homme, fidèle à lui-même, agit sans tarder. Il crée un comité exécutif qui se réunit toutes les semaines, met en avant la marque dans toutes les opérations de communication et unifie les noms des filiales, et commence – son expérience passée lui est très utile – à orienter son groupe vers l’international. Ainsi, Eiffage est désormais le premier groupe de BTP qui exploite une autoroute à péage en Afrique, à Dakar, au Sénégal. Une politique qui permet au cinquième groupe européen de BTP et troisième en France d’annoncer des résultats satisfaisants, dans un contexte bien difficile pour le secteur. Quelques chiffres ? Le chiffre d’affaires des neuf premiers mois de 2015, stable, dépassait les 10 milliards d’euros ; le carnet de commandes s’élevait à 11,4 milliards d’euros au 1er octobre 2015, assurant près d’un an d’activités à la branche travaux et l’international progresse fortement (+ 7,3 %). Un bilan de haute tenue, qui se conjugue avec un management humain, salué même par les syndicats du groupe. Hommage appuyé de la part de notre double « Pierre d’Or », Guillaume Poitrinal, ancien président d’Unibail-Rodamco (qui a construit la tour Majunga avec Eiffage) : « Eiffage, mais aussi la France ont besoin de ce type d’homme ». Un témoignage qui corrobore tous ceux que nous avons pu obtenir : Pierre Berger apparaît à tous comme « très direct », « simple », comme son « allure sportive et décidée ». Il faut dire que ce grand patron était un vrai sportif, pratiquant tennis, course et vélo : il s’entraînait en vue de participer en février 2016 au Marathon de Dakar et avait participé, deux fois, à la course Eiffage du (beau) viaduc de Millau, avec ses 23 kilomètres à parcourir. De cette vie haletante et magnifique, on pourra dire qu’elle illustre parfaitement le mot du comte de Ségur : « À quoi bon se reposer aujourd’hui, sachant que demain, tu dormiras longtemps, éternellement ? ». Pierre Berger a vécu, construit et aimé : la communauté immobilière ne l’oubliera pas.

Pascal Bonnefille

Édito
par Valérie Garnier

le 14/12/2018

L’immobilier mis à mal…

« Plus rien ne sera jamais comme avant ». Je ne sais pas si c’est déjà une réalité ou si ça le deviendra, mais ce qui est sûr, au-delà de la constance des gilets jaunes à vouloir maintenir leur mouvement, ce sont les dommages identifiés, à la fois pour les commerces, mais également pour les immeubles.

Et même si les investisseurs étrangers, interloqués de découvrir les images de Paris, Bordeaux et d’autres villes en feu, ne remettent pas, pour l’instant, en question leur désir d’investir en France, – encore qu’elle se pose dit-on du côté du résidentiel -, quelle image finissent-ils par avoir de ce pays qui fait tout pour attirer les investisseurs à lui ?

Etre contre les gilets jaunes, serait mal perçu car il n’y a finalement rien de plus normal que de vouloir vivre décemment sans la peur au ventre d’être, avant la fin du mois, à découvert. Donc, la colère doit être entendue, tout comme devraient l’être les réponses qui ont été apportées.

On peut toujours tout reprocher à l’Etat, mais quelle est la part de responsabilité de ces gilets jaunes ? Celle de ne pas vouloir comprendre les enjeux économiques ? Comment une colère peut-elle être constructive ? Et, comment éviter qu’à chaque manifestation une déferlante de sauvagerie s’abatte à Paris comme dans d’autres villes en régions ?

Et pourtant, pour le cinquième samedi consécutif, le mouvement maintient sa présence, ses revendications et sa détermination.
Les commerçants de Paris ou d’ailleurs n’ont plus qu’à tirer leurs rideaux et espérer que la haine ne s’abatte pas (de nouveau) sur leur outil de travail ; les sièges sociaux se trouvant sur les Champs-Elysées ou dans les avenues adjacentes n’ont plus qu’à souhaiter que la société de gardiennage à laquelle ils ont fait appel sera en mesure de protéger le lieu, ou qu’ils ne soient pas de nouveau saccagé…

Alors oui, « plus rien ne sera jamais comme avant ».

Portrait

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