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Guillaume Pasquier (La Française) :  » Une chance fantastique  » !

- Le - par Jean-Baptiste Favier

Guillaume Pasquier, responsable développement foncières La Française

« Nous sommes convaincus que la question du logement sera décisive pour le succès du Grand Paris » affirme Guillaume Pasquier. Le responsable développement foncières de La Française estime même que « ce projet est une chance fantastique pour ses habitants actuels et futurs ». La Française a d’ailleurs annoncé la création d’une foncière à cette occasion. Il en dit plus…

Quels sont les enjeux du Grand Paris pour un investisseur international comme La Française ?

Paris est un marché incontournable pour un investisseur international qui s’intéresse à l’Europe continentale. C’est évidemment encore plus vrai pour un acteur comme La Française, dont une importante partie du patrimoine immobilier sous gestion est située dans le Grand Paris. Avec ce projet structurant, Paris change d’échelle. L’impact sera majeur sur tous les sous-marchés de la Région. Intégrer les conséquences de cette transformation dans les stratégies d’investissement en Ile-de-France est donc un impératif.

Au-delà de la gestion de l’existant, les opportunités nouvelles créées par le Grand Paris sont nombreuses. Et l’attractivité économique de la Capitale, sans doute encore un peu renforcée par le Brexit, est un atout qui pousse à l’optimisme pour le Grand Paris. L’enjeu principal pour un investisseur international est donc de contribuer à ce dynamisme et de faire les bons choix à la fois en termes de localisation et de catégorie d’actifs. Les très importants projets de développement rendus possibles par le Grand Paris sont autant d’opportunités de réflexion et d’innovation sur les actifs immobiliers, leurs performances environnementales, leur financement, leur gestion, les services associés, leur rapport avec leur environnement urbain… Nous devons participer activement à ces réflexions pour faire les choix pertinents.

La gouvernance du Grand Paris est-elle un facteur clé de sa réussite ? Quel impact à votre niveau ? Quel impact pour l’aménagement ?

La gouvernance est une question importante, bien sûr. En la matière, deux mots résument ce que nous attendons : stabilité et simplicité. A propos de la stabilité, le plus important pour un investisseur qui s’intéresse aujourd’hui au Grand Paris, c’est que les projets structurants pour la Région Capitale — au premier rang desquels le métro Grand Paris Express — soient réalisés dans les conditions prévues et dans les calendriers annoncés. S’il y a des évolutions dans la gouvernance, celles-ci ne doivent pas remettre en cause les caractéristiques principales du métro : ni le tracé, ni le nombre de gares, ni les capacités des trains, ni le calendrier. Ces choix ont été faits. Il faut pouvoir les maintenir afin que les acteurs privés puissent investir en confiance.

A propos de la simplicité, l’intérêt de tous, pas seulement des investisseurs, mais des citoyens et de tous les acteurs économiques, me semble être de limiter le nombre des niveaux de gouvernance. En la matière, il reste des efforts à faire. Il est évident qu’il y a trop d’interlocuteurs, ce qui rend l’ensemble difficilement lisible.

En matière d’aménagement, l’enjeu de la gouvernance est de faire en sorte que les projets qui vont émerger autour des gares du Grands Paris soient, d’une part, dimensionnés à l’échelle de cette infrastructure exceptionnelle et, d’autre part, coordonnés les uns avec les autres. Une réflexion d’ensemble sur l’équilibre entre bureaux, commerces et logements est indispensable. Ce doit être le rôle d’une instance de gouvernance plus large que les communes.

Quelles sont vos réflexions d’investissement quant aux différents quartiers ou " hubs " à venir au sein de ce périmètre ? Lesquels vous intéressent ? Sur quelles typologies d’actifs ? Quel type de détention ? Avec lequel de vos véhicules d’investissement ?

Nous portons un intérêt particulier aux secteurs qui vont connaître d’importantes transformations urbaines grâce à l’arrivée du métro et qui vont accueillir des quartiers mixtes. C’est la raison pour laquelle nous participons à des candidatures dans le cadre de l’appel à projets Inventons la Métropole du Grand Paris.

En matière de typologies d’actifs, nous sommes convaincus que la question du logement sera décisive pour le succès du Grand Paris. Ce projet est une chance fantastique pour ses habitants actuels et futurs. Mais son succès est conditionné à une amélioration du marché du logement. Les difficultés vécues par les ménages pour trouver un logement abordable et adapté à leurs besoins constituent le principal risque. Si les tendances constatées ces dernières années — notamment celles concernant les départs des jeunes ménages — ne s’inversent pas, le Grand Paris ne tiendra pas toutes ses promesses. Cette analyse est largement partagée et nous y voyons l’opportunité de nous positionner en tant qu’investisseur sur le secteur résidentiel. Pour cela, nous travaillons sur une offre innovante. Il s’agit de proposer aux ménages une nouvelle façon d’acheter leur logement. Le principe est celui du " long lease " — bien connu au Royaume- Uni en particulier —, une solution intermédiaire entre la propriété classique, trop chère pour beaucoup, et la location simple, peu séduisante pour les ménages.

Vous travaillez au lancement d’une foncière qui sera dédiée au Grand Paris. Pourquoi " seulement " maintenant ?

Investir dans le Grand Paris et innover pour pouvoir apporter une réponse à la demande de logements constituent deux objectifs pour La Française. Nous travaillons donc au lancement d’une foncière qui créera de la valeur dans les territoires les plus dynamiques du Grand Paris, en détenant notamment un important parc de logements commercialisés suivant une méthode innovante. Pour prendre une telle initiative, nous avions besoin que le projet pour le Grand Paris ait atteint une lisibilité certaine et un degré de certitude élevé. N’oublions pas que nous sommes investisseurs pour compte de tiers. Il nous faut donc être en capacité de convaincre nos clients non seulement que notre stratégie est bonne, mais aussi que les projets sur lesquels elle repose sont crédibles et bien engagés. C’est aujourd’hui le cas.

Quel regard portez-vous, plus largement, sur l’investissement en Ile-de-France ? Ses acteurs, ses actifs, son marché…

Nous pensons que la progressive reprise économique, " boostée " par l’espoir suscité par la victoire d’Emmanuel Macron, devrait soutenir une hausse des valeurs locatives en Ile-de-France. Elle s’est faite attendre, comparée aux augmentations parfois significatives constatées sur les marchés de la zone Euro, mais témoigne bien du retard pris par la France pour engager des réformes. Cette progression devrait néanmoins se cantonner aux zones les plus accessibles et aux meilleurs actifs. Les loyers des biens de seconde main resteront plutôt orientés à la baisse et les mesures d’accompagnement élevées. Les revenus locatifs seront donc encore sous pression, malgré le redémarrage attendu de l’inflation.

A l’investissement, l’Ile-de-France demeure un marché dominant en Europe. 2016 a marqué la montée en puissance des investisseurs asiatiques, dont La Française a accompagné le développement sur le marché francilien. Plus généralement, l’intérêt des investisseurs étrangers pour notre marché devrait s’intensifier, d’autant que les incertitudes liées aux Brexit freinent sensiblement les engagements Outre- Manche. Les taux de rendement immobilier devraient donc poursuivre leur contraction cette année, mais celle-ci sera plus contenue que ces dernières années. Notre stratégie d’investissement intègre ces évène- ments conjoncturels et des tendances plus struc- turelles. Ces évolutions rapides du marché nous imposent de rester très actif dans le repositionnement des portefeuilles, par le biais à la fois d’investisse- ments et d’arbitrages. Nous privilégions l’acquisi- tion de produits liquides, dans les territoires les plus prometteurs au regard du projet du Grand Paris. En outre, elles nous permettent de poursuivre la diver- sification sectorielle (résidences seniors, étudiantes, hôtelières), entamée il y a plusieurs années, en anti- cipant les grandes tendances sociétales, afin de capter des revenus issus de cycles plus longs, peu réactifs aux évènements macro-économiques et offrant des rende- ments plus confortables. Notre objectif est de proposer des solutions innovantes pour placer la collecte dans les meilleures conditions possibles et résorber au plus la vacance sur le patrimoine géré.

Jean-Baptiste Favier

Chef des informations

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