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Manuel Flam (Grand Paris Habitat) : Son ambition pour le Grand Paris du Logement

- Le - par Catherine Bocquet

Manuel Flam, Président du Grand Paris Habitat

Pas de perte de temps ! Quand on rencontre Manuel Flam, quand on l’écoute, direct, vif, passionné, on se rend compte que cette phrase pourrait être sa devise. Diplôme de l’Essec en poche, complété par celui de Sciences Po, le ls de Mireille Flam, proche de Bertrand Delanoë ne pouvait manquer l’École Nationale d’Administration : il rejoint la promotion Simone Veil, dont il sort en 2006.
A 26 ans, le voici à Bercy, un lieu de vrai pouvoir et de décisions, adjoint, puis chef du bureau des affaires communautaires et multilatérales à la Direction de la législation scale. Trois ans plus tard, il quitte le vaisseau des bords de Seine pour… le ministère de l’Écologie. Il rejoint la très compétente et estimée Michèle Pappalardo, alors commissaire générale au développement durable… et désormais directrice de cabinet de Nicolas Hulot.
La victoire de François Hollande aux présidentielles de 2012 change la donne : à 33 ans, Manuel Flam sera directeur du cabinet de la bouillante Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des Territoires… et du Logement. Mais, le travail de cabinet n’offre pas que des joies : notre homme brûle de « produire du concret ». En juillet 2013, il est donc nommé directeur général du groupe SNI, en charge du logement social : devenir, à 34 ans, DG du premier bailleur social de France ne lui amène pas que des amis.
Dans un landerneau social plus habitué aux rondeurs des fins de banquet, son allure svelte et son langage direct étonnent, agacent et séduisent tout à la fois (cela ne vous rappelle rien ?). Et, là non plus, pas de perte de temps. En six mois, il affiche ses couleurs et ses ambitions : l’objectif affirmé du groupe est de doubler la production de logements sociaux sur le territoire francilien et d’augmenter de 50 % la production dans les zones tenues hors région parisienne. En janvier 2015, voici la création de Grand Paris Habitat, dont Manuel Flam devient président du directoire… et qui va, rappelle-t-il fièrement, « construire à l’horizon 2020, 35 000 logements sociaux et intermédiaires neufs ». Serez-vous étonné si l’on rappelle qu’en 2017, Manuel Flam apparaît pour la cinquième année consécutive en 13ème position du palmarès, réalisé par l’Institut Choiseul, des 100 jeunes leaders économiques français de moins de 40 ans ?

Pascal Bonnefille

Ce Grand Paris, dont on a parfois parlé comme d’une utopie, semble désormais devenir réalité…

Oui, en effet, pas à pas, nous sommes en passe de construire cette grande métropole française de taille mondiale. La réflexion sur le Grand Paris doit, d’ailleurs, s’inscrire dans le cadre de l’affirmation globale du phénomène métropolitain. Demain, les pays qui connaîtront la croissance économique la plus forte seront ceux qui auront comme locomotives des villes mondes et qui bénéficieront à plein de ce que les économistes appellent " l’effet d’agglomération ". Il n’y a donc aucune question à se poser sur l’importance et la nécessité de construire cette métropole du Grand Paris. Un long chemin a été parcouru entre le moment où Nicolas Sarkozy, en 2008, a lancé ce projet et aujourd’hui. Progressivement, le projet est devenu une réalité, avec la construction du réseau du Grand Paris Express, colonne vertébrale de ce Grand Paris autour de laquelle nous allons construire des logements, des bureaux, des commerces et des équipements publics. Dans ce contexte, le groupe SNI a, lui aussi, beaucoup progressé, en se dotant d’une structure ad hoc, Grand Paris Habitat, qui porte le développement et la réhabilitation des logements du groupe SNI sur le territoire francilien.

Votre ambition, avec Grand Paris Habitat, est de construire le Grand Paris du logement. Pourriez- vous en dire plus ?

Construire le Grand Paris du logement, c’est tout simplement répondre aux besoins extrêmement importants qui existent en Ile-de-France. On estime, en effet, à près de 150 000 le nombre de logements manquants sur le territoire du Grand Paris. L’enjeu est, pour nous, de répondre à cette demande, non seulement en construisant plus de logements en volume, mais aussi en construisant des logements innovants, offrant à nos locataires des services nouveaux fondés sur le déploiement du numérique. Grand Paris Habitat, qui porte les ambitions du groupe SNI sur ce territoire, a d’ores et déjà doublé sa production : nous avons réalisé 1 400 logements sociaux en Ile-de-France en 2015 ; nous en avons produit près de deux fois plus en 2016 (2 700 logements) et prévoyons de construire 6 000 logements sociaux et intermédiaires en 2017. Ceci participe, évidemment, à construire ce Grand Paris du logement, grâce à une intervention réalisée, en particulier, dans des zones dites " porteuses de développement ", généralement proches des sites de gare du Grand Paris Express.

Quelles sont vos alliances pour y parvenir ?

Nous avons construit autour de Grand Paris Habitat une toile de partenariats privilégiés avec la majorité des opérateurs franciliens. Le premier d’entre eux est la Société du Grand Paris (SGP). Notre partenariat avec la SGP vise au relogement de toutes les personnes déplacées dans le cadre de la construction du Grand Paris Express et nous accorde, en échange, un droit de premier regard sur les fonciers des sites de gares. Nous avons également contractualisé des partenariats avec des aménageurs comme Grand Paris Aménagement ou Citallios, mais aussi des collectivités locales, à l’instar du département des Yvelines ou de la commune d’Aulnay-sous-Bois. Un travail de coopération a également été engagé avec l’AP-HP, EDF ou Sogaris. Nous avons construit, avec l’ensemble de ces acteurs et bien d’autres encore, un réseau extrêmement dense pour contribuer au succès du Grand Paris et répondre aux enjeux de la ville de demain. Toutes ces initiatives nous permettent de construire plus encore et de proposer une offre urbaine globale aux collectivités franciliennes, articulant habitat, mobilité, environnement, aménagement urbain, logistique urbaine, services aux locataires… À travers ces partenariats, nous avons réussi à doubler notre production et nous apportons notre pierre à l’édifice de la " smart city " en faveur d’une ville durable, facile à vivre, inclusive et connectée.

" Nous sommes en passe de construire cette grande métropole de taille mondiale..."

" Nous sommes en passe de construire cette grande métropole de taille mondiale… "

 Comment se concrétisent les actions avec les promoteurs ?

Nous achetons en bloc, en Vefa, auprès des promoteurs des logements qui seront sociaux ou intermédiaires. En 2016, en France, nous avons fait l’acquisition de plus de 8 000 logements par ce biais ; sur le territoire du Grand Paris, ce sont près de 4 000 logements qui ont été achetés par la SNI pour un investissement total d’environ 1 milliard d’euros. Notre objectif est de maintenir, chaque année, sur ce rythme, notre effort de production.

 L’idée du Grand Paris, c’est aussi décloisonner, relier, intégrer ceux qui jusqu’alors étaient à l’écart, notamment les quartiers dits populaires et les banlieues sinistrées… Quelle est l’action que vous conduisez, le cas échéant, en ce sens ?

Nous construisons des logements, bien sûr, mais aussi et surtout du lien social ! Par exemple, nous avons bâti avec l’AFPA un partenariat visant à installer gratuitement, aux pieds de nos résidences de logement social, des permanences de cet organisme chargé d’une mission de service public importante, à savoir la formation professionnelle des adultes. Nous l’avons fait dans une logique de " circuit court " d’orientation vers la formation et l’emploi : offrir à nos locataires un contact direct avec les services publics et contribuer à leur intégration sociale et professionnelle. D’autres initiatives sont en cours : nous travaillons actuellement avec Emmaüs Connect à la mise en place d’actions de lutte contre la précarité numérique. Alors que la dématérialisation des services publics s’accélère en France, la précarité numérique touche plus de 40 % des publics en situation de précarité sociale, contre 16 % de la population française. Nous devons être particulièrement attentifs à ce que nos locataires les plus précarisés disposent d’un bagage numérique minimum pour ne pas être doublement exclus et, au contraire, faire du numérique un levier de leur insertion.

Vous plaidez d’ailleurs pour une révolution énergétique et numérique. Qu’est-ce-que cela signifie ?

Le plus important, pour un opérateur comme Grand Paris Habitat, est d’offrir aux résidents les services les plus modernes qui existent. Aujourd’hui, ce qui est recherché par les consommateurs, par nos locataires, c’est la personnalisation du service. Avec la gestion locative traditionnelle, les bailleurs sociaux ne peuvent pas y apporter satisfaction. Mais justement, le numérique permet cette personnalisation de masse. Il nous faut donc doter nos ensembles immobiliers d’une couche numérique qui permet de proposer de nouveaux services, adaptés aux besoins de chacun. Ceci est en œuvre dans plusieurs de nos résidences.

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Quelques exemples ?

Dans une de nos résidences, à Palaiseau (91), nous expérimentons le Li-Fi en " indoor ", c’est-à-dire à l’intérieur même des logements. Cette nouvelle technologie (Wi-Fi par la lumière) permet une géolocalisation très fine et trouve, par exemple, comme application l’installation de fauteuils médicalisés et connectés, transmettant les données métaboliques de nos résidants les plus âgés au centre de soins auxquels ils sont rattachés. Autre exemple : notre partenariat avec YesPark permet, grâce à une application dédiée, d’ouvrir nos parkings à des utilisateurs extérieurs et d’optimiser les places par le " foisonnement ". Nouvelles offres pour les habitants, baisse des charges ou amélioration de la sécurité des parkings grâce à la fréquentation, tout le monde est gagnant. Nous sommes dans ce train de la transition numérique : tous les domaines de notre activité et tous les métiers du groupe sont impactés par la révolution en cours.

Quid de la rénovation du parc ?

Un milliard d’euros est consacré à la réhabilitation de notre parc immobilier, de la maintenance avec des travaux légers à la réhabilitation lourde, par exemple en zone Anru. Ces travaux sont notamment financés par des prêts de haut de bilan bonifiés, mais aussi par la Banque Européenne d’Investissement. Nous baissons considérablement la consommation énergétique de nos logements et en améliorons la performance. Nous travaillons depuis déjà 10 ans à l’atteinte de ce type d’objectifs plus ambitieux encore aujourd’hui puisque nous visons, d’ici 2021, la rénovation thermique de 25 000 logements au sein du groupe.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

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