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Rodolphe Desbordes (Skema Business School) : « le Grand Paris Express aura un impact fort s’il est réalisé dans son intégralité »

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le 23 Mar 2018

Entretien avec Rodolphe Desbordes, professeur d’économie à la Skema Business School, co-auteur de l’étude Métro et Attractivité des Villes, publiée par le Laboratoire Interdisciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques (LIEPP).

Vous avez étudié l’impact économique du Grand Paris Express, à la demande de la Société du Grand Paris (SGP)…

Oui, la SGP a demandé au LIEPP d’étudier les effets des réseaux de métro sur l’attractivité du Grand Paris pour les investisseurs internationaux. Nous avons dû créer une base de données (il n’en existait aucune) qui comporte, pour toutes les villes du monde dont la population dépasse les 100 000 habitants, des informations sur la localisation des investissements directs étrangers (IDE), les métros et les caractéristiques économiques, géographiques et climatiques.

Vous avez travaillé avec les données du « Financial Times »… Amusant, dans le cadre du Brexit !

Oui, ils avaient réalisé une base « fDiMarkets » qui recensait près de 140 000 choix de localisation de multinationales pour la période 2003-2014. Ils regardaient les annonces, les revues spécialisées en notant, pour chaque investissement international, le pays et la firme d’origine, le pays et le secteur de destination, et surtout — ce qui nous intéressait — la ville. D’habitude, les études qui s’intéressaient aux IDE utilisaient plutôt les balances de paiement (les flux financiers entre deux pays). Ces données ne suffisaient pas, car ces flux pouvaient correspondre à des profits réinvestis, à de la dette ou, tout simplement, à des transferts entre firmes. Il nous fallait donc une nouvelle base plus détaillée.

Il fallait aussi évacuer les autres facteurs d’attractivité, comme l’organisation d’événements ?

Oui, et c’est pour cela que nous avions besoin d’aller au-delà de rapports rédigés par des cabinets d’audit. Nous avons pris en compte tous les facteurs qui influencent la décision d’installation des firmes : la taille du marché ou la présence d’infrastructures (ports, aéroports, routes)… Nous avons assemblé un grand nombre de données, au niveau des villes. Aucune étude n’avait fait ce travail (elles s’intéressaient aux pays, aux régions, voire aux départements pour la France).

Vous avez donc répertorié les 187 villes qui disposent d’une infrastructure de métro, ainsi que celles qui étaient occupées à construire un tel réseau (34 villes) en 2015… Pour le Grand Paris Express, quel impact économique peut- on attendre ?

Le Grand Paris Express aura un impact fort sur l’attractivité de la métropole et l’emploi s’il est réalisé dans son intégralité : il entraînerait une hausse d’environ 15 % du nombre de projets d’IDE attirés.

Le premier tunnelier du Grand Paris, « Stef e-Orbival »

Entre 2003 et 2014, Paris a attiré 1 300 projets d’installation…

Oui, soit environ 110 projets par an. Les projets qui se sont implantés à Paris ont généré, en moyenne sur la période d’étude, 52 emplois par projet. En faisant l’hypothèse (haute) que ces tendances moyennes persistent dans l’avenir, nos résultats suggèrent que la réalisation complète du Grand Paris Express pourrait entraîner une hausse annuelle de 17 projets par an, qui s’accompagnerait d’une création annuelle directe d’environ 900 emplois.

Combien d’emplois indirects ?

C’est impossible à dire avec précision, mais sans doute bien plus que le nombre d’emplois directs.

Peut-être faut-il rappeler la place de Paris : la Capitale française est aujourd’hui la 7ème grande métropole la plus attractive… Le Grand Paris Express pourrait changer ce classement ?

C’est vraisemblable.

Vous émettez la crainte, en conclusion de votre étude, de voir l’attractivité du Grand Paris pénaliser d’autres territoires en France…

Non, je ne le pense pas : Paris est le moteur de la croissance française, le Grand Paris va lui donner encore plus de vigueur. Nous avons rédigé cette phrase en ayant à l’esprit qu’il est indispensable en France de ne pas trop renforcer la centralisation de l’activité économique, c’est l’objectif de la Datar. Mais il faut savoir que les forces économiques ont tendance à vouloir s’agglomérer…

Vous notez enfin que l’impact des multinationales sur le développement du tissu économique local reste à déterminer…

Les multinationales prennent des parts de marché aux firmes nationales, mais il y a énormément d’effets indirects positifs. Quand elles s’implantent, elles ont besoin de biens ou de services produits localement. Il faut tenir compte de toute la chaîne. Nous sommes donc toujours prudents sur nos estimations. Ce qu’on peut dire, c’est que les multinationales ont tendance à favoriser le développement.

Thomas Renou

Édito
par Arthur de Boutiny

le 18/09/2018

La logistique ne décélère pas

L’intérêt pour la logistique ne décélère pas après une année 2017 de tous les records, y compris à l’échelle de l’Europe, comme le montre une étude de BNP Paribas Real Estate pour le premier semestre 2018. Si le volume de transactions d’entrepôts de plus de 5 000 m2 baisse de 14 %, c’est après une année historique. Et en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas, le volume record a même été conservé…

Même chose pour les investissements, qui se sont ajustés d’eux-mêmes à la baisse : leur volume baisse de 21 %, mais atteint néanmoins les 14 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe, dopé par la croissance du PIB dans la Zone euro (+2,2 % en 2018) et la pétulance de l’e-commerce, qui a augmenté son poids européen de 14 % en 2017 et devrait encore enregistrer une croissance à deux chiffres cette année. L’Allemagne et les Pays-Bas ont de nouveau bien démarré l’année avec un niveau d’activité élevé, tandis que le marché français, après avoir connu une forte croissance pendant trois ans consécutifs, a baissé au cours du premier semestre 2018. Le marché britannique est demeuré dynamique, avec un volume de transactions d’1,6 million de mètres carrés au premier semestre 2018. Les taux de vacance des entrepôts XXL, où l’offre a de plus en plus de peine à suivre la demande, sont inférieurs à 5 % en Espagne, aux Pays-Bas, en Pologne et en République Tchèque. Les loyers ont augmenté de 2 % dans les principaux marchés européens, tout particulièrement à Milan, Berlin et dans les villes régionales britanniques.

BNP Paribas Real Estate note, également, que « le marché des locaux d’activité et logistiques a atteint son second volume d’investissement semestriel le plus élevé, avec 14 milliards d’euros enregistrés au cours du premier semestre 2018. » L’activité du marché britannique est restée robuste avec 4,3 milliards d’euros investis au cours du premier semestre 2018 et les loyers logistiques « prime » sont demeurés relativement stables dans l’ensemble, tandis que les taux de rendement « prime » se sont stabilisés à 4,25 %. En Allemagne, les investissements en locaux d’activité et logistiques sont restés très soutenus, avec 3 milliards d’euros enregistrés au cours du premier semestre 2018. Malgré une baisse d’environ 47 % par rapport au premier semestre 2017, il s’agit de loin du deuxième meilleur résultat jamais atteint. Aux Pays-Bas, les investissements en locaux d’activité et logistiques ont fortement augmenté au cours du premier semestre 2018, pour atteindre 2 milliards d’euros (+ 57 % comparé au 1er semestre 2017). Cette catégorie d’actifs est particulièrement solide aux Pays-Bas, où elle représente 25 % du total des investissements en immobilier commercial au premier semestre 2018. Le marché français a représenté 1,4 milliard d’euros au cours des six premiers mois de l’année, stimulé une fois de plus par les cessions de portefeuilles. En Espagne, après deux années d’activité sans précédent, l’investissement a atteint 390 millions d’euros, soit une baisse de 33 % par rapport au premier semestre 2017. En Pologne, l’investissement a, quant à lui, augmenté de manière significative pour se situer à 400 millions d’euros, avec des taux de rendement « prime » en baisse ce trimestre à 5,25 %.

La logistique toujours conquérante…

Portrait

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