Chargement

fredday : bool(true)
retour Accueil > Territoires > Actualités > Le choix Immoweek : 35,4 milliards d’euros...

Le choix Immoweek : 35,4 milliards d’euros en 2019 ; l’investissement file vers le ciel

ActualitésTerritoires

le 14 Jan 2020

Voici un « chiffre » qui a tendance à mettre de bonne humeur tout professionnel de l’immobilier : 35,4 milliards d’euros, ce sont les montants investis en France en 2019, recensés par Knight Frank France. Quelques jours après la publication des chiffres Immostat, la société de conseil fait valoir des montants en hausse de 16 % sur un an et un nouveau record historique. L’occasion pour nous, dans le cadre du « choix Immoweek », de regarder en détail ce qu’a réservé cette année passée… pour mieux anticiper !

Passée l’euphorie du volume placé, de la « perf’ historique », intéressons-nous aux faits marquants. Tout d’abord, la bonne santé des acteurs de ce marché. Les niveaux de collecte record des SCPI et OPCI leur ont donné une force indéniable dans le marché ; ils représentent 24 % des volumes investis. Mais Knight Frank France souligne aussi l’importance croissante des investisseurs étrangers : « ceux-ci ne cessent de progresser depuis 2017 et ont atteint 15,8 milliards d’euros en 2019, soit une hausse de 14 % sur un an » indique Vincent Bollaert, directeur du département investissement. Les Coréens ont certes fait une apparition remarquée, qui cristallise de nombreux espoirs de voir les capitaux asiatiques arriver (et rester !) dans l’Hexagone. Mais les Nord-Américains restent encore très présents.

Dans le même temps, les « mega deals » ont continué de prendre de l’ampleur : 65 % des montants investis ont concerné des transactions d’un montant unitaire supérieur à 100 millions d’euros, dont 46 % pour des montants supérieurs à 200 millions.

Et si le montant global fait office de record, il en masque d’autres. L’hégémonie de l’Ile-de-France n’est plus à prouver, la région dépasse le seuil des 25 milliards d’euros et représente, désormais, 75 % de l’activité en France. Le phénomène se fait, mathématiquement, aux dépens des régions, mais certaines d’entre elles prennent aussi de l’ampleur, à l’image des 2,1 milliards d’euros investis en Rhône-Alpes : « la deuxième région de France a pulvérisé son record grâce à la multiplication des grandes transactions et à l’appétit croissant d’investisseurs français et étrangers, principalement nord-américains, allemands et britanniques » commente Vincent Bollaert.

Autre record, celui de la typologie bureaux : 25 milliards d’euros investis, soit « la meilleure de l’histoire » selon Knight Frank France, tout simplement ! Avec un bémol, tout de même : « si les montants restent largement concentrés en région parisienne (88 %), l’activité a nettement ralenti en 2019 dans Paris intra-muros avec une baisse de 13 % des sommes investies qui tient en partie au manque d’offres » explique le conseil.

Mais la typologie qui a fait une progression remarquée, c’est bien l’actif industriel. Avec 5,1 milliards d’euros investis en 2019, soit 44 % de plus qu’en 2018 et 12 % de plus qu’en 2017, ils font figure d’actifs de diversification par excellence. Ils représentent, ainsi, 14 % des montants totaux investis et se rapprochent de plus en plus du niveau des commerces. Eux, ne franchissent pas de record, mais bouclent une année en progression sur un an. Sur ces deux typologies, les grands volumes unitaires auront donné un coup de « boost » au marché.

Pour l’année à venir, Knight Frank France reste confiant : une activité économique qui devrait résister, des taux qui devraient se maintenir à un niveau bas… pour peu que l’offre soit suffisante à assouvir les appétits d’investisseurs toujours en quête de produits sécurisés et « prime » ; même si certains pourraient prendre davantage de risques… tout en restant sélectifs !

Jean-Baptiste Favier

Chef des informations

Édito
par Arthur de Boutiny

le 28/01/2020

Quand Le Corbusier voulait transformer Paris

A l’heure actuelle, la proposition de campagne de Benjamin Griveaux de déménager la gare de l’Est en banlieue et de remplacer son emprise foncière par « un Central Park à la française » est âprement commentée, que ce soit pour faire l’objet de quolibets ou de commentaires enthousiastes ; le fait est qu’un projet d’une telle ampleur changerait radicalement la face de Paris. C’est l’occasion de nous rappeler le Plan Voisin, ce célèbre plan du Corbusier pour le centre de Paris, qui prévoyait tout bonnement de raser le centre de la Capitale et de le remplacer par d’immenses tours d’habitation. En toute simplicité.

Imaginez La Défense, 50 % plus grand (soit 240 hectares), s’étendant de la place de la République à la rue de Louvre, et de la gare de l’Est à la rue de Rivoli. A proximité, un quartier résidentiel constitué de 18 gratte-ciels cruciformes de 60 étages pouvant loger 500 000 personnes, n’occupant que 5 % du sol du centre de Paris, allant de la rue des Pyramides au rond-point des Champs-Elysées et de la gare Saint-Lazare à la rue de Rivoli. Entre les deux, rien. Seules les églises et les portes Saint-Denis et Saint-Martin auraient survécu ; tout le reste, dominé par deux artères de circulation percées à travers la ville, sur des axes Est-Ouest et Nord-Sud, pouvant faire 120 mètres de large, avec de vastes jardins, aurait été dévolu à la circulation automobile, avec une gare centrale souterraine établie entre quartier d’affaires et quartier résidentiel.
Autant dire que si la voiture vous fait horreur, que vos coins préférés à Paris sont les Halles, l’Opéra et le Marais, leurs hôtels particuliers haussmanniens et leurs petites rues, le Plan Voisin tient du plus effroyable cauchemar fiévreux.

Le Corbusier prévoit son plan radical dès 1922, où il est présenté au Salon d’Automne et séduit les grandes fortunes de l’automobile, notamment Gabriel Voisin, constructeur d’avions et de voitures, qui demanda une étude pour que ce projet s’applique au centre de Paris, donnant son nom à ce projet tentaculaire, présenté au Salon des Arts Décoratifs de 1925. Outre cette reconstruction radicale du centre de Paris, la nouvelle cité se serait vue adjoindre, en banlieue, des périphéries d’usines et des cités-jardins, ainsi qu’un nouveau centre de commandement au pied de Montmartre, face à l’île de la Cité, qui aurait pu diriger une France entièrement revitalisée à l’image de sa Capitale.

Les détracteurs du Corbusier y voient l’application des idées totalitaires en vogue alors, faisant table rase du passé pour rationaliser à l’extrême l’espace public et ordonner pour de bon la vie sociale, à l’instar du brutalisme soviétique. Ses zélateurs, eux, y voient la volonté utopique de provoquer de la part d’un jeune architecte fourmillant d’idées, même si Le Corbusier travaillera sur ces plans jusqu’en 1945 ; il faut dire qu’avec la guerre, reconstruire de grandes villes sera de plus en plus nécessaire.

Au-delà des considérations sur Le Corbusier, il faut surtout voir dans un tel projet le reflet d’une époque : les années 1920 sont l’ère de l’organisation scientifique du travail et de la rationalisation à l’extrême et il s’agit de pouvoir régler (déjà !) le problème du logement et de l’espace dans les grandes villes à l’aune des nouvelles technologies de construction. C’est aussi une réponse au débat sur la création d’une nouvelle cité administrative en banlieue de Paris, qui donnera naissance à La Défense. Mais le reflet est surtout dans la révolution de l’automobile, qui a profondément chamboulé la conception du temps et de l’espace, avec la volonté de permettre une meilleure circulation des personnes et de raccourcir le temps du trajet entre leur domicile et leur bureau (déjà, derechef !). « L’automobile a tué la grande ville. L’automobile doit la sauver. Voulez-vous doter Paris d’un plan n’ayant pas d’autre objet que la création d’organes urbains répondant à des conditions de vie si profondément modifiées par le machinisme ? » commente Le Corbusier dans son essai « Urbanisme » (1925).

Comment imaginer une telle vision de la Rive Droite, avec seulement quelques monuments qui survivraient dans un immense terrain vague dévolu aux voitures, assombri par des tours monolithiques et austères ? On pense à Chandigarh, dessinée par Le Corbusier, et Brasilia, pensée par Oscar Niemeyer et Lucio Costa, tous deux disciples du Corbusier, mais on parle d’une ville spécialement créée pour servir de capitale, pas d’une telle table rase, entièrement constituée d’immeubles de grande hauteur. Sans aller jusqu’à la science-fiction, avec les gratte-ciels démesurés à perte de vue de la planète Coruscant dans Star Wars ou du Los Angeles de Blade Runner, on peut avoir une petite idée avec Playtime, où Jacques Tati promène Monsieur Hulot dans une ville de béton aliénante et trépidante…

Toujours est-il que ce plan de Paris fait la part belle à l’automobile, la même qui à présent fait l’objet d’un débat toujours virulent lors des municipales, sur sa limitation ou non désormais. Tout comme, avec le « Central Park » de la gare de l’Est, la question de l’espace. A presque 100 ans d’écart, les parties du débat sont les mêmes, mais dans d’autres problématiques…

Portrait

Chargement