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Brune Poirson (Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire) : « votre secteur est celui qui modèle et qui façonne nos villes »

DossiersBureaux

le 20 Mar 2020

22 édition des Pierres d'Or au Trianon le 29 janvier 2020

Lors de la cérémonie des « Pierres d’Or » 2020 qui s’est tenue le 29 janvier dernier au Trianon Elysée Montmartre, la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, Brune Poirson, a reçu la « Pierre d’Or du Jury ». Le président du Cercle Pierre d’Or, Marc-Antoine Jamet, a tenu à saluer son travail et son implication en matière de « développement vert ». Son discours trouve un écho favorable auprès des professionnels de l’immobilier qui, depuis plusieurs années, ont compris toute l’importance du développement durable.

Il m’arrive assez rarement de recevoir un prix, et encore moins au nom du gouvernement, et surtout d’être véritablement remerciée pour le travail fait sur l’écologie ! En tous cas, permettez-moi de le prendre ainsi et de vous remercier. Je travaille de l’autre côté du secteur économique que vous portez. Bravo pour ces performances exceptionnelles ! Comme je fais un peu de politique, je vous dirai que je me sens en partie responsable de ça. La baisse du chômage, les investisseurs étrangers, c’est un peu aussi le travail du gouvernement. Mais surtout, d’abord, bravo à vous.

Je ne suis pas là pour vous faire une leçon de morale, encore moins pour vous culpabiliser, d’autant plus que nous avons beaucoup avancé ensemble, mais pour vous dire qu’il n’empêche, votre secteur à lui tout seul est responsable de plus de 70 % des déchets qui sont produits en France. Le point positif réside dans le fait que vous avez décidé de porter, avec le gouvernement, l’écologie à laquelle je crois vraiment, l’écologie du rassemblement, du collectif. Ce que vous construisez, bien sûr c’est très vert, en grande partie. Mais de l’autre côté, que faire de ces montagnes de déchets ?

Quand je me promène parfois en France, ce qui me choque par rapport à mon enfance, notamment à Apt, dans ce coin de l’Hexagone particulièrement beau, c’est qu’il y a de plus en plus de dépôts sauvages. Vous me direz que ce n’est pas votre responsabilité…, mais un peu quand même ! En France, seuls 54 % des déchets du bâtiment sont recyclés ou même réutilisés. Et pour les moquettes, seulement 2 %. Chaque année, on jette l’équivalent de Paris Marseille, aller-re- tour, en longueur de moquette. C’est la réalité. Pensez-y ! Et le verre plat ? J’ai habité en Inde et j’ai vu des endroits être détruits pour chercher du sable et fabriquer du verre. En France, on ne recycle que 3 % du verre plat, des vitres… Il faut que cela change. J’ai beaucoup entendu parler, bien sûr, de projets bancaires, de projets d’investissement, mais les bâtiments sont une banque de matériaux qu’il faut pouvoir réutiliser ; ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre. C’est de la créativité, des emplois locaux non délocalisables.

Le gaspillage est tout de même la première caractéristique de notre économie. Le capitalisme du 20ème siècle s’est fondé sur le gaspillage comme actif. Aujourd’hui, cela doit changer. Et comment ? Que doit permettre la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire ? Je ne vous cache pas qu’avec certains des acteurs de votre secteur, ce ne fut pas facile au début, pour dire les choses gentiment… Mais, nous avons avancé ensemble, car je sais que lorsque j’ai parlé de créer, par exemple, une filière pollueurs-payeurs dans le secteur du bâtiment, cela a fait grincer des dents. On m’a dit : « tout fonctionne déjà suffisamment bien. Pourquoi est-ce que vous voulez faire ça ? C’est encore l’Etat qui vient se mêler de ce qui ne le regarde pas ». Et j’ai répondu : « proposez-nous quelque chose ! ». Et rien de vraiment convaincant n’a été proposé. Nous nous sommes donc mis d’accord, malgré tout, sur une filière pollueur-payeur ou, plutôt, une filière de responsabilité élargie de producteurs.

L’objectif final vise à partager la responsabilité. Les entreprises vont, ensemble, mettre un peu d’argent dans un éco-organisme que nous créerons et qui sera chargé de gérer, en plus de la fin de vie des déchets, la façon dont on peut concevoir des bâtiments et des matériaux de façon beau- coup plus durable et donc plus facilement réutilisables. Cette filière aura comme responsabilité d’impulser l’innovation, la créativité, le recyclage, la réutilisation des matériaux, ainsi qu’une façon différente de penser les choses. Et ce, sur tout le territoire français, qui sera maillé de déchetteries. En effet, nos campagnes sont envahies de déchets. Les artisans sont concernés : ce sont aussi eux qui travaillent derrière beau- coup de vos projets et nous leur proposeront la possibilité de déposer gratuitement les déchets de leur chantier. Jusqu’ici, ils devaient souvent faire de longs trajets et, faute de déchetteries, ils les déposaient alors dans la nature. Aujourd’hui, ils auront accès gratuitement aux déchetteries dont le maillage va augmenter.

Marc-Antoine Jamet et Brune Poirson

Pour conclure, je tiens à vous dire ceci : vous avez une responsabilité qui est plus importante que toutes et je considère que vous êtes porteurs, j’ose le dire, de la beauté de la France. Votre secteur est celui qui modèle et qui façonne nos villes, beaucoup de nos campagnes, beaucoup de nos terroirs et de nos territoires français. Ensemble, il faut que nous fassions en sorte que cette beauté-là dure. C’est-à- dire, en préservant bien sûr les ressources et la nature, mais aussi en luttant contre ces déchets, que l’on retrouve encore trop souvent dans la nature, et contre la façon dont on construit et pense nos bâtiments, qui n’est pas encore assez circulaire. Vous êtes porteurs de cette beauté-là. Essayez de l’incarner jusqu’au bout. Collaborons pour qu’il s’agisse d’une véritable œuvre collective. Je me suis un peu intéressée au secteur du textile : il s’agit de la deuxième industrie la plus polluante du monde. Demandons-nous quelle est la beauté d’un vêtement que l’on porte, s’il a été fabriqué par des enfants, à l’autre bout de la planète. Où est alors la beauté ? Le vert ne doit pas être vert d’un côté et marron de l’autre. Il faut que ce soit totalement vert. Je sais que je peux compter sur vous.

Je voulais vous remercier de la collaboration que nous avons eue et me réjouir d’avance de celles que nous poursuivrons ensemble, ainsi que de toutes les solutions que vous pourrez continuer à nous offrir. Nous n’avons pas toutes les clés en main. J’ai – non, l’Etat – a besoin de vous ! Mais je crois qu’avec cette loi anti-gaspillage, c’est une première étape im”portante qui a été franchie et nous allons continuer à construire ensemble. Merci infiniment de cette « Pierre d’or » et à très vite !

A noter : le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire a été adopté définitivement au Parlement le lendemain des « Pierres d’Or », soit le 30 janvier 2020.

La rédaction d'immoweek

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

La « divine surprise » Olivier Klein

Tout le secteur de l’immobilier, et singulièrement du logement, avait (très !) mal vécu l’absence de portefeuille ministériel à lui dédié. Amélie de Montchalin avait eu beau affirmer, pour rattraper le coup, qu’elle était « bien sûr » ministre du Logement, personne n’avait été dupe ou rassuré par cette absence.

Même si quelques voix, ici même, dont celles de Philippe Pelletier, ont douté de l’intérêt profond de l’existence d’un ministre « spécialisé », la nomination d’Olivier Klein a fait l’effet d’une « divine surprise » pour des professionnels souvent inquiets, à juste titre d’ailleurs.
D’abord car c’est un élu qui connaît sur le bout des doigts les questions du secteur : président de l’Anru depuis 2017 et maire de Clichy-sous-Bois, les sujets « logement » ne lui sont pas étrangers. Ensuite, autre bon signe, car l’intitulé du ministère comprend également la Ville, comme un écho au portefeuille de Jean-Louis Borloo, toujours ô combien regretté par le secteur (son Trophée du Jury aux « Trophées Logements et Territoires », 2021, l’a bien rappelé).
Reste à scruter maintenant les relations que le nouveau ministre délégué entretiendra avec Christophe Bechu qui, un mois après son entrée au Gouvernement, est promu en devenant ministre de plein exercice chargé de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Mais il faudra aussi s’intéresser aux rapports du ministre délégué avec l’Elysée, Matignon et Bercy, les trois pôles du pouvoir, sans le soutien desquels un ministre, aussi compétent soit il, est bien démuni…

Portrait

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