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Alain Dinin (Nexity) : « nous sommes le premier property manager français et le premier sur le coworking à Paris »

InterviewsBureaux

le 23 Mar 2020

Après le discours de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, lors de la 22ème cérémonie des « Pierres d’Or » qui s’est tenue le 29 janvier dernier, la rédaction d’Immoweek a profité de l’occasion pour poser trois questions à chacun des lauréats aux « Pierres d’Or » 2020. Pour commencer, à tout seigneur, tout honneur, voici les réponses du « Professionnel de l’Année », Alain Dinin (Nexity)…

Quelle place prend aujourd’hui l’immobilier d’entreprise chez Nexity ?

Si l’on parle chiffres, aujourd’hui Nexity occupe la troisième place sur le marché de la promotion en immobilier d’entreprise et nous anticipons une forte accélération de notre chiffre d’affaires à partir de 2020. Nous sommes le premier property manager français et le premier sur le coworking à Paris. Mais ce qui compte avant tout, c’est notre vision de l’immobilier pour les entreprises, un immobilier qui accompagne leur transformation, à la fois digitale, RSE et RH.

Pour les entreprises, nous créons donc un immobilier au service de leur stratégie et de leur transformation. Transformation digitale, avec des immeubles de plus en plus intelligents ; transformation des pratiques, avec des solutions d’organisation collective ouvertes et modulables, et des exigences de convivialité, des services partagés ; et, évidemment, construire de plus en plus durable : Nexity est fier d’être en tête du palmarès BBCA des promoteurs bas carbone. Cette approche dit notre propre transformation : accompagner l’utilisateur dans la durée et avoir la capacité à porter des offres globales avec des partenaires de premier rang. Un exemple : la réhabilitation de la Porte de Montreuil. Nexity, Engie, Crédit Agricole Immobilier et l’Atelier Georges se sont fédérés pour repenser cet espace de 35 hectares en surplomb du périphérique et englobant le Marché aux Puces. Nous avons conçu un projet « zéro carbone global » qui prend en compte l’énergie produite et consommée par quelque 58 500 m2 de bureaux — qui seront d’ailleurs réversibles intégralement en logements — et les modes de mobilité des usagers, avec la création d’un pôle de dix modes de transports alternatifs organisé avec la RATP. Etre une plateforme capable d’intervenir pour chaque besoin crée un cercle vertueux d’innovation et de croissance.

Aux « Pierres d’Or », vous avez donné rendez-vous aux professionnels de l’immobilier dans 20 ans. Comment imaginez-vous l’immobilier en 2040 ?

Evidemment un immobilier qui place l’utilisateur final au cœur des réflexions, solutions et services associés.
Ensuite, une production forcément bas carbone d’immeubles intelligents, réversibles et connectés. S’agissant de l’espace urbain, de son empreinte environnementale comme du vivre ensemble, j’ai la conviction que la densité, donc l’intensité, le vertical sont une solution incontournable pour répondre à nos enjeux collectifs et lutter contre l’étalement, l’artificialisation des sols et le déclassement par l’éloignement. Cela, dans un contexte où le retard de production de logements et le volume d’habitat insalubre sont gravement préoccupants pour notre pays. D’ailleurs, Nexity a élaboré nombre de propositions dans le domaine. Plus que jamais pour nous, la ville doit être la matrice de la transformation de la société.

Comment appréhendez-vous les responsabilités sociétales d’un grand groupe comme le vôtre ?

Dès la création, Nexity a agi comme un acteur responsable dans sa relation avec les pouvoirs publics s’agissant de la poli- tique de la ville et du logement. Cela s’est concrétisé par toute une série d’initiatives pour loger tout le monde et pour l’environnement : premier acteur privé en Anru et en QPV (quartier prioritaire de la politique de la ville), pionnier et premier sur la promotion bois, premier promoteur labellisé bas carbone. Depuis 18 mois, avec Nexity non profit, le groupe a pris l’initiative avec les associations de terrain et les collectivités et s’est engagé à produire 1 000 logements en pensions de famille par an sur trois ans en rythme de croisière.

Je répète souvent une formule qui dit l’engagement du groupe : « on ne peut être une entreprise qui gagne dans un monde qui perd ». J’en suis profondément convaincu et les 11 000 collaborateurs du groupe partagent cette vision et nous poussent collectivement dans cette voie.

La rédaction d'immoweek

Édito
par Thierry Mouthiez

le 30/03/2020

Délicate anticipation…

Anticiper n’est jamais aisé, d’autant plus en pleine crise sanitaire mondiale. Mais tout comme les pouvoirs publics commencent à se pencher sur l’après-confinement, tant d’un point de vue physique qu’économique, dans ce dernier cas à coups de milliers de milliards de dollars, d’euros…, les acteurs des marchés immobiliers doivent aussi se pencher sur leurs stratégies de l’après… De ce point de vue, les études et autres analyses des acteurs des marchés immobiliers que nous publions quotidiennement (et vous êtes, chaque jour, plus nombreux à nous lire) constituent autant de pistes…

Ainsi, BNP Paribas Real Estate a récemment fait valoir, dans une note sur l’impact de la crise sanitaire sur le marché immobilier français, qu’il « est aujourd’hui difficile d’établir une projection économique à court terme et d’évaluer, ainsi, l’impact sur la croissance économique de l’épidémie et de ses mesures associées pour l’année 2020 ». Cependant, le conseil souligne qu’en matière de bureaux, « même s’il existe une forte disparité suivant les secteurs, l’offre est globalement maîtrisée en France. Peu de risque de forte progression de la vacance à très court terme. Seuls les marchés déjà sur-offreurs pourraient connaître un réajustement à la baisse des valeurs locatives en cas de prolongement du confinement. De son côté, le volume des transactions devrait être impacté par le recul de plusieurs pans de l’économie. Certaines signatures vont se maintenir, mais être décalées dans le temps »…

Pour ce qui concerne les entrepôts, en ce temps de confinement et de recours massif à l’e-commerce, la « supply chain » est devenue un maillon essentiel de l’économie. Ce qui fait dire à Jean-Claude Le Lan, président d’Argan, dans nos colonnes, qu’« il faut que la vie économique puisse continuer. Et à cet effet, les entrepôts sont incontournables ». Bref, cette classe d’actifs qui avait déjà, depuis quelque temps, la faveur des investisseurs face à une demande en constate hausse, devrait la conserver…

Ce qui ne semble pas, pour l’instant et logiquement, le cas de l’immobilier commercial. BNP Paribas Real Estate précise, à propos de ce sujet, que « pour la troisième fois consécutive en 14 mois, les commerces français sont à nouveau frappés par une crise d’ampleur, sanitaire cette fois-ci après l’épisode des gilets jaunes en 2018 et les grandes grèves de décembre 2019 contre le projet de réforme des retraites. La fermeture des commerces physiques non alimentaires depuis le 15 mars, a fortement pénalisé de nombreuses enseignes. La vente à distance leur est alors essentielle pour garantir la continuité d’une activité commerciale significative. D’autre part, la gestion des baisses de chiffre d’affaires liées au ralentissement de la demande et le maintien d’une trésorerie pour la reprise seront déterminantes pour les enseignes ». Cependant, le conseil estime que « ces baisses, voire arrêts de fréquentation devraient laisser place à un retour à la normale assez rapidement dès la fin du confinement »… Mais, visiblement, les investisseurs ont du mal à l’anticiper.

S’agissant, en particulier, des centres commerciaux, nous avons eu l’occasion de l’évoquer à plusieurs reprise, un bon indicateur est représenté par l’évolution du titre de la foncière Unibail-Rodamco-Westifield (URW), tout simplement parce qu’il s’agit d’un leader mondial, au patrimoine « prime » s’il en est.

S’agissant d’une valeur cotée, il convient de noter les propos de Xavier Lépine dans une récente chronique. Le président de La Française soulignait que « coté valeurs mobilières, la rapidité des baisses de valeurs tant des actions que des obligations a été quasiment sans précédent, à l’exception de mémoire d’investisseur « moderne », celle d’octobre 1987… dans un monde beaucoup moins financiarisé. La chute de 2008 a été encore plus importante, mais un peu plus étalée dans le temps »… Surtout, « la discrimination s’est, en premier lieu, portée sur la liquidité possible des actifs et, en deuxième lieu, sur la perception de l’impact de cette crise par secteur : évidemment la santé, les télécoms, l’économie digitale étant moins affectés que la grande distribution physique, le tourisme ou le transport, sans compter les banques, les foncières de commerce.

Citons, par exemple, URW dont le rendement du dividende 2020, après une annonce de baisse temporaire de 50 %, est de 8 %, une capitalisation boursière qui a chuté à 8,7 milliards d’euros pour un patrimoine immobilier, y compris endettement, de 60 milliards. Les valeurs de dividendes/cours, même avec quelques trimestres de vaches maigres qui entraîneraient une baisse durable du dividende de… 30 %, ne justifient pas une telle décote »…

Tandis que les pouvoirs publics incitent aujourd’hui les entreprises à « la plus grande modération » dans le versement de dividendes en 2020, URW divisait de moitié le sien. Une sage décision, visant à privilégier le long terme au court terme. Mais loin de considérer les fondamentaux du groupe et sa stratégie, la Bourse, qui d’habitude se fait une règle de l’anticipation, l’a d’évidence oubliée. Pour l’instant…

Portrait

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