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Clément Alteresco (Morning Coworking) : « la solitude du télétravailleur ne peut être compensée que par l’existence de tiers-lieux »

InterviewsBureaux

le 01 Avr 2020

En ce temps de confinement, le télétravail est une formule retenue par de nombreuses entreprises, mais qu’en est-il de l’activité au sein des espaces de coworking, lieux privilégiés d’accueil des « télétravailleurs » ? Quel impact produit la crise sur cette activité et quelles sont les issues possibles ? Clément Alteresco, fondateur de Morning Coworking, répond à nos questions.

Quelles sont les conséquences immédiates du confinement pour votre activité ?

Les espaces Morning Coworking restent ouverts, les badges d’accès de nos coworkers sont toujours actifs, mais il est vrai que peu d’entre eux sont présents, comme le montrent les volumes de connexions internet. Sur nos 600 clients, qui vont du travailleur indépendant au salarié d’un grand groupe, seuls 4 % fréquentent nos espaces en ce moment. Concernant nos salariés, tous sont en chômage partiel, sur des temporalités différentes selon les types de métiers.

Dans ce contexte, quelle est votre stratégie à l’égard de vos clients ? Et quelles conséquences à moyen terme pour Morning Coworking ?

La stratégie est de soutenir les plus petits, en suspendant le loyer d’avril pour les TPE-PME, soit 80 % de nos clients. Ce paiement de loyer sera reporté et nous réfléchissons à la manière dont nous allons prévoir son étalement dans le temps, au cas par cas. Quant aux conséquences à moyen terme, la suite sera difficile pour tous et nos prévisions sont une révision à la baisse de notre chiffre d’affaires. Nous avons, l’an dernier, enregistré 30 millions d’euros de chiffre d’affaires et tablions, avant la crise du coronavirus, sur 45 millions d’euros à la fin de l’année. Nous devrions terminer 2020 avec un chiffre compris entre 35 et 40 millions d’euros. Cette baisse n’empêche pas, pour autant, que nous continuerons d’être en croissance…

Quels choix vis-à-vis des propriétaires de vos espaces ?

Nous avons suspendu les prestations de nos locataires et suspendons, de la même façon, le paiement des loyers jusqu’à nouvel ordre. Nous discutons avec chacun de nos propriétaires pour envisager la suite, le rééchelonnement ou l’annulation d’une partie des paiements, par exemple. Autre mesure financière, que nous activons : le report de prêts, proposé par l’Etat et pour lequel les banques sont réactives en l’appliquant automatiquement.

Les mesures actuelles annoncées en faveur des entreprises sont-elles suffisantes ?

Pour l’heure, elles devraient nous permettre de tenir le choc, mais si la crise se prolonge au-delà de trois à quatre mois, cela sera très difficile.

L’adossement à Nexity est, dans cette hypothèse, un atout ?

C’est un vrai plus, mais notre rôle est de continuer l’activité sans devoir nous appuyer sur notre actionnaire. L’objectif est de travailler pour tenir, en concertation évidemment avec Nexity.

Comment voyez-vous la suite ? Cette crise n’est-elle pas une « chance » pour le télétravail et, par extension, pour les lieux de coworking ?

Cette crise va être très dure et laisser de nombreuses personnes et entreprises « sur le carreau », mais j’ai le sentiment qu’ensuite, l’activité va repartir très vite. Le télétravail, qui s’impose depuis le début du confinement, va créer de nouveaux réflexes chez l’ensemble des salariés et des managers français, notamment ceux des grandes entreprises habitués à travailler en présentiel. Cela peut moderniser profondément les modes de travail. La transformation est en cours, à marche forcée, ce que ne sont pas parvenus à réaliser nombre de sociétés de consultants. Ce phénomène sera aussi un accélérateur très fort de la flexibilité qu’offre le coworking : en période d’incertitudes, les entreprises sont preneuses d’engagements courts et la formule de coworking le permet. Le coworking, à brève échéance, va subir des pertes, mais, à moyen et plus long terme, deviendra une solution de plus en plus naturelle pour les sociétés à la recherche d’espaces de travail ou de plateaux projet.

Le télétravail en mode isolé, chez soi, est parfois difficile. N’est-ce-pas, là aussi, un atout des lieux de coworking que de proposer des espaces où « d’autres humains » travaillent ?

Actuellement, le taux de télétravailleurs en France est de l’ordre de 27 % et devrait augmenter dès l’an prochain. Il est alors vraisemblable que les salariés concernés vont en avoir rapidement assez de travailler seuls chez eux et vont rechercher des lieux, proches de leur domicile, pour aller s’installer. La solitude du télétravailleur ne peut être compensée que par l’existence de tiers-lieux.

La question sera alors de savoir comment mailler le territoire pour que ces tiers-lieux soient rentables ; tant que de grands groupes ne se lanceront pas dans la démarche, cela sera difficile. L’Etat, les collectivités territoriales, les aménageurs ont aussi un rôle à jouer pour aider à l’implantation d’espaces de coworking aux bons endroits, pour faciliter l’accès des salariés. C’est un enjeu macro économique, un enjeu de territoire, un enjeu environnemental et social aussi : si l’on augmente ne serait-ce que de 5 % le nombre de télétravailleurs en Ile-de-France, l’impact sur les transports, le climat, la pollution, le stress serait déjà énorme.

La crise aura-t-elle aussi un impact sur l’immobilier et, si oui, de quelle manière ?

Chaque crise déclenche des opportunités et il est clair que des entreprises vont fermer, laissant vacants leurs immeubles. Les propriétaires vont alors rechercher de nouveaux locataires et il est probable que, dans ce cas de figure, les prix de l’immobilier vont baisser…

Y-a-t-il un mot d’ordre que vous vous appliquez ?

Il nous faut, aujourd’hui, tenir le choc et penser au rebond, à la suite. L’équipe, sa stabilité et son implication sont ici indispensables. En tant qu’entrepreneur, cette crise est aussi un moment à la fois particulier et intéressant. Je me suis toujours demandé si j’avais fondé une entreprise résiliente. Je vais le savoir bientôt…

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Thierry Mouthiez

le 20/09/2021

Bureaux en régions : des signes encourageants…

Les marchés tertiaires régionaux semblent plutôt bien évoluer.

S’agissant du premier d’entre eux, en l’occurrence celui de Lyon, une récente étude signée Brice Robert Arthur Loyd met en avant une demande placée à fin juin de 126 523 m2, en hausse de 34 % par rapport au 1er semestre 2020, cependant « à relativiser puisqu’un mega deal de plus de 28 000 m2, signé par l’EM Lyon, a été comptabilisé à Gerland ». Il n’empêche que le nombre de transactions est également en hausse de 34 % à 246 et que le loyer « prime » atteint 340 euros (HT, HC) du mètre carré, contre 320 euros (HT, HC) du mètre carré au 1er semestre 2020. « Sur le terrain, nous constatons que les entreprises ont le souhait d’aller de l’avant et de concrétiser leur projet immobilier, tout en ayant pleinement conscience qu’elles devront adapter leur consommation de mètres carrés à l’émergence des nouvelles façons de penser le « bureau » : télétravail, « desk sharing »… » souligne Jonathan Garcia. Le consultant associé ajoute : « les mesures d’accompagnement proposées par les bailleurs sont également revues : durée d’engagement adaptée, possibilité de restitution de surface par anticipation, franchise de loyer… Ces mesures adaptées au contexte actuel permettent de maintenir l’équilibre des valeurs »…

Plus généralement, « le marché des bureaux en régions montre des signes encourageants de reprise dans un contexte de crise sanitaire » affirme BNP Paribas Real Estate, faisant valoir un volume de 730 000 m2 placés dans ce créneau du marché tertiaire au cours du 1er semestre, en hausse de 35 % par rapport au 1er semestre de l’année dernière. Un volume qui « est même supérieur au niveau enregistré en 2016, par exemple, et affiche une progression de 6 % en comparaison à la moyenne sur dix ans » précise Jean-Laurent de La Prade, directeur général adjoint de BNP Paribas Real Estate Transaction France, en charge du pôle régions.

Pour ce qui concerne les principales tendances de ce marché, « les transactions dans le neuf tirent leur épingle du jeu avec une progression de 45 % », sachant que le seconde main reste majoritaire et représente plus de la moitié des transactions, « avec une croissance de 29 % par rapport au 1er semestre 2020 ». Par ailleurs, « les transactions de grandes surfaces (supérieures à 5 000 m²) sont de retour sur un marché dominé dernièrement par les petites et moyennes surfaces » précise BNP Paribas Real Estate, soulignant qu’« avec près de 107 000 m² placés, le volume de transactions de grandes surfaces enregistre une hausse significative de 38 % par rapport au 1er semestre 2020 »… Si Lyon reste en tête des marchés tertiaires régionaux, « Lille se positionne en 2ème place avec 80 000 m² placés, soit une légère progression de près de 1 %. Aix/Marseille monte sur la troisième marche du podium avec un volume de transactions qui progresse de 10 %. De son côté, Nantes totalise près de 67 000 m² placés, soit une hausse significative de 74 %. Montpellier crée la surprise avec un volume de transactions presque trois fois plus élevé que l’an dernier passant devant Bordeaux (+32 %) et Toulouse (+46 %) ».

Quant aux perspectives, « pour la fin de l’année 2021, nous sommes plutôt confiants » affirme Jean-Laurent de La Prade. « D’une part, les indicateurs macro économiques en régions sont très bien orientés et surperforment l’Ile-de-France, notamment sur l’Arc Atlantique, la région Rhône-Alpes et le bassin méditerranéen. D’autre part, la demande exprimée auprès de nos équipes a augmenté de 22 % en volume et de 43 % en nombre par rapport au 1er semestre 2020. Enfin, les régions représentent une vraie alternative pour les salariés qui privilégient de plus en plus un bon équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle et pour les entreprises qui y trouvent des loyers plus attractifs ». Au final, « nous anticipons un atterrissage autour de 1,55 million de mètres carrés d’ici fin 2021, soit légèrement en-dessous de la moyenne des cinq dernières années qui s’élève à 1,65 million de mètres carrés »…

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