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Santé des salariés, sauvegarde de l’appareil de production : les priorités d’Alexandra François-Cuxac (FPI)

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le 31 Mar 2020

Le confinement et l’arrêt quasi total des chantiers auront inévitablement des conséquences sur le monde de la promotion. La construction de logements neufs pourrait, si l’appareil de production venait à se bloquer complètement, être fortement mise à mal. Alexandra François-Cuxac, présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI), dresse un bilan de la situation et des enjeux…

Dans quel état d’esprit sont les promoteurs aujourd’hui ?

Je suis et ils sont inquiets de la situation. Les adhérents de la FPI se sont d’abord préoccupés, comme nous tous, de leur santé, de celle de leurs familles et, évidemment en tant que chefs d’entreprises, de celle de leurs salariés. C’était leur première urgence, comme celle de penser aussi à ceux, professionnels de santé notamment, qui se battent au quotidien contre ce virus et sauvent des vies. Nous tenons, d’ailleurs, à exprimer toute notre reconnaissance à ces professions qui sont au combat et nous permettent de traverser cette période de confinement*. Ensuite, seulement, est venu leur questionnement sur l’appareil de production.

Cette question de l’appareil de production a fait l’objet de polémique entre les acteurs, notamment sur l’arrêt total ou pas des chantiers…

Depuis le début, un flou a régné sur les instructions avec, d’abord, une injonction « quoi qu’il en coûte » de rester chez soi – une formule qui a marqué les esprits. Puis, la situation a évolué, après des négociations entre partenaires sociaux et Etat. Aujourd’hui, le travail est stoppé (mais indemnisé) pour un certain nombre de salariés contraints pour des raisons de garde d’enfant ou autre, de rester chez eux. Ensuite, nous avons mis en place le télétravail quand cela était possible et lorsque cela ne l’était pas, les promoteurs ont mis en chômage partiel leurs salariés.

D’où un appareil de production en grande difficulté ?

Certains chantiers sont, en effet, complètement à l’arrêt, ce qui produit un impact sur les personnes qui travaillent sur les programmes, celles qui travaillent sur la prospection foncière et sur la vente. Il n’est pas question d’engager, en ce moment, des actions marketing ou d’aller à la rencontre de clients potentiels. En amont, comme en aval des projets et programmes, les promoteurs sont empêchés dans leur activité.

Cette crise intervient dans un contexte où l’offre et la demande semblaient faiblir…

Ceci se produit, en effet, à un moment où l’offre était très en souffrance et je salue, d’ailleurs, l’action de soutien du gouvernement qui nous a doté d’outils tels que les crédits de trésorerie. Je salue également l’action des banques avec lesquelles nous travaillons, qui ont rendu possible leur mise en œuvre. Cette mobilisation de l’appareil bancaire et de l’Etat rassure pour les prochaines échéances. Il est, en effet, essentiel que nous puissions continuer à honorer nos engagements car il n’est pas question d’ajouter des blocages à la crise actuelle. Les retards pris ne sont pas, pour l’heure, trop pénalisant, mais il ne faudrait pas que la situation perdure ; cela risquerait de mettre gravement en danger l’ensemble de l’appareil de production d’immobilier résidentiel et de bureaux, ce qui représente plus de deux millions d’emplois. Il est donc essentiel que la situation soit sécurisée, que les précautions sanitaires s’organisent afin que tous les salariés soient rassurés.

L’ordonnance du 26 mars décalant les autorisations d’urbanisme n’est, en revanche, pas une bonne nouvelle…

En effet, elle prévoit que l’instruction de tout nouveau permis de construire, permis d’aménager, déclaration préalable de lotissement, peut être reportée d’un mois après la sortie de crise. En conséquence, si l’état d’urgence sanitaire dure deux mois, cela conduit à un décalage de l’instruction de trois mois. De plus, à ce délai de trois mois, il faut ajouter un délai de recours supplémentaire de deux mois pour tous les permis non purgés au 12 mars, qui résulte également de l’ordonnance. Il est à prévoir que la quasi totalité des autorisations, dont les demandes sont en cours ou à venir, ne seront purgées de tout recours qu’au début 2021. C’est pourquoi la FPI s’associe à d’autres fédérations ou syndicats** pour demander que cette activité puisse être réalisée en télétravail, soit une continuité minimale de l’étude et de la délivrance des autorisations d’urbanisme dans les collectivités territoriales durant la période de confinement, en « temps masqué », en privilégiant la dématérialisation du dépôt des dossiers.

CDC Habitat vient tout juste d’annoncer un plan de soutien de grande ampleur, avec l’achat de 40 000 Vefa. Quelle est votre réaction ?

C’est une bonne nouvelle au milieu d’autres nouvelles beaucoup moins bonnes ; cela signifie qu’un investisseur institutionnel est conscient de l’urgence, des besoins et qu’il est bien présent pour le secteur du logement. Cet accompagnement de CDC Habitat, de la Caisse des Dépôts, qui a démarré il y a plusieurs années déjà, est, en ces moments de crise, essentiel.

Les mesures annoncées par, notamment, Bruno Le Maire seront-elles suffisantes pour permettre aux entreprises du secteur de « tenir le choc » ?

Cette aide massive permettra seulement de faire face un certain temps à nos échéances car, depuis plus de quinze jours, notre chaîne de trésorerie est rompue : les clients ont dû d’abord s’occuper de leur protection et, pour certains, n’ont pas payé leurs appels de fonds, les actes ne sont plus possibles et les promoteurs n’ont plus, en conséquence, aucune recette. C’est du sauvetage de notre appareil de production d’immobilier résidentiel et de bureaux qui pèse 2,1 millions d’emplois dans l’ensemble de la filière pour 11 % du PIB qu’il s’agit. Si tout s’arrête, notre système de production va se gripper et il sera difficile de le relancer après la crise. Mais si la sortie de cette crise est, certes, dans le soutien financier aux entreprises, elle est avant tout chez les chercheurs, soignants, médecins, qui sont à même de nous aider à reprendre une vie normale. Le sujet est de savoir comment demain, nous allons pouvoir reprendre la pelle et le marteau…

• *La FPI a lancé un appel aux dons auprès de ses adhérents pour soutenir le collectif #ProtegeTonSoignant. Retrouvez toutes les informations sur https://www.protegetonsoignant.com

• **signataires avec la FPI France : le CINOV : LCA-­­FFB, SYNAMOME, l’UNAM l’UNGE, l’UNSFA, l’UNTE et l’USH

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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