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Jean-Claude Le Lan (Argan) : avec cette crise, « les entrepôts sont incontournables »…

InterviewsLogistique

le 25 Mar 2020

Argan fait partie de ces incontournables propriétaires et gestionnaires d’immobilier logistique, avec un patrimoine – au 31 décembre 2019 – s’étendant sur 2 860 000 m2 et valorisé à 2,68 milliards d’euros (HD). En cette période de confinement, où les livraisons de première nécessité revêtent une importance vitale, le témoignage d’un acteur de la logistique est précieux. D’autant plus lorsqu’il héberge, parmi ses grands comptes, une grande enseigne de distribution !
Jean-Claude Le Lan, président du directoire du groupe, livre son analyse à chaud et s’est aussi prêté au jeu du questionnaire « à la Proust ».

Comment avez-vous redéployé l’activité d’Argan ?

Nous avons mis en œuvre notre plan de continuité afin de garantir le bon fonctionnement de l’ensemble de nos activités et services. Nous maintenons une activité limitée au siège, à Neuilly-sur-Seine, pour les fonctions dites « support », vitales, et de direction, dans le strict respect des règles de sûreté et de non-propagation du virus.
Sur le plan commercial, nous ne nous déplaçons plus, mais nous restons en contact et suivons les projets dans notre « pipeline ». Les chantiers ont malheureusement été arrêtés ; pour autant, il faut pouvoir assurer un certain nombre d’activités – gardiennage des sites notamment. Les responsables de cette dernière sont « branchés », en télétravail.
Pour notre activité de property management, le suivi technique des immeubles, notre responsable est présent au siège et les autres équipes sont en travail à distance également.
Rapporté à la masse salariale, nos collaborateurs en télétravail représentent les trois-quarts des effectifs.

Vous avez évoqué la suspension des chantiers. Quel impact cela peut-il avoir sur vos résultats à venir ?

Pour le moment, aucun impact. Cet arrêt momentané engendre la suspension du financement de chaque chantier. Au vu de l’état actuel de la situation et de ses évolutions, nous tablons sur une reprise en juin. Dans ces conditions, nous sommes confiants pour assurer toutes nos livraisons prévues en 2020.

D’autres points d’inquiétudes qui pourraient venir grever vos résultats ?

Pas vraiment, non plus. Une grande majorité de nos locataires travaillent dans l’alimentaire ; ils seront donc moins impactés par l’arrêt forcé de certains magasins considérés comme « non vitaux ».

Quels sont les retours de vos locataires face à cette crise ?

Nous n’avons pas encore été contactés par nos locataires ; un signe plutôt positif, les gens qui vont bien n’appellent pas, en général ! Concernant le non alimentaire, un report se fait sur le e-commerce, mais encore faut-il qu’ils puissent payer leurs loyers et que leur personnel puisse travailler dans des conditions sanitaires satisfaisantes. Ce qui est vrai aussi, d’ailleurs, pour les supermarchés. Il faut que la vie économique puisse continuer. Et à cet effet, les entrepôts sont incontournables.
Les chargeurs sont donc largement sollicités dans cette période de confinement. Pour l’alimentaire, bien sûr, mais aussi pour d’autres achats : le confinement a provoqué des achats en ligne d’équipements devenus nécessaires par situation.

De la même manière que l’ont fait certains propriétaires (notamment dans le commerce), allez-vous proposer des aménagements de charges, de loyers ?

Comme précisé auparavant, nos locataires ne devraient pas être trop impactés par cette période de confinement. Si nous avons des occupants en difficultés – cela devrait représenter moins de 10 % des mètres carrés que nous louons -, nous étudierons, au cas par cas, chaque situation afin de les accompagner au mieux. Nous leur proposerons des reports de charges et de loyers qui pourraient s’échelonner jusqu’en 2021.

Quels éventuels enseignements pourriez-vous tirer de cette crise ?

Ma conviction profonde est qu’on ne mesure pas encore l’impact de cette crise sanitaire : son impact économique sera plus important qu’on ne le pense aujourd’hui et il faudra probablement un peu de temps – au moins deux ans – pour retrouver la situation d’avant crise. Au sein d’Argan, nous nous préparons à cela. Cette situation est véritablement une leçon d’économie pragmatique.
Et c’est dans les moments de crise que l’humain se révèle. Les gens vont peut-être apprendre à vivre différemment, apporter un peu plus de tolérance dans notre système social souvent assez tendu. Et relativiser par rapport à nos petits malheurs, insignifiants face à une telle pandémie…

Jean-Claude Le Lan, en (quasi) confinement...

-Comment se déroule votre journée ?

Je suis au bureau toute la journée en permanence, à 500 mètres de mon domicile, et le moins qu’on puisse dire c’est que je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

-Quelle est la pièce préférée de votre logement ?

J’hésite entre mon bureau et mon salon.

-Que lisez-vous ? Avez-vous un livre à nous recommander ?

« Le climat après la fin du mois », de Christian Gollier, qui a été lauréat de la 33ème édition du Prix Turgot.

-Un album de musique à nous conseiller ?

J’écoute en grande majorité de la musique classique et les grands compositeurs.

-Comment faites-vous pour garder la forme ?

Les allers-retours entre mon domicile et mon bureau me permettent de garder la forme !

-Avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs et aux autres confinés ?

Profitez de ce confinement pour réfléchir à ce qui vous parait être important pour votre vie. C’est l’occasion de faire le point et, pourquoi pas, de prendre une nouvelle résolution…

Jean-Baptiste Favier

Chef des informations

Édito
par Thierry Mouthiez

le 30/03/2020

Délicate anticipation…

Anticiper n’est jamais aisé, d’autant plus en pleine crise sanitaire mondiale. Mais tout comme les pouvoirs publics commencent à se pencher sur l’après-confinement, tant d’un point de vue physique qu’économique, dans ce dernier cas à coups de milliers de milliards de dollars, d’euros…, les acteurs des marchés immobiliers doivent aussi se pencher sur leurs stratégies de l’après… De ce point de vue, les études et autres analyses des acteurs des marchés immobiliers que nous publions quotidiennement (et vous êtes, chaque jour, plus nombreux à nous lire) constituent autant de pistes…

Ainsi, BNP Paribas Real Estate a récemment fait valoir, dans une note sur l’impact de la crise sanitaire sur le marché immobilier français, qu’il « est aujourd’hui difficile d’établir une projection économique à court terme et d’évaluer, ainsi, l’impact sur la croissance économique de l’épidémie et de ses mesures associées pour l’année 2020 ». Cependant, le conseil souligne qu’en matière de bureaux, « même s’il existe une forte disparité suivant les secteurs, l’offre est globalement maîtrisée en France. Peu de risque de forte progression de la vacance à très court terme. Seuls les marchés déjà sur-offreurs pourraient connaître un réajustement à la baisse des valeurs locatives en cas de prolongement du confinement. De son côté, le volume des transactions devrait être impacté par le recul de plusieurs pans de l’économie. Certaines signatures vont se maintenir, mais être décalées dans le temps »…

Pour ce qui concerne les entrepôts, en ce temps de confinement et de recours massif à l’e-commerce, la « supply chain » est devenue un maillon essentiel de l’économie. Ce qui fait dire à Jean-Claude Le Lan, président d’Argan, dans nos colonnes, qu’« il faut que la vie économique puisse continuer. Et à cet effet, les entrepôts sont incontournables ». Bref, cette classe d’actifs qui avait déjà, depuis quelque temps, la faveur des investisseurs face à une demande en constate hausse, devrait la conserver…

Ce qui ne semble pas, pour l’instant et logiquement, le cas de l’immobilier commercial. BNP Paribas Real Estate précise, à propos de ce sujet, que « pour la troisième fois consécutive en 14 mois, les commerces français sont à nouveau frappés par une crise d’ampleur, sanitaire cette fois-ci après l’épisode des gilets jaunes en 2018 et les grandes grèves de décembre 2019 contre le projet de réforme des retraites. La fermeture des commerces physiques non alimentaires depuis le 15 mars, a fortement pénalisé de nombreuses enseignes. La vente à distance leur est alors essentielle pour garantir la continuité d’une activité commerciale significative. D’autre part, la gestion des baisses de chiffre d’affaires liées au ralentissement de la demande et le maintien d’une trésorerie pour la reprise seront déterminantes pour les enseignes ». Cependant, le conseil estime que « ces baisses, voire arrêts de fréquentation devraient laisser place à un retour à la normale assez rapidement dès la fin du confinement »… Mais, visiblement, les investisseurs ont du mal à l’anticiper.

S’agissant, en particulier, des centres commerciaux, nous avons eu l’occasion de l’évoquer à plusieurs reprise, un bon indicateur est représenté par l’évolution du titre de la foncière Unibail-Rodamco-Westifield (URW), tout simplement parce qu’il s’agit d’un leader mondial, au patrimoine « prime » s’il en est.

S’agissant d’une valeur cotée, il convient de noter les propos de Xavier Lépine dans une récente chronique. Le président de La Française soulignait que « coté valeurs mobilières, la rapidité des baisses de valeurs tant des actions que des obligations a été quasiment sans précédent, à l’exception de mémoire d’investisseur « moderne », celle d’octobre 1987… dans un monde beaucoup moins financiarisé. La chute de 2008 a été encore plus importante, mais un peu plus étalée dans le temps »… Surtout, « la discrimination s’est, en premier lieu, portée sur la liquidité possible des actifs et, en deuxième lieu, sur la perception de l’impact de cette crise par secteur : évidemment la santé, les télécoms, l’économie digitale étant moins affectés que la grande distribution physique, le tourisme ou le transport, sans compter les banques, les foncières de commerce.

Citons, par exemple, URW dont le rendement du dividende 2020, après une annonce de baisse temporaire de 50 %, est de 8 %, une capitalisation boursière qui a chuté à 8,7 milliards d’euros pour un patrimoine immobilier, y compris endettement, de 60 milliards. Les valeurs de dividendes/cours, même avec quelques trimestres de vaches maigres qui entraîneraient une baisse durable du dividende de… 30 %, ne justifient pas une telle décote »…

Tandis que les pouvoirs publics incitent aujourd’hui les entreprises à « la plus grande modération » dans le versement de dividendes en 2020, URW divisait de moitié le sien. Une sage décision, visant à privilégier le long terme au court terme. Mais loin de considérer les fondamentaux du groupe et sa stratégie, la Bourse, qui d’habitude se fait une règle de l’anticipation, l’a d’évidence oubliée. Pour l’instant…

Portrait

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