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André Yché (CDC Habitat) : « Résilience… »

Points de vueTerritoires

le 01 Avr 2020

S’interroger sur la « résilience », chère à Boris Cyrulnik, dans le contexte de crise qui est le nôtre ne peut qu’être un bon questionnement. André Yché, président de CDC Habitat, a souhaité apporter sa contribution au débat et a convoqué l’Histoire, dans cette tribune adressée en exclusivité à Immoweek.

 

Dans le champ médiatique touchant à l’économie, la compétitivité s’est évanouie pour faire place à la résilience. De quoi s’agit-il ? De la capacité d’une société, d’une économie, à redémarrer, à « rebondir » à l’issue d’une grave crise. Comment illustrer, dans l’histoire contemporaine, cette faculté ?

En 1870, la guerre franco-prussienne, devenue franco-allemande par suite des maladresses de Napoléon III, très malade, se termine par une véritable catastrophe : capitulation de l’Empereur à Sedan en septembre 1870, de Bazaine à Metz en octobre de la même année ; en 1871, à l’issue de l’armistice qui signifie l’amputation des provinces de l’Est, plusieurs mois de guerre civile ensanglantent la Capitale, l’armée des Versaillais écrasant la Commune sous le regard goguenard des Allemands. Au traité de Versailles, confirmé à Francfort, Bismarck impose des indemnités de guerre colossales, cinq milliards de franc-or, qui financeront le lancement de la sécurité sociale en Allemagne. La France, partiellement occupée, est à genoux.

Et pourtant, le relèvement est presqu’instantané : un premier emprunt de 2,5 millions de francs-or est souscrit plus de trois fois ; le second, émis à l’international pour le même montant, est souscrit quatorze fois. L’épargne étrangère afflue dans le pays. L’armée allemande évacue le territoire national, tandis que les lois militaires (Ney…) réorganisent, à partir de 1882, les armées de la République en constituant les régions militaires. Conquêtes coloniales, expositions universelles se succèdent, tandis que les échanges internationaux atteignent, en 1913, un niveau qui ne sera égalé qu’en 1970.

Quel est le ressort de ce formidable rebond ? C’est la profonde modernisation du pays engagé, depuis 1850, par le Second Empire libéral, ouvert aux idées sociales et au Saint-Simonisme ; le secteur bancaire, l’industrie et l’exploitation minière, les chemins de fer se développent rapidement, tandis que les villes se transforment et les grands magasins apparaissent : c’est l’ère des Frères Pereire, de Ferdinand de Lesseps, de Boucicaut et de Prosper Enfantin.

Sur le plan international, Guillaume II contribue puissamment, par sa morgue, à sortir la France de son isolement ; déjà Bismarck avait fini par indisposer Albion…

Au cœur de cette résilience : la banque, les transports, la distribution et surtout l’urbanisme et le bâtiment. L’Etat a accompagné, rassuré… mais c’est l’économie qui a rebondi, en même temps que la société.

Toutes les leçons de l’Histoire et la liste des ingrédients de la résilience sont là : l’Etat doit gérer la crise, mais c’est aux entreprises d’assurer l’après-crise et à la société dans son ensemble de relever la tête, ce qu’elle fait volontiers : après la défaite, le recueillement, vient la libération… La Belle Epoque !

Toute la question réside dans l’identification des ressorts de ce nouveau rebond : l’abondance d’épargne, les grands projets d’infrastructures (enfin !), l’urbanisme. Le Crédit Foncier, acteur essentiel de la transformation de l’urbanisme de la France à partir de 1854, n’existe plus. Pour la modernisation du pays, il reste la Caisse des Dépôts et sa projection territoriale, la Banque des Territoires. Tout espoir n’est donc pas perdu.

André Yché, président de CDC Habitat

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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