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Thomas Rivoire et Xavier Lièvre : « la crise va accélérer la digitalisation du secteur immobilier »

Points de vueGreen & Innovations

le 02 Avr 2020

Thomas Rivoire, co-fondateur d’Unlatch et Xavier Lièvre, notaire associé chez 14 Pyramides Notaires, en sont convaincus : la crise entraînera un mouvement plus fort de digitalisation du secteur immobilier. Ils s’expliquent dans le point de vue que nous reprenons ci-après.

La crise sanitaire que traverse le monde impacte fortement la construction et l’immobilier. En quelques jours, l’ensemble de la chaîne s’est grippée : fermeture des administrations pour l’obtention des permis de construire, chantiers arrêtés, agences et études de notaires fermées. Ces derniers ont annoncé signer 2 000 actes par jour, contre 15 000 en temps normal. Ce coup d’arrêt pourrait se révéler très difficile à gérer si des solutions ne sont pas trouvées. L’Etat a, certes, négocié avec les professionnels du bâtiment une poursuite a minima de l’activité de construction. Mais les informations qui remontent du terrain indiquent que la majorité des chantiers restent à l’arrêt. Ce qui soulève le problème du financement et de la solvabilité de ce secteur au cœur de l’économie.

Les promoteurs payent, en effet, à l’avancement du chantier. Si les travaux n’avancent pas, les entreprises ne sont pas payées. Les promoteurs eux-mêmes sont financés par les réservations des biens immobiliers lors de la signature notaire. Or, le bon déroulé des transactions s’avère extrêmement compliqué. En période de confinement, comment en effet attirer les acquéreurs potentiels en bulle de vente et signer les contrats ?

Le recours au numérique

C’est là que le digital a un rôle à jouer. On pense, évidemment, aux visites virtuelles pour les agences immobilières qui peuvent ainsi continuer à faire découvrir leurs biens immobiliers à des particuliers ayant plus de temps pour se pencher sur leur projet. Côté promoteurs, le numérique est susceptible de maintenir l’activité grâce à la signature électronique des contrats de réservation et la digitalisation des échanges. Une façon de rassurer les particuliers qui veulent éviter tout contact physique et aussi de palier le service ralenti de la Poste qui achemine habituellement les volumineux contrats. Bien d’autres services sont proposés par les jeunes proptech françaises parmi les plus dynamiques en Europe. Et il est heureux de voir que les professionnels s’en saisissent.

En l’espace de deux semaines, chez Unlatch, nous avons ainsi enregistré un accroissement de 25 % du nombre de programmes placés par les promoteurs sur notre plateforme de digitalisation du processus de vente. La crise a un effet accélérateur sur une tendance de fond qui était déjà à l’œuvre. Le premier résultat est de permettre la réalisation des ventes qui étaient dans les tuyaux depuis plusieurs semaines. Mais aussi d’offrir une expérience client plus fluide et plus simple.

Côté notaires, la digitalisation de leur activité est en place depuis longtemps et il ne manquait qu’une brique : celle du recueil du consentement à distance. Le sujet est en préparation depuis quelques années au Conseil Supérieur du Notariat qui a demandé au gouvernement d’accélérer la mise en place du fait du confinement actuel. Un décret, que l’on espère dans les prochains jours, doit permettre le déploiement temporaire de cette solution qui permettra notamment la signature des Vefa dans le secteur du logement, où les acquéreurs sont protégés par l’obligation pour les ventes et les procurations de signer des actes authentiques, à peine de nullité des ventes. La question de la comparution à distance est évidemment délicate car on touche au cœur du rôle du notaire : s’assurer de la comparution de la bonne personne et de son consentement, pour les garantir, sans présence physique, et conférer ainsi l’authenticité à l’acte. Cette solution s’ajoutera à celle de la procuration sous-seing privé qui reste possible pour les ventes dans l’ancien.

Préparer l’après

Cette crise sera difficile pour la construction et l’immobilier. Au moins doit-elle servir à identifier les solutions innovantes qui permettent de faire face dans l’immédiat, mais aussi de préparer l’avenir. Car il est certain que l’immobilier retrouvera sa place au cœur de l’économie une fois l’économie sortie de l’ornière. Les plus avisés auront pris un temps d’avance…

Thomas Rivoire, co-fondateur d’Unlatch et Xavier Lièvre, notaire associé, 14 Pyramides

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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