Chargement

fredday : bool(true)
retour Accueil > Logement > Chroniques > Recul inquiétant du recours au crédit.

Recul inquiétant du recours au crédit.

ChroniquesLogement

le 06 Mar 2014

Au-delà des transformations de l’environnement des ménages et des modifications de leurs habitudes de consommation, le recours au crédit est toujours un élément décisif de la réalisation des projets immobiliers et de consommation. Et pour la plupart des ménages qui recourent au crédit, les évolutions constatées durant les dernières années montrent que les utilisations sont plus raisonnées que par le passé : cela s’était déjà observé pour les crédits immobiliers durant les années 90, avec une meilleure préparation des projets, avec la montée de l’apport personnel… et au total, avec une forte diminution de la sinistralité1. C’est maintenant ce qui se constate pour les crédits à la consommation, avec le recentrage de leur usage afin de financer, pour l’essentiel, la réalisation de projets patrimoniaux et d’amélioration de leur cadre de vie.

Mais avec le déclenchement de la crise des dettes souveraines, les ménages ont été conduits à réviser leurs projets immobiliers et de consommation et à limiter leurs recours aux crédits. Le taux de détention des crédits2 est ainsi descendu, en 2013, au point le plus bas que l’Observatoire des Crédits aux Ménages3 a eu à connaître depuis 19894.

En 2009 déjà, sous l’effet de la grande dépression, le taux de global de détention des crédits par les ménages s’était rapidement replié : à 50,8 % en 2009, contre 52,6 % une année auparavant. Le taux de détention des crédits a poursuivi son recul en 2010, pour s’établir à 49,5 %. Puis il s’est à peu près stabilisé en 2011, à 49,4 %.

L’année 2012 a alors été profondément affectée par la crise des dettes souveraines et le taux de détention des crédits a encore reculé, à 48,6 %. Les ménages ont fortement révisé leurs projets de consommation, d’autant que sous l’effet de la loi Lagarde, ils ont continué de réduire leur utilisation des crédits renouvelables.

Et en 2013, le taux de détention des crédits a de nouveau reculé pour s’établir à 47,6 %. En l’absence de soutien public et après deux années de remise en cause des dispositifs d’aide et d’incitation (suppression du PTZ dans l’ancien, restriction et verdissement du PTZ dans le neuf, disparition du dispositif « Scellier »), le taux de détention des crédits immobiliers a diminué et la diffusion de l’accession à la propriété a reculé. La reprise du marché de l’ancien constaté dès le printemps 2013 n’ayant pas encore été assez rapide pour contrarier cette tendance récessive du taux de détention des crédits immobiliers qui est descendu à 31 %, contre 31,4 % en 2012.

Il est vrai que cette baisse est modeste, lorsqu’on observe la seule détention des crédits immobiliers : la durée des crédits contractés explique cette inertie. Aussi, le recul du taux global de détention des crédits par les ménages intervenu entre 2008 et 2013 (de 52,6 % à 47,6 %, ce qui représente une diminution du nombre de ménages endettés de l’ordre de 1,4 million d’unités !) s’explique essentiellement par l’effondrement constaté du côté des crédits à la consommation : et notamment5 par la baisse de la consommation en biens durables financée par recours au crédit.

En effet, compte tenu d’un environnement macroéconomique guère propice à la réalisation des projets de consommation durable (électroménager, automobile et motocycle, travaux d’amélioration du logement), l’usage des crédits à la consommation a connu un nouveau recul prononcé. D’autant que la suppression des mesures de soutien à l’automobile et les dispositions de la loi Lagarde ont accentué la dépression du marché des crédits à la consommation : 26,6 % des ménages détenaient ce type de crédits à la fin de l’année 2013 (contre 33,8 % en 2008 !), donc en deçà du point le plus bas constaté en 1995.

Dès 2009, l’usage des crédits à la consommation s’était fait moins intense. Lorsque les ménages sont inquiets sur leur avenir et que leur contrainte budgétaire devient plus prégnante (sous l’effet de la montée du chômage, par exemple), ils diffèrent en effet leurs projets de consommation durable : l’achat d’une automobile, par exemple, mais aussi le remplacement de l’électroménager ou l’acquisition d’un équipement de loisir (les bateaux et les caravanes, notamment).

De plus, dès la fin de l’année 2009, les ménages ont commencé à modifier leurs comportements à l’égard des crédits renouvelables. Avant l’entrée en vigueur des principales dispositions de la loi Lagarde en juillet 2010, ils ont réduit le recours à ces crédits et cette transformation s’est poursuivie depuis.

Le recul du taux de détention des crédits à la consommation observé en 2009 puis en 2010 a néanmoins cédé la place à la stabilisation en 2011. Mais l’embellie a été de courte durée et, dès 2012, l’usage des crédits à la consommation a de nouveau reculé : fortement en 2012 et plus modérément en 2013. Cette rechute s’explique par la dégradation économique générale (forte montée du chômage, stagnation voire dégradation du pouvoir d’achat…) invitant les ménages à plus de prudence dans la gestion de leurs dépenses, surtout lorsque leur financement fait appel au crédit.

Ces évolutions se sont alors traduites par le recul de la part des ménages qui contractent des crédits à la consommation directement auprès d’une banque ou d’un organisme de crédit : cette part représentant 18,4 % de l’ensemble des ménages en 2013 contre 21,5 % en 2008. Il en a été de même de la part des ménages qui contractent un crédit à la consommation sur le lieu de vente, avec 5,9 % en 2013 contre 7,2 % en 2008. La baisse constatée dans la diffusion des « cartes » de magasin a été en revanche nettement plus rapide, avec 5,4 % des ménages en 2013 contre 9,6 % en 2008. Sous l’effet de l’application de la loi Lagarde, les ménages ont donc sensiblement modifié leurs pratiques de gestion budgétaire et de financement des petits achats de consommation.

A cet égard, les évolutions intervenues depuis 2009 dans les usages des crédits à la consommation accompagnent la plus grande prudence des emprunteurs. Ils ont ainsi allégé certaines de leurs pratiques antérieures, celles qui les conduisaient à rechercher des crédits à la consommation pour financer des dépenses de loisirs ou des dépenses de consommation courante, voire des placements financiers, des dépenses de santé ou les impôts : ces utilisations qui concernaient 13,9 % des ménages en 2007 ne sont plus le fait que de 8,4 % des ménages en 2013.

Lorsque les ménages utilisent des crédits à la consommation, c’est donc toujours et à titre principal pour réaliser des projets de consommation. En 2013, en dépit des évolutions économiques et financières, 24,9 % des ménages détenaient des crédits pour acheter un (des) bien(s) d’équipement de la maison, une automobile, une moto ou payer des travaux d’amélioration du logement. Néanmoins, il convient de souligner que le poids relatif de cette catégorie de ménages qui était resté pratiquement stable jusqu’en 2011 (ils étaient 29,3 % en 2009 et 28,7 % en 2011) a nettement reculé depuis 2012. Ainsi en est-il de l’usage des crédits à la consommation pour financer des véhicules automobiles, des motos ou des biens d’équipement de la maison (21,1 % des ménages étaient dans cette situation en 2013 contre 25,6 % en 2009). Mais dans le même temps, la part des ménages qui financent des travaux d’amélioration du logement par des crédits à la consommation est restée à peu près stable.

Si le taux de détention des crédits à la consommation a reculé depuis 2009, c’est donc autant parce que les ménages ont modifié leurs pratiques de financement à crédit des dépenses de consommation courante, fortement incités en cela par les orientations législatives que du fait de l’abandon de projet de consommation durable sous l’effet de la crise économique et/ou de dispositions législatives nouvelles.

Pourtant, au cours du printemps 2013, la demande de crédits immobiliers s’est redressée : le marché de l’ancien s’est débloqué, la demande en attente de réalisation n’entendant plus les annonces répétées d’une future baisse des prix. Dès lors, les fondamentaux des marchés ont repris le dessus : les déterminants macroéconomiques et financiers de la demande, bien sûr, mais aussi les conditions de la revente des logements sur le marché de l’ancien. Et comme les dispositifs d’aide et d’incitation à la demande ne peuvent plus être dégradés, la demande peut commencer à se redresser. Alors que la perspective d’une reprise économique (modérée) se précise, que la stabilisation et la décrue à venir du chômage se confirment, les intentions de souscription de nouveaux crédits dans les six premiers mois de 2014 s’améliorent : aussi bien pour les crédits immobiliers que pour les crédits à la consommation. Après deux années de détérioration des marchés, l’embellie est remarquable, même si le dynamisme dont la demande avait fait preuve durant la première moitié des années 2000 paraît lointain.

Michel Mouillart,
Professeur d’Économie à l’Université Paris Ouest – Frics

————————-

1 – Exemple, sur ce point : « Du surendettement », Immoweek, n° 690, 11 avril 2013.

2 – Le taux de détention des crédits mesure la part des ménages qui détiennent des crédits immobiliers ou des crédits à la consommation, en fin de chaque année.

3 – La photographie des ménages détenant des crédits que propose la 26ème vague de l’enquête réalisée par TNS-SOFRES pour l’Observatoire des Crédits aux Ménages (Fédération Bancaire Française) a été prise en novembre 2013. L’enquête a été réalisée par voie postale auprès d’un échantillon représentatif de 13 000 ménages : 9 878 ont répondu dans les délais (le taux de sondage est donc de 2 620ème), le taux de réponse (76 %) restant particulièrement élevé pour ce genre d’enquête.

4 – Pour une analyse plus détaillée, le lecteur pourra se reporter à : • Michel Mouillart, « L’assurance-emprunteur », Fédération Bancaire Française, 26ème rapport annuel de l’Observatoire des Crédits aux Ménages, janvier 2014, 18 pages. • Michel Mouillart, « Le tableau de bord de l’Observatoire des Crédits aux Ménages », Fédération Bancaire Française, 26ème rapport annuel de l’Observatoire des Crédits aux Ménages, février 2014, 12 pages.

5 – Ce qui est particulièrement gênant pour l’ensemble de l’économie, compte tenu du rôle important que la consommation en biens durables joue dans la dynamique générale et sur l’emploi : cela est vrai pour le secteur de l’automobile ou pour celui de l’électroménager, par exemple.

La rédaction d'immoweek

Édito
par Anthony Denay

le 06/12/2022

Simi 2022 : c’est parti !

Le salon du Simi a ouvert ses portes pour trois jours le mardi 6 décembre. La rédaction d’ « Immoweek » est mobilisée pour vous faire vivre cet événement !

Le coup d’envoi de cette nouvelle édition du Simi a officiellement été sifflé, ce mardi 6 décembre en direct du Palais des Congrès de la Porte Maillot. Pendant trois jours, les acteurs de l’immobilier, qu’ils soient promoteurs, asset managers ou investisseurs, vont se croiser, échanger, prendre date pour de futurs partenariats ou opérations en commun. Un détail peut-être, mais en ce mardi matin, l’atmosphère qui règne dans les allées (déjà bondées) du salon nous ramène quelques années en arrière ; plus de visiteurs masqués, plus de contrôle du Pass sanitaire à l’entrée, plus d’œillades craintives à son prochain de peur qu’il ne nous contamine. Un retour vers le passé et, espérons-le, vers le futur, bienvenu après plusieurs éditions du Simi marquées par l’incertitude de sa tenue et le stress inhérent au contexte sanitaire. Parenthèse refermée. « Immoweek » a installé son stand et son matériel afin de vous faire vivre cet événement via une série de podcasts que vous pourrez consulter sur notre site internet. Telamon, Union Investment, Epamarne, P3 Logistic, Prologis, Altarea, Icade… Autant d’acteurs-clés de l’immobilier dont les représentant viendront présenter la stratégie ainsi que les objectifs à notre micro. Sans oublier les tables rondes atour de thèmes marquants tels que le recyclage urbain ou le Plan Bâtiment Durable… Espérons que ce rendez-vous marquant de l’immobilier sera l’occasion d’une émulation mutuelle entre les acteurs, d’où émergeront des idées innovantes pour le secteur. Bon salon à toutes et tous !

Portrait

Chargement

Page 0 /

Vis à vis

Zoom 1

Vous devez être connecté pour télécharger le magazine