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Révision

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le 27 Août 2014

Chaque trimestre, les estimations réalisées par l’Insee des agrégats de la comptabilité nationale – tels le Produit Intérieur Brut (PIB), le revenu disponible des ménages où les taux de marge des entreprises – sont révisées afin de tenir compte des informations statistiques nouvelles ou de celles dont le chiffrage a été amélioré depuis la précédente publication.

Les corrections qui sont faites sont généralement « mineures », même si parfois, lorsque la conjoncture économique est particulièrement tourmentée, il faut attendre une ou deux années pour préciser s’il s’agissait véritablement d’une récession ou plutôt d’une stabilisation de l’activité économique générale.

Pour autant, comme les séries statistiques trimestrielles publiées sont « corrigées des variations saisonnières », les estimations proposées lors de chaque publication sont susceptibles de varier depuis 1980. Elles ne sont donc pas figées, même si les révisions sont généralement de très faible ampleur. Et il faut bien dire que les conséquences de tout cela passent le plus souvent (pour ne pas dire toujours) inaperçues, sauf de quelques « spécialistes ».

Mais depuis le 15 mai 2014, l’ensemble des agrégats ont été modifiés depuis 1949. Les comptes nationaux ont en effet changé de « base »1 : ils sont désormais en base 2010, suivant la nouvelle version du Système européen de comptes.

Un tel changement de base intervient tous les 5 ans. Il donne l’occasion d’introduire des innovations conceptuelles, de réviser les méthodes de traitement des données, d’intégrer de nouvelles sources plus aptes à décrire la réalité et la complexité des situations économiques ou de corriger des erreurs qui ont été détectées.

Puis, durant toute la durée « de vie » d’une base, les méthodes et les sources sont « figées » afin d’éviter les ruptures dans les séries et les indicateurs associés (taux d’épargne des ménages, taux de croissance de l’économie…) : c’est alors la mesure des évolutions qui est privilégiée plutôt que l’exactitude des niveaux.

Pour simplifier, le passage en base 2010 s’est accompagné d’une modification substantielle2 : les dépenses de « recherche et développement », qui étaient comptabilisées auparavant en tant que consommations courantes, sont maintenant considérées comme de l’investissement. La conséquence principale de cela a alors été un relèvement sensible du niveau du PIB3.

Sur l’année 2010, le niveau du PIB est ainsi révisé à la hausse de 3,2 % (+61,8 milliards d’euros). Pour les trois-quart, cette hausse résulte du passage en base 2010 et pour l’essentiel de l’intégration des dépenses de « Recherche et Développement » parmi les investissements, et pour le reste de l’actualisation des sources et des méthodes statistiques. Mais dans l’ensemble, et pour se limiter aux années récentes, le rythme d’évolution du PIB n’a pas été fondamentalement affecté : mesuré en « volume aux prix de 2010 » suivant les normes habituelles en la matière, le taux de croissance de l’économie française, qui avait été de +1,2 % en moyenne chaque année entre 2009 et 2013 suivant la « base 2005 », n’a été que très légèrement revu à la baisse, pour s’établir à +1,1 % en moyenne chaque année.

Pour autant, cela a une conséquence inattendue mais néanmoins prévisible : l’effort de la collectivité en faveur du logement, qui était déjà orienté à la baisse depuis 20124, est tiré un peu plus vers le bas du fait de la révision à la hausse du PIB. Alors certes, les modifications sont mineures, mais elles méritent attention compte tenu du caractère emblématique de l’indicateur. Ainsi, en base 2005, l’effort de la collectivité représentait 2,11 % du PIB en 20115 : en base 2010, cet effort est de 2,07 % pour cette même année. Alors que la baisse de l’effort de la collectivité est toujours aussi rapide, le niveau de l’indicateur est un peu plus tiré vers le bas : 1,93 % en 2013 et 1,82 % attendu en 20146, avant même la prise en compte des conséquences que les décisions du récent Collectif budgétaire auront à cet égard.

Une autre conséquence « indirecte » mais remarquable de cette modification intervenue dans le mode d’enregistrement des dépenses de « Recherche et Développement », la part de la valeur ajoutée des entreprises (plus précisément, des sociétés non financières) consacrée aux dividendes baisse régulièrement depuis 2009 en base 2010, redescendant en 2013 au niveau qui était le sien dans la seconde moitié des années 19907 : en base 2005, et cela avait largement alimenté le débat « social » et les déclarations sur le rôle de la « finance » dans la société, cette part s’était redressée rapidement dès 2011, après le choc de la grande dépression, pour retrouver dès 2012 les niveaux élevés qu’elle tutoyait encore en 20088.

Décidément, et surtout lorsqu’elle change de base, la statistique publique est pleine de surprise et de rebondissements.

Surtout que dans le même temps, les ménages se sont appauvris : en base 2010, leur revenu disponible9 est de 1 326 milliards d’euros en 2013, donc de 1,8 % inférieur au niveau qui était le sien en base 2005. Ecrit autrement, le changement de base a fait perdre aux ménages plus de 24 milliards d’euros. Certes, il ne s’agit ici que des conséquences des modifications intervenues dans les conventions et les méthodes de la comptabilité nationale… mais tout de même : le rythme d’évolution du revenu disponible a été aussi sensiblement affecté et pour se limiter au passé récent, alors que le pouvoir d’achat des ménages10 avait stagné depuis 2009 en base 2005, il a reculé de 1 % en base 2010 (et même de près de 2 % depuis 2010).

Si on regarde maintenant du côté des agrégats de la comptabilité nationale permettant de décrire l’activité immobilière, on s’aperçoit que là aussi les modifications sont loin d’être négligeables. Tel est le cas, par exemple, de la FBCF en logement des ménages : cette Formation Brute de Capital Fixe mesure, pour simplifier, leurs investissements dans les logements neufs et dans les gros travaux d’amélioration et d’entretien de leurs logements. Cette FBCF-logement mesurée en « volume aux prix de 2005 » (donc dans l’ancienne base) avait reculé de 1,8 % (seulement) au total entre 2010 et 2013 (-0,6 % par an, en moyenne) : et cela essentiellement à la suite du décrochage constaté par les comptables nationaux à partir de 2012. D’après les nouvelles estimations, la FBCF-logement des ménages aurait reculé en fait de 4,2 % entre 2010 et 2013 (-1,4 % par an, en moyenne) : et le décrochage serait en fait intervenu dès le 2ème trimestre 2011. Pourtant, l’amplitude et le calendrier de la chute de cette FBCF constatée durant les deux années de la grande dépression est à peu près comparable quelle que soit la base considérée : -14,8 % en deux ans en base 2005 et -16,1 % en base 2010. La crise actuelle s’est donc déclenchée « plus tôt » que constaté jusqu’alors, elle a été plus brutale… de quoi inquiéter encore plus les pouvoirs publics, sans doute.

Un changement de base n’est donc pas seulement un exercice anodin et qui n’intéresserait au total que quelques macro-économistes et prévisionnistes perdus dans un autre monde.

C’est aussi l’occasion de réfléchir sur la pertinence de certaines conclusions, qui pouvaient paraître définitives jusqu’alors, de certains diagnostics qui semblaient pourtant fondés…

Michel Mouillart,
Professeur d’Économie à l’Université Paris Ouest – Frics

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1 – « Les comptes nationaux passent en base 2010 », Insee, mai 2014.
2 – Sans oublier, en outre, une évolution dans la comptabilisation des échanges extérieurs ou dans la description de l’activité des entreprises d’assurance (révision en profondeur de l’exploitation des états comptables des assureurs). Le territoire économique de référence étant de plus en plus élargi, en raison de l’intégration des opérations économiques et financières réalisées dans le département de Mayotte.
3 – En réduisant fortement les consommations intermédiaires, cette modification majore en effet d’autant la valeur ajoutée et donc le PIB.
4 – « Aides au logement, un effort à refaire ? », Immoweek, 17 janvier 2013.
5 – L’effort de la collectivité en faveur du logement avait été de 2,16 % en 1983, au point haut mesuré depuis le milieu des années 1970.
6 – Au point bas de ces 40 dernières années, l’effort de la collectivité en faveur du logement était descendu à 1,74 % en 2004.
7 – De l’ordre de 2,5 %, en moyenne chaque année. En effet, le traitement maintenant réservé aux dépenses en R&D, en réduisant substantiellement les consommations intermédiaires, majore d’autant la valeur ajoutée des entreprises. Ce qui joue évidemment à la baisse sur la part des dividendes versés dans la valeur ajoutée.
8 – De l’ordre de 6 %, alors !
9 – Le revenu disponible des ménages comprend leurs revenus d’activité, les revenus du patrimoine et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs : l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation et les Contributions Sociales Généralisées (CSG) et Contribution à la Réduction de la Dette Sociale (CRDS).
10 – L’évolution du pouvoir d’achat des ménages se mesure par la différence d’évolution intervenue (durant une année donnée, par exemple) entre le revenu disponible et l’indice des prix à la consommation.

La rédaction d'immoweek

Édito
par Anthony Denay

le 06/12/2022

Simi 2022 : c’est parti !

Le salon du Simi a ouvert ses portes pour trois jours le mardi 6 décembre. La rédaction d’ « Immoweek » est mobilisée pour vous faire vivre cet événement !

Le coup d’envoi de cette nouvelle édition du Simi a officiellement été sifflé, ce mardi 6 décembre en direct du Palais des Congrès de la Porte Maillot. Pendant trois jours, les acteurs de l’immobilier, qu’ils soient promoteurs, asset managers ou investisseurs, vont se croiser, échanger, prendre date pour de futurs partenariats ou opérations en commun. Un détail peut-être, mais en ce mardi matin, l’atmosphère qui règne dans les allées (déjà bondées) du salon nous ramène quelques années en arrière ; plus de visiteurs masqués, plus de contrôle du Pass sanitaire à l’entrée, plus d’œillades craintives à son prochain de peur qu’il ne nous contamine. Un retour vers le passé et, espérons-le, vers le futur, bienvenu après plusieurs éditions du Simi marquées par l’incertitude de sa tenue et le stress inhérent au contexte sanitaire. Parenthèse refermée. « Immoweek » a installé son stand et son matériel afin de vous faire vivre cet événement via une série de podcasts que vous pourrez consulter sur notre site internet. Telamon, Union Investment, Epamarne, P3 Logistic, Prologis, Altarea, Icade… Autant d’acteurs-clés de l’immobilier dont les représentant viendront présenter la stratégie ainsi que les objectifs à notre micro. Sans oublier les tables rondes atour de thèmes marquants tels que le recyclage urbain ou le Plan Bâtiment Durable… Espérons que ce rendez-vous marquant de l’immobilier sera l’occasion d’une émulation mutuelle entre les acteurs, d’où émergeront des idées innovantes pour le secteur. Bon salon à toutes et tous !

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