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Jana Revedin : « je vous parle de Venise, la ville la plus résiliente du monde »

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le 31 Mar 2020

Jana Revedin, architecte PhD, chercheuse, professeure, présidente-fondatrice – à Paris – des Global Awards for Sustainable ArchitectureTM, est une femme engagée, une citoyenne du monde et une professionnelle accomplie. Brice Lefranc, pour Immoweek, l’a jointe à Venise où elle vit. Un échange qui n’a rien de confiné…

Vous n’avez pas attendu la crise sanitaire qui nous touche pour parler de « ville résiliente ». Depuis Venise où vous vivez, quel message pouvez-vous adresser aux lecteurs français d’Immoweek ?

Chaque crise est une chance, si on ne se fait pas prendre par le cynisme ou, encore pire, par un romantisme dangereux. Serons-nous différents, après cette crise ? Cela dépend de chacun de nous. Les conséquences économiques – et politiques, j’en suis sûre – d’une pandémie sont évidentes, mais d´abord compte la vie elle-même. Venise, que j’ai vue depuis mon arrivée dans les années 1980 être de plus en plus envahie et aussi horriblement abîmée par un tourisme de masse, sans concept ni contenu, est en train de retrouver, je le vois, je le vis, sa dimension de ville à la mesure de l’homme.

On redécouvre les vraies qualités de ce lieu ?

C’est la ville résiliente par excellence ! Conserver un équilibre entre l’eau de la mer et celle de la lagune avec ses inondations régulières ; vivre avec le vent, le soleil, une géologie instable sableuse, des infrastructures et des architectures datant de 1500 ans, les innovations de transport et de confort des derniers 150 ans ; l’invasion par un tourisme de consommation express… Imaginez, nous sommes 40 000 habitants et Venise reçoit 30 millions de visiteurs par an ! Mais, Venise résiste car chaque lieu attire et développe son milieu. Depuis une douzaine d’années, un tourisme de culture et de nature s’est réinstallé, exactement comme il y a 100 ans. Au cours des années 1920, après la Grande Guerre dévastatrice et la grippe espagnole, un petit groupe de visionnaires a réinventé cette ville dépeuplée et appauvrie. On a inventé les festivals des arts nouveaux, film, dance, théâtre expérimental et on a développé le Lido comme « île nature », qu’on découvrait par la nage, la rame, le golf, l’aviation sportive. Aujourd’hui, la Biennale, les fondations d’art et de culture, les bio-agritourismes sur les îles de la lagune attirent à nouveau cet autre tourisme, pour des visiteurs qui restent en ville, qui souhaitent vraiment la découvrir. Le milieu a changé, en mieux.

Comment y vit-on en ce moment ?

On ne croise que les résidents, on se reconnaît dans la rue, on se salue avec un sourire. C’est cette qualité de respect mutuel que l’on pourrait réapprendre avec une telle crise, qui sera une coupure et qui nous fait entamer une phase de réflexion de longue durée. Si on a sous-estimé une qualité dans notre vie globalisée « à toute vitesse » et « à toute croissance », c’est le sens de la mesure.

Vous enseignez l’architecture en plusieurs langues, en Europe et ailleurs… D’où peut venir le changement que vous appelez de vos vœux ?

Du respect, de la curiosité pour l’« autre » et pour « l’autrement ». Mes années d’apprentissage en architecture et urbanisme m’ont fait quitter mon pays, l’Allemagne, pour les deux Amériques. Quand à mon retour j’ai accepté de m’intégrer à l’agence d’Aldo Rossi en 1987, j’ai vu l’Europe avec d’autres yeux. J’avais découvert la beauté de la diversité des lieux et de ses milieux. C’était le début de la globalisation de notre métier et le projet de création « à toute vitesse » commençait à s’installer dans les agences. Je me suis promise de suivre une méthodologie de conception adéquate à mon « regard extérieur », chez Rossi, mais surtout lorsque j’ai fondé ma propre agence, et de la développer dans le temps. C’est ainsi que la « conception radicante » est née. Depuis lors, dans mes projets comme dans tout projet pédagogique et collectif, avant tout geste créatif, avant le premier trait, on recherche l’unicité politique, économique et écologique – donc géographique, géologique, environnemental… – d’un lieu, en étudiant en parallèle son milieu, ses caractéristiques culturelles et sociales. Cette approche a déjà une histoire, grâce à des architectes théoriciens et d’autres penseurs, à l’exemple d’Alexander Tzonis et Kenneth Frampton avec leur « Régionalisme Critique » ; à Richard Sennet avec son « Éthique pour la ville », qui critique définitivement la tabula rasa et le faire architecture et ville selon des standards occidentaux colonisateurs obsolètes. Mais, bien sûr, aussi grâce à des praticiens et pédagogues qui se sont battus dans la même direction que moi, tels le Rural Studio in Alabama ; l’Ecole de Talca, au Chili ; au collectif Al Borde, en Equateur ; Wang Shu, en Chine ; Patama Ronrakwit et Boonserm Premthada, en Thaïlande ; Salma Samar Damluji, au Yémen ; Ammar Khammash, en Jordanie…

Vous avez créé, à Paris, en 2006 le Global Award for Sustainable Architecture que vous présidez toujours à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Quel premier bilan ?

Mon idée était de récompenser, chaque année, cinq architectes praticiens ou chercheurs qui contribuent à un développement urbain et architectural plus équitable et durable. Ils expérimentent une approche innovatrice et participative pour répondre aux besoins des sociétés en changement, certains par le biais de l’écoconstruction, d’autres par des projets d’émancipation civique… Sur le fond, ils sont réunis par une même bataille éthique : la création de conditions de vie meilleures pour tous. L’originalité de ce prix, qui n’est pas récompensé par de l’argent, est l’idée d’une fédération. Aujourd’hui, on se retrouve avec 70 lauréats fédérés dans une communauté, autour d’une volonté de penser et faire architecture autrement.

Cette fédération agit comment ?

Depuis 2007, on travaille, on écrit, on recherche, on enseigne ensemble, à travers tous les continents, les langues, les cultures et des pratiques du métier si différentes. Nous soutenons des mouvements militants émancipateurs pour le droit à la ville ; nous nous entraidons pour que chacun puisse entrer à l’université, afin d’enseigner une approche différente de la conventionnelle. Nous avons construit ensemble des « projets rebelles » qu’aucun de nous n’aurait pu mener seul comme, par exemple, la rénovation collective de l’Ile de Zhoushan, au large de Shanghaï. C’est mon ami Wang Shu, l’un des premiers lauréats, qui avait reçu la commande de rénover cette petite île de pêcheurs, pour en faire une aire de détente pour les habitants de Shanghaï, avec un programme culturel. Wang Shu voulait rénover les quartiers du port et y insérer des équipements culturels avec soin dans ce très ancien paysage, mais pour le Gouverneur, rénover voulait dire raser tout et construire une station touristique. Tout seul, Wang Shu ne pouvait pas convaincre les autorités, on n’est jamais prophète en son pays, comme on dit en plusieurs langues. Alors, il leur a proposé de faire ce grand projet avec une équipe internationale d’architectes, lauréats du Global Award. Il m’a appelé, j’ai appelé tout le monde. Une dizaine d’entre eux était disponible. Le Gouverneur a financé l’opération, pour qu’ils viennent, partagent l’analyse du site faite par Wang Shu à la « radicante » et, surtout, travaillent ensemble. En se présentant avec une « task-force », reconnue de l’extérieur par un prix international, il a entraîné le politique.

Un travail d’équipe, donc ?

L’architecture ne devrait pas être un métier de concurrence, mais un métier de solidarité. Solidarité dans le sens de la confiance envers l’autre, qui saura bien mener sa part de l’ouvrage commun. Dans une approche collective comme celle instaurée avec Wang Shu, nous ne sommes pas restés seuls entre architectes. D’abord, on s’est divisé le travail selon nos expériences et savoir-faire, comptant sur qui du dessin urbain d’ensemble, qui intéressé par rénover, qui plutôt de musées ou de restaurants. On a divisé le travail selon cette logique de la compétence. Mais après, chaque équipe a travaillé avec des experts choisis ensemble : scientifiques, artisans, hommes des métiers locaux. Et combien nous avons appris par et avec eux ! La passion d’un botaniste pour ce vieux paysage construit par l’homme. Le souci de l’artisan pour son artefact. La prise de risque quotidienne du pécheur, ses gestes précis, sa confiance dans le temps long. On se sentait en 1925 au Bauhaus où, je le rappelle, aucun des enseignants d’architecture choisis par Walter Gropius n’était… architecte !

Une approche différente de celle de « l’architecte beaux-arts » ?

Parce que l’architecte travaille « au service de la société », Gropius le disait si bien, en citant Vitruve : « ce qui est utile est déjà beau ». Utile à la protection, au confort, à l‘usage quotidien. Utile, dans un sens plus large, à l’émancipation civique, à l’inclusion, à la résolution des inégalités et des urgences. Et devant quelle urgence on se retrouve aujourd’hui, sur notre planète terre habitée par presque 8 milliards d’hommes ? Quand, en 1931 au CIAM de Zurich, Gropius, Giedion et Moholy-Nagy formulaient les six critères de l’« écologie urbaine », toujours valides, je le signale au passage, on comptait 1 milliard d’habitants. Face à un scénario de 8 milliards d’habitants, le rôle de l’architecte comme homo faber, être qui fabrique, est dépassé. Savoir construire n’est qu’une étape de notre mission contemporaine. Concevoir les milieux habités pour 8 milliards d’hommes exige bien d’autres capacités et responsabilités : l’adaptation à tous les contextes, à toutes les ruptures ; la flexibilité face à la vitesse des Grandes Transitions, urbaine, digitale, économique…. Mais aussi la résistance aux faux progrès : les dogmes modernistes qui ont échoué, la course aux « green-high-techs » que seule une minorité pourra s’offrir. Il nous faut l’écoute du besoin de développement et de responsabilité des habitants, qui réagissent comme citoyens de la terre à la dégradation de leur cadre de vie. Il nous faut la capacité d’adapter notre habitat au dérèglement climatique et à l’épuisement des ressources, rupture majeure vers quoi tout converge. Il y a cent ans, face aux surgissements de l’ère industrielle et de la grande ville qui furent eux aussi d’une grande brutalité, les architectes et les penseurs du Bauhaus, entre autres, se donnaient l’ambition extraordinaire de « civiliser le Monde moderne, au rythme des sociétés en changement ». Pourquoi nous, architectes du 21ème siècle, ne nous donnerions-nous pas l’ambition extraordinaire de sauver ce même Monde, au rythme des écosystèmes en changement ?

Dans « La Ville Rebelle », l’ouvrage collectif que vous avez dirigé, vous dites : « il se passe quelque chose qui fait qu’on ne peut plus penser la ville comme avant « . Qu’en-est-il aujourd’hui ?

Ces changements de paradigmes écologiques et sociaux sont déjà arrivés. La ville est en soi un acte de civilisation, un modèle de convivialité pour l’humanité. Mais le droit à la ville n’est jamais acquis, il faut se battre pour l’obtenir. C’est dans l’espace public que la « civilité » d’un peuple s’installe et se prouve. Nous devons retrouver cette ville à la mesure de l’homme, qui soit vivace, efficace pour son travail, pour ses échanges, son éducation, mais qui lui procure aussi le confort des distances courtes, des rythmes lents, de beauté touchante, comme on peut l’apprendre de Venise. Vous savez quel adjectif mes étudiants français, spécialement ceux de première année, se donnent dans leur définition idéale d’architecte ? Engagé. Complet. Responsable. Innovateur. De confiance. L’architecture européenne contemporaine prend ce nouveau chemin. Les architectes adaptent la construction, l’habitat et la ville à la transition écologique, alors même que l’Europe reste protégée du choc qui frappe d’autres continents, confrontés au manque d’eau, d’air sain, d’énergie propre, d’espaces et de lieux publics partageables par tous – et la pandémie Covid-19 va changer, de ce point de vue, le regard que l’Europe porte sur elle-même. Mais ces pays du « Sud Global » qui affrontent de plein fouet la sécheresse ou la submersion des zones côtières contiennent d’extraordinaires foyers d’innovation. Parce que l’urgence de trouver des solutions talonne et stimule la recherche. Parce qu’ils ont, forcément, une vision inclusive et équitable du Globe. Pour moi, le futur de la ville est au Sud.

Vous insistez beaucoup sur la nécessité de passer d’une architecture de produit à une architecture de processus, avec co-programmation, co-conception, co-réalisation en « œuvre ouverte ». A qui s’adresse ce message ?

Ces étapes sont celles expérimentées dans ma théorie de la ville radicante et je les change et mets au point avec chaque projet, avec chaque recherche. La première est la co-programmation, donc la recherche du lieu, l’arpentage de sa géographie et de sa matérialité comme la recherche de son milieu, des besoins et aspirations de ses habitants. Si on saute cette première phase, par exemple, on retombe dans le passé, on se retrouve à refaire des projets « beaux-arts ». Des beaux projets peut-être, mais qui manquent d’ancrage, d’enracinement dans leur contexte. Et qui manquent de la dimension du vrai besoin. Le projet « radicant » en revanche, et c’est pour cela que j’ai choisi cette analogie botanique, est une morphologie de croissance pluri-racinée. Les plantes radicantes, le lierre, la glycine, consolident leurs habitats par leurs fines et multiples racines. Elles laissent leur empreinte, en forme « d’œuvre ouverte », donc sans fin, planifiée par personne. Et comme eux, chaque projet radicant, réalisé ou non, laisse son empreinte dans la mémoire collective du lieu. Si on saute les autres phases du processus, par exemple en ne prenant pas le temps pour la co-conception, on se punit soi-même. Souvenez-vous des expériences merveilleuses de création collective du projet de Zhoushan, en Chine ! Si, « last but not least », on n’aspire pas à une possible co-réalisation, par et avec les usagers mêmes et toutes les parties-prenants possibles, on perd la mission démocratique même de notre métier.

Vos lignes de recherche actuelles ?

Trois lignes : quel nouveau rôle l’architecte peut-il assumer, dans sa société, à l’heure du changement des paradigmes écologiques et sociétaux ? Comment élaborer des solutions appropriées, « right-tech », pour procurer l’accès aux hygiènes, aux énergies, aux ressources, aux mobilités ? Comment utiliser l’expérimentation pour développer une nouvelle économie de la matière et de la construction, locale, nationale, globale ?

Je crois dans la dimension synergétique de la recherche, qui nous maintient conscients de ne jamais savoir assez. Et je crois dans une architecture de grand engagement, de grande culture qui soit, comme disait mon maître Aldo Rossi « enracinée, mais universelle ».

JANA REVEDIN

Née en 1965 à Constance, en Allemagne, Jana Revedin est architecte diplômée du Politecnico de Mila, docteur en architecture et urbanisme de l’université IUAV de Venise avec une thèse sur le mouvement réformiste allemand du Bauhaus, habilitée à la direction de recherche. Professeur titulaire à l’Ecole Spéciale d’Architecture de Paris, elle est membre du laboratoire de recherche du CNRS « Environnement, ville, société » et déléguée de l’Unesco à la Commission d’éducation et de recherche de l’Union Internationale des Architectes. Elle a enseigné à l’université IUAV de Venise et aux universités de Umea et Karlskrona, en Suède.

De 2005 à 2012, elle a dirigé le concours étudiant européen d’architecture durable gaudi. En 2006, elle a créé le Global Award for Sustainable ArchitectureTM, donnant vie à un collectif mondial d’échange et d’expérimentation scientifique et professionnelle. Sa théorie de la « conception radicante » propose la transformation collective de la ville contemporaine à partir d’une morphologie « en œuvre ouverte », en intervenant selon des processus participatifs interdisciplinaires. Auteure d’ouvrages de référence sur l’architecture et la ville durables et leur enracinement éthique et sociopolitique, spécialiste du Bauhaus, elle est lauréate du prix Teaching Excellence AESOP (2013) et du Prix international du concours Urban Revitalization of Mass Housing d’UN Habitat (2014).

Chevalier des Arts et des Lettres en 2014, elle a été lauréate de l’Académie d’Architecture : Médaille de la direction de la meilleure thèse de doctorat, 2016 ; Médaille de la prospective, 2017.

Son essai biographique « Jeder hier nennt mich Frau Bauhaus : Das Leben der Ise Frank » (DuMont, Cologne 2018, SPIEGEL Bestseller 2018 et 2019) sur l’influence émancipatrice de la journaliste Ise Frank, seconde épouse de Walter Gropius, sur le mouvement du Bauhaus, a été nominé au Prix Grimme, le Prix Walter Kempowski Niedersachsen et le prix de la Foire de Leipzig en 2019.

Son dernier essai, « Margherita », raconte la réinvention de Venise, au cours des années 1920. Sera publié chez Aufbau, Berlin en août 2020.

www.revedin.com

Brice Lefranc

chef de rubrique

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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