Chargement

fredday : bool(true)
retour Accueil > Logement > Interviews > Patrick Amico et Romain Dubois (ICF Habitat) :...

Patrick Amico et Romain Dubois (ICF Habitat) : « les bailleurs sociaux ont pleinement joué leur rôle social pendant la crise »…

InterviewsLogement

le 12 Mai 2020

Patrick Amico (à gauche) et Romain Dubois (à droite)

Alors que le confinement touche à sa fin, les bailleurs sociaux ont été scrutés et particulièrement sollicités pendant la crise sanitaire, avec un rôle social à jouer pendant et un rôle économique à jouer pour l’après. Patrick Amico, président du directoire d’ICF Habitat Sud-Est Méditerranée, et Romain Dubois, directeur général du groupe ICF Habitat, ont présenté tous deux les initiatives de leur groupe.

Comment s’est mis en place le confinement chez ICF Habitat ?

Romain Dubois : un accord en matière de télétravail est en place depuis plusieurs d’années, très structuré, qui a vu l’équipement des collaborateurs. Nous étions déjà rodés avec les grèves de cet hiver, ce qui nous a permis d’avoir deux populations distinctes : le personnel de proximité, qui a continué à être opérationnel et l’intégralité du personnel administratif, qui a pu travailler depuis le domicile dès le premier jour. Notre baromètre interne montre que nos collaborateurs s’adaptent et apprécient les outils, mais une minorité commence à souffrir de l’isolement ou d’autres difficultés, comme le problème des petits logements ou des enfants à domicile…

Quelles initiatives avez-vous prises pour vos locataires ?

Patrick Amico : des réseaux de proximité se sont mis en place pour ne pas perdre le contact, d’abord par le contact téléphonique, extrêmement important et la première initiative que nous avons mise en place via nos conseillères sociales et nos agents administratifs vis-à-vis des personnes isolées et/ou de plus de 80 ans. Nous avons pu apprendre à mieux les connaître et les rediriger vers les services sociaux adéquats et nous continuons à le faire… Ensuite, le contact a été physique, via nos employés d’immeuble : par définition, ils ne sont pas tant assignés à résidence, mais font partie de celle-ci. Toujours présents, toujours en patrouille, ils montrent aux locataires que la société n’a pas abandonné l’entretien, la sécurité et l’encadrement de ses résidences, ils sont vus par les locataires ; au final, un ensemble très important psychologiquement pour les locataires.

Romain Dubois : ICF Habitat a un lien historique avec ses locataires, souvent cheminots ou retraités cheminots. Ces derniers font partie intégrante de la vie d’une résidence, souvent en tant que présidents de l’association des locataires ; ils sont primordiaux pour relayer nos messages, identifier les locataires fragiles, les cas suspects et les incivilités. Les gestionnaires de résidence peuvent s’appuyer sur les associations de locataires, avec cette fibre « cheminote ». Une cellule psychologique a été mise en place pour les personnels de proximité qui ont dû affronter des décès dans leur résidence. ICF Habitat, comme l’ensemble des bailleurs sociaux, a joué pleinement son rôle social pendant cette crise : dans la banlieue de Nantes, un petit immeuble a été mis à disposition pour accueillir des femmes sans-abri en grande difficulté ; trois jeunes femmes victimes de violences conjugales ont été relogées en urgence il y a deux semaines encore.

Avez-vous des cas de locataires en risque d’impayés ?

Patrick Amico : il y a plusieurs sujets. Vis-à-vis des locaux d’activités que nous gérons aussi, des locataires commerciaux nous ont fait valoir qu’ils affrontaient de graves problèmes et nous avons mis en place des mesures de report ou de prises en charges de loyers, des mesures qui seront toujours évolutives dans le temps.  Nous avons des locataires, dans le résidentiel, qui se retrouvent avec des revenus fortement compromis et en situation d’impayés totaux : grâce à notre dispositif de réseaux de proximité, nous pouvons surveiller de très près de telles situations et nous pouvons prendre contact avec eux pour évaluer la gravité de ce problème, au cas par cas. Ce que nous faisons correspond à ce que prévoient les protocoles de plusieurs ESH, en évitant des mesures de report de loyers trop complexes. Cela fonctionne très bien : notre taux d’impayés aujourd’hui n’est pas extrêmement différent du taux « normal ».

Romain Dubois : la crainte que les impayés se multiplient existe toujours, bien sûr ! Nous remarquons une petite hausse depuis le début de l’année, avec un taux d’un peu moins de 2 % en avril 2020 pour l’ensemble du groupe, moins liée à la crise de coronavirus qu’aux grèves et à une précarisation d’une partie de nos locataires. Le logement social devient de plus en plus l’endroit où on accueille les personnes les plus vulnérables de la société. Une évolution qui reste supportable, mais seulement grâce à un accompagnement au plus près de nos locataires.

Avez-vous songé à annuler les loyers de vos locataires, résidentiel comme commercial ?

Romain Dubois : non. Nous risquons d’y être contraints par la force des choses pour nos locaux d’activités. Nous sommes tout à fait ouverts à chaque cas individuel en difficulté, pour mettre en place un plan individualisé d’étalement, de report… L’annulation est inutile en raison de notre schéma d’accompagnement. Par définition, de toute façon, un bailleur social a besoin de recettes pour pouvoir fonctionner. La part de nos locataires salariés reste importante, avec la mise en place immédiate des dispositifs de chômage partiel.

Patrick Amico : un loyer commercial est dans une activité marchande et totalement lié au chiffre d’affaires de l’exploitant, tandis qu’un logement social est lié aux revenus du locataire, ainsi qu’aux aides qu’il perçoit. Or, on est rarement dans le cas d’un locataire privé de l’intégralité de ses ressources, ne serait-ce que grâce aux aides sociales qu’il perçoit de la part de la collectivité. Annuler les loyers dans ce contexte serait vraiment paradoxal.

Comment se présente l’après pour ICF Habitat ?

Romain Dubois : il faudrait d’abord savoir comment il se présente pour tout le monde. Ce qui impacte à la fois la problématique de nos locataires et celle de notre société. Sortir du confinement sera plus facile que d’y entrer, avec un dispositif différent selon les territoires. Nous avions déjà anticipé cette sortie, mais globalement, il faudra poursuivre massivement le télétravail pour nos emplois administratifs, tout simplement parce que nos bureaux ne sont pas adaptés partout au respect des mesures barrière. Au-delà, les salariés auront des problèmes personnels à gérer, qu’il s’agisse de leurs enfants, de l’impossibilité de mettre en place la restauration collective… Pour les personnels de proximité, la charge de travail ne changera pas ; ils disposeront, bien entendu, des équipements de sécurité sanitaire nécessaires, mais la question du contact avec autrui, en période de déconfinement, sera cruciale et nous cherchons les meilleures solutions pour rassurer à la fois nos collaborateurs et nos locataires.

Patrick Amico : pour ICF La Sablière ou pour les autres filiales du groupe à Paris, l’accès aux sites sera, bien sûr, subordonné aux questions d’accès aux transports en commun. L’après, évidemment, ce sera la relance des chantiers, dans leur majorité encore à l’arrêt. En quoi consistera la relance en France et dans les pays occidentaux, avec une partie de la population fragilisée ? Dans ces conditions, le logement devra être prioritaire dans ces conditions et l’offre de logements sociaux devra être démultipliée.

Quelles sont vos propositions pour accompagner la relance de la production ?

Patrick Amico : les chiffres actuels sont, bien sûr, affolants puisque dans certaines zones nous avons constaté une baisse de 50 % de la production de logements. 60 % de la production aujourd’hui, il faut le rappeler, concerne de la Vefa provenant des promoteurs ; même si nous faisons partie des maîtres d’ouvrage qui produisent beaucoup sur nos propres fonciers ou appartenant à d’autres, nous sommes intégrés à ce dispositif-là et fortement impactés par les futures problématiques des promoteurs. CDC Habitat ou Action Logement regardent déjà comment accélérer les opérations pour garantir qu’elles sortiront et seront proposées à des prix raisonnables pour tous ; nous sommes dans le même processus afin de relancer le plus vite possible les chantiers arrêtés et en lancer de nouveaux dans un horizon d’un à deux ans. L’immobilier est, par définition, non-délocalisable et mobilise une forte main-d’œuvre.

Romain Dubois : un des leviers qui pourrait rendre plus facile le redémarrage, c’est une disponibilité de foncier plus aisée, qu’il s’agisse du foncier ferroviaire, privé ou des collectivités territoriales. S’il est aussi difficile d’obtenir du foncier à l’avenir que comme ce fut le cas ces trois dernières années, la reprise sera compliquée…

Arthur de Boutiny

Journaliste Rédacteur

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

Chargement