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Bernard Devert (Habitat et Humanisme) : « la fin de la trêve hivernale sera-t-elle un printemps pour tous ? »

Points de vueLogement

le 23 Fév 2021

Nous poursuivons avec le président d’Habitat et Humanisme la publication de ses points de vue sur le sujet du mal-logement. Bernard Devert entend mobiliser les acteurs du logement et nous lui ouvrons volontiers nos colonnes pour lui permettre de se faire entendre.

Les « jours de l’après » se rapprochant, transparaît le risque qu’ils soient comme ceux d’avant. Plus qu’une déception, surgirait alors un accablement. Des blablas, dirait-on, incapables de donner le « la » à ce changement attendu et quasiment promis.

Ce possible printemps, veillons à ne point le faner. Il est de notre responsabilité d’en être les « jardiniers ». La terre nous est donnée pour arracher l’injustice qui la met en danger, comme le rappelle si justement François dans son Encyclique « Laudato Si ».

Les semences ne sont pas virtuelles si nous parvenons à mobiliser les semeurs pour que se dessinent « les jardins de l’amitié sociale » aux fins de les ouvrir à ceux qui, abrités pendant cette trêve hivernale, ne sauraient être rejetés à la rue.

Emmanuelle Wargon, ministre du Logement, fortement engagée sur cette situation, précise que plus de 200 000 personnes sont concernées, d’où sa décision de reporter la fin de la trêve au 1er juin.

Le temps presse et oppresse plus encore ceux confrontés à ce demain si proche. Seront-ils maintenus dans un hiver sans fin ou bien connaîtront-ils, eux aussi, un printemps.

Nous ne trouverons pas de réponse en trois mois, sauf – et ce mot peut sauver – si nous acceptons d’étudier à frais nouveaux le serpent de mer qu’est la vacance des logements ; elle est au nombre de 3 millions. Un chiffre qui ne sort pas de mon « chapeau de jardinier », mais des rapports des pouvoirs publics et d’instances comme l’Insee, rappelant que la vacance a progressé de 55 % entre 2006 et 2019.

Une vacance qui n’est pas conjoncturelle pour s’être installée, observant que plus de 700 000 appartements sont inoccupés depuis plus de quatre ans et ce, dans des villes où les besoins sont grands.

Une vacance considérable pour représenter sensiblement 10 % des résidences principales, soit l’équivalent des logements construits sur dix années !

Une mobilisation qui entraînerait une réduction de 8 à 10 % de cette vacance aurait pour effet d’ouvrir 300 000 portes ! Les fermer, c’est maintenir le drame de l’urgence alors qu’il est possible de l’atténuer très sensiblement.

D’aucuns imaginent des procédures de réquisition, observant que lorsqu’elles ont été utilisées, elles se sont avérées décevantes.

Les situations de misère ne reculent pas à coup d’injonctions, mais dans une attention à l’autre, ce prendre-soin qui a changé les cœurs et les esprits pendant cette pandémie, jusqu’à voir autrement les soignants, jusque-là oubliés.

L’heure est de trouver l’audace d’un changement pour que ces « jours de l’après » traduisent un autrement. Une relance s’étudie ; puisse-t-elle s’élancer pour que nous mettions le cap sur une solidarité actée.

Il nous souvient de ce cri : et la tendresse, bordel ! Et si ces logements inoccupés en devenaient le signe, mettant fin au bordel – j’ose répéter ce mot – qu’est ce grand désordre social auquel, finalement, nous nous sommes habitués sans être blessés par ce qui blesse les plus vulnérables de nos concitoyens.

Déplorable, ce mépris à l’égard de ceux qui, n’ayant pas d’adresse, sont dans une mort sociale, condamnés à disparaître. Les invisibles ! Bon sang ! Leur descente aux enfers naît de nos enfermements nourris de jugements ou de silences égoïstes et désabusés.

Cette situation ne saurait être plus longtemps tolérée. Péguy disait très justement que les braves gens ne mouillent pas à la grâce.

Aussi, devons-nous braver l’injustice et nous mouiller pour que cet insupportable fléau disparaisse.

Un printemps est possible ; il nous faut maintenant aller ensemble sur le terrain et voir comment nous allons nous y prendre vis-à-vis des bailleurs, du champ associatif et des services de l’Etat.

Trois démarches concomitantes se révélant comme des semences pour ce jardin de l’amitié sociale, à savoir :

  • accompagner le propriétaire d’un logement vacant à devenir un bailleur

J’entends inquiétudes et réserves, notamment lorsque le bien a été acquis en vue de la retraite ou d’aider un proche. Quelle garantie nous sera-t-il demandé pour avoir la certitude de bénéficier à la date fixée du logement et quelle indemnité si d’aventure un dommage se présentait ?

Nombre de ces bailleurs potentiels sont aussi paralysés par le coût des travaux de mise aux normes et l’impérieuse nécessité d’offrir un logement maîtrisant les charges énergétiques. Les investissements peuvent être lourds, d’où les questions : quel concours financier puis-je obtenir et qui peut m’aider à préparer les dossiers de financements souvent complexes ?

Réponses à ces justes interpellations :

Habitat et Humanisme, comme locataire, prendra à ce titre l’engagement de sécuriser la libération du logement à la date qui sera fixée d’un commun accord.

Habitat et Humanisme supportera les travaux dans le cadre d’un bail à réhabilitation dont la durée sera impactée par le montant de l’investissement et le temps nécessaire pour le remboursement des prêts et des fonds propres apportés.

L’usure du bien ou la dégradation qui pourrait subvenir sera prise en charge par Habitat et Humanisme.

Les conditions sont ainsi réunies pour valoriser le patrimoine et mettre fin au « sommeil » du bien. Les fenêtres de la fraternité s’ouvrent.

  • Mobilisation de notre Mouvement pour crédibiliser l’atténuation de la vacance,
    1. appel à la générosité publique, fléchée vers une aide pour atténuer les charges locatives. Pour le loyer, relevant du Prêt Locatif Aidé d’Insertion (PLAI), soit 5 euros du mètre carré habitable, l’Aide Personnalisée au Logement (APL) solvabilise l’occupant.
    2. développement de l’investissement solidaire par une souscription au capital de la Foncière Habitat et Humanisme qui étudiera et fera réaliser, après l’obtention des financements, les travaux de remises aux normes.
    3. recherche d’accompagnants pour que, lors de la remise des clés, un parrainage soit proposé, brisant l’isolement ; l’opération a pour objectif de remettre les personnes debout.
  • Recherche auprès des services de l’Etat d’une participation qui, sans être acquise, se présente sous des auspices positives.

Ce concours est recherché pour la mise en œuvre d’un contrat-cadre avec les grands bailleurs publics, voire privés, pour que les logements relevant d’une occupation temporaire soient bien libérés à la date convenue.

Il sera recherché auprès de la DRIHL, en concertation avec le ministère du Logement, une participation à ces investissements eu égard à l’impact social qu’ils suscitent.

Chaque printemps est un éveil à la vie ; partageons-le en ne laissant point dans l’hiver les éloignés qui n’ont d’autre choix que de faire le 115 ou d’être éprouvés par la dureté de la rue, l’indécence de l’abri et l’indifférence.

N’ajoutons pas aux difficultés qui seront traversées le fatalisme et les doutes. Ensemble, ayons le souci de faire du neuf en nous laissant habiter par l’ambition d’ouvrir des portes et l’humilité créatrice de simplement commencer. Tout ce qui sera réalisé sera annonciateur d’un renouveau.

Bernard Devert
Habitat et Humanisme
06.73.68.28.58

Valérie Garnier

Directrice de la rédaction

Édito
par Thierry Mouthiez

le 01/03/2021

La France, championne du « sale and lease back »…

« Les transactions de type « and lease back » en Europe ont atteint un total de 8,4 milliards d’euros en 2020, en augmentation de 8,5 % par rapport à la moyenne quinquennale » relève Savills dans une analyse sur ce type d’opération.

Le conseil explique que « malgré un volume de transactions inférieur de 10 % l’année dernière en comparaison avec 2019, une corrélation historique et significative s’observe entre les prix de l’immobilier et l’activité « sale and lease back » : lorsque les rendements baissent, le nombre de transactions augmente. La période actuelle est donc favorable à ces opérations. La hausse des prix incite les propriétaires-occupants à vendre leurs biens, alors même que les opportunités d’investissement sont rares sur le marché »…

Dans ce contexte, « la France arrive en tête quant aux « sales and lease back » en Europe, grâce à un certain nombre de transactions de grande envergure » comme le note Savills, qui précise que « l’activité a été principalement soutenue dans l’Hexagone par la vente stratégique de bureaux, notamment celle du projet « Harmony », futur siège d’ENGIE à La Garenne-Colombes ». L’Allemagne arrive en deuxième position, suivie par les Pays-Bas, puis le Royaume-Uni…

Et la tendance « devrait se poursuivre en 2021 ». Ainsi, Oli Fraser Looen, « joint head of regional investment advisory, EMEA » chez Savills, d’estimer que « le besoin grandissant des entreprises de trouver des liquidités pour renflouer leurs bilans ou effectuer des acquisitions dans l’environnement actuel et celui de l’après-covid permettra aux transactions de « sales and lease back » de gagner en popularité tout au long de l’année 2021. Nous pensons assister à un nombre record de transactions de « sales and lease back » initiées par des entreprises au deuxième semestre 2021. Ces ventes seront accueillies par le bloc grandissant de détenteurs de capitaux en quête d’actifs de long terme permettant de compenser leur passif »…

Donc, plutôt une bonne nouvelle pour les investisseurs. Quant à savoir si la France restera en tête…

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