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Emmanuel Launiau (Quartus) : « je voudrais aussi vous dire quelque chose de notre métier »…

Points de vueTerritoires

le 30 Oct 2020

Son engagement, ses valeurs : c’est une profession de foi du promoteur que livre, dans cette tribune qu’il nous a adressée, Emmanuel Launiau, le président de Quartus.

Notre métier est souvent stigmatisé et même parfois caricaturé, réduit à une vision condescendante de métier d’argent et de béton, avide de profit et se souciant peu de bien loger et de bien construire. La promotion immobilière est pourtant essentielle à l’économie, aux emplois sous-jacents, mais pas seulement.
A l’heure d’une crise du climat qui s’annonce en même temps que la crise sanitaire, à l’heure d’une crise du pouvoir d’achat (on parle du logement comme du premier poste de dépenses des ménages), à l’heure d’un monde en profonde mutation démographique, sociologique, la promotion immobilière est utile.

Contribuer au changement

Notre métier a beaucoup changé. D’échelle en premier lieu, où poussés par la digitalisation nous avons été invités à réfléchir, en mode collaboratif, non plus sur une fiche de lot, mais sur un morceau de territoire. La ville est devenue notre ambition. Et avec elle, la prise en compte de ses enjeux, qui ne sont rien d’autres que ceux de notre société : enjeux du climat, de la sobriété énergétique, de la biodiversité, de la sécurité, de la santé, de la cohésion sociale, mais encore de la vieillesse et de l’éducation.
Si nous ajoutons que notre secteur est l’un des plus polluant et consommateur de ressources – il représente 40 % de la consommation d’énergie dans le monde, 20 % des émissions de gaz à effet de serre et utilise 40 % des matières premières mondiales (3 milliards de tonnes/an) -, cela nous donne une responsabilité collective particulière vis-à-vis de ce qu’on produit, délivre et sur la façon de le faire. C’est une chance, une opportunité formidable pour notre métier, c’est un défi que nous relevons.

Avec une économie qui doit et va se mettre de plus en plus au service du vivant, la promotion est invitée à se réinventer, à expérimenter pour promouvoir aussi aux côtés des collectivités, des aménageurs, l’intérêt public. Notre métier se transforme pour se nourrir de matière grise et de contribution sociétale. La série des Réinventer Paris, la Seine, la Métropole, les appels à projets innovants en région… illustrent notre mobilisation et scellent notre adhésion.

Aller à la rencontre de l’autre

Ces changements de paradigme s’accroissent encore sous la pression des nouvelles aspirations individuelles : l’usage et l’économie immatérielle, un besoin de plus de communs, l’immixtion du travail dans l’espace de vie, l’envie de nature, l’ »empowerment » (faire soi-même pour soi-même). Et aussi par le développement du numérique qui permet une plus grande prise en compte des attentes et une concertation élargie, mais aussi un accompagnement personnalisé des clients et une offre de services plus complètes (conciergerie digitale, services de quartier, domotique). Là encore, la promotion immobilière s’adapte rapidement pour proposer de nouvelles offres à ses clients, qu’ils soient individuels ou institutionnels.

Sur l’esthétique urbaine, notre métier aussi joue, doit jouer un rôle majeur, et est en responsabilité. La beauté, nous en averti Stendhal, est une promesse de bonheur. Sa présence en ville ne se discute pas. Et même si cette notion est subjective, nous devons en avoir la motivation. La standardisation de l’offre de logements doit renouer avec une qualité attentionnée au confort, à la santé, au bien-être, à l’évolution des modes d’habiter. Les architectes doivent être davantage au centre des projets. Les designers et les professionnels de l’usage aussi.

Les villes sont soumises à des tensions importantes entre nature et urbanité, collectif et individuel, mobilité et sédentarité. Les villes sont devenues hybrides et leur croissance s’accélère, même si certains profèrent l’inverse, nous parlant de décroissance. Mais qu’est-ce que la décroissance ? La fin du progrès ? Ne plus avoir assez d’imagination pour penser qu’il existe une croissance raisonnable et raisonnée ? La France compte 4 millions de mal logés, l’Ile-de-France a besoin de 70 000 logements par an. Il faudrait arrêter de construire ? Bien sûr, il faut privilégier la sobriété foncière, le recyclage urbain et mesurer l’impact de ce que l’on produit. Quand je passe de 240 KWH par m2 par an dans le logement ancien à 50 KWH par m2 par an dans le logement neuf, je fais de la performance, pas de la décroissance.
Croissance, décroissance des villes rien n’y fait, il nous faut promouvoir l’esthétique urbaine.

Participer au débat

Le sujet de la densité nous concerne et pour sortir des injonctions contradictoires entre loger les gens, mais sans s’étaler et sans monter, dans lesquels certains voudraient nous perdre et eux avec, nous devons en débattre et proposer aux élus, aux concitoyens, avec les architectes des solutions. Elles existent, certains voient dans l’animation, la diversité, la vue sur le grand paysage, la beauté (encore elle) des pistes pour parler de densité raisonnée ou densité perçue. Certains les expérimentent comme Christian de Portzamparc avec les îlots ouverts.
D’autres sujets, l’artificialisation des sols, l’accès au logement, l’évolution de nos modes de travail, les matériaux… concernent notre métier. Nous devons réfléchir et aider à réfléchir pour nos métropoles, penser la polycentralité sans céder au concept du village et ne pas vivre sous la contrainte du premier kilomètre et à défaut, tout miser sur le dernier.

Plaisir de création

Je veux terminer par vous dire le plaisir que j’ai d’exercer ce métier, riche de la diversité des sujets qui le concerne et du sens qu’il donne à nos pratiques. C’est un métier d’expérience, où vous ne vous ennuyez que quand vous le décidez ! C’est un plaisir chaque fois renouvelé lorsque je franchis le pont entre le commerce et la création. Et même si dans notre métier, le chemin est long du projet à la chose, je suis fier aussi de pouvoir dire que je participe à loger les gens et à créer des espaces qui transforment nos villes pour les rendre plus inclusives, plus belles et plus écologiques.

Emmanuel Launiau
Président de Quartus

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Thierry Mouthiez

le 10/05/2021

Des perspectives de bon augure en régions…

Récemment, nous basant sur deux études conjoncturelles portant sur les marchés lyonnais et lillois, nous affirmions qu’elles « laissent à penser que les régions font parfois mieux que résister ».

En effet, tandis que la demande placée de bureaux a enregistré une baisse de 30 % en Ile-de-France au 1er trimestre, « le marché des bureaux en régions des six principales villes (Lyon, Lille, Nantes, Aix/Marseille, Bordeaux et Toulouse, ndlr) reste stable » sur la même période par rapport à l’année dernière souligne BNP Paribas Real Estate dans une nouvelle analyse.

Le conseil précise que « le volume global des transactions atteint 197 300 m2, soit une légère progression de 1 % sur un an à la même période ». Ou encore qu’ « avec un volume de transactions similaire au premier trimestre 2020, l’offre disponible à un an connait une hausse de 14 % sur un an et représente désormais 1,71 million de mètres carrés ».

Un constat qui « concerne aussi bien l’offre neuve (+22 %, soit 605 300 m²) que celle de seconde main (+10 %, soit 1,1 million de m²). Ce qui fait dire à Jean-Laurent de La Prade que « les bureaux devront répondre aux nouveaux usages afin d’attirer les salariés, en proposant une qualité architecturale irréprochable, avec des espaces extérieurs et un soin particulier sur le design ou encore le bien-être. Roof top et terrasses sont plébiscitées et deviennent a minima du « nice to have », sans oublier l’agilité avec des espaces réversibles et/ou des espaces de coworking qui permettent d’envisager de mixer le bail classique et le flex. Enfin, l’impact RSE est déterminant, tout comme l’inclusivité et l’ouverture sur la ville ».

Concernant les loyers, la société de conseil précise que « malgré le contexte de crise, les valeurs locatives en régions demeurent stables et ne fléchissent pas. On assiste, globalement, à une nouvelle hiérarchisation des valeurs locatives selon les qualités intrinsèques du bâtiment avec des mesures d’accompagnements qui sont en légère hausse pour atteindre parfois 15 % ». Et le directeur général adjoint de BNP Paribas Real Estate Transaction, en charge des régions, de conclure : « au-delà de ces chiffres très rassurants quant à la résilience de nos marchés, nous constatons que la demande exprimée auprès de BNP Paribas Real Estate au cours des trois premiers mois n’a baissé que de 13 % par rapport à l’an dernier, voire de seulement 2 % par rapport à la moyenne à cinq ans. Les mesures annoncées et la vaccination devraient accélérer la sortie de la crise et engendrer un rebond et un effet de rattrapage. Dans ce contexte, les perspectives d’évolution du marché des bureaux en régions sont de bon augure »…

Ce qui ne peut, très certainement, que réjouir un peu plus les dirigeants d’Inéa, par exemple, qui parient sur les marchés régionaux depuis plus d’une vingtaine d’années maintenant ! En effet, cette foncière qui se présente elle-même comme « spécialiste des bureaux neufs dans les principales métropoles régionales » peut faire valoir de beaux résultats, y compris en cette période de crise sanitaire : un chiffre d’affaires consolidé pour le premier trimestre en hausse de 12,6 %, après 7,4 % au 1er trimestre 2020, ou encore un taux d’encaissement des loyers du premier trimestre qui s’élève à… 99 % ! Et Philippe Rosio, son président, de déclarer que « les résultats enregistrés en ce début d’année confortent le positionnement de la société. Le taux de recouvrement des loyers et l’activité locative soutenue reflètent à la fois la qualité des locataires et l’attractivité des immeubles de bureaux neufs dans les régions ». Tout en soulignant que « le développement des métropoles régionales a été considérable : nouvelles infrastructures, nette amélioration de l’accessibilité (lignes de tramway et LGV) et, aujourd’hui, le haut débit. En 20 ans, ces villes ont connu un véritable boom démographique (+16 % en moyenne, voire +25 % à Toulouse, Nantes, Rennes ou Montpellier) »… Et la crise sanitaire et ses conséquences laissent supposer que ce n’est pas fini…

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