Chargement

fredday : bool(true)
retour Accueil > Logistique > Interviews > Thierry Bruneau (Catella Logistic Europe) :...

Thierry Bruneau (Catella Logistic Europe) : « la logistique doit développer des projets mieux réussis à tous plan »…

InterviewsLogistique

le 06 Avr 2020

Avec la crise mondiale liée au Covid-19, la logistique est devenue une activité encore plus essentielle « parce qu’elle traverse les combats » affirme Thierry Bruneau. Ce qui amène le président de Catella Logistic Europe (et son équipe) à une réflexion profonde sur les grands enjeux à venir de l’immobilier logistique. Il les développe, ici, pour les lecteurs d’Immoweek…

Estimez-vous que la « supply chain » hexagonale puisse répondre aux besoins actuels face à la crise sanitaire ?

La logistique a, depuis plusieurs années, été considérée comme de la simple exécution de fonction opérationnelle destinée à assurer approvisionnement, stockage, préparation, permettant assemblage, production et distribution. Le grand développement de ces dernières années intégrant des paramètres de choix stratégique était uniquement guidé par la taille XXL, les dorsales de localisation et une définition comme classe d’actifs pour investisseurs permettant une diversification des placements demeurant abordables en terme de rendement par rapport aux bureaux ou autres ensembles immobiliers « prime ».

Son rôle est déjà essentiel avec l’accompagnement de la croissance du e-commerce, des flux mondiaux et, surtout, l’instantanéité de la satisfaction des besoins. En quelque sorte « world to world without delay » pour employer une expression d’analyste « supply chain » qualifiant la nouvelle logistique. La crise majeure que nous traversons a mis en exergue le rôle et les fonctions de la logistique encore plus essentielles en y intégrant, en plus, son auto protection au sens large et la nécessité absolue d’une intégration sans faille de l’homme pour le traitement des opérations.

L’approvisionnement et le traitement sans à-coups, sans rupture, a montré, malheureusement, les limites des délocalisations et de la mondialisation à tous plans. La société doit repenser son organisation et ses priorités plus localement, panser le désordre financier et multiplier les épreuves de recherche de bon sens, de conceptualisation des projets nouveaux ou restructurés, gestion, circulation et interfaces homme/robotisation dans les vrais bassins régionaux. La chaîne de valeur des segments de marché éprouvés comme la santé, la production de biens stratégiques et les circuits raccourcis et raisonnés vont contribuer à la profonde transformation des « hubs » logistiques au plan européen. Les actifs logistiques sont positivement impactés et doivent accompagner encore plus les réponses aux enjeux économiques et environnementaux, non plus de demain, mais d’aujourd’hui.

Quels sont, selon vous, les points faibles ?

La logistique doit développer des projets mieux réussis à tous plan. La logistique a pourtant toujours montré son habitude de gestion des pics d’activité, les transports montrant, eux, leur signe classique de tension sur les moyens.
La rupture de charge que nous venons de connaître est due à la soudaineté et à la rapidité de la propagation de la pandémie, accompagnées par l’éloignement et l’atomisation des produits.

Quelles vont être les conséquences de cette situation sur les futurs développements d’entrepôts ?

Au plan plus macro économique, réindustrialisation avec stock et distribution de sécurité et proximité dans des localisations assurant ressources et fluidité du trafic routier. Logistique urbaine et e-commerce mutualisés pour organiser les flux de première importance (santé, pharmacie, alimentation). C’est la seconde phase de mutation numérique, disruptive, le remplacement des concepts hyper par la logistique urbaine et ses applications, restructuration des locaux obsolètes, optimisation des espaces urbains et rationalisation des livraisons. Maîtrise de fonciers durables pour ne perturber ni l’environnement, ni l’écologie, ni l’économie, mais garantir la production de projets logistiques majeurs et structurants. Face à la crise, la « supply chain » a plutôt bien répondu, mais en deux temps. Afin de se prémunir d’effet boomerang de nouvelle asphyxie possible, sanitaire ou non, l’un des points modérateur, pour ne pas dire constructif de cette crise va être et doit être de rééquilibrer les esprits en suggérant des nouvelles implantations logistiques raisonnées, plus responsables, donc plus locales.

Quelle activité pour Catella Logistic Europe et quelles conséquences sur la stratégie de développement ?

Nous anticipons de nouveaux besoins logistiques, de nouveaux sites intégrant taille humaine, robotisation de performance et sécurité, localisation guidée par l’emploi, la formation, la desserte et la complétude des implantations : entreposage, préparation et messagerie regroupés. Au plan stratégique, pour notre groupe, cela se traduit par des prises de position foncière concertées avec les utilisateurs, les opérateurs, les partenaires financiers, banquiers et investisseurs, ainsi que les élus. Le rôle des administrations sera capital, plus que jamais, dans les instructions de dossiers, depuis le permis de construire et autres autorisations d’exploiter, pour la France en particulier, les autres pays européens bénéficiant déjà des élans de réforme engagée.
Enfin, nous pensons que la réponse doit être macro économique et, donc, macro logistique en quelque sorte, à l’échelle du bloc européen, afin de reproduire localement des modèles robustes pour chacun. Il ne s’agit pas de fermer les flux par des barrières logistiques, mais de permettre à chacun de profiter de tout et partout de manière raisonnée, donc régulée. Les entrepôts sont des outils de régulation.

Cette situation va-t-elle renforcer l’intérêt des investisseurs pour la logistique ?

« Logistique » est devenu l’un des mots les plus prononcé depuis six semaines. Au plan business, la logistique demeure la classe d’actifs essentielle parce qu’elle traverse les combats. Celle-ci se définissait, hier, comme outil de gain de part de marché ; aujourd’hui, comme arme de défense et de précaution ; demain, structuration sociétale. Le monde financier et immobilier, très touché, devra se positionner sur la nouvelle création de valeur, renforcée.

Thierry Mouthiez

Directeur de la rédaction

Édito
par Thierry Mouthiez

le 23/11/2020

Paris toujours en (très) bonne place…

Il est toujours intéressant de voir comment les investisseurs internationaux appréhendent les marchés immobiliers hexagonaux. De ce point de vue, un récent rapport de M&G Real Estate permet de constater que pour ce gérant international à la tête de quelque 373 milliards d’euros d’actifs (au 30 juin dernier), dont 37 milliards d’euros pour la « branche immobilière », Paris figure en bonne place dans ses cibles.

D’une manière générale, M&G Real Estate souligne que « l’impact de la crise du Covid-19 a incité les investisseurs à repenser en profondeur leur manière d’appréhender l’avenir du secteur immobilier mondial ». Et de préciser : « la pandémie amène les investisseurs à faire face à des bouleversements économiques importants et imprévus, ainsi qu’à des changements majeurs dans l’équilibre entre vie professionnel et vie privée (…) Le fossé se creuse entre les actifs durables et les actifs « irrécupérables » » … Ou encore qu’en 2020, « la tendance sur les marchés mondiaux s’est orientée vers une aversion au risque de plus en plus marquée, à tel point que l’incertitude sur les marchés devient la « nouvelle norme » ». Tout en soulignant que « dans le même temps, les niveaux des obligations et les taux d’intérêt restent bas au Royaume-Uni et en Europe. Les actifs réels sont apparus comme la principale classe d’actifs refuge pour les investisseurs au profil diversifié ». D’autant plus lorsque  « les rendements immobiliers en Europe, au Royaume-Uni et dans la région Asie-Pacifique reflètent un « spread » record par rapport aux obligations »…

Pour ce qui concerne les marchés immobiliers en Europe, le gestionnaire relève, entre autres, que « les quartiers d’affaires d’Amsterdam, de Stockholm et de Paris font également preuve de résilience grâce à leurs emplacements centraux et à leur connectivité, qui contribuent à l’activité des clients et à la rétention des talents ».

Quant aux marchés hexagonaux eux-mêmes, M&G Real Estate met en avant le fait que « l’immobilier de bureau à Paris est central : en dépit de la frilosité lié au télétravail, les taux de vacance avant la pandémie étaient très bas, ce qui permet d’atténuer l’impact négatif sur la baisse potentielle des loyers. Le QCA parisien continue de faire preuve de résilience (présence de sièges sociaux, forte connectivité, capacité à renforcer l’attrait des entreprises et contribuer au recrutement de talents) ». Et précise aussi que « la logistique figure également en bonne place sur la liste de nos centres d’intérêt, avec un accent particulier sur les programmes du dernier kilomètre qui accompagnent les nouvelles tendances de consommation et de commerce électronique. L’augmentation de la population urbaine devrait entraîner une nouvelle hausse des loyers pour les actifs industriels situés aux bons emplacements et qui répondent à des exigences strictes ».

Et Audrey Tournereau, directrice de l’asset management pour la France chez M&G Real Estate, d’ajouter : « compte tenu de la dynamique de l’offre et de la demande à Paris et de la pénurie de logements, le résidentiel reste l’un de nos principaux axes stratégiques. Nous ciblons non seulement le secteur locatif privé dans des emplacements qui bénéficient du projet du Grand Paris, mais aussi les programmes de résidences pour personnes âgées »…

Bref, si les investisseurs internationaux ont tendance à se replier sur leur marché domestique, comme le relevait Nils Vinck, le directeur capital markets de Cushman & Wakefield, dans une récente interview, les marchés immobiliers hexagonaux en général et ceux de Paris en particulier ont toujours la cote auprès d’eux…

Portrait

Chargement

Page 0 /

Vis à vis

Zoom 1

Vous devez être connecté pour télécharger le magazine