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Le palmarès des pierres d'or

Le Professionnel de l'année

Alain Dinin

Nexity

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Le visionnaire

Alain Dinin cultive, à l’évidence, son image de patron « à part » du monde de la pierre : il aime, d’ailleurs, à répéter qu’il n’est pas « un homme de l’immobilier ».

En tout cas, quand il reçoit dans son bureau du dernier étage du siège de la rue de Vienne (avec une belle vue sur tout Paris), on le sent heureux et comme apaisé. Est-il utile de rappeler le parcours de notre « Pierre d’Or du Professionnel de l’Année » ? En quelques dates peut-être… 1951, celle de sa naissance à Boulogne-Billancourt ; 1975 : muni d’un diplôme de l’Ecole Supérieure de Commerce de Lille, le voici responsable administratif de l’Union Foncière et Financière ; 1979 : sa véritable entrée dans le monde de la pierre, le voici chez Férinel (son patron est un certain Bernard Arnault…) ; 1996 : il devient administrateur-directeur général de la CGIS… qui va être transformée en Nexity, dont en 2004, il est nommé président directeur général ; en 2019 enfin, le voici président du conseil d’administration de Nexity.

Ces quelques temps clés montrent bien l’ascension de celui qui a du beaucoup bataillé pour s’imposer (il parle avec malice de ces repas pris systématiquement dans un de ces restaurants où l’establishment aime à se retrouver : c’est aujourd’hui sa cantine, mais — ligne oblige — il y mange surtout des haricots verts). Celui qu’on a longtemps pris pour un « provin- cial » a fait de la maison dont il est le patron, le leader que l’on sait en intégrant la diversité des métiers, l’irruption des services, la digitalisation, la création d’une structure « non profit » à laquelle il est très attaché et qui lui sert d’oriflamme. Il est, d’ailleurs, toujours aussi étonné que ces « coups de gueule » (en mars dernier, dans « Le Monde », il reprochait ainsi au Président de la République « une réponse de technocrate débutant » dans une tribune intitulée : « Nous avons mal au logement ») restent sans écho (apparemment au moins) dans la profession. Et de se demander, patelin, « suis-je trop clivant » ?

De même sur sa vision de l’immobilier de demain. Et de choisir, pour illustrer son propos, le « parallèle avec le monde de l’automobile : ceux qui se contentaient de fabriquer une voiture uniquement moyen de locomotion, n’ont pas compris l’évolution de la demande. C’est exactement la même chose pour l’immobilier ! ». Et d’affirmer sans ambages : « le vrai client n’est plus l’investisseur, mais l’utilisateur ». Et « cette révolution est valable pour le logement comme l’immobilier d’entreprise ». Chez Nexity donc, on parle de client particulier, de client entreprise et de client collectivité. Sans oublier le client interne, c’est-à-dire les collabora- teurs du groupe…

Et ce qui amuse ce visionnaire, c’est désormais de pouvoir concentrer son travail sur la stra- tégie, le financement, les nouvelles idées, plus que sur l’opérationnel dont le dynamique et efficace Jean-Philippe Ruggieri est désormais chargé en tant que directeur général, assisté notamment de deux énarques de belle tenue, la punchy Véronique Bédague et le plus discret Julien Carmona. Et c’est ce qui frappe vraiment en rencontrant notre « Pierre d’Or » aujourd’hui : une forme de sérénité souriante (plus de cravate, des baskets au pied…), une allure de sage qui ne veut pas dire qu’il se désintéresse (du tout) de l’avenir de l’entreprise. Et de rappeler fièrement les 30 millions d’euros consacrés chaque année à l’innovation par le groupe. Sans oublier les résultats… Epargnons-lui de nous citer les chiffres (2018) du groupe, mais rappelons-les pour mémoire : 4,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; un backlog de 4,7 milliards ; 198 millions de résultat net « part du groupe » ; 10 000 collaborateurs, 19 600 logements neufs réservés, 126 000 m2 de bureaux livrés…

Face à tous ces résultats, on perçoit une fierté (légitime) chez ce père de quatre enfants, qui ne déteste pas le golf, mais dont l’implication reste totale. Il nous disait d’ailleurs, en mars dernier : « j’aurai pu poursuivre mes fonctions actuelles pendant deux ans encore. Je suis en bonne forme, mais je ne supporte pas l’idée d’être « indispensable ». Personne ne m’a rien demandé et j’ai pris cette décision en connaissance de cause et je dirai même, avec joie (…) Et je vais vous faire une confidence : ça va marcher… encore mieux ! ». A l’évidence, un avis très partagé…

Pascal Bonnefille

Les nommés :

Frédéric Bôl
Swiss Life Asset Managers France

Isabelle Scemama
AXA Investment Managers – Real Assets

Alain Taravella
Altarea

Karim Habra
Ivanhoé Cambridge

Pierre d'Or du Jury

Brune Poirson

Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition Ecologique et Solidaire

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Enthousiasmante !

Née il y a seulement 37 ans à Washington, Brune Poirson a eu un parcours universitaire brillant… et particulièrement international : donc pas d’Ecole Nationale d’Administration, mais une prépa lettres à Paris, Sciences-Po Aix, puis la prestigieuse London School of Econo- mics et, enfin, la Harvard Kennedy School of Government (que « Le Monde » a baptisé « labora- toire de la macronie » car plusieurs des jeunes talents au gouvernement et au Parlement sont passés par ses bancs). Notre « Pierre d’Or du Jury » 2020 a grandi à Apt, dans le Vaucluse, là même où la jeune secrétaire d’Etat s’est présentée en 2017 aux législatives, dans l’ancien fief de Marion Maréchal, l’emportant de justesse dans une circonscription complexe.

Nommée à 34 ans secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition Ecologique et Solidaire et ayant déjà connu trois ministres de tutelle (l’ultra médiatique Nicolas Hulot, le politique François de Rugy et la technocrate Elisabeth Borne), Brune Poirson avait, aupara- vant, travaillé en Inde pour l’Agence Française du Développement, mais aussi Veolia (entre 2009 et 2014). Au gouvernement, elle se charge — cursus académique oblige — souvent des négociations européennes et internationales. Et, désormais, au plus haut niveau car elle a été élue en mars 2019 au poste (prestigieux) de vice-présidente de l’Assemblée des Nations Unies pour l’Environnement (ANUE), la principale autorité mondiale en la matière. C’était la première fois qu’une personnalité politique française héritait de ce poste, qui « ne peut être attribué qu’à un ministre en exercice ».

Et, de fait, notre ministre, que d’aucuns trouvaient très (trop ?) discrète sous la houlette (on ne dit pas la férule) de Nicolas Hulot, a pris manifestement son envol, défendant avec convic- tion et punch le verdissement de toute notre société. Nul doute que ses propos trouvent un écho favorable dans le monde de la pierre qui, depuis maintenant plusieurs années, a compris toute l’importance du développement durable (la première « Pierre d’Or » consacrée à ce sujet a été remise il y a dix ans, à Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable… qui allait devenir président du Cercle Pierres d’Or). Ce défi constitue, selon la ministre, « le projet le plus enthousiasmant auquel l’humanité ait jamais eu à faire ». Et d’enthousiasme, Brune Poirson n’en manque pas qui a ferraillé au Parlement pour le projet de loi « économie circulaire », en décembre dernier. Le ton de son discours était sans ambiguïté : « quelle est l’ambition de cette loi ? Réaliser la transition entre deux mondes. Aller de celui du tout- jetable, qui caractérise encore trop notre société, vers celui du tout-réutilisable. C’est la raison pour laquelle ce texte allie écologie du quotidien et écologie de demain. Du très concret tout de suite, maintenant, pour chaque Français, dans sa vie et des objectifs qui sont accompa- gnés de moyens de suivi, pour les 5, 10, 15 et 20 prochaines années, pour changer durable- ment nos modes de production et de consommation ».

Le tempérament de la ministre s’est aussi, et à juste titre, affirmé au fil du temps. Beaucoup n’ont pas oublié la « passe d’armes » dans l’hémicycle de la Haute Assemblée entre Gérard Longuet, sénateur de 73 ans et notre « Pierre d’Or ». Lui posant une question, le parlementaire de la Meuse s’adresse à elle d’un tonitruant « madame LE ministre » auquel, très fermement (et sous les quolibets), Brune Poirson répliqua : « monsieur le sénateur, je vous demande de m’appeler madame LA ministre… le débat est clos ». L’égalité femmes/hommes, autre sujet auquel le jury des « Pierres d’Or », qui encourage si fortement le mouvement, n’a pas pu égale- ment rester insensible…

Enfin, un autre aspect du parcours de Brune Poirson a certainement été droit au cœur de beaucoup de membres du Cercle Pierres d’Or : ce diplôme de la Harvard Kennedy School of Government, déjà évoqué ici. Dans cette institution, on aime à rappeler souvent la phrase prononcée par John F. Kennedy : « ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Cet « ask what you can do » est, à coup sûr, un slogan largement partagé par le jury, présidé par Marc-Antoine Jamet : une raison de plus pour cette « Pierre d’Or » qui s’imposait.

Pascal Bonnefille

Manager

Dominique Ozanne

Covivio

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Etoilé !

Rome, Venise, Florence, Nice, Prague et Budapest… Ceci n’est pas une liste de suggestions de villes pour un prochain « city break » ou un week-end romantique (quoique, avis aux amateurs…), mais les futures implantations du groupe espagnol NH Hotel Group issues de l’opération signée fin décembre avec Covivio.

Ce « deal » de 620 millions d’euros illustre la stratégie innovante déployée par la foncière française à l’échelon européen (notamment en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni) pour créer de la valeur en matière d’hôtellerie : « nous avons choisi de nous différencier en nous positionnant conjointement sur les murs et fonds, contrairement aux investisseurs classiques qui ne traitent que des murs » indique Dominique Ozanne, directeur général délégué de Covivio et directeur général de Covivio Hôtels depuis 2018. « Nous portons le risque le temps de revendre le fonds, généralement avec des baux longue durée, signés avec de grands opérateurs, comme pour cette opération avec NH Group sur 15 ans ». Racheté par le groupe thaïlandais Minor Hotels en octobre 2018, l’hôtelier y déploiera notamment sa marque de luxe Anantara dans ces villes.

Covivio va également poursuivre sa stratégie d’accompagnement de ses partenaires, « de la recherche de terrains ou de nouveaux bureaux jusqu’à la reconversion et la transformation de certains actifs ». Ainsi, par exemple, 2019 a notamment été marquée par l’implantation en France, dans le 12ème arrondissement de Paris, du groupe Meininger Hotels, Porte de Vincennes. Conçu par l’agence DVVD Architectes et Ingénieurs, cet établissement de 249 chambres (soit un total de 946 lits) sur une surface brute de 8 000 m2, la plus grande auberge de jeunesse de la Capitale, propose de multiples parties communes, dont une réception spacieuse ouverte 24h/24, un salon, une salle de petit-déjeuner, une terrasse extérieure, un bar et une cuisine partagée mise à disposition des clients. Pour son premier établissement dans l’Hexagone, l’enseigne allemande a misé sur une décoration contemporaine signée par l’agence Axel Schoenert Architectes.

Ces orientations stratégiques ont permis à Covivio de se constituer un patrimoine « exceptionnel », implanté à 85 % dans des villes de plus de deux millions de nuitées. Mais surtout, l’atout majeur de cette réussite, « c’est d’avoir une équipe extraordinaire, fidèle depuis des années et dont les membres s’entendent très bien » souligne Dominique Ozanne. « Nous avons recruté des profils variés et spécialisés, soit dans la finance, soit dans l’opérationnel hôtelier, soit dans l’immobilier, ce qui nous permet d’avoir une approche globale et complémentaire ».

Diplômé de l’ESTP et d’HEC, il a intégré Foncière des Régions en 2003 en tant que chargé de mission auprès du président du directoire, secrétaire général, directeur du développement et de l’asset management du groupe. Il a ensuite rejoint Foncière des Murs, où il occupe, successivement, les postes de directeur général des opérations (2005-2010), directeur général (2010-2012) et, enfin, président (2012-2014). En 2014, il est devenu directeur général hôtels pour la maison-mère, Foncière des Régions, ainsi que chairman de FDM Management. Cette longue carrière au sein du même groupe lui a permis de suivre les évolutions du secteur hôtelier : « l’hôtel est devenu un véritable lieu de vie » analyse ce passionné de sport, notamment de tennis, de ski et de football qu’il pratique toutes les semaines avec ses amis. « Les espaces communs sont aujourd’hui source de valeur en accueillant aussi bien une piscine, un spa, un bar en « rooftop », un restaurant, des loisirs ou bien encore un espace de coworking ».

Ce supporter de l’Olympique de Marseille fait partie des fondateurs d’AHTOP, association dont la vocation est de fédérer les professionnels de l’hôtellerie et l’ensemble des acteurs économiques soucieux de fournir un hébergement de qualité, au service de l’attractivité touristique française. Il a déjà été récompensé d’une « Pierre d’Or » dans la catégorie « Asset, Property, Facility Manager » en 2015. Son secret pour aborder son activité en toute confiance : « grâce à mon épouse devenue naturopathe, je pratique la méditation en pleine conscience. C’est important de prendre soin de soi, des autres et de l’environnement. J’ai changé mes habitudes ».

Virginie Grolleau

Les nommés :

Angélique de Rougé
Strategies and Corp

Valérie Britay
Gecina

Charles Boudet
JLL

Laurent Boucher
BNP Paribas Real Estate Transaction France

Ingénierie Financière

Nicolas Dutreuil

Gecina

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Esprit de famille

Deuxième nomination et déjà la consécration pour Nicolas Dutreuil ! 

Le directeur général adjoint en charge des finances de Gecina s’illustre dans la catégorie « Ingénierie Financière » avec brio cette année ; une récompense qui couronne aussi un parcours remarquable et un travail d’arrache-pied pour optimiser les finances de la foncière cotée. Car si le capitaine du navire, Méka Brunel, demeure le seul maître à bord, elle doit compter sur son second pour conserver le cap donné. Nicolas Dutreuil est de toutes les présentations annuelles et semestrielles, de tous les « roadshows » à destination des investisseur, existants et potentiels.

Voici plus de six ans maintenant que ce quadra oeuvre au poste et autant dire que les grandes opérations financières structurantes se sont enchaînées au sein de Gecina. « Je suis arrivé un peu avant le changement d’actionnariat espagnol. Un moment crucial, qui a permis une nouvelle stratégie, une nouvelle ère pour la foncière » explique ce diplômé de Dauphine et de la Sorbonne. Une ère marquée par les « deals » structurants. Citons la cession partielle du portefeuille de logements en bloc, mais aussi et surtout l’acquisition d’Eurosic, foncière qu’il n’hésite pas à qualifier de « petite Gecina tellement son portefeuille était de qualité, avec des actifs très bien placés dans Paris ». Et quel financement ! « Un milliard et demi d’euros d’émissions obligataires et un milliard d’augmentation de capital » résume-t-il, « juste avant les grandes vacances ! Même si certaines dents ont grincé, toutes les équipes étaient fières d’avoir participé à une telle opération ». Ce « deal » avait, à l’époque, marqué tous les esprits comme une des plus belles opérations du moment. « Mais elle avait fait remonter le ratio LTV [« loan to value » ou ratio d’endettement pour les profanes] au-dessus des 40 %. Ce fut notre grand chantier de l’année suivante, avec un plan de cessions d’actifs non stratégiques ambitieux ». Résultat : le sacro-saint ratio est repassé sous la fatidique barre ; mission accomplie.

L’année 2019, avec le programme engagé « You First », a été marquée par la préparation de la filialisation du patrimoine résidentiel. « Le projet a été annoncé, il doit encore être validé en assemblée générale en avril prochain » précise ce père de trois « grands » enfants de 10, 13 et 14 ans. Identification des actifs, structuration de l’opération, des enjeux fiscaux et comptables… Et comme souvent en immobilier, ces aspects là arrivent bien en amont de l’annonce officielle, qui d’ailleurs, s’est faite dans les derniers jours de 2019. « Il y a quelque chose de très excitant avec ces opérations et avec cette financiarisation de l’immobilier : finalement, l’actif et le passif travaillent ensemble. Les équipes financières et les équipes opérationnelles se doivent de travailler main dans la main parce que les interactions entre les deux sujets sont permanentes ». Ce suivi des dossiers dans la durée, c’est ce qui l’a fait entrer — et rester ! — dans l’immobilier. Banquier d’affaires de formation, il participe, au Crédit Agricole Indosuez, à de grands rapprochements immobiliers. « Mais quand une affaire est bouclée, on passe à la suivante ». Il rejoint d’abord Icade avant d’intégrer, en 2013, Gecina.

Autre sujet qui lui tient à coeur et occupe ses équipes : le verdissement des financements de Gecina, initié mi-2018. « La grande nouveauté se situe au niveau de la marge de rémunération de la banque. Celle-ci n’est plus seulement calculée par des agrégats financiers de risques intrinsèques à l’opération même ou aux protagonistes, mais est aujourd’hui intégrée la notation extra-financière de la foncière. Plus Gecina est vertueux, moins notre dette va nous coûter cher » explique ce passionné de bandes dessinées, qui voit d’un oeil bienveillant ses albums disparaître de sa bibliothèque… pour se retrouver dans la chambre de ses enfants. Ses préférés ? Outre les « classiques » belges, « on ne se refait pas, j’aime tout ce qui a trait à la finance : IRS, Largo Winch… ». Et si son métier l’amène souvent à voyager — les investisseurs de Gecina, qu’il doit aller visiter en « roadshow » sont internationaux —, il aime aussi prévoir les voyages en famille. « Partir deux ou trois semaines, même un week-end, permettent de vivre des moments ensemble, de forger des souvenirs communs inoubliables. C’est ce qui nous rassemble et nous soude ». Un bel esprit de famille.

Jean-Baptiste Favier

Les nommés :

Thierry Bernard
Natixis

Emile Daher
Goldman Sachs

Antoine Flamarion
Tikehau Capital

Priscilla Le Priellec
La Banque Postale

Promoteur

Adrien Blanc

Altarea Cogedim Entreprise

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Promoteur agile

Président d’Altarea Cogedim Entreprise depuis 2018, il est en charge de l’immobilier d’en- treprise (bureaux, hôtellerie) au sein du groupe Altarea Cogedim et de Pitch, à l’exception des opérations en régions.

Confiant, Adrien Blanc l’est à plus d’un titre. « Le groupe de promotion a enregistré un pic d’activité sur des opérations d’immobilier d’entreprise emblématiques à la fois en construction et en livraison, et nous avons rechargé notre pipeline avec plusieurs opérations » explique-t-il. Parmi les livraisons : « Kosmo » (27 000 m2), avenue Charles de Gaulle, à Neuilly. L’immeuble restructuré (architecte : Ateliers 2/3/4) a été doublement primé au Mipim et au Simi. Il accueille le siège des Parfums Christian Dior.

De très grandes opérations sont aussi en travaux comme « Landscape », à La Défense (rénovation de deux tours rassemblées en une, offrant de très grands plateaux et des espaces double hauteur à chaque étage, soit 70 000 m2 ; architecte : Dominique Perrault). « C’est le plus gros immeuble « en blanc » d’Ile-de-France » souligne le promoteur, non sans fierté. A Puteaux, il développe « Eria » (27 000 m2, architecte : Christian de Portzamparc), qui sera livré l’an prochain. Dans Paris, rue de Richelieu, le groupe prépare l’emménagement de son futur siège (32 000 m2, architecte : Jean-Michel Wilmotte) qui sera livré en début d’année. A Issy-les-Moulineaux, Cogedim construit le futur siège d’Orange (60 000 m2 avec 4 000 m2 de terrasses sur le toit, architecte : Jean-Paul Viguier) sur le quai de Seine. Au pied de cet immeuble, une ancienne halle Eiffel rénovée pourra accueillir pour moitié des commerces et, pour le solde, des bureaux.

Par ailleurs, toujours à Issy-les-Moulineaux, le promoteur réalise une opération mixte : « Issy Coeur de ville » (nommée aux « Pierres d’Or 2020 »), soit 105 000 m2 de bureaux et commerces, ainsi que 600 logements. La partie bureaux a été vendu à CNP Assurances pour son futur siège qui sera livré en 2022. « Nous en avons profité pour acheter à la CNP son siège actuel, place Raoul Dautry, en joint-venture avec la Caisse des Dépôts. Des travaux importants y seront réalisés ». Parmi les opérations emblématiques, il convient de citer, aussi, le siège du groupe Danone France (25 000 m2) que réalise Pitch à Rueil-Malmaison.

Adrien Blanc est aussi confiant dans le marché. « Depuis trois ans, le chômage baisse, surtout en Ile-de-France. Le taux de vacances des bureaux est particulièrement faible à Paris (1,5 %). Le marché locatif me semble sain. Beaucoup d’occupants sont entassés dans leurs immeubles ». Seule, la concurrence de nouveaux entrants sur le marché de l’immobilier d’entreprise l’inquiète un peu. « Nous devons être meilleurs que les autres, plus rapide aussi ». Heureusement, le groupe Altarea Cogedim dispose de fonds propres importants. Une particularité sur laquelle il compte bien s’appuyer. « Sur les « deals » de taille moyenne, nous partons seul avec les fonds propres du groupe ». Pour des « deals » importants comme le rachat du siège de la CNP à Montparnasse, nous mettons en place un partenariat au coup par coup , comme avec la Caisse des Dépôts ». Le vendeur occupera encore trois ans son siège actuel et il faut compter quatre ans de travaux sur l’immeuble une fois libéré. « S’associer avec un autre investisseur donne une plus forte agilité. C’est à la fois plus rapide et plus large. Or, dans un marché mouvant, nous préférons être agile. »

Adrien Blanc n’oublie pas qu’il a été asset manager au début de sa carrière, chez Goldman Sachs d’abord, puis Morgan Stanley Real Estate France. C’est d’ailleurs par ce biais — MSREF a été actionnaire du groupe au travers d’un de ses fonds — qu’il a eu l’occasion de découvrir le groupe fondé par Alain Taravella. Par la suite, Adrien Blanc a poursuivi une carrière d’investisseur chez Eurosic. « J’avais monté, chez Eurosic, un fonds très similaire à Altafund et nous étions souvent en concurrence. Aujourd’hui, j’ai la double casquette. Je constate qu’il est beaucoup plus difficile d’être promoteur, mais le job est beaucoup plus passionnant. Je suis d’autant plus flatté d’avoir été nommé dans cette catégorie ». Nommé et, finalement élu !

Anne Peyret

Les nommés :

Patrick Bosque
Hines France

Laurent Dumas
Emerige

Philippe Journo
Compagnie de Phalsbourg

Julie de Roujoux
Groupe Pichet

Conseil

Marina Lavrov

CBRE

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Le retail à l'honneur

Marina Lavrov n’est pas peu fière d’être nommée aux « Pierres d’Or ». 

En implantant Nike sur les Champs-Elysées, elle a réalisé ce qui pourrait bien s’apparenter au « deal » de l’année 2019, reconnaît-elle. La marque à la virgule, qui a pris à bail la totalité du 79, avenue des Champs-Elysées, y implantera son « flagship » sur 4 500 m2 de commerces et ses bureaux et showroom dans les étages supérieurs. La transaction est emblématique à plus d’un titre. « Très peu d’opérateurs ont un immeuble complet sur les Champs-Elysées » souligne-t-elle. L’enseigne était déjà présente au numéro 63. Sa nouvelle adresse lui permet de tripler sa surface de vente et, surtout, d’offrir un bel écrin à son nouveau concept House of Innovation. Le magasin, qui ouvrira ses potes au printemps prochain, sera le troisième après New York et Shanghai. Or, l’immeuble a déjà changé de propriétaire, Groupama Immobilier l’ayant revendu au fonds souverain Norges Bank en octobre. Singulière, la transaction l’est aussi par sa durée : le suivi du dossier — du démarrage à la future ouverture — aura nécessité plus de quatre années et « beaucoup de pédagogie » compte tenu des autorisations administratives à obtenir (changement d’affectation, CDAC pour augmenter la surface, escalier intérieur inscrit au Monument Historiques). Et encore, Nike étant sponsor du PSG et de l’équipe de France, ainsi que de nombreuses autres équipes qui participeront aux JO à Paris en 2024, l’exercice a quelque peu été facilité.

Enfin, la transaction est également la traduction de ce marché à deux vitesses que traverse le secteur du commerce avec, d’un côté, de grandes enseignes qui continuent à ouvrir des « flagships » sur les emplacements numéro un et, de l’autre, des villes secondaires qui sont en souffrance avec de plus en plus de locaux vacants. « 2019, n’est pas particulièrement une bonne année pour le commerce » reconnaît, d’ailleurs, Marina Lavrov.

Elue « Pierre d’Or » pour sa première participation, elle se félicite que le commerce soit ainsi remarqué dans une telle manifestation. « On n’en parle pas beaucoup dans l’immobilier habituellement » souligne-t-elle. Pourtant, le commerce n’était pas vocation première. Sitôt son Bac en poche, elle a poursuivi ses études au King’s College, à Londres, puis elle a travaillé quatre ans comme analyse financier (elle suivait le secteur des matières premières) chez RAB Capital, à Londres. La faillite de Lehman Brothers l’amène à se remettre en cause. « Je suis partie de moi-même » explique-t-elle. Rentrée en France, elle se met en quête d’un métier « plus humain »… et se tourne vers l’immobilier. « Atterri un peu par hasard dans l’immobilier commercial », elle débute sa nouvelle activité chez Paris Seine Immobilier, une petite structure où elle est restée un an, avant de rejoindre CBRE en 2012 en tant que consultante Paris centre-ville retail, consultante senior tenant rep. retail (2015), avant d’être nommée « associate director rep. retail » (2017). Elle apprécie la diversité qu’offre le secteur du commerce : « de la restauration au prêt-à-porter, au luxe… des profils différents à chaque fois ».

Elle s’occupe de toutes les enseignes internationales qui souhaitent s’implanter en France ou qui, bien que déjà implantées, ne bénéficient pas de structures immobilières. Outre Nike, elle a récemment accompagné Lululemon pour son implantation et le suivi des ouvertures des quatre premières boutiques et NYX pour son implantation sur le marché européen (France, Belgique, Espagne et Royaume-Uni). Figurent aussi à son palmarès Vans, Timberland, Michael Kors et UGG. « J’accompagne l’utilisateur là où il veut. Cela passe par Paris et les centres-villes et aussi par de grands centres commerciaux. » Elle n’hésite pas à devancer ses potentiels clients, en se rendant, avec la délégation européenne de CBRE, à l’ICSC à Las Vegas. Une occasion d’échanger en interne et de repérer les nouveaux concepts venus notamment Outre-Atlantique.

Pour ses loisirs, elle privilégie les expositions d’art contemporains et de photographie. Elle aime aussi voyager et adore la gastronomie. Elle a, en tout cas, recueilli les suffrages des lecteurs d’ »Immoweek » !

Anne Peyret

Les nommés :

Vincent Bollaert
Knight Frank

Jean-Laurent de La Prade
BNP Paribas Real Estate Transaction France

Sébastien Martyn
Strategies and Corp

Nils Vinck
Cushman & Wakefield

Asset Manager et Investisseur

Grégory Frapet

Primonial Reim

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Quo non ascendet

Le sourire aux lèvres, c’est ainsi que Grégory Frapet se présente pour se prêter au jeu du portrait. 

Un brin réservé, très charmant, le président de Primonial REIM peut, sans conteste, avoir la banane ! Car, Primonial REIM, c’est aujourd’hui une société de gestion de 20 milliards d’euros d’actifs, répartis pour moitié à destination d’une clientèle de particuliers et, pour l’autre moitié, à destination d’une clientèle d’investisseurs institutionnels.

« En 2019, nous avons investi plus de 4,5 milliards d’euros et arbitré 900 millions » souligne celui qui, après son service militaire, souhaitait intégrer un « Big Five »; Mais « comme cela prenait du temps » précise-t-il, il se présente plutôt au sein d’un cabinet de recrutement. On lui fait alors deux propositions : soit être l’assistant de Carole Bouquet (il a 24 ans), soit prendre le poste de directeur comptable au sein de l’UFG. Inutile de préciser ce qu’il a choisi et avoue qu’il a pris « l’une des meilleurs décisions de [sa] vie », même si, avec un certain humour, il ajoute : « certes, c’est beaucoup moins sexy… ». Il rencontre ainsi André Camo, président de l’UFG, qui deviendra son mentor et qui créera en 2007 le groupe Primonial.

Fils d’entrepreneur, Grégory Frapet a grandi dans l’Est de la région parisienne. Il aime les défis et s’en donne les moyens. Il va gravir une à une les marches du succès : de 1996 à 2007, l’UFG lui ouvre donc les portes ; de 2007 à 2011, il devient directeur immobilier et des affaires juridiques au sein du groupe Primonial, puis de 2011 à 2018, il prend la direction générale de Primonial REIM pour en devenir le président depuis février  2018. A 48 ans, il donne le sentiment d’un homme épanoui et plutôt bien dans ses baskets !

Majoritairement investisseur en immobilier de bureaux(53 % des acquisitions en 2019 et 90 % des acquisitions à la création de la société en 2011), Primonial REIM opère, dès 2016, une diversification et s’oriente, entre autres, vers l’immobilier de santé qui représente, aujourd’hui, plus de 28 % du portefeuille immobilier. « Nous ambitionnons d’être la première plateforme en immobilier de santé en Europe, grâce notamment à des partenariats avec les autres filiales immobilières du groupe Primonial telle que AviaRent, qui investit en Allemagne, principalement dans le secteur de la santé. Nous essayons d’être également actifs sur l’arbitrage dans un contexte très favorable aux vendeurs en cédant non pas les actifs les plus difficiles, mais ceux sur lesquels la création de valeur a d’ores et déjà été réalisée »se confiait-il à « Immoweek » en décembre dernier.

Notre lauréat 2020 dans la catégorie « Asset Manager et Investisseur » aime sa famille, ses amis et… entreprendre. Son projet ? « Le développement de Primonial REIM sur le moyen terme et au moins pour les cinq prochaines années » dans la mesure où [nous] souhaitons faire passer nos encours sous gestion de 20 à 30 milliards d’euros. »

L’un de ses rêves est « de rendre aux autres ce qu’il a eu la chance de recevoir » et cela se fait d’abord auprès de la jeune génération : « il faut savoir s’entourer des talents de demain et c’est ce que j’essaie de faire », puis plus tard, « au service de la collectivité, en utilisant mes qualités pour aider les autres »…

« Avec Laurent Fléchet (président du conseil de surveillance), cela a été une rencontre forte : je partage ma vision, j’échange avec lui sur notre stratégie et je bénéficie de son soutien au quotidien » lance-t-il lorsqu’il revient sur ses amis, les gens qui l’entourent, qu’il apprécie comme André Camo, par exemple. Dans les colonnes d’ »Immoweek », il ne manque pas de citer son équipe « organisée autour d’un directoire pluridisciplinaire, comprenant Stéphanie Lacroix, directrice générale, présente depuis la création de la société, et Tristan Mahaut, secrétaire général, qui apporte son expertise sur tous les sujets réglementaires et accompagne l’activité, notamment le processus juridique d’acquisition. L’équipe de Primonial REIM compte 167 collaborateurs, dont Laëtitia Trèves, directrice des investissements ; Catherine Martin, en charge du fund management et Charles Ragons, en charge de l’asset management ».

Pour finir, Grégory Frapet dit de lui qu’il n’est pas un grand sportif, mais pratique néanmoins la course à pied, le tennis et le golf… Une chose est sûre, c’est qu’il fait attention à sa ligne, en témoigne votre rédactrice qu’il l’a vu refuser un dessert lors du déjeuner des nommés dans le magnifique Salon des Aigles de l’Hôtel de Crillon…

Valérie Garnier

Les nommés :

Sigrid Duhamel
BNP Paribas REIM France

Charlotte Lacoste
Covéa Immobilier

Johanna Mrejen
Icade

Xavier Musseau
Hines France

Programme

Arboretum

Woodeum/BNP Paribas Real Estate

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Le bureau de demain

Le plus grand projet tertiaire en bois massif d’Ile-de-France, tout simplement : excusez du peu ! 

La « Pierre d’Or Programme » de cette année est le fruit de deux alliances : celle entre BNP Paribas Real Estate et Woodeum, et celle entre les architectes François Leclercq, Nicolas Laisné et Dimitri Roussel. A terme, l’ancien site des Papeteries de Nanterre (92), fermées en 2011, devenu une friche industrielle de 17 hectares, doit marquer l’expansion occidentale de La Défense et incarner une nouvelle conception du bureau.

En effet, les innovations sont multiples. L’écologie tout d’abord, puisque le chantier verra la création de 3,5 hectares végétalisés supplémentaires, portant à 8,5 hectares le nombre d’espaces verts créés pour « Arboretum ». Ce sera le vert écrin d’un campus tertiaire de 125 800 m2 ; sa construction en bois massif et bas carbone permettra de stocker 24 000 tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions liées à l’exploitation du campus sur 17 ans et demi, tandis que celui-ci sera rendu autonome grâce à ses équipements photovoltaïques et en géothermie. Le campus de sept bâtiments proposera 110 000 m2 de bureaux et deux pôles de services répartis sur 16 000 m2. Deux des bâtiments industriels seront réhabilités, de pair avec la cheminée de l’ancienne papeterie, sous la houlette du cabinet d’architectes Hubert & Roy associés, pour devenir un centre sportif dans l’ancien bâtiment de la Pâte à Paille et un centre de formation dans l’ancien atelier de trituration, sans compter une guinguette dans le bâtiment des pompes. Le site accueillera encore 25 000 m2 de locaux d’activités pour PME et PMI, 10 000 m2 de logistique confiés à Paris La Défense (ex-Epadesa) et 5 000 m2 de commerces de destination.

L’innovation se vérifie aussi du côté des modes de travail : Thierry Laroue-Pont, président du directoire de BNP Paribas Real Estate, expliquait ainsi, lors du dévoilement du projet, qu’elle prouvait que le modèle du campus avait le vent en poupe. « Ce mouvement de déplacement des grands utilisateurs va s’intensifier car il correspond à une triple logique de rationalisation des espaces et des regroupements des unités dans un siège commun ; de nouveaux modes de travail largement tournés sur un environnement collaboratif, flexible, agile ». Les 9 000 futurs travailleurs du campus bénéficieront de bureaux avec une hauteur libre de 3,10 mètres et une profondeur des plateaux de 18 mètres, qui seront quasiment tous en premier jour et prolongés par une terrasse. Sept offres de restauration différentes seront proposées sur le campus, du « food court » contemporain au service de livraison interne, en passant par un comptoir du potager à la carte, sans oublier — grande première sur un campus parisien — le magasin général de la Grande Halle, une boutique destinée aux usages avec moult services : bureau de poste, réparations et charges de téléphones, pressing éco-responsable, vente de journaux… Philippe Zivkovic, coprésident du groupe Woodeum-WO2, résume : « l’accent a été mis sur le bien-être avec ses 15 000 m2 de services dédiés et ses grandes surfaces de balcons et de terrasses ouverts sur le parc de 6 hectares. »

Innovation pour l’urbanisme, enfin : placée dans l’axe historique de Paris, du Louvre jusqu’aux Terrasses de l’Arche, l’opération doit permettre d’ouvrir un nouvel accès sur la Seine, déconnecté du bruit et connecté aux grandes lignes de transports en commun. 25 millions d’euros d’investissement sont destinés aux aménagements du territoire, pour les voiries, les parcs, la réfection du pont Anatole France, le prolongement du boulevard Guémiah et le redressement de l’avenue de la Commune de Paris. Le parc sera ainsi également destiné aux riverains du quartier Anatole France et de l’université de Nanterre, en proposant 3 200 m2 de potagers et de vergers, pour une capacité annuelle de 25 tonnes de fruits et légumes, permettant une production agricole locale qui fera la part belle aux habitats favorables pour la faune et la flore. Autant dire que le visage de Nanterre, dans un territoire où avaient été construites les routes A14 et A86, va se voir radicalement transformé.

Pour découvrir ce campus triplement innovant à l’Ouest, il faudra encore attendre 2022. D’ici là, un « showroom » permet, depuis septembre dernier, de se faire déjà une bonne idée…

Arthur de Boutiny

Les nommés :

Issy Coeur de Ville
Altarea Cogedim

L1ve
Gecina

To Lyon
Apicil Part-Dieu/Vinci Immobilier

Trinity
Unibail-Rodamco-Westfield

Utilisateur

Stéphanie Ferrier

Vivendi/Groupe Canal+

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L'immobilier décrypté

Quand on entend parler de « Canal+ », on pense souvent esprit Canal, cinéma, football…

C’est oublier que la fameuse chaîne cryptée prend place dans une galaxie plus vaste du divertissement, sous la houlette de Vivendi, qui compte les chaînes C8, CStar et CNews, le studio de production Canalplay… Et qu’une telle débauche de moyens nécessite des locaux. Un problème résolu par Stéphanie Ferrier, qui porte depuis 2015 la double casquette de directrice des services généraux de Vivendi et de directrice de l’immobilier et des moyens généraux du groupe Canal+, qui se voit attribuer aujourd’hui la « Pierre d’Or Utilisateur ».

Malgré une telle charge, Stéphanie Ferrier se fait plutôt discrète dans la sphère de l’immobilier d’entreprise. Il faut dire qu’elle est arrivée dans ce secteur il y a six ans seulement : sortie de l’école de commerce, elle travaille pendant 17 ans dans le milieu de la restauration au côté de son époux aveyronnais, jusqu’à ce qu’un divorce la contraigne à changer radicalement de voie. Postulant, tout d’abord, pour un simple poste d’hôtesse d’accueil pour le groupe Bolloré, elle décide de tenter sa chance auprès des ressources humaines et se retrouve, tout simplement, directrice des services généraux de Vivendi. Lorsque le groupe absorbe Canal+ en 2015, elle acquiert sa nouvelle casquette.

Nouvelle donc dans le secteur, Stéphanie Ferrier, à 46 ans, ne ménage pas sa peine : ayant commencé son parcours avec l’acquisition des Studios de Boulogne en 2015, devenus depuis la Canal Factory, elle prend des cours du soir, deux fois par semaine, auprès d’un étudiant en droit de l’urbanisme afin de « se sentir moins perdue devant les « grands pros » » qu’elle fréquente pendant le chantier de l’Ile Seguin. En soi, pour elle qui vient du milieu de la restauration, très concret, pied sur terre et plein de bon sens, elle n’est en rien dépassée par ce nouveau défi et n’a plus à prouver sa légitimité, malgré un caractère tourné vers l’humilité. Chez Vivendi, elle apprécie l’absence de barrières hiérarchiques qui permet des prises de décision rapides, comme l’opération « Sways » en avait besoin.

En mai 2019, l’abandon du Campus des Médias sur l’Ile Seguin, à Boulogne-Billancourt, voulu par Vincent Bolloré pour accueillir 150 000 m2 des entreprises actives dans les médias, le numérique, le sport ou encore le développement durable, oblige Vivendi à trouver une nouvelle solution pour le groupe Canal+. Celui-ci occupe, à l’heure actuelle, trois grands pôles à Issy-les-Moulineaux et Boulogne-Billancourt, un total de 80 000 m2, qui plus est dans une situation de sortie de baux pour 2021-2022. « Sways », l’opération de Primonial REIM et de Bouygues Immobilier à Issy-les-Moulineaux, proposant plus de 41 000 m2 de bureaux connectés dernier cri, qui doit être livrée au deuxième trimestre 2021 ceinte de multiples certifications, arrive à point nommé : « c’est une opération qui a été bouclée en un mois à peine. Cela reste l’aube d’une opération, on aime laisser le temps au temps chez Vivendi et nous sommes en cours de préparation interne du déménagement. Il s’agit de télévision, il faudra déménager la totalité des trois bâtiments en même temps sur ce nouveau site, mais nous sommes confiants pour cette aventure qui permettra de créer un nouveau Canal, avec un siège commun adapté aux nouveaux modes de travail et aux flux ».

Stéphanie Ferrier travaille entre le siège de Canal+ à Boulogne-Billancourt et son bureau chez Vivendi, avec vue imprenable sur l’Arc de Triomphe et sous le regard de ses deux filles, dont l’aînée vient d’entrer à Oxford, ainsi que celui d’une statuette de la Vierge Marie (en tant que fervente catholique). En dehors de ses horaires, elle s’évade en partant à la campagne chaque week-end, près de son Fontainebleau natal, et elle court, sans musique, juste pour se recentrer. « Après quoi est-ce que je cours ? Je ne sais pas… » plaisante-elle. En tout cas, loin devant l’anonymat à présent !

Arthur de Boutiny

Les nommés :

Albert Angel et Lawrence Knights
Kwerk

Bertrand Jasson
Orange – Direction de l’immobilier du groupe

Pierre Raynal
Richemont

Fabien Stutz
Nike

Innovation

Héloïse Balhade et Yohan Hubert

Sous les Fraises

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Maraîchers pas si perchés !

Ils sont (parfois) sur les toits et cultivent (quelquefois) leur jardin.

Mais il ne faut pas, pour autant, s’y tromper : Yohan Hubert et Héloïse Balhade, respectivement cofondateur et responsable du développement de Sous les Fraises, sont de vrais entrepreneurs et militants d’une agriculture urbaine, acteurs engagés d’une vision holistique du développement durable. Leurs noms, proposés dans la catégorie « Innovation » aux « Pierres d’Or 2020 », ont suscité un engouement des votants qui les ont fait lauréats.

Si Sous les Fraises, nom de l’entreprise fondée en 2015, séduit et convainc les acteurs de l’immobilier, ce n’est pas par hasard. D’abord, parce que le projet est réellement innovant, ensuite parce qu’il s’agit d’un vrai concept producteur de valeur aussi pour l’immobilier. Cette histoire commence il y a 20 ans au bord de l’Isère, à Grenoble, où, fraîchement diplômé en biologie, Yohan Hubert, sans doute alors aussi enthousiaste (et sûrement moins barbu qu’il l’est aujourd’hui), ne se satisfait pas de la contradiction « entre le désir des pouvoirs publics et des habitants d’espaces verts et la baisse des budgets dédiés au sujet ». Il décide de faire sa part et travaille avec des professeurs et des étudiants des métiers du bâtiment aux moyens de créer une ville plus verte. L’occasion de concrétiser ce travail lui est donnée par la mairie convaincue par un argumentaire simple : « on manque de nature en ville. Il faut pouvoir la créer, en inventant un modèle économique que je propose de traduire entre satisfaction des attentes des citadins et valorisation des produits sous forme d’agriculture ». On lui confie une médiathèque comme champ d’expérimentation. Expérience réussie, qui mène à d’autres projets : végétalisation de la Zac de Bonne ; création d’un écoquartier à Saint-Laurent. Très vite, des scientifiques se greffent au concept et naît l’ »Association Française de Culture Hors-sol », qu’intègrent deux architectes, Laure-Line Jacquier et Simon Mourembles. Mais il est temps de quitter les contres-forts de la Bastide pour Paris.

Une annonce les mène à rencontrer les dirigeants des Galeries Lafayette, qui leur « donnent une formidable opportunité, celle de créer une ferme urbaine sur le toit du grand magasin Haussmann ». L’association devient entreprise, la récolte (désormais aussi transformée en gin, sauce, crackers…) est vendue à des restaurateurs et dans 24 points de vente sous la marque Epiceries des Toits. « L’argent commence à entrer et nous embauchons ». Manquait au panel des compétences celles d’une personnalité rompue à l’exercice des appels à concours. Cela tombe bien : Héloïse Balhade, urbaniste de formation, après un travail chez Architecte Studio, a « envie de « [s’]orienter vers le paysage et de [s’]engager pour une cause juste ». La rencontre avec Sous les Fraises fonctionne et la Bordelaise, au dynamisme communicatif, rejoint l’entreprise. « Je connaissais bien la logique des appels d’offres, un réel atout pour répondre à des concours comme Réinventer Paris ». Défi réussi, l’entreprise décroche deux projets : Masséna et Morland. Innovation et audace convainquent les investisseurs : Invesco leur fait confiance pour le « 173 Haussmann », immeuble réinventé par Philippe Chiambaretta, qui sera le premier ensemble en France à rendre les eaux usées potables, grâce à un bio-filtre inventé par la startup. D’autres projets signés Sous les Fraises seront lancés bientôt, ailleurs en France et notamment à Lyon, où une filiale a été créée. « Cette innovation, celle de l’agriculture urbaine, de la nature sur les toits, du traitement des déchets, écrit l’histoire de l’immobilier pour les 50 prochaines années : c’est un élément fondamental de la transition énergétique » promeut Yohan Hubert. « Les acteurs de l’immobilier portent aujourd’hui leur attention sur ce sujet nouveau pour eux, dans une volonté de réfléchir autrement, de construire le « vivre ensemble », les nouveaux usages du bâtiment tout en conservant un regard pragmatique sur la valorisation de l’actif » confirme Héloïse Balhade. « Nous restons dans une logique économique et si nous sommes arrivés avec certes une vision, nous sommes venus aussi avec des solutions et une dynamique empreinte de pragmatisme. A l’arrivée : un gain environnemental indéniable, essentiel, une rentabilité sociétale et une rentabilité économique » souligne Yohan Hubert. Inutile d’argumenter davantage : les votants à ces « Pierres d’Or 2020 », qui vont ont élus, en sont déjà convaincus !

Catherine Bocquet

Les nommés :

Philippe Chiambaretta
PCA-Stream

Grégoire Delamarche
Screeb

Anne Keusch
Groupama Immobilier

Julien Pemezec
Woodeum

Jeune Talent

Justine Klein

Groupama Immobilier

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La valeur n'attend pas...

« La valeur n’attend point le nombre des années » : les paroles de Rodrigue, dans « Le Cid », pourraient tout à fait être la devise de la catégorie « Jeune Talent » et les vers de Corneille n’ont jamais été aussi vrais avec la lauréate de cette année, Justine Klein. 

En effet, à 24 ans, elle est bien sûr jeune ; mais en tant qu’analyste asset management chez Groupama Immobilier, elle est aussi talentueuse.

Les deux précédents lauréats des « Pierres d’Or » de l’investisseur institutionnel le disent : Laëtitia George (« Utilisateur » 2019) appelle son équipe « les dentellières » pour leur capacité à maîtriser et finaliser les projets ; quant à Eric Donnet (« Manager » 2018), il confesse même « craindre pour sa place » devant de tels talents précoces ! Après ses études, qui consistèrent en une double licence éco-gestion/anglais à Nanterre et un Master Immobilier à Dauphine, Justine Klein entre en alternance pendant sa deuxième année de Master chez Groupama Immobilier, comme analyste asset management, dès 2016. Acquérant très vite une certaine expérience, elle devient rapidement autonome, sans asset manager pour la chapeauter.

Et les responsabilités sont de taille : dès son arrivée, elle s’occupe de l’asset management du « 79 Champs-Elysées », tout en ayant sous ses responsabilités le « 150 Champs-Elysées », l’autre fleuron de Groupama sur la plus belle avenue du monde, ainsi que du « SoCo », à Saint-Lazare et d’autres immeubles de rendement dans le 8ème arrondissement. Ces actifs firent l’année 2019 pour l’investisseur, puisque la vente de « SoCo » auprès d’Aviva Investors est venu conclure un cycle qui avait déjà été marqué par le futur « So’ Sofitel » du 150 de l’avenue des Champs-Elysées et le futur « flagship » de Nike au 79.

Justine Klein s’est chargée de ce dernier dossier trois ans durant. Elle est donc celle qui en parle le mieux : « je suis arrivée quand le « 79 Champs-Elysées » devait devenir un immeuble de bureaux et quand Nike a commencé à faire part de son intérêt pour installer quatre étages de commerces. Notre programme de travaux a été entièrement modifié, trois permis ont été déposés et six avenants du bail signés depuis 2016, la dataroom pour la vente a été faite en trois semaines… Ce dossier fut un véritable sprint-marathon qui a occupé 80 %  de mon temps ! ». Depuis février 2019, Nike se charge des travaux qui doivent s’achever en mars 2020, tandis que Groupama se concentrait sur l’acte de vente, signé en octobre dernier. Justine Klein a également à son actif « SoCo », bâtiment des années 1930 dont la rénovation a été achevée en mars 2019 pour accueillir le siège de FaberNovel. Un CV déjà bien rempli, à l’image de Groupama Immobilier qui apprécie les immeubles vides prêts à être rénovés, gérés en interne. « On se bat pour avoir ce type de projets » résume-t-elle, alors que le chantier du « 150 Champs-Elysées » s’annonce…

Justine Klein a l’immobilier dans le sang, de son arrière grand-père architecte jusqu’à son père travaillant aussi dans le secteur : si le métier d’architecte ne correspondait pas à son esprit cartésien, elle a suivi sa vocation dans l’immobilier, tout en alimentant sa passion avec ses voyages dans des villes comme Chicago, Toronto, Dubaï, New York… « Frank Gehry est un architecte que je retrouve très souvent dans mes voyages ». L’asset management correspondait à un aspect concret, sur le terrain, au contact du bâtiment, qui lui sied parfaitement… Elle ne s’interdit pas d’aller vers l’investissement.

Justine Klein continue les voyages, en tentant d’en faire un grand par an ; 2019 fut consacré au Brésil, mais elle ne s’est pas encore décidée pour 2020… Pendant ses études à Dauphine, elle était engagée dans une association pour financer la scolarisation des enfants philippins. Elle est également passionnée de gastronomie et de cuisine et confesse tenter d’organiser « un dîner presque parfait »… Enfin, côté sports, elle pratique et suit assidûment le tennis, et apprécie de faire de la voile, notamment dans le bassin d’Arcachon. Une « pro » en devenir, en somme : retenez bien son nom !

Arthur de Boutiny

Les nommés :

Léa Detry
Strategies and Corp

Maud Gendreau-Wargny
Ivanhoé Cambridge

Joséphine Neuman
Gecina

Matthieu Reffay
Hines France

Édito
par Thierry Mouthiez

le 27/07/2020

Un élan pour la rentrée…

Finalement, le marché de l’immobilier d’entreprise en général et celui des bureaux en particulier ont, effectivement, démontrer leur résistance au terme d’un premier semestre où l’activité a été pour le moins bouleversée.

Certes, logiquement, l’activité locative s’est inscrite en retrait. Une baisse que Knight Frank a récemment qualifiée de « conséquente ». Le conseil précise, ainsi que « les volumes placés au 2èmetrimestre portent à près de 755 000 m2 la somme des surfaces commercialisées depuis le début de l’année. Le recul est de 33 % par rapport au 1er semestre 2019 et de 31 % par rapport à la moyenne décennale ». Cependant, « avec 2,99 millions de mètres carrés de bureaux immédiatement disponibles en Ile-de-France, l’offre progresse de 4 % sur un trimestre et de 9 % depuis le début de 2020. Amorcée avant l’apparition du virus, la hausse des disponibilités est donc, pour l’instant, assez modeste ». Etant précisé que « les disponibilités restent particulièrement limitées dans Paris (2,6 %) ». Ici réside un vrai signe de la solidité du marché.

D’ailleurs, les investisseurs ne s’y trompent pas puisque, comme le relève CBRE, 11,5 milliards d’euros ont été investis en immobilier d’entreprise au 1er semestre, « soit un niveau comparable à la moyenne semestrielle des trois dernières années ». Et, bien entendu, le bureau arrive en tête (suivi par la logistique avec 20 % des investissements, comme nous le soulignions dans notre édito de la semaine dernière). Comme l’affirme Knight Frank, « ce qui est sûr, c’est que le temps n’est pas à « l’entreprise sans bureau ». Les exemples de « full remote » sont d’ailleurs très rares, tandis que les diverses enquêtes menées depuis le déconfinement montrent qu’un tel bouleversement n’est pas souhaité par les salariés. Pour une majorité d’entre eux, le travail à distance doit, en effet, se limiter à un ou deux jours par semaine afin de réallouer une partie du temps gagné sur leurs trajets domicile-travail ; une organisation dans laquelle le bureau conserve toute sa place. De fait, l’une des conséquences de la crise sanitaire aura été de prendre la mesure de l’importance des rapports humains, soulignant le rôle central des bureaux comme vecteurs de lien social »…

Un contexte dans lequel nombre d’acteurs du secteur ont fait preuve, avant et après le confinement, d’une rapidité d’analyse et de réaction tout-à-fait remarquables. Sur ce thème, le dernier numéro de notre magazine intitulé « Vive la reprise » en apporte un vrai témoignage. De nouvelles initiatives et offres sont déjà à l’ordre du jour et vont évidemment se poursuivre… Comme si le marché prenait son élan pour aborder le plus vite possible une nouvelle phase de son évolution et, peut-être, tourner la page de cet épisode qui, néanmoins, restera dans la mémoire de tous…

Portrait

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