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Le palmarès des pierres d'or

Le Professionnel de l'année

Alain Taravella

Altarea

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Entrepreneur Majuscule

Il fait partie de ces très « grands » du secteur que l’on pourrait nommer (et élire) presque chaque année. Mais en 2021, plus encore que les années précédentes, les performances, la stratégie, les résultats de l’entreprise dont il reste l’incontestable patron ont été plébiscités par les électeurs sur immoweek.fr. Chapeau bas, toujours…

Rappelons le parcours – sans faute – de notre « Pierre d’Or ». Natif du Calvados (mais son nom – et son deuxième prénom, Mario – fleurent bon son Italie familiale), le jeune Alain bosse ferme pour réussir HEC : après avoir vendu des appartements à Parly 2 (rien de tel pour vous faire connaître la réalité du métier), il rejoint le groupe familial Brémond, une (petite alors) entreprise de promotion immobilière, pour prendre la direction de son pôle loisirs… ce qui va devenir Pierre & Vacances, dont il va assurer la direction générale, avec un sacré succès. Mais, en 1994, l’aventure entrepreneuriale le tente : il lance Altarea, « au plus mauvais moment. Ce fût ma meilleure décision » commente-t-il avec l’ironie recherchée que chacun lui connaît. Les projets et programmes s’enchaînent (Bercy Village au premier chef) et en 2007, il acquiert Cogedim, se diversifie à l’international. Quelques chiffres pour illustrer la réussite de son entreprise ? Le chiffre d’affaires 2020 a dépassé les 3 milliards d’euros, le résultat net récurrent (malgré la pandémie !) a atteint 230 millions d’euros… et – chiffre essentiel – le portefeuille de projets immobiliers atteignait une valeur potentielle, au 31 décembre 2020, de 19 milliards d’euros, représentant la bagatelle de plus de 4 millions de mètres carrés. N’en jetez plus ! L’homme, lui, ce n’est pas un scoop, est secret et même introverti à l’inverse du cliché de l’italien hâbleur et prolixe. Mais il a changé : lors de notre entretien, pour sa « Pierre d’Or du Professionnel de l’année » 2012 (neuf ans déjà !), on l’avait senti tendu, sur ses gardes, méfiant. Et les bureaux de l’avenue Delcassé n’incitaient pas à la franche rigolade.

On préfère user de la litote… Aujourd’hui, dans le nouveau siège d’Altarea 87, rue de Richelieu, signé Wilmotte (et vendu, sans perte de temps, à CNP Assurances dès 2018), on le sent apaisé et, si on osait, heureux « de la réussite des équipes » précise-t-il immédiatement. Il est vrai que l’immeuble a été véritablement transmuté : les invités aux « Pierres d’Or » 2021 pourront enfin – après la difficile période de pandémie – en découvrir tous les recoins. Développé sur 33 000 m2, le projet visait à « restructurer entièrement l’immeuble existant, ancien siège d’Allianz, pour l’amener aux meilleurs standards tout en respectant l’esprit de la conception d’origine ». Résultat (réussi), le « 87 Richelieu », toutes façades refaites, est méconnaissable : en plus de profiter « du plus grand espace vert du 2ème arrondissement » avec 2 200 m2 de terrasses végétalisées extérieures, il dispose d’un food court, d’un espace bien-être, mais aussi d’un grand business center. Pour faire bonne mesure, une programmation artistique ambitieuse a associé des artistes de renom (une très belle œuvre de Penone dans le hall, par exemple) à des jeunes talents issus de l’École des Beaux-Arts. Dans les couloirs (et même dans les escaliers), partout des œuvres vivantes, colorées égaient l’espace… Une mue immobilière qui va bien au maître des lieux dont le bureau, lui aussi, n’a plus rien à voir avec la (grande) sobriété des anciens locaux. Et ce grand patron semble souriant quand il évoque son livre de chevet « depuis longtemps » : « Le guépard ». Mais, contrairement au héros de Lampedusa, on ne perçoit nulle nostalgie chez Alain Taravella. Au contraire, ajoute-t-il, « plus que jamais, notre devise reste : « à l’attaque »…

Pascal Bonnefille

Les nommés :

Eric Donnet
Groupama Immobilier

Karim Habra
Ivanhoé Cambridge

Isabelle Scemama
AXA Investment Managers

Pierre d'Or du Jury

Xavier Niel

Iliad

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Manager

Véronique Bédague

Nexity

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Première Pierre

On épargnera au lecteur le nombre de titres de « première femme à… » que notre « Pierre d’Or » 2021 a accumulés. En retrouvant Véronique Bédague au siège de Nexity, autour d’un café, on comprend très vite que les défis qu’aime à relever notre lauréate sont d’une autre trempe. Femme, oui. Et alors ? Compétente surtout et aimant manager, diriger, convaincre. Alain Dinin en tête qui vient de faire d’elle la directrice générale de Nexity. Un parcours sans faute dont on rappellera quelques étapes (au galop)…

Commençons, une fois n’est pas coutume, par un échec, dont elle fait la confidence sans déplaisir : sortant de Sciences Po, la jeune Véronique rate le concours d’entrée à l’Ena. Pas le temps de se morfondre, elle travaille (six mois) et rejoint… l’Essec. Puis pas le genre à renoncer, la voici admise à l’Ena.
Alors, tentée par le pouvoir ? La question la fait sourire. Et de citer Daniel Bouton, alors directeur du Budget, lui proposant de choisir entre la direction de la prévision (analyses…)… et celle du budget (le pouvoir direct). Que croyez-vous qu’elle choisit ? Elle a « beaucoup aimé » ce temps au Budget. Passons quelques années: on la retrouve au cabinet de Laurent Fabius (ministre de l’Economie) et de Florence Parly (au Budget). 2002 : Véronique Bedague reçoit une proposition « inattendue » de Bertrand Delanoë : devenir directrice des finances de la Ville de Paris. Cinq ans plus tard, une marche de plus est franchie : la voici tout simplement secrétaire générale de la Ville (rien moins que 50 000 salariés !). En 2014, à peine le temps d’avoir goûté au poste d’ambassadrice déléguée aux investissements internationaux (« un rêve d’enfant »), un coup de fil d’Yves Colmou va changer le cours de sa vie : le très proche conseiller de Manuel Valls lui apprend que nommé à Matignon, celui-ci souhaite lui confier… la direction de son cabinet. « Le ciel me tombe sur la tête » raconte-t-elle en souriant… « Je prends un peu de temps pour demander l’avis de ma famille ». Pour les enfants (Hugues et Claire), c’est non. Mais son mari Jérôme Hamilius lui dit « je t’aiderai ». Et donc… dès le lendemain la voici dans un Matignon (encore) désert où il va falloir (beaucoup…) travailler – rien qui ne lui fasse peur – et faire face (elle en parle encore avec émotion) aux attentats et… à tout le reste. A Matignon, raconte-t-elle, « on a l’impression d’être portée à incandescence ». Deux ans plus tard, une question épineuse ; que faire « après » un poste aussi mobilisateur ? « Pour moi, le but était d’en faire un projet, essayer de rejouer… mais ailleurs ». Elle voit « pas mal de monde » en sortant de Matignon, mais sa rencontre avec Alain Dinin est « décisive car je ne me voyais pas trop dans de grandes boîtes publiques au fonctionnement compliqué ». Au contraire, chez Nexity, tout lui semble « merveilleux ; j’ai tout de suite été séduite par les valeurs de l’entreprise, le fait qu’Alain Dinin respecte les convictions de chacun ». Mais ce monde de l’immobilier, du logement dont elle ignore tout ? « Apprendre sur de nouveaux sujets, j’adore ça… et j’ai beaucoup bossé ». On n’en doute pas ! Et la voici qui, comme d’habitude, grimpe les marches quatre à quatre. Dans un premier temps secrétaire générale du groupe, elle est nommée en 2019, directrice générale déléguée de Nexity. « J’ai énormément appris de Jean-Philippe Ruggieri (dont la disparition a constitué « un véritable tsunami », commente-t- elle sobrement)… La voici donc aujourd’hui directrice générale, « sous la houlette » d’un Alain Dinin toujours président du conseil d’administration. Et les défis du poste l’enthousiasment : « après cette terrible pandémie, on va pouvoir travailler à nouveau ensemble, être créatifs en partageant ».

Avec un tel rythme, notre « Pierre d’Or » a-t-elle le temps de lire ? Mais oui, dans sa maison de Sète ou lors d’expéditions dans le Massif Central, elle prend le temps… La voici , tout feu tout flamme, citant « Le chemin des estives » de Charles Wright. Sur la quatrième de couverture de ce beau livre, on peut lire : « Partout, il y avait trop de bruit, trop de discours. Un jour, j’en ai eu marre de cette frénésie et je suis parti ». Une tentation que notre « Pierre d’Or » comprend sans doute… mais qu’elle ne nous semble pas (du tout) sur le point de partager. Et c’est bien ainsi.

Pascal Bonnefille

Les nommés :

Stéphanie Bensimon
Ardian

Dimitri Boulte
Société Foncière Lyonnaise (SFL)

Beverley Kilbride
LaSalle Investment Management

Innovation Financière

Harold de Villemandy

BNP Paribas

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Innovant financier...

« Pierre d’Or » de sa catégorie, Harold de Villemandy, jette, grâce à son expérience et son expertise, un regard avisé sur l’évolution du monde de l’immobilier. Il ne lui est point besoin de truffer son discours de termes anglo-saxons, abscons, pour convaincre de la qualité de ses arguments !

L e premier changement majeur fut celui de l’innovation financière. L’importation des outils anglo-saxons de la finance a fait évoluer les systèmes de financement de l’immobilier. Le deuxième changement a davantage affecté les immeubles eux-mêmes ; il a mis l’accent sur la recherche d’immeubles intelligents, c’est-à-dire flexibles. Autre sujet majeur, la RSE et la transition énergétique. Il impose aux banques de mettre l’accent sur la finance durable et donc, par exemple, de financer en priorité des immeubles bas carbone. La crise sanitaire provoque un changement d’une autre nature. Jusqu’à présent attaché à un lieu, son bureau, le salarié aura désormais le choix entre son bureau, son logement et un tiers-lieu. Il va donc être nécessaire de séduire les salariés pour les faire revenir au bureau. « C’est un changement structurel » analyse Harold de Villemandy. Nécessaire pour développer l’énergie créatrice et permettre le lien social, le bureau doit devenir attractif.

L’année 2020 s’est traduite par une légère baisse de production et 2021 marque des difficultés, notamment en logement car les opérateurs peinent à obtenir des permis de construire purgés. Les promoteurs, même s’ils sont prudents en demandant des permis dont la densité est inférieure à celle du PLU, doivent souvent réviser à la baisse leurs ambitions. Harold de Villemandy pointe, ici, un risque de crise de l’offre.

En dépit de la situation sanitaire, Harold de Villemandy a pu mener à bien quatre opérations majeures d’un volume compris entre 150 à 200 millions d’euros et certaines ont même été conduites à un rythme plus soutenu qu’à l’ordinaire. Il s’agit du futur siège d’Interparfums, rue de Solférino ; du refinancement d’un portefeuille d’Ehpad et de crèches ; du financement d’un immeuble de bureaux « en blanc » dans Paris et celui d’une holding familiale. La dureté des temps n’affecte pas la confiance d’Harold de Villemandy. Il estime qu’il faut compter pour demain « moins de bureaux, mais mieux ». Il anticipe une réduction du volume des transactions, mais pas pour les bureaux neufs. En revanche, un grand volume d’actifs va être frappé d’obsolescence et la crise se portera sur le parc ancien non renouvelé. Il invite à prendre garde aux actifs anciens et si- tués loin de Paris, pour lesquels on peut douter de la capacité à redevenir attractifs.

Au fond, reprenant la célèbre formule « il faut que tout change pour que rien ne change », Harold de Villemandy appuie les vertus du changement. Les immeubles vont évoluer, le respect des critères RSE sera primordial. Toutefois, la capacité des im- meubles à générer des cash-flows restera. Les changements touchent les immeubles, mais des perspectives demeurent. Quant au logement, les besoins structurels sont également très forts.

Son fil rouge reste le client car « les clients sont passionnants » dit-il, observant que les professionnels qui se consacrent au financement immobilier sont, le plus souvent, pris par cette passion et restent dans l’immobilier.

Après avoir connu des contacts fort divers entre ceux des étudiants, d’abord lors de son cursus d’ingénieur en génie industriel, puis lors d’un troisième cycle de gestion finance à l’IAE de Paris et ceux des appelés du contingent de son service militaire, il débute son parcours professionnel chez Bouygues comme conducteur de travaux. Il se souvient de cette étape comme un excellent lieu de formation et d’une école de bon sens.

Après une étape chez CLF Immo en tant que chargé d’affaires, il rejoint Paribas en 1993 comme chargé d’affaires immobilières. En 2000, il est directeur du centre d’affaires professionnel de l’immobilier. Depuis 2019, il est directeur des professionnels de l’immobilier, réseau France de BNP Paribas.

Ce grand golfeur n’est pas encore au terme du parcours ! Conscient d’abord que son entreprise est en ordre de marche pour relever les défis des années qui s’ouvrent, il est aussi attentif à convaincre des jeunes à rejoindre son métier. Sa passion et sa confiance dans l’avenir sauront, à n’en point douter, se rendre communicatives auprès des plus jeunes collaborateurs.

Bertrand Desjuzeur

Les nommés :

Julien Beraud
Edmond de Rothschild Corporate Finance

Laurent Camilli
ClearWater International France

Priscilla Le Priellec
La Banque Postale

Promoteur

Olivier Bokobza

BNP Paribas Real Estate

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Ouvrir les chakras

« Broker » un jour, « broker » toujours. « Le brokerage, autrement dit le commercial, mais le mot est moins chic, c’est l’école du client, et c’est l’école qui m’a formé ». Devenu, en février dernier, président des activités de promotion de BNP Paribas Real Estate (immobilier d’entreprise et résidentiel), Olivier Bokobza est un jeune homme pressé de 45 ans, aussi décomplexé qu’il est devenu policé. Le professionnel est réputé pour aller vite, très très vite, mais sans jamais donner l’impression de se hâter.

A moins de 50 ans et déjà dans la cour des très grands, il préside désormais le pôle promotion unique voulu par Thierry Laroue-Pont, le président de son groupe et son mentor. Réunir résidentiel, immobilier d’entreprise et grands projets sous commandement unique est le fruit d’une réflexion ancienne, sans doute accélérée en temps de pandémie. On l’a dit, notre « Pierre d’Or » 2021 ne connaît pas la pause et a profité des derniers mois pour penser et mettre en place une offre mixte qui réponde à une demande de plus en plus récurrente de ne plus compartimenter les projets. « Il faut désiloter » !

« Nous nous sommes réorganisés et tournés vers nos clients, acteurs publics en amont, autant qu’investisseurs, clients particuliers, situés en aval. Les portefeuilles mixtes répondent à leurs nouvelles exigences. Nous sommes, sans doute, l’un des tous premiers opérateurs à avoir restructuré nos activités de promotion en cohérence avec les besoins du marché » déclarait-il à Catherine Bocquet, in « Immoweek » le 15 mai dernier.

Olivier Bokobza, un homme pressé, formé à l’école du client vous disait-on… Aujourd’hui entouré de 400 collaborateurs, ayant réalisé ensemble près d’un milliard et demi de chiffre d’affaires consolidé, soit trois mille logements en quatre ans, en faisant plus que doubler le nombre de mises en chantier chaque année, entre le début et la fin de cette période !

« Mon job, c’est d’ouvrir tous les chakras de mes équipes » ajoute-t-il pour expliquer les performances chiffrées. Une invocation inattendue des sept chakras de l’hindouisme comme s’il s’agissait des sept piliers de la sagesse immobilière.

« Je suis issu d’un monde qui ne s’occupait pas de bureau, mais de logement. Ce qui n’a pas grand chose à voir. Ce ne sont pas les mêmes produits, pas les mêmes clients… Depuis quatre ans, j’ai progressivement inversé la proportion logement/ bureau. Or, très peu de pros du logement vont vers le bureau. Ce qui me singularise. J’ai dû apprendre à ouvrir mes chakras avant d’inviter mes équipes à le faire… ».

Un changement de profil personnel en ligne avec la nouvelle feuille de route stratégique affichée par BNP Paribas Real Estate depuis quelques années : « une nouvelle urbanité humaine et durable ».

Et Olivier Bokobza de citer deux opérations pour illustrer magistralement ce changement. D’abord, les deux bâtiment mixtes « V2 » et « V3 », sur le campus tertiaire des Docks de Saint-Ouen, au pied de la ligne 14, 70 000 m2, dont 56 000 de bureaux, « drivé de A à Z », dans le cadre de la consultation Inventons la Métropole du Grand-Paris «qui fût peut-être mon plus grand combat ». Puis le bâtiment « 17&CO », un îlot du Grand-Paris, Porte de Saint- Ouen, 18 000 m2 mixtes, dont une partie consacrée à un établissement d’enseignement supérieur, « une Vefa « en blanc », à 3 chiffres, que nous venons de céder à Allianz Real Estate et à la Caisse des Dépôts ». Ces deux opérations sont distantes de quelques centaines de mètres, implantées entre Seine et périphérique, un entre-deux villes appelé à devenir – par volonté politique au départ (faire profiter ce territoire déshérité de la manne créée par le Grand Paris Express), plus que par anticipation raisonnée – un quartier d’affaires du monde d’après. Trois immeubles en tout, totems visibles de loin et qui font tout pour se faire remarquer. Serre végétale, roof- top quasi forestier, coliving indoor/outdoor. Mais également, c’est promis, le niveau de performance environnementale le plus élevé. « V2 » et « V3 » seront mêmes ultra vertueux, avec sept (retenez le chiffre sept) certificats et labels !

Le tout récemment promu président promoteur, ci-devant « Pierre d’Or » 2021, en charge de la promotion de la première banque française, 10ème groupe bancaire international, sait dire ce qu’il doit aux 14 années – dont huit en direct – passées sous l’autorité de Philippe Zivkovic : « il m’a appris le brokerage, mais c’est également lui qui m’a mis sur la route de la promotion… Thierry Laroue-Pont, mon président, m’a nommé en 2016 à la tête du résidentiel ». Le past-président et l’actuel président de BNP Paribas Real Estate cumulent à eux deux sept « Pierres d’Or » ! Sept, chiffre sacré.

Brice Lefranc

Les nommés :

Audrey Camus
Ivanhoé Cambridge

Jean-Frédéric Heinry
Altarea Entreprise Studio

Xavier Musseau
Hines France

Conseil

François Le Levier

CBRE

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Logi(sti)que !

S’il y a un créneau passé sur le devant de la scène immobilière avec la crise sanitaire, c’est bien celui de l’immobilier logistique. Et François Le Levier en est l’un de ses acteurs de tout premier plan.

Il est vrai qu’il bénéficie de quelque… 23 ans d’expérience dans ce secteur. Après des études de Droit, ce conseil aussi dynamique que son marché s’oriente vers une

carrière commerciale. Un an après s’être lancé comme conseiller en assurances chez Fortis, un ami lui propose de quitter sa Bretagne natal pour le rejoindre à Paris, chez Bourdais. Il y entre à l’essai pour commercialiser… des entrepôts. Nous sommes en 1998. Il ne quittera plus le secteur, ni la société, d’ailleurs, qui après fusion deviendra finalement CBRE. S’il se défend d’être un pionnier, il souligne que ce marché demeure, à l’époque, le « parent pauvre de l’immobilier ». Lui s’attache « à comprendre les besoins d’utilisateurs aux métiers très différents et à leur trouver des bâtiments adaptés ». Des actifs plus rares car « moins standardisés que les bureaux ! ». Il s’agit, souvent, de « transformer l’offre existante », ce qui l’amène également à se pencher sur le montage d’opérations. Bref, il apprend « sur le terrain » l’ensemble du cycle, de l’aménagement à l’investissement. En 2004, notre lauréat envisage sérieusement de « partir chez un promoteur ». Les dirigeants de CBRE le retiennent en lui confiant la responsabilité des ventes à investisseurs d’entrepôts et de locaux industriels. « Pendant quatre ans, nous sommes portés par le marché et l’enseigne ». Et il décroche déjà des exclusivités qui font date, à l’exemple de la vente des 480 000 m2 de Garonor ou encore celle des 370 000 m2 des plateformes DHL en France. Jusqu’à devenir le leader avec 40 % du marché en 2007 !

Il met à profit la «période plus sombre de 2008/2009 » pour obtenir un master à l’Essec et devenir membre de la RICS. Lorsque « le marché re- prend des couleurs », il participe à la mise en place d’une plateforme baptisée GLS, pour « global logistic services », qui regroupe quatre métiers : l’investissement, le montage d’opérations, l’agence et le conseil à utilisateur. « Depuis sa création, cette plateforme nous a permis d’accompagner l’évolution du marché. Jusqu’au point d’orgue de l’année 2020 ». Composée d’une dizaine de collaborateurs, l’équipe investissement « surperforme » alors avec 65 % de parts de marché. Sur les 4,2 milliards d’euros investis dans la logistique l’an passé, elle participe à 2,8 milliards d’euros via une quarantaine de transactions portant sur… plus de trois millions de mètres carrés ! Dont, par exemple, la vente par Carlyle à Ivanhoé Cambridge du portefeuille « Hub and flow » : 17 entrepôts pour une surface totale de 426 000 m2 et un volume de 370 millions d’euros. Une transaction qui « marque l’arrivée d’un nouvel entrant, mais aussi un tournant dans la compression des taux »… Le tout dans un contexte de crise sanitaire qui « a eu un effet accélérateur sur le volume investi » tient-il à souligner. 2020 est aussi l’année où il prend la direction de la ligne de produit industriel et logistique de CBRE France, regroupant 70 collaborateurs et trois pôles de services : le conseil à l’investissement, aux utilisateurs et l’agence. Reconnaissant avoir « la chance d’agir dans un marché qui se régénère avec de nouvelles problématiques liées à la transformation des habitudes de consommation impliquant une modification de la « supply chain » et de nouveaux besoins en mètres carrés » – évolution qu’il résume d’une formule : « le magasin est dans le téléphone et celui-ci dans l’entrepôt » -, ce pro à la connaissance encyclopédique de son secteur évoque, actuellement, un marché de l’investissement « survitaminé » par rapport à un marché locatif « qui reste soutenu ». Bref, la dynamique se poursuit pour une classe d’actifs « aux rendements aujourd’hui parmi les plus sécurisés ». De son côté, cap sur le manage- ment avec, au programme, « peaufiner l’organisation de sa ligne de métier », mais aussi « promouvoir notre secteur d’activité auprès de ceux qui s’y intéressent, de ceux qui veulent y entrer et de ceux qui ne le connaissent pas encore ». N’est-il pas également devenu, l’an passé, administrateur de l’association Afilog ?

Son « exutoire » : la course à pied. Qu’il pratique, comme son métier, « avec passion ». La preuve : il a entrepris un « tour du monde des marathons »…

Thierry Mouthiez

Les nommés :

Vincent Delattre
JLL Lyon

Vanessa Guyot-Sionnest et Delphine Mutterer
Catella Property

Benjamin Rombaut
Strategies and Corp

Asset Manager et Investisseur

Maud Wargny

Ivanhoé Cambridge

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La course au succès

Enthousiaste, énergique, déterminée et passionnée : voici quelques adjectifs pour décrire (un peu) la « Pierre d’or » 2021 dans la catégorie « Asset Manager & Investissement », Maud Wargny.

Et c’est une lauréate venue à vélo (son nouveau mode de transport favori) que l’on rencontre, dans les bureaux d’Ivanhoé Cambridge, où elle vient d’être promue directrice principale investissement Europe. Pour elle, l’aventure immobilière a commencé il y a 10 ans, chez Generali Immobiliare, puis dans une société alors naissante avec Laurent Fléchet et Gregory Frapet, Primonial REIM. « Nous étions cinq ou six dans le bureau, c’était le début de l’histoire pour cette entreprise tout juste créée après le rachat de deux fonds, puis nous avons beaucoup collecté et beaucoup investi, tout cela dans une ambiance de travail extraordinaire, un peu en mode startup ». Le « choix du roi » professionnel comme elle l’appelle lui est offert :« j’ai pu faire ce que j’avais envie, l’investissement et le bureau. J’adore et ai toujours adoré le bureau : c’est un lieu qui peut être beau sur le plan esthétique, mais c’est aussi un lieu, aujourd’hui en plein bouleversement, dans lequel on passe 10 à 12 h par jour ». Chez Primonial REIM, elle apprend à « faire des deals », mais l’envie d’évoluer et d’élargir son horizon la tenaille, tout comme celle de se lancer de nouveaux challenges. Elle rejoint, en 2017, Stam Europe comme directrice investissement France, « une petite boîte » où elle apprend « à tout faire » : sourcer les deals, lever l’« equity » et investir. « C’est le métier le plus compliqué que j’ai exercé ; investir, quand on a beaucoup d’argent, c’est facile. Là, j’ai dû relever de nouveaux défis et apprendre » explique Maud Wargny. Résultat : la première année, 800 millions d’euros d’investissements ont été réalisés par Stam Europe et, pour la première fois, notre lauréate « sort du bureau » pour investir aussi dans le résidentiel et la logistique. Puis, alors que la société est vendue et son fondateur parti, Maud Wargny est « chassée » par Ivanhoé Cambridge, qu’elle intègre en septembre 2019 pour piloter la France. Elle trouve, notamment, dans cette filiale de la Caisse de Dépôt et Placement du Québec « une dimension européenne » qui l’enthousiasme (elle attend d’ailleurs avec impatience de pouvoi enfin sauter dans un avion pour rencontrer « en vrai » sa direction et ses collègues) : « c’est hyper intéressant d’avoir une vision et des stratégies plus globales. J’investis en France, mais je vais mettre en perspective d’autres pays d’Europe ». L’an dernier, le groupe a, dans un contexte pour le moins compliqué, réalisé un milliard d’euros d’investissements en France, principalement en bureau et logistique avec, par exemple, de beaux sujets tels qu’« Arboretum » (un partenariat avec Icawood, ndlr]. « Nous sommes très focus ESG, très attentifs aux aspects environnementaux et sociaux dans nos investissements. En matière de logistique par exemple, il y a des améliorations à aller chercher et nous avons envie de développer cela dans toute l’Europe ». Les choix d’investissement « bureau » seront, eux aussi, différents. « Nous ne croyons plus à ces quartiers 100 % bureaux et recherchons aujourd’hui des produits mixtes, réversibles, permettant les échanges ; les bureaux doivent être des lieux de vie autant que des lieux de travail ». La crise économique qui se dessine ne freine pas sa « positive attitude » : « oui, je suis inquiète car lorsque le chômage partiel va s’arrêter cela va être très dur pour beaucoup de monde mais, en immobilier, nous sommes sur des changements majeurs, nous avons pour la première fois été bousculés et avons dû changer. C’est passionnant ». Elle ajoute : « il y a 10 ans, par exemple, jamais je n’aurai imaginé que je n’irai pas au bureau. En tant que femme, le télétravail apporte énormément de flexibilité; en terme de charge mentale, il m’a rendue moins speed, mais je n’avais pas les conditions de travail idéales. Et, si je suis heureuse et épanouie d’être maman — elle a deux enfants d’un an et presque quatre ans —, je le suis aussi d’avoir un métier, de relever des challenges ; c’est un super équilibre et je ne peux pas être heureuse l’un sans l’autre même si c’est parfois la course ». Une course au succès, qui la mène en 2021 vers une belle « Pierre d’Or », elle qui se disait, sans savoir qu’elle serait lauréate, « fière de cette nomination et fière aussi de voir des femmes figurer dans cette catégorie » !

Catherine Bocquet

Les nommés :

Philippe Joland
Tishman Speyer

Eric Sasson
RedTree Capital

Laetitia Trèves
Primonial Reim

Utilisateur

Françoise Clémenceau

TotalEnergies

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Des immeubles de bureaux qui tournent en sous régime, un parvis loin de sa foule habituelle, La Défense reprend doucement vie… Dans ce contexte inédit, « The Link », futur siège du groupe Total, devenu TotalEnergies, et propriété de Groupama Immobilier, s’apprête à sortir de terre. Aux commandes de ce projet stratégique, Françoise Clemenceau, lauréate de la « Pierre d’Or » 2021 de la catégorie « Utilisateur ».

Dans son bureau aux tons bleus, situé au 34ème étage de la tour Coupole, actuel siège du groupe, celle qui n’en est pas à son coup d’essai chez TotalEnergies est à présent aux manettes de ce projet titanesque. La directrice de projet est bien connue des équipes du groupe pour y avoir passé dix années en tant que vice-présidente M&A, puis vice-présidente M&A direction financière. L’ancienne étudiante d’HEC ne se destinait pourtant pas à baigner dans le monde de l’immobilier, son parcours oscillant entre commerce et finance. « Je n’ai pas été choisie pour ma logique, mais pour mon côté humain » admet celle qui se décrit bien volontiers comme une épicurienne. « J’adore tout ce qui se partage » affirme-t-elle. Dans cette logique, loin des opérations qu’elle dirige d’une main de maître, Françoise Clemenceau offre de son temps au sein de l’association Télémaque, un programme qui agit pour favoriser l’égalité des chances dans l’éducation en accompagnant des jeunes issus de territoires fragiles. La mission de Télémaque : développer le potentiel de ces jeunes, en leur offrant notamment un accès à la culture. Ainsi, quand cette amatrice de belles tables et de cuisine n’est pas aux fourneaux ou près de ses proches, elle endosse la casquette de mentor : « il y a peu de temps, j’ai emmené une jeune femme de l’association visiter le Louvre, le musée du quai Branly, le zoo de Vincennes, nous nous sommes baladées à Montmartre… Un véritable échange et une ouverture à la beauté et à l’art ». Des échanges, il n’en manquera pas au sein de « The Link », puisque ce sont quelque 6 000 salariés qui quitteront la tour Coupole, en 2025, pour rejoindre la tour de 244 mètres (la plus haute de La Défense) conçue par Philippe Chiambaretta (PCA-Stream) et construite par Vinci Construction France. La première étape, la démolition de l’immeuble « Michelet », qui fascinait tant les passants, vient de s’achever. Reste encore à poser les fondations de la future tour, une étape qui devrait s’étaler sur une année. Françoise Clemenceau ne cache pas son impatience à l’idée de voir sortir de terre ces quelque 130 000 m2. Le choix ne s’est pourtant pas directement orienté vers ce programme. Au total, trois projets ont été scrupuleusement étudiés par Françoise Clemenceau et son équipe. En course, le campus « Arboretum » et les tours Sisters, mais « The Link » a tiré son épingle du jeu de par son emplacement, mais également de par son originalité. La tour de bureaux sera composée de deux ailes, l’une de 241 mètres de haut côté Grande Arche, l’autre de 178 mètres côté Seine, reliées entre elles sur trente étages par des « links ». Ces « links », larges de plus de huit mètres, seront dotés de jardins aériens et pensés comme des points de rassemblements pour, comme Françoise Clemenceau se plaît à le rappeler, « permettre aux salariés de se retrouver ». En reliant les deux bâtiments, ces passerelles créeront quatre plateaux de 3 000 m2. Les étages concernés fonctionneront en duplex, via des escaliers ouverts, créant des unités de 6 000 m2, qui pourront accueillir 500 personnes. Au sein de ces duplex, les déplacements se feront à pied, sans ascenseur, afin de multiplier les interactions. Car, selon elle, c’est là le défi du bureau de demain : donner aux salariés l’envie de se retrouver tous au sein d’un même espace, alors que la pandémie nous a tant éloignés. Pour être certaine de viser juste, l’équipe de Françoise Clemenceau a notamment mené une enquête en ligne auprès de ses collaborateurs et proposé des « moodboard », pour que ce nouveau siège puisse être au plus proche de leurs aspirations. Et pour leur offrir une bulle d’oxygène au milieu des allées bétonnées de La Défense, la directrice de projet a veillé à ce que l’ensemble soit le plus vert possible. Pari gagné, « The Link » abri- tera près de 2 800 m2 d’espaces extérieurs, accessibles à chaque salarié en moins de trente secondes à pied. Un travail d’orfèvre pour une « Pierre d’Or » qui s’imposait…

Anaïs Divoux

Les nommés :

Gilles Allard
Engie

Rémi Feredj
Poste Immo

Michel Van Den Berghe
Campus Cyber

Innovation Verte/RSE

Marianne de Battisti

Icade

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Sa Raison d’être

C’est sous l’impulsion et la volonté de son directeur général, Olivier Wigniolle, qu’Icade a écrit son histoire, dès mars 2015, avec l’innovation et la RSE, puis, dès 2018, avec la Raison d’être de l’entreprise. Et pour conduire cela, qui de mieux que Marianne de Battisti pour porter ces valeurs et les faire entrer dans l’histoire de cette foncière ?

Fidèle parmi les fidèles, notre « Pierre d’Or » s’est emparée de l’ambitieuse feuille de route dressée par le directeur général et l’a fait sienne, car elle a bien sentie que ces valeurs allaient, dit-elle, « projeter Icade vers l’avenir ». Bien décidée à faire changer son entreprise, elle ne pouvait, voulait pas passer à côté de ce qui allait devenir une « période fertile et créative ». Et, en prononçant ces quelques mots, lui vient un sourire sur son visage, parce qu’elle se rappelle tout le travail accompli avec ses équipes pour porter haut les couleurs d’Icade. En matière de RSE, la stratégie de la foncière s’articule autour de trois piliers : le sociétal, le social et l’environnemental. Quant à l’innovation, en voici quelques exemples : Urban Odyssey, première startup studio, dédiée à la ville de demain ; l’Art&Design Lab, by Icade, un lieu d’innovation et de créativité, ancré dans les territoires ou encore le Hub Icade, « devenu une véritable institution » pour notre « Pierre d’Or » ! Pendant six ans, Marianne de Battisti a œuvré à cela avant de passer, en mars 2020, les rênes à Flore Jachimowicz, membre également du comité exécutif d’Icade. Entretemps vient s’insérer un nouveau challenge pour cette femme de caractère, sportive (elle ne circule plus qu’en vélo dans Paris), dont la volonté et la détermination ne sont pas à prouver : la Raison d’être d’Icade. Ce projet transversal la passionne immédiatement. « Exprimer le sens de l’activité d’Icade avec l’idée de reprendre nos racines et déployer nos ailes » confie-t-elle, est et a été le fruit d’un travail collaboratif. La Raison d’être d’Icade qui intervient dans le cadre des nouvelles dispositions de la loi Pacte est validée par le conseil d’administration et son inscription en préambule des statuts est adoptée lors de l’assemblée générale des actionnaires d’avril 2020. S’ensuit un travail de déclinaison opérationnelle non encore totalement abouti et c’est cela qui la captive ! « A la lumière du Covid, notre Raison d’être est extrêmement actuelle. A nous de réinventer les logements et les bureaux de demain » lance-t-elle en lisant à haute voix ces quelques lignes : « concevoir, construire, gérer et investir dans des villes, des quartiers, des immeubles qui soient des lieux innovants, des lieux de mixité, des lieux inclusifs, des lieux connectés et à l’empreinte carbone réduite. Des lieux où il fait bon vivre, habiter et travailler ». Il s’agit là de la Raison d’être d’Icade que Marianne de Battisti porte en elle, comme on porte un habit qui vous sied à ravir.

Sur le thème de l’empreinte carbone réduite, « Icade n’a pas attendu la mise en place de la règle- mentation environnementale de 2020 pour se mobiliser » précise Marianne de Battisti, qui rappelle que la foncière a été la première à obtenir la certification HQE Construction pour un bâtiment tertiaire privé, en 2005 et le label E+C pour un bâtiment de bureaux, en 2017.

Cependant, début 2021 Icade lance « Urbain des Bois », une filiale d’Icade Promotion, dirigée par Anne Fraisse, qui a pour mission de développer des projets participatifs et bas carbone, avec le recours aux matériaux biosourcés et, en particulier, le bois. Et la création d’Urban des Bois s’inscrit totalement dans la Raison d’être d’Icade avec comme objectif 100 millions d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2025.

Tout au long de ces années, Marianne de Battisti, qui connaît la maison comme sa poche et dont le dynamisme ne se dément pas, a vu le « paysage de l’entreprise se modifier complètement ». Elle a dirigé à peu près tous les secteurs dans lesquels intervient Icade : de la maîtrise d’ouvrage public à la gestion de grands ensembles, de la promotion bureaux à la promotion logements, la gestion de patrimoine et la liste est encore longue…

Toujours d’une très grande élégance, cette mère de 4 enfants (avec, aujourd’hui, sept petits enfants) est « très famille » comme elle dit ! Elle aime lire et les confinements successifs lui ont permis de se replonger dans l’une de ses passions, avec celle de la peinture. Elle aime la nature, jardiner et la montagne, mais elle aime avant tout la vie et avoue ne vouloir « garder que le meilleur de cette période Covid ».

Valérie Garnier

Les nommés :

Cédric Borel
A4MT

Sévérine Chapus
BNP Paribas Real Estate

Sabine Desnault
Gecina

Avenir

Justine Culioli

MA

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Créatrice de valeur

Justine Culioli aime la liberté. Celle de partir, sac au dos, arpenter l’Asie, l’Amérique du Sud ou l’Afrique. Celle de découvrir de nouveaux espaces, d’appréhender de nouvelles cultures. Celle, surtout, de ne jamais s’ennuyer. Et c’est pour toutes ces raisons-là justement qu’elle a choisi l’immobilier. « Avec un grand-père architecte, j’aurais pu suivre ses traces. Cela m‘aurait plu. Mais, j’ai opté pour une autre voie, au sens où je voulais une profession qui me laisserait libre toute ma vie. En immobilier, il n’y a pas un mais mille métiers. Chaque projet est différent, chaque facette en est passionnante. J’aime l’idée d’agir sur l’ensemble de la chaîne immobilière, qu’il s’agisse de gérer le financement d’un projet, suivre sa construction ou participer
à sa promotion ».

Un besoin de toucher-à-tout qui l’a poussée tout naturellement à vouloir maîtriser tous les aspects du secteur… même les plus techniques. « Au début de ma carrière, je me suis dit que si je voulais me faire une place dans le milieu de l’immobilier, je devais impérativement savoir de quoi je parlais. Donc, pour être crédible, j’ai voulu commencer par le chantier. Même si je savais pertinemment que je ne resterai pas dans cette branche pendant dix ans, c’était pour moi un socle à acquérir. C’était très formateur car je me suis tout de suite retrouvée à devoir gérer de grosses responsabilités et j’ai aussi beaucoup appris sur la gestion des équipes ».

Il faut dire qu’à 36 ans, cette diplômée de l’Ecole Centrale Paris, passée par Bouygues Construction, la Société Foncière Lyonnaise (SFL) et Affine, n’a pas peur des défis. Et surtout pas celui de créer sa propre société il y a maintenant près de deux ans. « J’ai toujours eu dans un coin de ma tête cette envie de fonder mon entreprise personnelle. Je suis quelqu’un de très autonome dans mon fonctionnement. J’aime être libre de mes décisions et l’idée de mener de A à Z les projets qui me sont confiés me porte ». Alors, lorsque l’opportunité s’est présentée au moment de la fusion-absorption de la foncière Affine par la Société de la Tour Eiffel, elle l’a saisie sans hésiter. Car, pour cette boule d’énergie qui reconnaît dormir très peu, pas question de laisser traîner quoi que ce soit. « J’apprécie quand cela va vite même si je ne précipite jamais les choses. Quiconque me connaît sait que je ne suis pas quelqu’un d’impatient ». Juste une jeune femme déterminée… A commencer par faire de l’immobilier à SA manière. « En ce sens, mon passage par la SFL a joué un rôle de déclencheur. Mon travail sur le dossier « #Cloud.paris » m’a permis de comprendre comment faire en sorte que les gens se sentent bien sur leur lieu de travail en insérant des services supplémentaires dans un immeuble de bureaux ».

Depuis, cette ambition de remettre la notion de collectif au centre du projet immobilier ne l’a plus quittée. Au point d’avoir fait du concept japonais du MA le nom de sa société. « J’ai découvert la notion du MA en lisant un ouvrage de l’architecte nippon Tadao Ando dont j’admire énormément le travail. Dans la culture japonaise, le MA est le vide qui crée du lien. A l’échelle de la ville, il est l’équivalent de la place. Autrement dit, un endroit vide où les hommes se rejoignent. A mon niveau, j’essaie donc d’ouvrir l’écosystème immobilier à d’autres milieux en faisant participer, au sein de chaque projet, des acteurs venus de mondes différents afin que chacun apprenne de l’autre ».

Une volonté de collaboration que cette musicienne adepte de la batterie depuis quinze ans revendique dans les dossiers traités par son entreprise. De l’assistance en maîtrise d’ouvrage pour la construction de la tour The Link (futur siège de Total), à La Défense, à celle de la réhabilitation d’un ancien corps de ferme dans les Yvelines avec la création d’un site de maraîchage et de production de céréales anciennes, en passant par un projet de maisons individuelles en bois, Justine Culioli s’attache à créer de la valeur en mêlant tous les horizons. Son objectif ? Renouveler la fabrique de l’immobilier en plaçant l’humain au cœur de tout. « Je suis convaincue que la réussite ne peut jamais se faire seule et que c’est des rencontres que naît le Beau ». Et en matière de beauté, cette collectionneuse d’art premier africain, qui arpente les salles d’expositions pour « s’évader et se ressourcer par l’art », sait de quoi elle parle.

Anne-Lise Defrance

Les nommés :

Edmond de Fels
Ivanhoé Cambridge

Mai-Lan de Marcilly
KKR

Daniel Noeltner
Ardian

Immeuble Innovant

La Samaritaine

LVMH

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Grand Palais

Vous connaissiez la « Samar » d’autrefois ? Oubliez tout (ou presque) quand vous pénétrerez dans cet ensemble, véritablement transfiguré.
Et ne regrettez pas qu’un groupe comme LVMH dispose de capacités financières (et de patience…) pour « tenir » vingt ans afin de (re)construire ce véritable palais, où le sens de la tradition se conjugue avec la plus éclatante modernité. Cela valait bien une « Pierre d’Or »…

Passons sur toutes les péripéties (à la française) qui ont émaillé ce chantier immense au cœur de Paris. Recours (inévitables), puis – cette fois sans spécificité hexagonale – épidémie qui a encore remis l’inauguration, qui vient enfin d’avoir lieu. Mais en visitant les lieux (ce que nous avions pu faire plusieurs semaines avant la réouverture), tout sera oublié. Par où commencer ? Les façades ? Méconnaissables ! L’Auvergnat qui signe ces quelques lignes ne peut pas ne pas saluer les plus de 650 mètres de plaques de lave (de Volvic, bien sûr) émaillée (150 kilos chacune), restaurées, parfois recrées et manipulées à la main à Lempdes (Puy-de- Dôme) : il y a belle lurette qu’on ne les remarquait plus du tout, tant elles étaient salies, cassées, ternies. Elles ont retrouvé tout leur éclat et leurs couleurs vives, si caractéristiques. Voulez-vous que nous parlions de la structure métallique, entière- ment reprise, de la coupole entièrement redessinée et recréée, de la fresque jaune d’or, ornée de paons multicolores au sommet du magasin, chef d’œuvre dont tous les éléments ont été repris et qui affiche des couleurs aujourd’hui éclatantes ? Voulez-vous évoquer l’impression de luminosité, très frappante quand on se souvenait d’un magasin sombre ? Et faut-il parler de l’escalier monumental aux poutres métalliques apparentes, dont les marches étaient autrefois recouvertes d’un (très) disgracieux linoleum ? Des sols entièrement repris dont la qualité est bluffante ?

Voilà (parmi beaucoup d’autres) pour le « décor ». Voulez-vous – soyons plus sérieux – quelques chiffres ? L’ensemble, d’une surface totale de 70 000 m2 au cœur de Paris, offrira une nouvelle destination aux bâtiments d’origine : 29 000 m2 de commerces, le palace, 15 000 m2 de bureaux, mais également 96 logements sociaux (heureux locataires…) et une crèche de 80 berceaux. Au plus fort du chantier, près de 2 000 compagnons, ouvriers, ingénieurs et architectes ont été mobilisés sur le site. Parlons un peu d’argent : à l’origine, 500 millions d’euros d’investissement étaient annoncés… d’aucuns parlent plutôt de la bagatelle de 750 millions désormais… Bref, un chantier hors norme. En quai de Seine, la partie Art déco est transformée en un somptueux palace parisien Cheval Blanc : 72 chambres et suites plus « étonnantes » les unes que les autres. Jusqu’au sommet, avec son appartement et sa terrasse à la vue inoubliable… Le magasin, lui, occupera 20 000 m2 (contre quelque 30 000 m2 au moment de sa fermeture), et en se promenant dans les rayons, on découvre une sélection de près de 600 marques de luxe mêlant mode (surtout), art de vivre et (un peu de) gastronomie, sans oublier, ici ou là, LVMH oblige, du champagne…

Même avec l’œil (objectif ?) du professionnel, on avoue être resté « baba » devant l’ensemble. A un magasin poussiéreux et hors d’âge, succède un Grand palais du commerce du 21ème siècle, qui arrive sans difficulté à conjuguer tradition (le Paris de la fin du 19ème siècle entièrement réhabilité) et modernité (des bureaux, des logements, des installations « modernes », sans oublier le bâtiment « enveloppé » par Saana, avec ses vagues (qui ont fait couler beaucoup d’encre !).

Il faudrait parler également restructuration urbaine (suppression de la sortie du tunnel des Halles, création d’une rue piétonne, arrivée dans les logements sociaux de nouveaux habitants dans un quartier… marqué surtout par le tourisme, et vision d’un possible passage vers la rive gauche via le Pont Neuf…). On osera donc le dire, sans peur d’être contredit : Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ peuvent aujourd’hui regarder leur création, à l’époque si novatrice, et depuis, beaucoup délaissée, avec joie et sérénité. C’est si rare pour un bâtiment de cette ampleur, et de cette qualité, de vivre une nouvelle vie. On la lui souhaite longue et belle.

Pascal Bonnefille

Les nommés :

Biome
SFL

Emblem
RedTree Capital et Invesco Real Estate

Morland Mixité Capitale
Emerige/Nuveem Real Estate

Trophée Immo Parité

Stéphanie Bensimon

Ardian

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Et de trois !

Un bureau place Vendôme qui offre une vue imprenable sur l’un des quartiers parisiens les plus prisés… C’est celui de Stéphanie Bensimon, « managing director real estate » d’Ardian et lauréate du Trophée « Immo Parité » 2021.

Dernière d’une fratrie de huit enfants et issue du monde ouvrier, celle qui se décrit comme « simple et déterminée » voit le jour à Casablanca et s’installe en France à l’âge de six ans. « Partir d’en bas, c’est un moteur, c’est le déterminisme des gens qui n’ont rien ». Cette détermination paye, puisqu’à 44 ans elle peut se féliciter d’un parcours professionnel couronné de deux « Pierres d’Or », en 2008, puis 2019, ainsi que d’une nouvelle nomination, dans la catégorie « Manager », en 2021. Sur les bancs de l’école, celle qui se dit « matheuse » montre, dès son plus jeune âge, un attrait pour les chiffres et le calcul. Comme un et un font deux, la jeune femme se tourne naturellement vers la finance et obtient un master. Si elle se destine à la finance d’entreprise, très vite, le monde de l’immobilier se présente à elle. En 1999, lorsque GE Capital Real Estate développe une équipe à Paris, Stéphanie Bensimon prend part au projet et intègre le groupe en tant que “risk manager”. Depuis, l’immobilier ne l’a plus quitté. Elle évolue ensuite, en 2003, à l’acquisition, toujours chez GE, puis à l’investissement, en 2006, chez Cargill. Cinq ans plus tard, elle entre chez Invesco comme “head of transactions” France, Espagne et Italie. Après avoir passé plus de quinze années au- près de firmes américaines, Stéphanie Bensimon rejoint, en 2016, et pour la première fois, une entreprise française, où elle évolue depuis cinq ans maintenant : Ardian. Pour rappel, Ardian dispose d’un portefeuille représentant près de deux mil- liards d’euros, avec des actifs répartis entre Paris, Milan, Rome, Berlin, Munich et bientôt Madrid. A son arrivée, le groupe en est à ses débuts en terme de finance immobilière. Elle a carte blanche : « j’ai eu la chance d’être libre de créer, tout en bénéficiant d’un groupe à forte renommé ». C’est cette même fibre créatrice qu’elle apprécie tout particulièrement chez Ardian : « l’entreprise appartient majoritairement à ses employés. Il y a donc une véritable culture de l’entrepreneuriat, avec des profils très jeunes et dynamiques ». Ce dynamisme permet aujourd’hui l’expansion du groupe, qui vise à présent une clientèle internationale.

« J’aime les Etats-Unis, ce lieu où les histoires se créent » et c’est de ce côté du globe que le groupe entend se développer prochainement. « Les Etats- Unis font partie des ambitions de la société ; il y a des bureaux très importants sur lesquels nous nous penchons de plus en plus. Nous attendons la bonne opportunité ». Enchaînant ses journées au pas de course, lorsqu’elle ne dirige pas son équipe, la « managing director real estate » met à profit son temps pour une cause qui lui tient tout particulièrement à cœur : la parité. Depuis 2020, Stéphanie Bensimon est, en effet, présidente du Cercle des Femmes de l’Immobilier. Un rôle d’autant plus important, selon elle, en cette période de pandémie : « lorsque les entreprises traversent des moments difficiles, comme celui que nous vivons actuelle- ment, ce sont les femmes les plus impactées, celles qui perdent leurs emplois en premier ». L’expérience a montré la nécessité de ce Cercle : « il y a toujours des problématiques liées à la parité, ce Cercle est l’une des réponses. C’est un lieu d’expertise, d’échange de savoir, un environne- ment très inspirant ». Elle affirme bien volontiers être lasse des discours engagés qui ne donnent lieu qu’à très peu d’action. « Il faut du concret, aider les entreprises à aller dans le bon sens ». C’est pourquoi, aux côtés de France Invest, Ardian s’engage à maintenir un pourcentage de femmes aux postes de direction. Stéphanie Bensimon travaille également, avec ses équipes, sur des programmes de formations dispensés aux managers, afin de les former à la parité et à l’inclusion, tout en garantissant l’obligation que des candidatures de femmes soient proposées à chaque recrutement. Car, selon elle, il ne s’agit pas d’un sujet uniquement féminin : « nous ne sommes pas qu’une voix de femmes. L’idée c’est de s’ouvrir sur l’extérieur, de renforcer notre visibilité et les liens avec les hommes, pour que la parité en entreprise ne soit plus une problématique, mais bien une vérité ».

Il était donc naturel de remettre à Stéphanie Bensimon sa troisième récompense Immoweek, le « Trophée Immo Parité » 2021.

Édito
par Thierry Mouthiez

le 20/09/2021

Bureaux en régions : des signes encourageants…

Les marchés tertiaires régionaux semblent plutôt bien évoluer.

S’agissant du premier d’entre eux, en l’occurrence celui de Lyon, une récente étude signée Brice Robert Arthur Loyd met en avant une demande placée à fin juin de 126 523 m2, en hausse de 34 % par rapport au 1er semestre 2020, cependant « à relativiser puisqu’un mega deal de plus de 28 000 m2, signé par l’EM Lyon, a été comptabilisé à Gerland ». Il n’empêche que le nombre de transactions est également en hausse de 34 % à 246 et que le loyer « prime » atteint 340 euros (HT, HC) du mètre carré, contre 320 euros (HT, HC) du mètre carré au 1er semestre 2020. « Sur le terrain, nous constatons que les entreprises ont le souhait d’aller de l’avant et de concrétiser leur projet immobilier, tout en ayant pleinement conscience qu’elles devront adapter leur consommation de mètres carrés à l’émergence des nouvelles façons de penser le « bureau » : télétravail, « desk sharing »… » souligne Jonathan Garcia. Le consultant associé ajoute : « les mesures d’accompagnement proposées par les bailleurs sont également revues : durée d’engagement adaptée, possibilité de restitution de surface par anticipation, franchise de loyer… Ces mesures adaptées au contexte actuel permettent de maintenir l’équilibre des valeurs »…

Plus généralement, « le marché des bureaux en régions montre des signes encourageants de reprise dans un contexte de crise sanitaire » affirme BNP Paribas Real Estate, faisant valoir un volume de 730 000 m2 placés dans ce créneau du marché tertiaire au cours du 1er semestre, en hausse de 35 % par rapport au 1er semestre de l’année dernière. Un volume qui « est même supérieur au niveau enregistré en 2016, par exemple, et affiche une progression de 6 % en comparaison à la moyenne sur dix ans » précise Jean-Laurent de La Prade, directeur général adjoint de BNP Paribas Real Estate Transaction France, en charge du pôle régions.

Pour ce qui concerne les principales tendances de ce marché, « les transactions dans le neuf tirent leur épingle du jeu avec une progression de 45 % », sachant que le seconde main reste majoritaire et représente plus de la moitié des transactions, « avec une croissance de 29 % par rapport au 1er semestre 2020 ». Par ailleurs, « les transactions de grandes surfaces (supérieures à 5 000 m²) sont de retour sur un marché dominé dernièrement par les petites et moyennes surfaces » précise BNP Paribas Real Estate, soulignant qu’« avec près de 107 000 m² placés, le volume de transactions de grandes surfaces enregistre une hausse significative de 38 % par rapport au 1er semestre 2020 »… Si Lyon reste en tête des marchés tertiaires régionaux, « Lille se positionne en 2ème place avec 80 000 m² placés, soit une légère progression de près de 1 %. Aix/Marseille monte sur la troisième marche du podium avec un volume de transactions qui progresse de 10 %. De son côté, Nantes totalise près de 67 000 m² placés, soit une hausse significative de 74 %. Montpellier crée la surprise avec un volume de transactions presque trois fois plus élevé que l’an dernier passant devant Bordeaux (+32 %) et Toulouse (+46 %) ».

Quant aux perspectives, « pour la fin de l’année 2021, nous sommes plutôt confiants » affirme Jean-Laurent de La Prade. « D’une part, les indicateurs macro économiques en régions sont très bien orientés et surperforment l’Ile-de-France, notamment sur l’Arc Atlantique, la région Rhône-Alpes et le bassin méditerranéen. D’autre part, la demande exprimée auprès de nos équipes a augmenté de 22 % en volume et de 43 % en nombre par rapport au 1er semestre 2020. Enfin, les régions représentent une vraie alternative pour les salariés qui privilégient de plus en plus un bon équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle et pour les entreprises qui y trouvent des loyers plus attractifs ». Au final, « nous anticipons un atterrissage autour de 1,55 million de mètres carrés d’ici fin 2021, soit légèrement en-dessous de la moyenne des cinq dernières années qui s’élève à 1,65 million de mètres carrés »…

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