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En confinement avec… Marc-Antoine Jamet

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le 28 Avr 2020

Pour le 50ème épisode de notre série « En confinement avec… », le président du Cercle Pierres d’Or, Marc-Antoine Jamet, a bien voulu se prêter au jeu, en dépit d’un emploi du temps toujours autant chargé… L’homme aux multiples casquettes (secrétaire général et directeur immobilier du groupe LVMH ; maire de Val-de-Reuil…) lève un coin du voile sur sa vie de confiné.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des témoignages déjà publiés en cliquant ici. D’autres sont également en programmation, tant que durera ce confinement…

Comment se déroule votre journée ?

Je ne vois pas passer les journées. Depuis le 15 mars, date qui a séparé le « grand avant » du « grand après », ces quelques minutes consacrées à vous répondre sont probablement le premier répit que je m’accorde. La raison ? Ainsi que le souhaitait Bernard Arnault, j’ai rejoint voici six semaines une petite cellule coordonnée par le patron des parfums et cosmétiques LVMH, Claude Martinez, qui, comme ces sept mercenaires, ces sept samouraïs, venus sauver un village, aligne des talents différents et complémentaires : Dominique Garnier, l’acheteur ; Hélène Daniel, la juriste ; Bruno Bavouzet, le scientifique ; Guillaume Méchain, le logisticien et… moi. Ensemble, nous nous sommes trouvés un nouveau métier : adapter l’entreprise à la crise et orienter ses moyens vers la lutte contre le Covid-19.
Avec l’appui de nos réseaux en Chine, grâce au volontariat des salariés de Dior, à Saint-Jean-de-Braye ; de Guerlain, à Chartres et à Orphin ; de Givenchy, à Beauvais, nous avons approvisionné les hôpitaux français, l’État, la Préfecture de Police ou le Samu Social, des associations et des collectivités, de tonnes de gel hydro-alcoolique, de millions de masques, papier d’abord, tissu ensuite, de centaines de milliers de sur-blouses et de gants, de respirateurs que nous avons sourcés et achetés, trouvant, denrées devenues rares, les avions-cargo pour les transporter… Un avantage : dans le feu de l’action, on oublie l’absurdité de la situation, sa propre anxiété, les questions qu’on se pose sur ce que sera l’avenir. Un défaut : on vit 24 heures sur 24 avec l’épidémie, les demandes des soignants, admirables, mais trop souvent dépourvus de ce dont ils auraient besoin, la comparaison peu rassurante entre ce qu’on entend, ce qui est dit ou promis, et ce que l’on constate.

Où êtes-vous ?

14 jours chez moi en télétravail, 7 jours dans mon entreprise ou dans la commune normande dont je suis le maire, c’est le rythme que je me suis fixé. Confinement salutaire, puisque, en diminuant la contagiosité du virus, il a sauvé des vies, et durant lequel je n’ai vu personne en dehors de ma famille. Périodes de travail qui, en matière de prudence sanitaire, sont plus difficiles à gérer, même en respectant les gestes-barrière, et préfigurent le bal masqué qui, faute de remède ou de vaccin, nous attend.

Quelle est la pièce préférée de votre logement ?

C’est ma war-room numérique, son écran rassurant, son clavier confortable, ces sonneries désincarnées : la villa MacBook. Sans la quitter, je visite le monde grâce à Team et Zoom, ces lutins prodigieux, inconnus de moi voici deux mois et qui me sont devenus indispensables. De visio en visio, je participe à des conseils d’administration ou m’introduit chez les gens, ceux qui n’ont pas choisi la tranquillité d’un arrière-plan virtuel, pour découvrir salon, conjoint et enfants. Prolongement technologique de moi-même, l’ordi m’informe, une fois par jour, à 20 heures, au journal de France 2 avec mes nouveaux amis cathodiques, Laurent, Thomas et Anne-Sophie, à l’exclusion de toute autre. Et puis c’est par ce canal que je reçois l’avalanche quotidienne de mails qu’il va falloir traiter, comprendre, retourner. C’est le moment de saluer Oumar N’Diaye, Super Oumar, le valeureux, infatigable, calme, disponible Oumar, l’informaticien de LVMH, qui me sauve à chaque panne à condition que je veuille bien qu’« il s’empare de ma souris » pour charcuter dans la profondeur les logiciels de Monsieur Gates.

Que lisez-vous ? Avez-vous un livre à nous recommander ?

J’ai un merveilleux livre somnifère idéal pour s’endormir en trois pages : la biographie de Jacques Offenbach. J’adore « La Vie Parisienne », « La Belle Hélène », « Orphée » et « La Grande Duchesse… », cette musique narquoise et euphorisante. J’en chante les grands airs avec une coupable faiblesse pour « Je suis veuve d’un colonel » et la frustration de ne pas être Dario Moreno ou Jean-Louis Barrault pour me risquer aux couplets du Brésilien. Mais l’auteur, Jean-Claude Yon, un puit de science, ne nous épargne aucune seconde de sa chronique d’un second empire affairiste, déluré, dynamique. Il ne manque pas un bouton de guêtre à l’opéra-comique. Résultat : 300 pages ingurgitées et le compositeur, accroché à son violoncelle, n’a toujours pas accompagné de sa folie le moindre french cancan. C’est une thèse qui aurait dû le rester.

Un film ou une série télé que vous allez revoir ? Que vous nous recommandez ?

Vu le contexte, je me suis détourné des « Contagion », « Je suis une Légende », « World War Z », « Le Survivant »,  « Le Dernier Train de Busan » et autres « 28 jours plus tard » ou « 28 semaines plus tard », sans même parler de mes chers « Walking Dead », abandonnés comme de pauvres chiens à la veille des vacances. Je me contente de vérifier que Kubrick a fait un film de science-fiction et que c’est le meilleur film de science-fiction, un film de guerre et c’est le meilleur film de guerre, un film en costumes et c’est le meilleur film en costumes, un peplum et c’est le meilleur peplum, un fim d’horreur et c’est le meilleur film d’horreur…

Un album de musique à nous conseiller ?

Des titres ou des auteurs plutôt : en boucle « Prisonnière » de Stephan Eicher et « Où je vis » de Jean-Louis Aubert, puis Eddy de Pretto, Juliette Armanet et Clara Luciani, Bashung, Brassens et Le Forestier, les Stones, Roxy, Lou Reed et Bowie, bien sûr… J’ai 60 ans.

Comment faites-vous pour garder la forme ?

Gym et vélo elliptique, si une de mes filles ne se déclare pas prioritaire dessus, ce qui est la règle qu’elles ont établie et que je ne me souviens pas avoir approuvée…

Avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs et aux autres confinés ?

Peace and love.

Une photo qui symbolise ou illustre, pour vous, le confinement ?

Valérie Garnier

Directrice de la rédaction

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

Un ministre et rien d’autre !

L’absence d’un titulaire du portefeuille du Logement est révélatrice de bien des aspects de la France contemporaine : d’abord, elle montre combien libéraux et interventionnistes sont d’accord sur un seul point : il (leur) faut un ministre (on lira à ce sujet le « Point de vue » de Philippe Pelletier). Tous les professionnels, comme les analystes, même ceux qui réclament à grands cris moins d’État ont communiqué leur frustration, voire leur colère à l’énoncé de la nouvelle équipe gouvernementale.

Logiquement, les partisans d’une action publique forte en cette matière ont entonné le même lamento. Il est donc probable que le remaniement post législatives fasse apparaître un ministre délégué ou un secrétaire d’État affecté au Logement et attribué à un rallié de la majorité sortie des urnes (si c’est le cas).

Mais cette absence est surtout le signe d’un phénomène que nous avons déjà évoqué (on le retrouve d’ailleurs dans notre série documentaire de podcasts « Ma vie de ministre du Logement ») : quand le chef de l’État, ou à tout le moins, la Première ministre (qui, au début de sa carrière dans le cabinet de Lionel Jospin avait portant le logement dans ses attributions — mais c’est à l’époque Serge Contat qui suivait spécifiquement les questions de logement —), ne s’intéressent pas au sujet, celui-ci est relégué dans les questions techniques… que le politique néglige. Et ce désintérêt se traduit immédiatement par des conséquences budgétaires : Bercy en profite comme au début du précédent quinquennat. Il n’est donc pas impossible que nous vivions un scenario du même type que la diminution forcée des APL, il y a cinq ans ; cette fois, c’est le blocage des loyers qui se profile à l’horizon. Personne n’ignore les effets dévastateurs, à terme, d’une telle mesure. Mais c’est une des rares dispositions qui ne coute rien — en apparence et au début — au budget de l’Etat, ce que, même en période de « quoi qu’il en coûte » est délicieusement apprécié par le grand argentier. Ajoutons que ce blocage est populaire (il y a beaucoup plus de locataires que de bailleurs) : il n’est donc pas impossible qu’Amélie de Montchalin (qui a fini par revendiquer ce sujet parmi ses attributions) ou mieux, son ministre délégué ait à défendre, demain, cette mesure qui devrait, elle aussi, réaliser la quasi-unanimité des acteurs contre elle…

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