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Boris Cappelle (Savills) : « nous poursuivons notre développement stratégique »…

InterviewsBureaux

le 11 Mai 2020

Après avoir anticipé la période de déconfinement, Savills a poursuivi ses activités dans l’Hexagone en signant, par exemple, « deux très belles ventes » ou encore en établissant « un plan de reprise ». Car Boris Cappelle, qui préside la société de conseil, est bien déterminé à poursuivre le « développement stratégique » en saisissant les opportunités, y compris en matière de recrutement… Il en dit plus…

Comment avez-vous organisé l’activité de Savills France pendant le confinement ?

Bien avant le confinement, nous avons organisé la mise en place du télétravail, effectué un audit du réseau et des équipements pour pouvoir assurer une continuité d’exploitation. L’anticipation est clé dans ce genre de moment…
Nous avons donc anticipé la mise en confinement et mis en télétravail l’ensemble des équipes quelques jours avant la demande du gouvernement.
Pendant le confinement, grâce à l’appui de nos différents départements supports, nous avons pu continuer à soutenir l’activité et à l’animer. Cela a impliqué un gros travail des départements ressources humaines ou encore du marketing pour une communication interne plus que jamais nécessaire. Il s’agit de maintenir le lien social et continuer à véhiculer les valeurs de l’entreprise en interne comme en externe.

Quels enseignements tirez-vous de cette période ?

Il convient, d’abord, de souligner l’incroyable implication des collaborateurs de Savills et du comité de direction qui a permis d’assurer un niveau élevé de motivation et de travail.
La mise en place du télétravail nous enseigne ses qualités et ses limites. L’Homme est un être sociable et il s’agissait de maintenir, malgré tout, un degré élevé de synergies, de stimulations intellectuelles et d’échanges.
Nous avons, d’ailleurs, préalablement à la sortie du confinement fait un sondage pour connaître le sentiment de nos collaborateurs. Il en ressort qu’ils se sont très bien appropriés les outils, qu’ils ont apprécié la liberté qu’offre le télétravail, mais que, toutefois, plus de 70 % des collaborateurs sont impatients de retrouver les locaux, au motif, notamment, de ce fameux lien social.
Nous avons composé une équipe pour établir un plan de reprise, constitué des départements ressources humaines, « risk management », marketing et juridique. Ce plan privilégie la santé de nos collaborateurs et vise à relancer progressivement « la machine » en renforçant le lien social qui nous uni. Sur le principe d’horaires décalés, de rotation et de volontariat, les personnels pourront rejoindre dès ce 11 mai les locaux de Savills France.

Quel(s) impact(s) sur les différents marchés dans lesquels vous intervenez ?

Nous avons signé deux très belles ventes d’actifs « core », à des taux historiquement bas pendant le confinement. Par ailleurs, nous sommes en « due diligence » sur plusieurs opérations et nous réalisons différents « pitchs ». L’activité du département investissement a donc été très intense. Dans ce créneau, nous anticipons un marché probablement à deux vitesses. Le premier, le segment « core », risque de rester très compétitif, tandis que les investisseurs seront plus précautionneux sur leurs critères d’investissement. Le second, le marché des actifs « value add »/opportunistes, où l’on pourrait constater une meilleure rémunération du risque. Les vendeurs semblent, toutefois, relativement solides et peu enclins à faire évoluer significativement leur prix de vente… Au total, les prix devraient globalement se maintenir dans le « core », tandis que les volumes devraient chuter. S’il est un secteur qui a prouvé sa mutation et sa résilience, il s’agit bien de la logistique et cette classe d’actifs devrait continuer à connaître un fort succès. Le bureau, à tout le moins sur les marchés matures, devrait continuer à enregistrer un certain succès. Nous pourrions constater quelque peu d’attentisme dans le commerce, en revanche… Le marché de l’hôtellerie devrait, quant à lui, connaître une certaine mutation, d’ailleurs lorsqu’il s’agit de repositionnement, notre département RCM (« residential capital markets », dédié à l’hébergement alternatif, résidences pour personnes âgées et étudiants) pourrait proposer de belles solutions alternatives de reconversion…
Le marché de l’Agence a été davantage perturbé par le confinement, ne serait-ce que pour des considérations pratiques. En effet, il était notamment bien difficile d’organiser des visites de locaux ! Nos équipes ont donc saisi l’opportunité de ce moment pour préparer leur prospection, les outils marketing dédiés et réaliser un ensemble de « pitchs » afin de proposer au marché les offres du futur. Deux points contradictoires se présentent à nous. Le besoin, à tout le moins à moyen terme, de surfaces plus importantes par collaborateur et, d’autre part, la possibilité de dégager des économies au travers de la politique immobilière. A cela s’ajoute les probables mutations du travail alors que le télétravail a démontré son intérêt. De notre point de vue, il devrait, toutefois, avoir des impacts sur les valeurs qui seront plus ou moins prononcés en fonction de l’offre immédiate et de l’offre future de chacun des micros marchés concernés. Quoi qu’il en soit, les immeubles les plus flexibles, connectés (au sens informatique du terme) démontreront encore plus leur fort avantage compétitif.

Et vos autres activités, en particulier la gestion ?

Notre département gestion a démontré sa totale mobilisation au travers du télétravail et a pu assurer dans les meilleures conditions possibles le suivi et la gestion du patrimoine. Nous continuons à développer ce département et la seule zone d’ombre de cette période porte sur la quasi impossibilité, pour des raisons structurelles, de recruter. Donc, le déconfinement nous offre, là encore, une très bonne opportunité…

Allez-vous revoir vos objectifs pour Savills en France ?

Au niveau mondial, et donc en France, Savills a une stratégie de répartition de son chiffre d’affaires relativement homogène entre les départements transactionnels et non transactionnels. Et ce, afin de permettre un développement pérenne et de mieux résister aux à-coups du marché. Les ajustements seront probablement principalement dus aux activités commerciales. Nous avons, toutefois, de très bons dossiers en cours et il est un peu tôt pour faire un diagnostic précis. Toutefois, malgré les signes de crise, nous souhaitons continuer notre développement stratégique tant en régions que sur le marché de la logistique…

En tant que manager, quelle vision portez-vous sur le télétravail ?

Le télétravail apparaît comme un merveilleux outil de flexibilité et de liberté. Il doit faire partie des possibilités d’adaptabilité proposées aux entreprises. Il nécessite, par ailleurs, des moyens technologiques et un accompagnement technique. Toutefois, nous croyons aussi beaucoup aux synergies, à l’émulation de groupe, au lien social, au rapport d’appartenance. C’est pour cela que le télétravail doit être vu comme un outil d’accompagnement et non une doctrine.

Thierry Mouthiez

Directeur de la rédaction

Édito
par Thierry Mouthiez

le 18/01/2021

Bureaux : « une potentielle correction des loyers en 2021 »…

Paradoxalement, dans un marché locatif francilien des bureaux où l’activité a été touchée, les valeurs locatives, pour leur part, ont résisté. Cushman & Wakefield dans une analyse de ce marché, affirme : « la forte contraction des commercialisations de bureaux (-45 % à 1,3 million de mètres carrés placés) alors même que l’offre immédiate augmente (+36 % à 3,7 millions de mètres carrés) n’a, pour l’instant, pas d’effet baissier sur les valeurs locatives de transactions de bureaux ».

Côté surfaces neuves ou restructurées, selon le conseil, elles « se sont transactées à des loyers en hausse de 2 %, en moyenne, en Ile-de-France en un an, et +9 % à Paris QCA qui confirme un positionnement à plus de 800 euros (HT, HC)/m2 ». En précisant que « l’ajustement mineur des loyers de première main (-3 %) dans le Croissant Ouest est essentiellement lié à la concentration des signatures dans des communes les plus accessibles en terme de valeurs ». Et, surtout, en anticipant que « les nouvelles exigences des entreprises quant à la qualité des surfaces et des services proposés devraient contenir une potentielle correction des loyers en 2021 »…

Pour ce qui concerne les surfaces de seconde main, « l’équation est plus compliquée » estime Cushman & Wakefield, faisant valoir que « les premiers ajustements de valeurs sont d’ores et déjà perceptibles dans le QCA (-5 % pour les signatures du 4ème trimestre), -3 % en Boucle Sud. Ce mouvement devrait s’amplifier et concerner davantage de secteurs à mesure que le déséquilibre entre l’offre et la demande se fait jour. La Défense et sa périphérie, la Premier Couronne Nord sont sous surveillance compte-tenu de leur niveau déjà élevé de vacance ». Cependant, « le marché parisien a encore les moyens de résister à ce mouvement, les propriétaires disposant d’une marge de manœuvre au travers des mesures d’accompagnement »…

Bref, des valeurs locatives qui résistent, mais à surveiller de près…

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