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Frédérique Miriel (Colliers) : « l’open space restera une offre d’espace de travail »

InterviewsBureaux

le 20 Mai 2020

Pendant le confinement, la France entière s’est convertie de gré ou de force au télétravail et, à l’heure de la reprise, l’adéquation de l’« open space » avec les mesures de distanciation sociale pousse à repenser radicalement le modèle actuel de l’entreprise. A ce titre, Frédérique Miriel, directrice « workplace, change management et R&D » de Colliers International France, répond à nos questions.

Doit-on s’attendre à la disparition de l’open space ?

En France, le télétravail est un sujet dont on parle depuis le début des années 2000. Or, il peine à devenir une possibilité comme une autre pour tout collaborateur du tertiaire ayant une activité qui le lui permettait. Cette fois-ci, les entreprises n’ont pas eu le choix et, alors qu’il était inconcevable pour certaine, il est devenu la solution pour que l’activité puisse se poursuivre dans les meilleures conditions. Beaucoup de collaborateurs ont ainsi découvert le télétravail sans préparation aucune et dans des conditions difficiles. 100 % de travail à distance avec, dans de nombreux cas, de la promiscuité avec les autres membres de la famille et dans des conditions de confort pas toujours optimum. Il n’en reste pas moins que pour beaucoup, cela a ouvert de nouvelles opportunités pour le futur.

Ce développement sans doute plus important du télétravail va nécessairement amener à nouveau à se questionner sur les raisons pour lesquelles nous venons au bureau et, donc, sur la conception des environnements de travail. La tendance était déjà à la diminution des « open spaces » tels qu’ils avaient été fortement développés dans les années 1980 jusqu’à nos jours, pour aller vers des environnements plus flexibles et offrant un meilleur équilibre entre espaces ouverts et espaces fermés mis à disposition de tous. L’espace ouvert reste et restera une offre d’espace de travail qui répond aux usages des collaborateurs dès lors qu’il est associé à d’autres espaces et laisse au collaborateur le choix de sa situation de travail, cette dernière pouvant être éventuellement à l’extérieur de l’entreprise (au domicile, dans un espace de coworking, dans un tiers lieu, au café…). N’oublions pas que ce qui manque le plus aux collaborateurs aujourd’hui c’est la rencontre et les échanges avec les autres membres de l’équipe, de l’entreprise, ce n’est pas de pouvoir travailler seul dans son bureau. Cette crise aura surtout permis une prise de conscience du fait que l’on peut, sans doute, travailler ailleurs qu’au bureau et que l’on peut éviter des déplacements aux heures de pointes dans les transports en commun, en particulier dans les grandes villes.

Comment les modes de travail vont-ils s’adapter ?

La question est plus que jamais : « pourquoi aller au bureau ? ». Un questionnement ouvert sur les usages va permettre de redéfinir les contours des environnements de travail et, surtout, accompagner la réflexion par une analyse des modes de managements, des modes d’animation des équipes et de nouveaux rituels. Comme c’est le cas, de façon plus générale, sur notre appréhension des évolutions de la société, soit les comportements changeront parce que nous prendrons le temps de nous questionner, soit les anciennes habitudes reviendront au galop et les changements seront à la marge.

Ce qui est certain, c’est que les entreprises ont compris que l’on pouvait, sans doute, travailler différemment et, surtout, occuper l’espace différemment avec à la clé des économies qui vont devenir incontournables dans un contexte économique en récession. Sans compter que ces nouveaux modes de travail pouvaient aussi être une réponse à certains enjeux RSE.  Ces différents leviers vont motiver les entreprises à poursuivre les réflexions sur l’évolution des façons de travailler.

Par ailleurs, les collaborateurs auront également d’autres attentes. En grande majorité dans les activités tertiaires, ils ont passé plusieurs semaines à travailler à distance et découvert qu’ils pouvaient être plus efficaces et mieux gérer leur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Finalement, ce qui leur manque le plus, c’est la rencontre avec les autres. Par ailleurs, les citoyens aspirent au « plus jamais comme avant ». Les salariés vont donc incontestablement attendre autre chose quand ils vont retourner dans l’entreprise, passés les premiers jours des retrouvailles. Sans compter que le contexte du retour dans les locaux se fera dans des conditions de respect des normes sanitaires et une recherche à plus long terme d’un environnement de travail sain, au sens de la propreté, mais aussi de l’ergonomie, qui impliqueront quoiqu’il en soit un changement des habitudes de travail.

Il est donc à prévoir une évolution des modes de travail dont les moteurs seront vraisemblablement, d’une part la notion de choix pour le collaborateur de la situation de travail la plus adaptée à ses activités et à son contexte et, d’autre part, la volonté des entreprises d’optimiser l’usage des espaces, soutenir l’engagement des salariés et mieux accorder les façons de travailler avec les enjeux stratégiques de l’entreprise.

Dans le futur, doit-on s’attendre à une demande moins forte de surfaces ?

La pratique du télétravail n’a pu laisser les entreprises insensibles à une reconsidération de l’usage de leurs immeubles pour l’optimiser. Nous notons également des questionnements plus profonds des dirigeants autour de l’engagement des salariés, des dynamiques collectives, du partage des valeurs de l’entreprise.

La réflexion n’est, sans doute, plus à conduire du point de vue des seuls actifs immobiliers de l’entreprise, mais du point de vue plus global de l’environnement de travail du collaborateur. On parle bien d’environnement de travail et non d’espace de travail, car il s’agit de couvrir l’ensemble des choix qui peuvent se présenter aux collaborateurs : locaux de l’entreprise, tiers-lieux, espaces de coworking, domicile (principal et, le cas échéant, secondaire), outils digitaux et, enfin et surtout, pratiques collectives…

La structuration de la dépense immobilière de l’entreprise pour le collaborateur est donc vraisemblablement à appréhender différemment : s’agit-il de ne financer que les mètres carrés propres à l’entreprises ou faut-il aller au-delà en offrant à chaque salarié une dotation lui permettant de financer une partie de l’organisation de son environnement de travail (aménagement du bureau au domicile, financement d’une partie des charges du domicile, abonnement à un tiers lieux, trajets pour relier son domicile, location d’une chambre d’hôtel pour la durée de son temps sur le lieux de travail de l’entreprise…) ? Il ne s’agit donc plus uniquement d’un sujet de mètres carrés, mais d’organisation du travail et de façon de travailler.

Les nouveaux modes de travail vont-ils séduire de plus en plus d’entreprises ?

Avant la crise que nous traversons, le sujet des nouveaux modes de travail allait déjà au-delà des seules startups. Des grandes organisations ont, elles aussi, transformé en profondeur leur mode de travail et, pour certaines, depuis plusieurs années déjà. Ce qui est certain, c’est que ces tendances vont s’accélérer dans les mois à venir et très certainement dans l’ensemble des organisations TPE, PME, mais aussi dans l’ensemble du secteur public. Suite à cette crise, les nouveaux modes de travail seront de moins en moins considérés comme un gadget, mais comme une réalité profonde et répondant à de vrais enjeux business, sociétaux et économiques.

La crise sanitaire a-t-elle conforté le coworking ?

Pendant cette crise, tout le monde n’a pas eu les mêmes conditions pour télétravailler. Certains collaborateurs se sont vus contraints de travailler sur leur canapé ou leur lit, faute d’espace adapté, soit parce qu’occupé par d’autres, soit parce qu’inexistant.  Le télétravail n’est pas compatible avec l’habitat de tout le monde. En revanche, beaucoup de collaborateurs auraient apprécié de pouvoir travailler à proximité de leur domicile et de disposer de temps plus calmes. Les espaces de coworking continueront à être une réponse à ces besoins. Cela implique certainement de reconsidérer l’offre d’espaces de coworking situés en majorité dans les centres des métropoles et/ou dont les conditions de travail (ergonomie des mobiliers, diversité d’espaces ouverts et fermés, acoustique…) ne sont pas adaptées à des journées de travail. Ils doivent devenir des vraies alternatives au choix de se rendre au bureau. Par ailleurs, la crise économique allant inévitablement pousser les entreprises à reconsidérer leur immobilier pour l’optimiser, le coworking va continuer à être une variable d’ajustement pour absorber les pics de besoins dans les cas les plus courants des projets, par exemple.

D’après le retour de vos clients, les Français étaient-ils globalement adaptés ou préparés au télétravail ?

Mentalement sans doute. On parle du télétravail depuis de nombreuses années. Les accords Macron l’ont libéré. Il est de plus en plus évoqué par tout un chacun. En revanche, matériellement, managérialement et organisationnellement, les collaborateurs n’étaient pas toujours prêts. Ils se sont retrouvés du jour au lendemain en situation de télétravail sans y avoir été accompagnés et préparés. Les plus mis à l’épreuve étant, sans aucun doute, les managers qui non seulement ont appris à diriger leur équipe à distance, dans un contexte anxiogène où la part du personnel a pris une grande place dans les échanges avec les collaborateurs. Incontestablement, le rôle du manager a été requestionné pour beaucoup et devra continuer à l’être. Mais ce rôle a aussi été légitimé : les managers ont vraiment « managé » ces deux derniers mois ! De façon très positive également, on peut voir la grande capacité d’adaptation des entreprise, une grande agilité et une capacité d’initiative. De quoi bâtir les fondements de nouveaux modes de fonctionnement.

Arthur de Boutiny

Journaliste Rédacteur

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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