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André Yché (CDC Habitat) : « cycles… »

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le 14 Avr 2020

« Alors que l’ère du progrès linéaire est sur le point de se clore, celle des cycles revient sur le devant de la scène » fait valoir André Yché. Or, « la résurgence du cycle immobilier, violent au cours des années 1990 et largement amorti en 2008, ne peut que résulter du ralentissement économique, tout particulièrement en matière d’immobilier tertiaire et de bureaux. Le mouvement peut se propager au résidentiel, notamment institutionnel » poursuit le président du directoire de CDC Habitat. Et de conclure : « le monde était entré dans le XXème siècle en 1914. C’est peut-être en ce moment que nous nous préparons à inaugurer véritablement le siècle suivant »…

La conception antique de la vie, inspirée par l’observation de la Nature et, fut-elle approximative, du cosmos, est fondamentalement cyclique. C’est évidemment le cas de l’existence individuelle : naissance, croissance, maturité, vieillesse et mort ; mais aussi de la vie sociale, avec le mythe de l’âge d’or et de l’éternel retour. Thucydide présente, à travers les épisodes de la guerre du Péloponnèse, une conception cyclique de l’Histoire. Aristote et surtout Platon pensent la politique à travers une succession invariable de régimes : anarchie, aristocratie, monarchie, tyrannie, démocratie… anarchie… Il est clair que le panthéisme antique pèse considérablement sur les esprits, conduisant à la répétition intemporelle des actes sacrés, en réponse aux manifestations de la Nature.

Tout change avec le christianisme qui souligne et accentue l’héritage hébraïque de l’idée de progrès ; au Peuple élu, confronté à la disette et aux nuées de sauterelles, les prophètes font miroiter un avenir meilleur. Moïse le guide vers la Terre Promise à Abraham et, depuis, l’œuvre de Jean Chrysostome inspire durablement la théologie pastorale chrétienne.

Avec les Lumières, cette filiation traditionnelle est, sinon rompue, du moins intermédiée : l’idée de progrès découle, avec Descartes, du règne de la Raison. Ce n’est plus la théologie, mais l’anthropologie qui dessine une histoire linéaire et progressiste.

La Révolution française au XVIIIème siècle, couplée à la proclamation de l’Indépendance américaine, ont pour effet de promouvoir l’idéal républicain en tant qu’avenir indépassable de l’humanité, tandis que le scientisme d’Auguste Comte théorise la réalité pratique du progrès. Avec Pasteur, la biologie microbienne réalise une avancée comparable à celle opérée par Villermé en matière d’épidémiologie sociale, quelques décennies plus tôt. Bref, le progrès est tangible, au quotidien, et l’Histoire est devenue linéaire.

Bien sûr, il est un domaine dans lequel le cycle, non seulement perdure, mais s’impose au centre des réflexions savantes : c’est celui de l’économie, où alternent périodes d’extension et de crise. De Juglar à Kondratiev, de Tinbergen à Samuelson, les théories succèdent aux évènements. Sans remonter à la faillite de l’Union Générale en 1882 ni à celle de la banque Baring quelques années plus tard, c’est la Crise de 1929 qui illustre le caractère cyclique de l’économie et suscite les travaux de Keynes sur la régulation publique des marchés, radicalement contestés par Hayek, puis par les « Chicago Boys » de Milton Friedman. Et pourtant, force est de constater qu’à travers une série de « bulles spéculatives », les dispositifs de « lissage » démontrent une efficacité croissante que la crise majeure des « subprimes », à la fin de la première décennie de ce siècle, ne dément pas. En réalité, jusqu’à nos jours, l’impact de cette succession de cycles économiques, plus ou moins bien gérés, s’est trouvé amorti car leur enchaînement s’inscrivait dans un « trend haussier ». Avec le tassement progressif de la croissance en moyenne période, c’est l’existence même de ce « trend » qui est remise en cause et, par voie de conséquence, l’impact de la phase baissière du cycle qui s’en trouve réévalué.

De même, en matière de santé publique, les nouvelles menaces épidémiques, Sras et Ebola, ont été relativement contenues et même le Sida a fini par reculer.

Et pourtant, la foi dans le progrès, tout au long du XXème siècle, n’a cessé de régresser. Le phénomène le plus grave est moral : l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, entre peuples européens, la révélation des camps nazis, puis du goulag, les génocides biafrais, cambodgien et rwandais, de même que la pratique de la « purification ethnique » dans l’ex-Yougoslavie, au cœur de l’Europe, mettent à mal l’idée du progrès moral universel, tiré par le progrès technique, qui a produit le Zyclon B, et l’arme atomique.

Et surtout, la crise environnementale, incontestable, ranime un nouveau panthéisme qui, comme toute religion, échappe aux débats rationnels et au doute cartésien.

C’est dans ce contexte que survient une crise sanitaire, inéluctablement suivie d’une crise économique qui ne peut qu’engendrer, à court terme et peut-être au-delà, des reculs significatifs et durables dans divers domaines, et notamment celui de la croissance et du pouvoir d’achat.

Alors que l’ère du progrès linéaire est sur le point de se clore, celle des cycles revient sur le devant de la scène.

Les conséquences de ce retournement sont fondamentales. D’abord, s’agissant des relations sociales dans les entreprises, ce nouveau contexte ne peut que dégrader sensiblement le climat des prochaines négociations. Dans l’administration et le secteur public en général, la réaction des principales organisations syndicales à des mesures d’ajustement évidentes et minimalistes laisse mal présager de l’avenir. A certains égards, le mouvement des « gilets jaunes » témoignait déjà, plus ou moins consciemment, du rejet populaire des « théories du cycle » et de l’attachement, en matière sociale, à l’idée de progrès continu.

Le problème, c’est précisément que les acteurs économiques ont toutes les chances d’interpréter à rebours les événements en resserrant fortement l’offre de crédit dans un marché pourtant submergé par la liquidité et par l’épargne privée. La dépense publique prendra le relais, mais probablement pas en matière d’investissement productif, et jusqu’où ?

Evidemment, la résurgence du cycle immobilier, violent au cours des années 1990 et largement amorti en 2008, ne peut que résulter du ralentissement économique, tout particulièrement en matière d’immobilier tertiaire et de bureaux. Le mouvement peut se propager au résidentiel, notamment institutionnel, c’est-à-dire intermédiaire et social, du fait d’une pénurie de fonds propres.

Pour bien saisir ce mécanisme, il convient de le relier à l’impact considérable qui peut résulter de la distorsion du cycle électoral. En effet, un grand nombre d’étapes dans l’acte de construire dépendent des municipalités et se trouvent actuellement gelées, depuis le début de l’année, voire depuis l’été 2019 dans certains cas, dans la perspective des élections municipales. Les ordonnances prises par le gouvernement suspendent, en quelque sorte, l’instruction des dossiers ; mais elles ne sauraient figer la réalité économique sous-jacente, à savoir une combinaison de coûts fixes et variables que les opérateurs doivent bien supporter. Il est donc vital qu’au plus vite, le cycle de l’instruction administrative redémarre, ce qui ne surviendra réellement que lorsque le cycle politique lui-même sera redéfini.

Peut-être de manière plus grave encore, le report des élections municipales a pour effet de prolonger la glaciation des autorisations de mises en accession des logements dans le parc social, alors qu’elles alimentent désormais, après la baisse des loyers résultant de celle des APL, l’essentiel de l’autofinancement du secteur HLM. En l’absence de dispense provisoire des autorisations de vente, c’est donc une bonne partie des bailleurs sociaux qui se trouveront conduits à réduire leurs investissements, ramenant à un régime ralenti le dernier moteur de soutien au BTP encore actif.

En admettant qu’au cours du dernier trimestre 2020 tous les signaux « passent au vert », y compris en terme de cycle électoral, le BTP, c’est-à-dire l’outil de production, disposera-t-il d’un potentiel de reprise ? Là encore, la question du cycle de production se posera, le second œuvre, grand employeur de travailleurs détachés, se trouve actuellement affaibli par le retour massif de salariés très qualifiés dans leur pays d’origine. Rentreront-ils et à quel rythme ? Le réflexe protectionniste ne facilitera pas le rétablissement de flux normaux de circulation sur le marché du travail.

La capacité d’arbitrage politique sera contrainte par le retournement de l’opinion contre la mondialisation, la « dictature des marchés », le libéralisme « thatchérien » ; déjà, des voix éminentes s’élèvent contre la « toute puissance de Bercy ».

Enfin, avec le retour du cycle, c’est aussi celui des panthéismes qui s’annonce, notamment à travers certains courants de l’écologie politique qui, à partir de constats scientifiquement peu contestables, érigent les conclusions d’une pensée radicale en autant d’« impératifs catégoriques ».

Le monde était entré dans le XXème siècle en 1914. C’est peut-être en ce moment que nous nous préparons à inaugurer véritablement le siècle suivant, à l’aube du troisième millénaire.

Valérie Garnier

Directrice de la rédaction

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

La « divine surprise » Olivier Klein

Tout le secteur de l’immobilier, et singulièrement du logement, avait (très !) mal vécu l’absence de portefeuille ministériel à lui dédié. Amélie de Montchalin avait eu beau affirmer, pour rattraper le coup, qu’elle était « bien sûr » ministre du Logement, personne n’avait été dupe ou rassuré par cette absence.

Même si quelques voix, ici même, dont celles de Philippe Pelletier, ont douté de l’intérêt profond de l’existence d’un ministre « spécialisé », la nomination d’Olivier Klein a fait l’effet d’une « divine surprise » pour des professionnels souvent inquiets, à juste titre d’ailleurs.
D’abord car c’est un élu qui connaît sur le bout des doigts les questions du secteur : président de l’Anru depuis 2017 et maire de Clichy-sous-Bois, les sujets « logement » ne lui sont pas étrangers. Ensuite, autre bon signe, car l’intitulé du ministère comprend également la Ville, comme un écho au portefeuille de Jean-Louis Borloo, toujours ô combien regretté par le secteur (son Trophée du Jury aux « Trophées Logements et Territoires », 2021, l’a bien rappelé).
Reste à scruter maintenant les relations que le nouveau ministre délégué entretiendra avec Christophe Bechu qui, un mois après son entrée au Gouvernement, est promu en devenant ministre de plein exercice chargé de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Mais il faudra aussi s’intéresser aux rapports du ministre délégué avec l’Elysée, Matignon et Bercy, les trois pôles du pouvoir, sans le soutien desquels un ministre, aussi compétent soit il, est bien démuni…

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