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Jean-Paul Viguier : la Ville du 1/4 d’heure

Points de vueTerritoires

le 19 Mai 2020

De nombreuses ville prévoient « un retour à l’état normal », mais à quoi va ressembler cet état normal ? Comment allons-nous aborder le rapport entre la santé et le bien-être dans nos villes ? Quel rôle jouera le télétravail ou la distanciation sociale lorsque la pandémie aura disparu ? A toutes ces questions, Jean-Paul Viguier, architecte DPLG, dont les réalisations ont été nommées à plusieurs reprises aux « Pierres d’Or », apporte des réponses dans ce point de vue dédié au « Jour d’Après »…

Le retour à l’état normal n’est-il pas, finalement, une occasion de revisiter les tendances à l’œuvre avant la pandémie, de les clarifier à la lumière d’un nouveau pragmatisme orienté davantage sur l’obligation de résultat plutôt que celle de moyens ? Cette crise du Covid-19 ayant exacerbé la difficulté que nous avions dans la conception et le réglage permanent d’une urbanisation sollicitée par le désir de vivre en ville d’une part toujours plus grande de la population mondiale (70 % en 2050), il en résulte, dans un premier temps, un accroissement de la densité des villes dont la résolution se heurte à une structure urbaine existante peu préparée à la violence de la demande.
Les habitants des villes en ont éprouvé une profonde frustration, ayant à la fois la sensation de ne plus rien maîtriser et voyant les villes offrir une qualité de vie questionnée ; le réchauffement climatique et les problèmes environnementaux n’ayant fait que rajouter un stress supplémentaire sur un système, à bien des égards, à bout de souffle. Il n’y a donc pas « d’état normal », sinon celui d’une crise durable où les éléments qui constituent la structure urbaine doivent être reconfigurés en permanence, alors que le système qui les relie et leur donne leur cohérence doit être réévalué et adapté continument tout en le laissant en mouvement, car c’est en cela que la ville retrouve ses forces vives, son attirance et le plaisir d’y vivre.
Par exemple, on cessera de considérer que la Ville est constituée de bâtiments séparés ayant chacun une fonction spécifique, autonome conceptuellement comme des bureaux, des logements, des services publics ou privés, des commerces…, pour imaginer une structure urbaine capable de mettre tous ces éléments en relation afin d’établir entre eux des rapports créatifs et des synergies réduisant les impacts environnementaux et animant la vie urbaine : convertibilité de la Ville aux mutations fonctionnelles dans un nouveau rapport espace-temps.
Alors l’architecture devient un art d’assemblage de formes et de fonctions permettant d’atteindre un état d’intensité urbaine où la vie devient plus facile, où de nouvelles proximités dans les services nécessaires à la vie courante s’établissent. La relation entre le lieu de travail et l’habitation, aujourd’hui soumise à des temps de commutation harassants, change en regard de nouvelles pratiques comme le coworking ou le télétravail démontrant que, comme pour les déplacements urbains où tout un ensemble de moyens est désormais disponible, le travail selon ce que l’on fait peut s’exercer en différents endroits. Selon cette approche, la ville devient polycentrique, composée de centres à partir d’un tissu urbain existant, souvent situés dans la périphérie ou des parties du centre existant devant être régénérées, chacun retrouvant un lien culturel avec leur territoire et reliés les uns aux autres par un système de transport rapide et confortable.
La crise sanitaire a paradoxalement réclamé plus de proximité et plus d’éloignement : ceux qui doivent affronter de longs et fastidieux trajets en RER seraient soulagés d’être plus près ; ceux qui doivent affronter la promiscuité urbaine, d’être plus loin. Cela signifie qu’il faut non seulement redistribuer les fonctions sur un territoire dorénavant « intensifié », mais aussi concevoir autrement le bâti urbain pour lui donner plus d’espace en lien avec la nature ; Serje Chermayeff et Christopher Alexander avaient déjà, dans leur ouvrage « Community and Privacy »(DoubleDay Ed.), abordé cette question de la dégradation humaine de l’environnement urbain et de la nécessaire refondation de la conception architecturale des villes dans un ouvrage toujours d’actualité.

Il s’agit donc d’un mouvement ne pouvant pas se fonder sur des bases défensives – se protéger des épidémies –, mais sur une véritable ambition de recomposition d’une ville intense et interactive, au tissu urbain intégrant la mixité d’usage à tous les niveaux, redessinée à partir de sa périphérie qui doit cesser d’être un « territoire à aménager par défaut », pour être au contraire le fait régénérateur de la Ville toute entière.

Jean-Paul Viguier, architecte DPLG, MCP UD Harvard
Viguier Architecture-Urbanisme-Paysage

Valérie Garnier

Directrice de la rédaction

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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